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13 juin 2012

Du ségolénisme

 

Ceci est un billet que je projetais d'écrire depuis longtemps, mais le moment ne se présentait. Il faudrait de meilleurs exemples et citations, mais si je me mets de telles exigences, le billet ne sera jamais écrit. Ce sera un peu impressioniste. Tant pis. Voilà, je me lance.

Au lendemain de sa défaite en 2007, et avant aussi, il y avait des cris pour dire que Ségolène Royal était à droite, pas vraiment à gauche. On pensait au drapeau, à l'encadrement militaire des jeunes délinquants. (La gauche n'était prête pour "l'ordre juste" qui a finalement réussi pour François Hollande.) À d'autres moments, on l'entendait dénoncer les dérives de la finance, la vie chère, telle une vraie camarade gauchiste. Elle est reconnue comme l'un des seuls responsables socialistes à être acclamée dans les quartiers populaires.

Royal pouvait paraître flottante dans ses prises de position qui ne cadraient pas avec les marques habituelles d'un emplacement dans l'offre des idées politiques. À y réfléchir, on peut comprendre cependant le ségolénisme en trois points.

4 avril 2012

Une passion populaire

Pour défendre l'exploitation par son camp des thèmes xénophobes, Henri Guaino disait : "Ne pas prendre en compte les passions populaires expose à la colère". C'est bien la seule "passion populaire" que la droite peut citer pour pousser les "électeurs populaires" à voter contre leur propre intérêt. Mais, pour l'instant, laissons-le dans ses tentatives desespérées de rallumer la xénophobie. Guaino se trompe de passion, et de colère.

Nicolas Sarkozy est assez doué pour trouver une expression "populaire", un emballage "café de commerce" pour faire passer un programme plutôt Medef. Depuis quatre ans, cependant, il y a un sujet très populaire qu'il est difficile pour le TGH d'exploiter : l'anti-sarkozysme lui-même. Qu'il soit primaire ou populaire, ce sentiment lui a effectivement explosé à la figure, avec pour resultat ces sondages têtus, qui jusqu'à présent résistent à tous les efforts de la machine de l'Union Médiatique du Pouvoir.

Le sarkozysme est une outrance de la communication. Je pense qu'aujourd'hui nous sommes, les pro- comme les anti-, tellement dedans, encore, qu'on a du mal à se rendre compte du caractère exceptionnel de cette hystérie collective. Je sais que si, à la place de Nicolas Sarkozy, une sorte de deuxième Chirac avait été élu en 2007, je n'aurais jamais même songé à créer un blog. Je n'aurai pas été atteint de cette passion populaire. La pratique sarkozyste des médias et du pouvoir est une sorte d'excitation permanente de l'ensemble de la sphère publique, et la projection des agissements d'un seul bonhomme sur une scène démésurément grande.

S'il reste quelque chose du gaullisme chez Sarkozy, c'est la démesure mythologique. Chez de Gaulle, si l'on veut, la mythologie était censée assurée la cohésion et la fièreté de la Nation. Chez Sarkozy, elle est autoréférentielle et ne sert que les intérêts de Sarkozy lui-même. Un narcissisme médiatique et euphorie communicationnelle qui, finalement, se sont même retournés contre l'Arroseur en Chef.

Même quand il est purement négatif, ce buzz assourdissant risque de noyer les opposants à Sarkozy. Le pari de François Hollande est de battre Sarkozy sans faire du Sarkozy. On lui reproche, Sarkozy le premier, de ne pas susciter une grande vague d'adhésion populaire. À gauche, seule Ségolène Royal pouvait rivaliser avec Sarkozy en termes de comm', de dimension mythologisante, d'adhésion populaire. Cette ligne-là, à gauche, comporte certains risques. De toute façon, François Hollande ne pouvait pas l'adopter. La passion anti-sarkozyste peut lui permettre d'en faire l'économie.

Refuser d'être comme Sarkozy pourrait être la meilleure réfutation du sarkozysme, et pourrait signifier que Sarkozy n'aurait été un accident de parcours, une erreur démocratique qui aura duré cinq ans mais qui n'aura pas de suite, la rencontre malheureuse des dérives mythologique de la Ve République et l'avalanche communicationnelle du XXIe siècle. Hollande, en président "normal" serait une manière de fermer la parenthèse.

22 février 2012

Tu nous cherches ?

Nicolas Sarkozy et les siens cherchent à ouvrir une brèche sur le caractère de François Hollande et établir un fondement sémantique pour la campagne où la Vérité serait de leur côté, tandis que l'Illusion, le Flou et le mensonge seraient du côté du socialiste. Ce dernier a eu le bon goût de ne pas répondre, mais de dénoncer la manoeuvre ce qui est, à mon avis, une bonne tactique pour le court terme, mais qui ne suffira pas par la suite, car le Pouvoir a les moyens de faire beaucoup de bruit, "vacarme" dirait Juan, et de faire passer, par force presque, des messages simples dans l'inconscient de l'électorat.

Le but de l'opération est aussi de mettre Hollande sur la défensive, rôle qu'il a raison de refuser. Il faut bien, cependant, faire quelque chose. Hier, donc, Ségolène Royal a mis à profit son statut de non-candidate pour cogner un peu :

"Il ne va pas là ou les français souffrent. Concernant des sites industriels ou des entreprises en péril. Elle explique que ”Tous ces sites ont reçu soit la visite du candidat de l’UMP soit celle d’un ministre et, derrière, il ne s’est rien passé”.

Et puis elle ajoute cette phrase :

"Quand on ne tient pas ses promesses, c'est une forme de corruption de l'action publique", a-t-elle martelé.

Le message est clair : si Sarkozy veut s'imposer comme propriétaire de la parole Vraie, il va falloir qu'il assume tout ce qu'il a dit.

Pour un public averti, c'est en effet époustouflant d'entendre le Très Grand Homme (TGH) tenter d'accaparer un monopole de la parole sincère, lui qui, depuis cinq, dix ans ne cesse de "communiquer" en tordant le moindre fait à son avantage. Dans la publicité, le message est d'abord destiné à couvrir les faiblesses du produit. Le fait même de tenter de se représenter comme celui qui parle "Le Vrai" montre à quel point son propre discours est devenu publicitaire.

La phrase de Royal a cette petite pique supplémentaire, un petit excès qui est un peu sa marque, qui répond à la dimension morale de l'affaire : "corruption". Le même jour, l'affaire Borloo-Véolia pointe son nez. Voilà de la sémantique.

