8 mai 2007

Le travail est bon pour les autres

On parle beaucoup du vieillissement de l'électorat, ici et ici, par exemple.

Faut-il en conclure que l'accent mis sur le travail, "la France qui se lève tôt et travaille dur", plaît surtout aux 65% pourcent des retraités qui ont voté à droite ?

7 mai 2007

Patience

Il y a bien sûr beaucoup à dire en ce moment, notamment sur les premiers indices sur ce qui sera vraiment l'allure du pouvoir sarkozien. En même temps, mes interprétations personnelles de tout ce qui s'est passé sont en train de se modifier au fur et à mesure que le choc tant attendu de la défaite se dissipe. Et en plus il semblait important, pour vraiment démarrer, d'installer mon thème graphique, ce qui me ralentit un peu. (Heureusement, j'ai de l'aide!)

6 mai 2007

Souvenirs de campagne : entretien d'embauche

Avant de commencer suivre ce qui est déjà en train, sûrement, de prendre forme, je voudrais revenir sur quelques aspects de cette campagne, cette fois du côté de ce fameux peuple qui, comme le dit notre nouveau président, s'est levé pour le soutenir.

Exemple : lendemain du débat, dans la salle du petit déjeuner d'un hôtel. Deux couples d'amis, autour de la cinquantaine, qui commencent à parler du débat. Sarkozy avait l'air mieux, dans la parole, puisque de toute façon sur le fond on n'en sait rien. Cette dame ne se doutait pas de sa très grande éloquence. Un peu plus tard Ségolène Royal est traitée de "pétasse". Par une femme, encore une fois. Je n'ai pas fini de parler du machisme des femmes dans cette histoire.

La presse et les divers commentateurs ont beaucoup parlé de la "peoplisation" de la campagne. Test : êtes-vous Sarko ou Ségo ? (pas seulement dans Elle mais aussi dans Le Monde). C'est la conséquence naturelle d'une certaine logique de la Ve République, qui veux que, puisque le président est en quelque sorte au-dessus même de l'exécutif, sa personnalité soit d'une importance primordiale, qu'elle soit le fondement même de la Nation. La peoplisation suit, bien sûr. Et, certes, elle est néfaste, etc. Mais je trouve, à parler avec "des gens", que leur modèle de sélection, à l'image de celle qui a dit "pétasse", plus haut, est moins celui des pages de Voici que celui de l'entretien d'embauche. Ainsi, Sarkozy gagne parce qu'il paraît le plus performant. Meilleur rendement. Cette idée a d'ailleurs été relayée par de nombreuses voix depuis de nombreuses semaines. L'énergie et la détermination de Sarkozy. Connaissance des dossiers. Je ne me souviens pas que la "connaissance des dossiers" qui, semble-t-il, a tant joué dans la tête de ceux qui ont voté à droite (du moins en surface -- on en viendra un jour à la grande psychanalyse collective), et qui a beaucoup fait douter même ceux qui ont finalement bien voulu voter à gauche pour barrer la route à la droite. Président, c'est un boulot comme un autre. Conséquence du chiraquisme. Chirac a beaucoup fait, c'est vrai, pour supprimer la politique, allant jusqu'à se faire élire avec quatre-vingt pourcent des voix.

Bref, un personnage dynamique, et, dans une élection dont on disait que c'était le grand retour du politique, une décision de DRH populaire.

Pendant le débat, j'avais envie de souffler à la candidate : "Il faut leur expliquer qu'élire un président, c'est choisir une direction, pas décider du chiffrage du budget. On s'est moqué des "Je veux" de Ségolène Royal. C'était pourtant une expression proprement politique, digne de la fonction présidentielle.

C'est fait.

Nous avons écouté le minimum à la radio. Les sondages avaient parfaitement raison.

Discours de Ségolène qui indique clairement la poursuite du rapprochement avec le centre.

Les questions sur ce qui va se passer à gauche (et au centre) permettent de ne pas trop penser à ce qui est en train de se passer à droite.

La triche (et quoi faire)