L'efficacité des mots de Royal aura en plus servi à abîmer encore davantage la réputation d'intelligence et d'intégrité de Nathalie Kosciusko-Morizet qui, après avoir affirmé que la "pire violence" était le flou (si si, elle a vraiment dit ça), a cru bon de dénoncer "une volonté des socialistes de criminaliser le débat politique", montrant par là que la "responsabilité" et la moralité, si chères au TGH, ne doivent s'appliquer qu'à gauche.

19 novembre 2009

Beau travail, beau travailler

Depuis que ce blog existe, l'un des mes critères essentiels, ou principes, ou orientations, est l'efficacité : il faut d'abord battre la droite et prendre le pouvoir avant d'imaginer un monde idéal ou toutes les injustices seront réparéées. En même temps, je pense que cette "prise de pouvoir" (j'ai l'air d'un trotskyste, je sais), ne passe par une sorte de mollesse centriste, gauche-libérale-plutôt-presque-la-droite. Cette stratégie, qui a l'air merveilleuse sur le papier, quand on dit qu'on va prendre tous ces électeurs qui hésitent à voter pour l'UMP, justement en ressemblant le plus possible à l'UMP. Non seulement la gauche se fracasse en mille morceaux dans ces conditions (« c'est quoi ce P"S" !?! »), mais sa capacité à faire avancer des idées est anéantie. C'est un message qui doit gagner. Faute de quoi, on aura beau ajouté tous les pourcentages... Et un message que tout le monde peut comprendre : Sarkozy a gagné en 2007 parce qu'il a réussi à battre le PS dans les milieux populaires...

Donc... donc... après tout ça... j'en arrive à ce que je voulais dire. Enfin, presque. Le weekend dernier nous avons eu droit au grand déballage d'EAG, Espoir à Gauche (et pas En Avant Guingamp, comme le souligne Nicolas J), tempête dans un verre d'eau qui a pris des dimensions médiatiques de tsunami. Je parlerai de tout cela dans un prochain billet encore plus désespéré que celui-ci.

Donc... devant ce spectacle, ce commentaire de Martine Aubry :

«Le PS que je connais, c'est celui qui travaille», a-t-elle déclaré mercredi à la presse avant de s'adresser aux élus socialistes réunis à déjeuner, en marge du congrès des maires. «Ces milliers d'élus qui travaillent pour les Français tous les jours (…), ces sénateurs qui se sont battus contre la privatisation de La Poste la semaine dernière, ces députés qui se sont battus contre la fiscalisation des revenus des accidentés du travail et pour défendre la Sécurité sociale », a-t-elle martelé.

Le travail. Ah, le travail. C'est bien de travailler. Plutôt que de pavaner dans les médias. Un PS qui bosse, c'est un PS qui... bosse. En silence, paraît-il. La Première Secretaire cite trois exemples de ce travail :

  • lés élus qui travaillent tous les jours ;
  • les sénateurs opposés à la privatisation de La Poste ;
  • les députés opposés à la fiscalisation des revenus des accidentés du travail.

Évidemment, le travail en question est soit la gestion locale (les heureux élus de tous les jours), soit des combats nationaux d'opposition pure aux mesures de Sarkozy. C'est bien de s'opposer, bien entendu. Mais ce n'est pas ce travail là qui va, comment dire, donner espoir à la gauche. Ah, vous me direz, le travail de programme continue en même temps. Mais où ? Il n'y a aucune communication là-dessus. L'impression est que, s'il y a du « travail » dans ce domaine, il est plutôt technique : fignoler des propositions qui, une fois passées dans la moulinette médiatique des résumes de sept secondes à la radio ou de trois phrases à la télé, ne laisseront que peu de trâces dans le grand cerveau collectif. (Imaginez le décalage en termes de temps de cerveau disponible entre l'intégralité de ces travaux depuis le Congrès de Reims, et la question de jeu de mains de Thierry Henry.)

Bref, gagner ne dépend pas du choix d'un programme idéal qui, par son extrême finesse satisferont à peu près tout le monde, ou déplaira autant aux uns qu'aux autres. Il faut, au contraire :

  • communiquer (occuper l'espace médiatique et l'imagination populaire) ;
  • avancer une ligne, une pensée qui soit facile à comprendre
  • le faire maintenant, pas à trois mois d'une élection présidentielle.

Le régime présidentiel ne récompense pas le travail de fourmi, les bosseurs méritants qui rendent des bonnes copies. Les français votent pour des images, des perceptions (« sympa, pas sympa ? ») ; une éventuelle victoire devra passer par une coordination entre les images et un message réel (pas seulement un slogan de marketeux).

Dans ce billet je fais comme si c'était possible pour le PS, en l'état actuel, de réussir à faire tout cela. Je n'ai pourtant pas touché au Beaujolais ce soir, même si parfois on ne voit pas d'autre issue.

21 avril 2009

Le verre d'eau des tempêtes

En effet, le psychodrame, ou le double psychodrame, qui entoure les "excuses" offertes par Ségolène Royal, servira de cas d'école dans l'étude de la structure médiatico-politique d'une Ve République agonisante. On suppose que ce seront des chercheurs étrangers qui se pencheront sur l'affaire, les éventuels chercheurs français seront bien entendu trop occupés à des projets à rentabilité immédiate pour y perdre leur temps.

L'une des conclusions auxquelles ces chercheurs ne manqueront pas d'arriver, c'est qu'aucune information politique ne saurait exister si elle ne peut pas s'insérer dans le récit fondamental qui est le roman des personnages politiques.

Richard Trois l'explique très bien:

Mais personne ne pose cette question pourtant essentielle :
Si Ségolène Royal n'avait pas écrit ces quelques lignes d'excuses à José L. Zapatero, les français dans leur grande majorité auraient-ils entendu parler du tollé soulevé en Espagne par cette phrase, qui aurait été prononcée par M.Sarkozy, selon Libération, sur M. Zapatero qui "n'est peut-être pas très intelligent" ?
Les Français d'en bas, ceux qui ne suivent pas au quotidien les faits et gestes de Nicolas Sarkozy, auraient-ils su avec quelle condescendance et quel mépris Nicolas Sarkozy a traité Barack Obama devant les députés issus de la representation nationale reçus à l'Elysée ?
Les auraient-on informé de ces costards XXL taillés par la presse internationale tout spécialement pour Nicolas Sarkozy et son comportement à l'égard de ses homologues ?

L'image désastreuse de Lui-Même que notre Très Grand Homme (TGH) donne à l'étranger ne devient une « information » que si elle entre dans la narration déjà rôdée de la campagne de 2007. Vous vous souvenez du test dans Elle : « Êtes-vous Sarko ou Ségo? ». Nous en sommes encore là, malheureusement. Aujourd'hui il n'y a pas d'autre schéma pour expliquer la politique.

Bien sûr, Ségolène Royal n'est pas toujours dans le coup. Excellent exemple d'un coup 100% médiatique : Nicolas Sarkozy est battu à plates coutures par Chirac dans un sondage Paris Match (votre source pour tout ce qui est sérieux en politique : nous attendons impatiemment leur dossier sur les nouveaux emplois précaires ou l'avenir du syndicalisme.) Juan

Un autre baromètre, de Paris Match cette fois-ci, place le président loin derrière Jacques Chirac en termes de popularité. Seul motif de satisfaction, il devance Ségolène Royal. Un sociologue, président de Mediascopie, explique que Nicolas Sarkozy est devenu "inaudible".

Oui, Sarkozy est ridicule, inaubile. Oui, on lui préfère Chirac. Si ce n'est pas Zidane, Laure Manaudou ou l'Abbé Pierre. Mais cela ne donne rien : en désapprouvant Sarkozy, on tombe dans la nostalgie de Chirac, justement un choix non-politique. Avec Chirac, comme dirait Jean d'Ormesson, "c'était bien". Quoi exactement ? Rien, en fait. Chirac, maître du dos rond et de l'hypocrisie politique, est simplement plus sympa que son successeur. C'est trop génial pour nous.

Le gauchiste en nous, notre sur-moi trotskyste (dût-il exister) dirait aussitôt : il faut dénoncer la personnalisation de la vie politique, donc Ségo et Sarko, même combat. Ce qui me fait revenir à l'un des principes fondamentaux que j'affirme depuis le début de ce blog, l'efficacité. Non pas celle de ces socialistes "libéraux" qui veulent produire avant de distribuer, et qui, à force de couper les poires en deux, en quatre et en huit, finissent avec une sorte de compote de droite mais allégée en sucres. Trotsky lui-même était, dans ses jeunes années surtout quand il a livré à Lénine l'Armée Rouge, quelqu'un d'assez efficace, et ce n'est pas sûr qu'aujourd'hui son premier réflexe serait de s'embarasser de principes sur ce que doit être une parole de gauche.

Aujourd'hui, maintenant, le monde est télévisuelle, la République est Cinquième, et il va falloir s'y faire. Une seule personne à gauche est capable, par un simple discours plein de bon sens, de semer l'hystérie dans le camp de droite, de faire sortir de ses gonds la garde rapprochée sarkozyste. J'ai donc du mal à comprendre ceux qui crachent dans la soupe. Il y a si peu de soupe.

24 février 2009

Ségolène Royal en Guadeloupe

Même l'UMP serait d'accord, j'en suis presque certain, pour dire que la situation en Guadeloupe est assez complexe. D'ailleurs, l'UMP serait sans doute encore plus d'accord aujourd'hui qu'il y a quelques semaines. Je ne prétends pas comprendre ce qui se passe là-bas plus que quiconque, et me contente de constater le désarroi profond du Pouvoir devant cette contestation.

La question coloniale et post-coloniale avaient jusqu'à présent, dans l'essor politique de Nicolas Sarkozy, joué un rôle important, un rôle stratégique : l'exploitation de la xénophobie lui a fait obtenir le soutien d'électeurs prêts à voter contre leurs propres intérêts économiques et sociales, mais très sensibles à ces questions dite, très délicatement, "d'identité". Identité nationale.

Comment faire, cependant, quand on n'est plus candidat et qu'il ne suffit plus de séduire la moitié seulement de la population ? J'imagine que l'espoir initial, la réaction initiale, était d'espérer que l'opinion de la majorité "petit blanc" se retournerait contre la contestation guadaloupéenne. Quelques semaines plus tôt, Sarkozy espérait que la haine du fonctionnaire fainéant servirait à isoler et écraser les enseignants-chercheurs. Soudain, crise économique aidant sans doute, il semblerait que la population s'identifie davantage à ceux que le Pouvoir cherche à dégraisser ou à dompter, qu'à celui, fût-il Très Grand, qui promettait monts et merveilles si seulement il pouvait entreprendre son vaste programme de casse sociale.

Les Antilles sont, paraît-il, assez loin de la métropole. Mais quand on dépense 280 millions (via Juan) pour avoir son propre Air Force 1, la distance ne doit pas poser un énorme problème. Pourtant, le Pouvoir se contente d'envoyer Yves Jégo, comme si franchement la Guadeloupe était trop loin et trop dangereuse pour quelqu'un de plus important. Car Yves Jégo, si ce n'est pas (ça a été prouvé) un apparatchik, est devenu un simple émissaire. Le Pouvoir reste bloqué dans une logique purement coloniale, un conflit qui se passe ailleurs. Pas tout à fait chez nous.

A ce titre, la malheureuse réaction de Martine Aubry était typique de cette attitude: "Je crains effectivement que le sentiment de ras le bol des Guadeloupéens et des Martiniquais se diffuse ici". Ici et là-bas. Ce serait grave, ici. Même si, bien sûr, son intention était de critique l'absence d'action de la part du Chef de l'État.

Et soudain, Ségolène Royal apparaît en Guadeloupe. Nous sommes habitués maintenant à ce que la moindre déclaration de "l'ex-présidente" suscite des réactions excessives. Il faut bien savourer celle du MEDEF local :

L'UMP locale a parlé de "récupération politicienne", tandis que le Medef guadeloupéen assurait ne pas avoir besoin "de politiciens arrivistes, qui viennent nous donner des leçons", invitant la présidente de Poitou-Charentes à "se casser".

Par sa présence, Ségolène Royal a montré que l'on pouvait franchir cette énorme distance entre "ici" et "là-bas", et même en tailleur. Une belle démonstration politique. Et la preuve que le système-Sarko est bel et bien en miettes. Finies les interventions pompeuses où le Très Grand Homme (TGH) débarqué au Tchad, par exemple, pour résoudre lui-même avec ses mains de gladiateur des problèmes qui dépassaient les compétences des intermédiaires. Désormais, il faut des centaines de policiers pour effectuer le moindre déplacement dans des zones rurales de l'Hexagone.