En poursuivant ma pensée de tout à l'heure, et en (m')analysant un peu plus loin, j'en arrive à l'impression que quelqu'un a triché. Où et comment? Rien de précis: les dérobades déguisées en arguments pétris de bon sens, l'écran impénétrable de la compétence budgétaire. Les médias obéissants. Les médias qui dévancent les exigeances. Qui anticipent où sera le vrai pouvoir. Je ne dois pas oublié les petits indices de servilité dans Le Monde auquel je faisais jusqu'alors confiance. Alors que juste hier ou avant-hier, l'Edito de Colombani appelait, sans enthousiasme, et seulement pour les lecteurs qui lisent jusqu'à la dernière phrase, à voter pour Ségolène Royal, je vois ce matin à côté de la Une prédisant la défaite de la candidate, un petit article, bien visible, expliquant, innocément, que l'EPR représente l'avenir du nucléaire. (L'article n'apparaît pas sur le site.) Je n'achète pas le journal, c'est le numéro du week-end en plus, avec l'horrible Monde 2, je passe mon chemin. L'EPR, le futur du nucléaire, sera, pour le non-lecteur du monde qui comme moi passe sans acheter, sans lire, la confirmation que Nicolas Sarkozy savait bien de quoi il parlait lors du débat. Peu importe qu'il s'agisse en effet d'un prototype qui ne serait pas nécessaire pour simplement maintenir les niveaux actuels de production d'énergie. Subtilement, Le Monde semble déjà rouler pour Sarko. Ils n'ont plus que les mouches de Plantu pour les sauver. Et ce n'est là, bien sûr, qu'un exemple minuscule. Une mouche parmi des milliers. C'est sans mentionner le comportement de PPDA lors du débat, Paris Match, et toutes les autres connivences dont le brave candidat UMP a bénéficié. Le problème de la communication politique moderne n'est pas l'image en tant que telle, l'image visuelle ou télévisuelle, mais l'obéissance servile à des idées reçues qui se collent avec une incroyable légèreté à l'interprétation des événements. Les "memes" comme on dit. Les "memes" de "Ségolène gaffeuse", "Ségolène niaise", "Ségolène qui ne pourrait pas représenter la France à l'étranger" ont eu la vie dure ces derniers mois. C'est, je crois, sur ce plan là qu'il faut être vigilant, encore plus vigilant désormais. Les médias modernes, par les simplifications qu'ils imposent, se rendent coupables d'un suivisme où la pensée critique n'a plus aucune place. Il vaut mieux être dans le flux de ce qui se dit plutôt que d'y résister. Ou même quand on semble résister (Colombani), c'est finalement pour aller dans le sens du flux quand même. Donc la triche est partout et nulle part. Elle contribue à ce sentiment, cette amertume qui ne va pas partir de sitôt.

6 mai 2007, trois heures du matin

N'arrive pas à dormir. Trop de café peut-être tout à l'heure, je n'ai plus l'habitude d'en boire le soir.

C'est l'élection, peut-être?

Pourquoi? C'est déjà perdu, on attend seulement que la chose deviennent réelle, impossible à réfuter ou à repousser.

Car il y a bien quelque chose de repoussant dans la façon dont les choses se sont passées. Au début je pensais que c'était la situation, l'espoir d'enfin pouvoir respirer après tant d'années passées dans le malaise politique, l'insatisfaction permanente. Mais maintenant, à quelques heures de la grande déception finale, c'est plutôt elle, Ségolène, Ségolène Royal, Royal, qui me semble la cause de la gravité du moment.

Quelle que soit l'issue de tout cela, et je pense là plutôt aux manoeuvres au sein de la gauche, Ségolène Royal aura apporté à la politique un sentiment nouveau ou du moins inhabituel, qui rend sa défaite, aux mains d'un jeune cynique pour remplacer le vieux cynique, beaucoup moins supportable que si c'était simplement Fabius, Strauss-Kahn ou Jospin.

Et pas seulement parce que c'est une femme, même si l'une des leçons de cette histoire, c'est qu'en dépit de tout ce qu'on peut dire ou tout ce qu'on est censé dire ou penser, le fait que ce soit une femme est inextricablement lié à tout. Ceux (et peut-être surtout celles) qui disaient, ou pensaient, du début jusqu'à la fin: "ce n'est pas parce que c'est une femme, que je ne l'aime pas, mais je ne l'aime pas" ne mentaient pas, mais ne comprenaient pas, ne comprennent pas, que leur perception d'elle était si profondément influencée par leurs idées de ce que doit être une femme et ce que doit être un homme politique. Mais je ne devrais pas dire "idées" dans la phrase qui précède, parce que tout cela arrive bien avant les idées. Le problème de la femme-itude des femmes sera long à résoudre pour ces gens-là.

Et donc, dans la désolation anticipée de ce 6 mai 2007, je n'ignore pas, j'essaie de ne pas ignorer, le fait que cette désolation n'a pas le même caractère que si c'était un homme qui allait perdre. Je suis persuadé qu'une présidente Royal aurait, par sa présence même dans le psyché national, fait basculer énormément de choses. Et finalement le pays a réagi comme un inconscient tout à fait réptilien qui se protège en expulsant l'élément déstabilisateur, la femme qui met en danger le système.

Mais cela est en-deça de la question politique. Il y aurait suffisamment de temps après pour penser à cela. Ce blog va commencer donc dans l'émotion de la catastrophe annoncée.