Alors : usurpation ? détournement ? imposture ? manoeuvre politique ? Insincérité de l'ex-Madone ? A quel personnage politique demande-t-on d'être véritablement sincère ? Le geste de Ségolène Royal a supprimé la fausse distance et la fausse différence qui sont celles du mensonge (post-)colonial, qui consiste à dire que là-bas c'est pareil qu'ici, tout en sachant que là-bas ne sera jamais tout à fait pareil qu'ici.

25 novembre 2008

Rage against the machine

AFP :

"Il y aura une première secrétaire mardi soir, un nouveau vote est exclu", prédisait un haut responsable du Parti pour qui la décision sera "politique". Il ne se prononçait cependant pas sur l'issue de l'épreuve de force engagée par les royalistes. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Chouette. Bravo le PS. La décision sera "politique".

J'espère que ces "responsables" mesurent les conséquences de ce qu'ils sont en train de fabriquer. Et la première victime sera Martine Aubry. Un doute permanent planera sur sa légitimité. Et elle sera plus que jamais reconnue comme une femme d'appareil, la représentante et le symbole d'une machine politique aux méthodes douteuse.

Seconde victime collatérale : le PS dans son affrontement avec la droite. Préparons-nous à des moqueries incessantes : qui êtes-vous, pauvre imbécile socialiste, à venir nous faire des leçons, alors que vous n'êtes pas capables de faire une simple élection chez vous ? L'argument fonctionne à toutes les sauces imaginables, dès que la moindre question morale se présentera.

Je suis sûr que Lefebvre a déjà une équipe au travail pour développer l'argumentaire. J'imagine Brice Hortefeux qui s'entraîne déjà à l'utiliser par écrit, à la radio et à la télé.

Pire encore, les militants PS seront une nouvelle fois les victimes de leurs instances. Et là je ne parle pas d'une moitié ou de l'autre, mais de tous. Si notre "haut responsable du Parti" a raison, et que la décision sera en fait "politique", ce sont tous les militants qui auront été privés de leur voix, puisque finalement aucune voix n'aura compté.

Martine Aubry sera donc une première secretaire affaiblie. Et elle aura à gérer la colère des militants que l'on n'aura pas écoutés. La rage contre la machine en est sans doute à ses débuts...

(La lecture de ce document devrait faire rager d'ailleurs tout le monde.)

23 novembre 2008

La démocratie n'est pas légère

La démocratie n'est pas quelque chose de légère. C'est tout ou rien.

Et l'UMP ?

En cette période trouble, on lit à peu près partout que l'UMP se délecte, se gausse. Lefèbvre sort un communiqué à peu près toutes les heures. On ne va pas leur en vouloir, c'est même le cadet des soucis de la gauche.

J'aimerais pourtant voir une vraie élection à l'UMP. Car quand ils veulent, nos responsables de droite sont assez forts pour le crêpage de chignon et autres méchancetés. Quand on dit que c'est la droite qui a dénoncé le HLM parisien de Juppé pendant qu'il était premier ministre...

Donc une vraie élection à l'UMP, Devedjian contre Copé, par exemple. Pas un vote soviétique :

En novembre 2004, Nicolas Sarkozy avait été élu président de l'UMP avec 85,1% des voix, contre 9,10% au député souverainiste de l'Essonne Nicolas Dupont-Aigna et 5,82% à la député des Yvelines Christine Boutin.

Ou encore Sarkozy désigné candidat avec 98,1 % des suffrages. Voilà qui est beau, qui est fort. 50%, c'est un score de gonzesse. 98,1% c'est la démocratie en marche.

Le problème

Le problème, c'est que la démocratie ne se résume pas à glisser un bout de papier dans l'urne. Il faut aussi une certaine culture, des institutions.

Personne ne semble contester le fait qu'au PS, il n'y a pas si longtemps, les pratiques n'étaient pas particulièrement démocratiques. Sans parler du non-respect fabiusien du vote sur le TCE, les pratiques électorales suivaient en général les rapports de force plutôt féodaux. Les militants étaient là pour donner une légitimité à des décisions prises par les seigneurs.

Cette fois-ci, ce n'est pas pareil. Comme pour la designation de la candidate de 2007, vendredi soir le choix était vraiment laissé aux militants. En soi, vu de loin, c'est une très bonne chose. Un progrès. De l'avance sur l'UMP.

Seulement, par malheur, le vote est très serré. Bien trop, car nous arrivons aux limites de la précision électorale dont le PS est capable. C'est sûr qu'à 98,1 %, on peut oublier une section ou deux. A 42 voix, une pression énorme est mise sur chaque acte de chaque responsable dans le décompte du scrutin de vendredi soir. La machine n'est pas assez fiable, tout simplement. Jamais dans l'histoire du PS il n'a été nécessaire d'avoir une précision à la centième d'un pourcent.

Et là je ne parle que des "erreurs". Car l'autre problème avec la démocratie, ce que l'on constate dans les "démocraties émergentes" (catégorie dans laquelle il faudrait désormais inclure le PS), c'est qu'il est compliqué de protéger le processus des intérêts des uns et des autres. Ceux qui organisent l'élection ont des intérêts quant à l'issue. Le soupçon n'est jamais très loin.

Ainsi, quand on commence à être démocratique, il faut l'être jusqu'au bout. Il faut compter toutes les voix, il faut être rigoureux.

Pourquoi il est important d'avoir une vraie élection et pourquoi l'unité n'est pas tout ce qu'on dit

Il faut compter toutes les voix. Et il faut respecter le resultat. Il suffit d'une majorité d'une voix. Si toutes les parties sont confiantes que la voix qui sépare les deux camps est en réalité une voix. Sans cette confiance, tout est au mieux aléatoire, au pire truqué.

On entend beaucoup de cris en faveur du rassemblement, de l'unité. Allez, il faut oublier tout ça et commencer à bosser ensemble. Il faut protéger l'image du PS. Mais cette image est en lambeaux. Aujourd'hui il n'y a pas grand'chose à sauver en termes d'image de marque.

Depuis des années on fustige les synthèses molles à la François Hollande. L'unité que l'on nous propose aujourd'hui serait la plus molle de toutes, l'unité fabriquée dans une crise bien plus grave que le désaccord sur le TCE au Mans. Une synthèse paralysée, paralysante. Non, il faut une victoire et une défaite. Il faut une certaine clarté pour sortir de la confusion actuelle.

Car le niveau de colère produit par les récents évenements ne s'explique pas par une simple préférence de personnes. Depuis longtemps, on dit sans cesse : "au PS, il n'y a plus de débat d'idées, seulement des guerres de personnes". Si ce n'est pas entièrement faux, le vote de vendredi soir et les émotions qu'il a produites montrent à quel point nous sommes à un moment décisif, devant un choix entre deux façons de concevoir la politique et la gauche. Même les socialistes ne s'énervent pas autant pour une différence de coupe de cheveux ou couleur de tailleur. Une question de style ? Oui, mais le style est important, le style est fondamental, le style n'est pas léger.

Aujourd'hui la synthèse est impossible. Il est impossible de "se remettre au travail" puisque personne n'est en mesure de déterminer comment ou vers quoi exactement il faut travailler.

Il est essentiel de trancher. Il est tout aussi essentiel de que la décision prise cette semaine soit légitime et authentique. Chaque heure, ou presque, apporte son lot de nouvelles abérrations électorales. Nous ne pourrons pas reconstruire, même avec des techniques chirurgicales très avancées, le vote d'hier en rajoutant ici et en retranchant là. Il faut donc un vrai vote.

Tant pis si l'UMP rigole. Leur tour viendra un jour.

22 novembre 2008

42 voix

Sur l'issue du vote au PS, lisez Marc Vasseur.

Si j'étais socialiste je ne serais pas fier.

Mais je ne suis pas fier de ne pas être socialiste. A supposer que mon vote aurait compté...

21 novembre 2008

Avec le changement les choses sont différentes

Ce matin Nicolas J. (qui n'aime pas beaucoup Ségolène Royal... je crois qu'il ne m'en voudra pas de le dire ainsi), regrettait son score à peu près correct dans le vote d'hier soir :

je suis déçu car c'est une certaine idée de la gauche que j'avais en moi qui disparaît.

Une certaine idée de la gauche...

Je comprends le sentiment même si je ne le partage pas. (Son blog ne s'appelle pas "partageons mes sentiments" après tout.) Personne ne peut dire exactement ce que cela signifie d'être à gauche, de gauche, et pourtant nous avons chacun une certaine idée. Ou plutôt un ensemble assez vague d'idées, de souvenirs, de valeurs, de références historiques (Jaurès n'aurait jamais dit ça...).

Notre idée de la gauche est quelque chose d'assez flou, nécessairement. C'est tout juste ce qu'il faut pour s'y reconnaître.

Pourtant, depuis des années, et surtout depuis deux ans, il y a comme une évidence : il faut changer les choses au PS. A un moment je n'en pouvais plus d'entendre parler d'un "changement de logiciel". Même Martine Aubry promet de tout rénover (mais en gardant la même équipe). Il semble essentiel d'arrêter de perdre les élections nationales. Et voilà : le socialisme dans lequel depuis longtemps on a pris l'habitude de se reconnaître, en y croyant quand même, s'avère incapable de gagner des élections autres que locales. Certaines des analyses de la gauche ne sont plus pertinentes depuis la fin des Trente Glorieuses. Le consensus est qu'il n'est pas prudent de continuer comme ça.

Le problème avec le changement, c'est que ça change. Quand on change quelque chose, après ce n'est plus pareil. On risque de ne pas s'y reconnaître au début. Pire encore, avec le changement, on sait ce qu'on perd mais on ne sait pas ce qu'on gagne.

Si on ne se reconnaît pas, socialistiquement parlant, en Ségolène Royal, c'est qu'elle représente un vrai changement. Avec les risques que cela représente. Mais si elle paraissait aujourd'hui parfaitement à gauche, au sens où l'on entend la gauche depuis quinze ou vingt ans, c'est qu'elle n'aurait qu'un plat réchauffé à proposer.

Il n'y a plus le temps de tout développer, mais je reste persuadé que le champ d'action de l'État (de gauche) et les moyens d'intervention dont disposerait un État aux intentions gauchisantes vont se modifier profondément dans les années à venir, vers un modèle bien moins centralisé et étatiste. C'est en modifiant les paramètres des acteurs économiques, notamment les entreprises, qu'une véritable politique sociale pourrait voir le jour. Cette gauche là ne va pas ressembler, à à la surface en tout cas, celle que nous avons connue.

Et c'est pour cette raison que je souhaite que les militants socialistes choisiront Ségolène Royal ce soir, contre une pensée et une pratique du socialisme qui ne sont plus d'actualité.

20 novembre 2008

Tiercé

Le Congrès était loupé, et moi j'ai loupé le Congrès. Hormis le premier soir, je n'ai pas pu le suivre du tout. Un peu frustrant ce sentiment de ne pas avoir vécu, fût-ce de loin et à travers les témoignages et analyses, lus après coup, des Left_blogueurs intrépides qui ont fait le voyage.

Ce soir les militants socialistes vont encore une fois voter et si j'ai bien compris, ils auront sans doute à voter une nouvelle fois si aucun candidat ne dépasse les 50%. Des mauvaises langues s'élèvent déjà pour dire que quelle que soit le choix des militants, aucune des deux premières secretaires potentielles ne sera légitime, et l'on nous promet encore des années de chamailleries.

Reveillez-moi en 2022. Ou pourra-t-on encore entendre des anciens au bistrot en train de dire : "... mais le vote dans les Bouches du Rhône..." ou encore : "ce n'était rien à côté du vote au canon dans la fédé du Nord" ?

Le triste spectacle de ce congrès me fait penser à une institution qui essaie de ne pas changer, qui est prêt à tout pour éviter de changer. L'alliance fabiuso-DSKïste derrière Martine Aubry montre à quel point ce ne sont plus du tout les idées, les courants, les théories du social-ci ou de l'économique-ça, ou même le positionnement plutôt à gauche-gauche ou plutôt à gauche-droite qui déterminent les alliances. Tout simplement, un clan, un caste fait de la résistance.

Enfin, pas seulement. Pas seulement un clan, mais un ensemble d'idées, une certaine culture de groupe, qui n'ont rien de détestable, mais qui ont contribué à maintenir le PS dans la situation où elle se trouve.

Juan nous demande de donner notre "tiercé" pour le vote de ce soir. C'est facile :

  1. Ségolène Royal. Elle n'est pas forcément la femme providentielle, mais elle est la seule qui bascule véritablement les choses. C'est pour cette raison que la carpe socialiste et le lapin social-démocrate se liguent contre elle.
  2. Benoît Hamon. Il représent malgré tout une nouvelle génération, son élection aurait une bonne influence sur le parti. A condition qu'Hamon résiste à sa récupération par les éléphants encore trop puissants. Sur le plan idéologique, il est regrettable en revanche qu'il ne fait qu'occuper un créneau néo-fabusien qui n'apporte rien de neuf.
  3. Martine Aubry. Loin derrière les deux autres, Aubry représente la survie du jospinisme, le maintien au pouvoir des mêmes, toujours les mêmes. Son ancrage à gauche se résume à dire que le PS continuera à faire comme il a toujours fait. Plus encore que feu Bertrand Delanoë, Aubry représente à mes yeux le système en place.

Et voilà. Faute de placer un bulletin dans l'urne, j'aurai rempli mes cases PMU.

7 novembre 2008

Vote des militants : tant mieux !

Tant mieux. Ségolène Royal a déjoué les pronostics, les militants socialistes, même un peu fatigués de tout cela, ont montré que, plus ou moins, ils n'étaient pas vraiment satisfaits du status quo à l'intérieur de leur parti.

Tant mieux. Je parlais l'autre jour de l'attente que nous, peuple de gauche, commencions à avoir vis-à-vis des dirigeants et des (ir)responsables de gauche, attente rendue plus vive par tout le symbolisme de la victoire d'Obama. Mais même sans Obama, cette attente était légitime, naturelle. Elle aurait dû être assourdissante, si nos médias écoutaient un peu plus les militants et un moins les chefs et sous-chefs. Le fait que Ségolène Royal était si longtemps, pendant des mois, présentée par les médias comme la grande perdante du vote d'hier soir est là pour nous rappeler à quel point la représentation dominante de la politique dépend des avis d'un tout petit groupe d'élus. Et pour nous rappeler qu'ils peuvent se tromper.

Le succès et Ségolène Royal et celui, tout relatif, de Benoît Hamon, montrent aussi que les militants du PS ne veulent pas reprendre les mêmes pour recommencer. La page du jospinisme commence à tourner.

Malgré un taux d'abstention assez élevé, les militants n'ont pas, la plupart du temps, voté selon des consignes féodales. La direction actuelle est sanctionnée. Tant mieux. C'est l'intérêt des élections : les chefs ne peuvent pas décider des resultats à l'avance. Marc Vasseur s'inquiète tout de même :

Deuxième source d'inquiétude pour moi, la balkanisation du PS. En effet, j'ai énormément de mal à comprendre, ou trop bien, les écarts à la moyenne des différentes motions dans certaines fédérations... Bouches du Rhône, Nord, Pas de Calais, la liste est longue où ces écarts sont supérieurs à 30%... pour moi ce n'est pas une bizarrerie ou la faute à pas de chance ; c'est le signe d'une démocratie interne qui va mal très mal et la trop grande prégnance des élus et des potentats locaux.

Aujourd'hui je suis d'humeur optimiste. La féodalité du PS n'est pas morte, mais on peut quand même espérer que ce vote contre la direction, contre les attentes de la direction, contre le dauphin choisi par François Hollande, fera que les nouveau responsables seront désormais de prêter un peu plus d'attention aux militants en les considérant moins comme des pions à placer que comme une interface avec la société.

Je suis optimiste aussi parce qu'il me semble que Ségolène Royal semble avoir compris que le PS doit s'agrandir, devenir un parti de masse. Rendre le statut de militant plus accessible, ouvrir les portes et les fenêtres aux sympathisants : voilà ce qui pourrait endiguer la tendance dangereuse d'une notabilisation du parti.

18 septembre 2008

L'équilibre mou du jospinisme, ou : La paille et la poutre

Pendant le désolant spectacle de l'Université d'été du PS, je n'étais pas à mon clavier. C'est finalement très bien ainsi, tant la relation symbiotique entre une presse politique pipolisée et des combats de chefs a eu pour effet d'étouffer le moindre soupçon d'une véritable réflexion émergeante. A quoi bon réfléchir, en effet, si une réflexion n'est pas recevable dans l'opinion publique autrement que comme manoeuvre ? Tôt ou tard, il va falloir trouver une idée ou deux, voire une ligne directrice. Ou deux. Le drame du PS actuel, c'est que parmi les prétendants principaux, il y a peu d'idées qui peuvent servir à les départager, et le choix de l'un ou l'autre pour le poste de Premier Secretaire ne sera pas le choix d'une nouvelle direction politique.

Asse42, que je connaissais surtout pour ses commentaires chez Dagrouik, a dressé le mois dernier un portrait du jospinisme en "social-libéralisme". Dans ce tableau, il y a quelques points qui me semblent utiles et intéressants (sinon sereins) :

Son premier choix [à Jospin] a donc été de nommer un premier secrétaire compatible, puisque lui se consacrerait aux joutes nationales. Il a donc naturellement choisi Hollande. Hollande qui était dans les limbes du parti et qui, contrairement à sa compagne, ne jouait aucun rôle majeur. Sa nomination par Jospin a été un accélérateur de popularité pour cet homme drôle, sympa et ... fidèle. Son rôle aura donc été dans toutes ses années de rassembler autour de Jospin, de garder le parti uni. Il a réussi et on peut le gratifier de cet incontestable succès. Avec Hollande, le PS ne s'est pas divisé. Mais il n'a pas non plus attiré à lui.

Souvent il a été reproché à François Hollande les éternelles "synthèses molles" qui ont rendu le PS politiquement illisible ces dernières années. Je n'ai pas les moyens pour apprécier correctement la valeur définitive de cette unité que Hollande a su préserver, mais on peut regretter le fait que son pris fût la mollesse idéologique. Toujours est-il qu'il est injuste de voir en Hollande l'unique moteur de la mollesse : la "synthèse molle" est celle qui arrange tout le monde, et ça je l'ai déjà dit ; elle est aussi une conséquence du jospinisme lui-même, qui consiste (si j'ai bien compris) à trouver à gauche un centre de gravité qui ne déplaît à personne complètement, y compris à des éventuels électeurs issus de la droite molle, au prix, encore une fois, d'une absence de ligne politique claire. Parmi les conséquences qu'asse42 identifie : perte des électeurs populaires, coup d'arrêt aux adhésions au PS. Défaite en 2002 au premier tour sur un programme "pas socialiste".

Les experts pourront me corriger, mais j'ai bien l'impression que le jospinisme commence avec le fameux "droit d'inventaire du mittérrandisme", qui pouvait à l'époque avoir l'air d'une posture légèrement héroïque: tourner la page, tuer le père. Cependant, la démarche aboutit à une gauche moderne et tiède qui ne se définit plus que dans cet afranchissement vis-à-vis d'un passé où le socialisme pouvait exister autrement. Le PS moderne de Jospin est moderne parce que dilué. Socialisme Light. Le progrès social s'en trouve réduit à un équilibrisme entre la seule défense des "acquis sociaux" et un libéralisme tout aussi "light".

Il devient aisé de comprendre que, placé entre un passé à diluer et à protéger, et une économie de marché à filtrer, le jospinisme manque de sources d'idées nouvelles : le "social" n'est présent que par la référence au passé. Si l'on objecte que les 35 heures constituent de ce point de vue un progrès, je répondrai que l'une de leurs faiblesses idéologiques est dans le fait de simplement prolonger une forme très ancienne de progrès social. Et de l'autre côté, le libéralisme light que l'on fait entrer dans le poulailler, en tant que mal nécessaire n'apporte rien pour renouveler le socialisme, mais seulement pour le moduler, de la même manière que le socialisme moderne promet de freiner les ardeurs des marchés tout en les stimulant.

Je n'ai pas de mal à comprendre comment on en arrive là, avec le jospinisme. Le "droit d'inventaire" n'était pas mal à l'époque. Le problème est plutôt qu'aucune ligne nouvelle ne peut s'en dégager. Le jospinisme, c'est la défense tiède du passé, c'est la transition, censée être douce, vers un équilibre entre toutes choses. La tragédie du 21 avril était que la survie du jospinisme dépendait d'une reconquête du pouvoir, chose pour laquelle le jospinisme est très mal adapté. Sujet sans doute de mon prochain billet. Pour l'instant, je voudrais surtout insister sur l'hypothèse selon laquelle la mollesse générale du débat au PS, où l'enjeu politique principal devient la recherche d'une façon originale pour appeler à l'unité, est moins due aux personnalités des chefs de file, ou à celle de François Hollande, qu'aux fondements même du jospinisme. Jospin a parlé, à propos de Ségolène Royal, d'une impasse. Et si c'était la paille qui dissimulait la poutre ?

Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton oeil à toi, tu ne la remarques pas ? Mathieu 7:3

12 juillet 2008

La trouille bleue

Avant hier, je disais, à peu près, que ce que Libération appelle la "gaffitude" de Ségolène Royal est en réalité sa capacité à taper fort dans la comm' sarkozyënne, brisant ainsi les limites que la plupart des (ir)responsables de gauche s'imposent à leur propre parole. Affirmer que ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a secouru Ingrid Betancourt : quelle gaffe ! Dire que la mise-à-sac de son appartement était visiblement politique, alors qu'on se demande qui viendrait chez elle déchirer le procès-verbal du cambriolage précédent juste pour le fun : quelle gaffe !

On peut se demander ce qu'ils ont chez Libé subitement. Quand on lit chez eux un article qui concerne Ségolène Royal, voici les autres lectures proposées :

On dirait le Figaro en pleine campagne présidentielle. Le plus étonnant de ces articles est celui-ci, L'opposante préférée de l'UMP, qui affirme sans l'ombre d'une nuance, qu'à l'UMP on adooooore "Ségolène" :

Ils l'adorent. En privé, ils parlent entre eux de «Ségolène» et se frottent les mains à chacune de ses sorties ; en public, ils ne lui donnent que du «Madame Royal» pour mieux la valoriser. Les dirigeants de l'UMP raffolent de l'ex-candidate socialiste à la présidentielle qui résume à leurs yeux toute la crise du PS. «Surtout qu'on me la garde et qu'on ne la change pas. C'est une opposante qui me va très bien», confiait récemment Nicolas Sarkozy, en marge d'un déplacement à l'étranger.

Tellement on aime Royal à droite, qu'il y a même une équipe consacrée à elle seule. Et pas des moindres, puisqu'on y trouve un ancien premier ministre :

Le parti compte deux spécialistes du «ségolénisme» : l'ancien Premier ministre et ex-président du conseil régional de Poitou-Charentes, Jean-Pierre Raffarin, et l'ex-député des Deux-Sèvres aujourd'hui porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé.

L'article continue de façon aussi monolithique, se gaussant des bons mots que les uns et les autres ont décochés contre Royal : Morano, Paillé, et Chantal Brunel (combien y a-t-il de portes-parole à l'UMP d'ailleurs?), cette dernière ayant gagné l'autre jour avec sa vanne : «Il y une chose qu'on ne peut pas voler chez elle, c'est son programme, car elle n'en a pas.» Etrange, tout de même, que l'on parle encore de "programme", comme si on était encore en avril 2007 et que le programme de Royal était encore d'une brûlante actualité.

C'est n'est pas la seule chose qui cloche dans cet article. Aujourd'hui, c'est "Spéciale Manipulations" (vous verrez pourquoi ensuite), mais déjà quelque chose me semble louche. J'avais dit qu'il était monolithique. En effet, la communication semble un peu trop grasse. Si Ségolène Royal est à ce point le souffre-douleur de la droite, comment se fait-il que l'on consacre autant d'énergie à s'y opposer? Est-ce parce que l'UMP craint véritablement des gens comme Hollande, Montebourg, Cambadélis ou Aubry que l'on décide s'en prendre à Royal pour faire diversion ?

Les ficelles sont un peu grosses. Il me semble légitime de se demander si ce n'est pas Libé qui s'est fait manipuler, et qui a reçu un papier presque tout fait, signé peut-être "JPR", et destiné à discréditer Ségolène Royal dans son rôle d'unique opposante.

Un exemple tout frais : 24 ou 36 heures après le début du "scandale" des accusations contre le "clan des Sarkozy", nous apprenons que la police a déjà un suspect pour le cambriolage de 2006, une jeune femme "issue de l'ex-Yougoslavie" :

C'est ce qu'affirme avec certitude un bras droit de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Selon lui, la jeune femme aurait été identifiée «il y a quelques jours», sans pour autant être interpellée.

D'abord... d'abord, c'est gros. Un "bras droit de Nicolas Sarkozy à l'Elysée" : qui ? Guéant ? Et pourquoi l'Elysée plutôt que chez la police elle-même ? Et pourquoi il y a quelques jours seulement ? Plus loin on lit :

Un très proche collaborateur du Président de la République rappelle que lorsque ce dernier était ministre de l'Intérieur, il a fait légiférer sur le contrôle des officines dont, affirme-t-il, il a toujours trouvé les méthodes déplorables. Vacciné à l'en croire par les affaires d'officines ayant sévi sous de Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac, le même ajoute que cette époque est révolue: «Et même si on avait des envies d'officines, on saurait se souvenir du passé». (C'est moi qui souligne, o16o.)

Je trouve que "l'Elysée" se défend un peu trop bien. Une coupable "idéale" trouvée en quelques heures, toute une théorie sur les "officines". L'Elysée n'est pas en train de se moquer de Ségolène Royal, du moins pas en interne ; l'Elysée a la trouille, l'Elysée travaille 24 heures sur 24 pour ne pas que le soupçon pèse sur le "clan Sarkozy" justement.

Vous allez dire : "oui, c'est une belle théorie du complot, mais bon, c'est un peu trop beau tout ça". J'avais dit que c'est la journée spéciale "Manipulations". Mais moi, je ne fais que suivre dans les traces de l'illustre Dominique Paillé qui va jusqu'à affirmer que la coupable est peut-être... Ségolène Royal elle-même! Lisez et regardez, chez Dagrouik :

Dominique Paillé , député UMP , membre de la bande des chiens qui aboyent, était invité dans l'émission "''N'ayons pas peur des mots''" sur I>télé. Il a tout simplement envisagé que Ségolène Royal ait pu avoir organisé elle même le cambriolage qu'elle a subi.

(La visite chez intox2007 s'impose d'autant plus qu'on apprend toutes sortes de choses intéressantes sur Paillé lui-même.)

En tout cas, seule Ségolène Royal est capable, avec un mot ou deux, de mettre l'intégralité de l'UMP dans un état de fièvre collective avec délires et perte de certaines facultés mentales. C'est déjà pas mal.

10 juillet 2008

Sois intimidée et tais-toi!

Tout le monde va sans doute parler de la même chose aujourd'hui, mais bon. Un choeur de blogs braille plus fort. D'ailleurs, Marc Vasseur, avec un excellent billet sur la question, nous a déjà fait la plupart du travail.

L'affaire de la "mise à sac" de l'appartement de Ségolène Royal se poursuit. Libération met en une "La gaffitude". Laurent Joffrin pond un éditorial suffisant et inepte :

Que dire pour défendre Ségolène Royal ? Rien. On cherche vainement une raison qui pourrait justifier un tant soit peu les accusations à peine voilées qu'elle a portées mardi soir contre le «clan Sarkozy».

Même le Figaro est plus sérieux, malgré un titre légèrement condescandant et machiste : "Ségolène Royal se sent «suivie ou écoutée»". Elle "se sent" suivie. Car une gonzesse, ça sent les choses, car une gonzesse n'est pas raisonable, une gonzesse a peur, est parano, hystérique, émotionnelle, pas sérieuse. Ah, mais c'est le Fig, me dîtes vous tous en même temps. Oui, mais Laurent Joffrin ne fait pas mieux, il fait même pire :

L'ancienne candidate a bien été cambriolée, expérience toujours traumatisante d'autant qu'elle s'est répétée. Mais des millions de Français ont été cambriolés au fil des années. Rares sont ceux qui ont incriminé le président de la République...

Oui, c'est "traumatisant", du coup l'ex-candidate pète les plombs. C'est la variante parano du thème de la "gaffitude" : si ce n'était pas des martiens, alors c'était Nicolas Sarkozy.

Je disais donc que le Figaro était pour le coup plus sérieux. Car là où Joffrin "cherche vainement une raison qui pourrait justifier un tant soit peu les accusations", le Figaro en fournit plusieurs qui méritent d'être répétées :

  • "Les policiers du Service départemental de police judiciaire (SDPJ) des Hauts-de-Seine, chargés de l'enquête parlent d'une «mise en scène», voire de «mise à sac», selon une source proche de l'enquête."
  • "le procès-verbal de [la] plainte [concernant le cambriolage précédent] a été «mis en évidence à dessein, de façon à ce que ce soit repérable», assurent les enquêteurs, confirmant une déclaration de l'avocat de Ségolène Royal, Me Jean-Pierre Mignard."
  • Les policiers auraient fait remarquer que l'heure de la mise à sac était atypique.

Visiblement, le Service départemental de police judiciaire (SDPJ) des Hauts-de-Seine est une antenne de Désirs d'avenir pour pouvoir accréditer ainsi les délires de cette dame.

Sérieusement, qui peut, hormis Laurent Joffrin, soutenir que cette affaire n'a pas tout d'un acte d'intimidation politique ? Laurent Joffrin n'est-il pas assez informé pour savoir que ce ne serait pas la première fois qu'un incident de ce type vient salir l'immaculée vie politique de la France ?

Laurent Fabius, pourtant pas franchement un allié de Royal, est moins naïf que Joffrin (je prends ceci chez Marc Vasseur) :

Pssst Monsieur Joffrin ... L'ancien Premier ministre Laurent Fabius (PS) a affirmé jeudi sur LCI avoir déjà eu le sentiment d'être "suivi, écouté, espionné", mais a de nouveau refusé "d'entrer dans la polémique" à propos de la mise à sac de l'appartement de Ségolène Royal. A la question "avez vous eu le sentiment d'être suivi, d'être écouté, d'être espionné", l'ancien Premier ministre a répondu sobrement: "oui". "Donc ça existe", a poursuivi le journaliste qui l'interrogeait. "Je le crains", a rétorqué M. Fabius. source Ouest France.

Du coup, quand Laurent Joffrin écrit,

D'où vient cette hypothèse sensationnelle ? On ne sait. Rien dans l'enquête, rien dans l'appartement mis à sac, rien dans les milieux judiciaires.

on se demande s'il lit les journaux de temps en temps. Dans le sien, dans le papier correspondant à celui du Fig, les faits accréditant la piste de l'intimidation ne sont présents que sous forme de citations de Ségolène Royal elle-même, confortant ainsi l'interprétation "elle est folle".

Le pire dans cette histoire, c'est que l'effraction dans l'appartement de Madame Royal passe pour beaucoup moins grave que le fait que la première concernée en parle. Sois intimidée et tais-toi! Le fait de dire ce qui ne nous surprendrait pas du tout si le pays en question était l'Italie par exemple, semble, en France, tout à fait hors de propos.

Marc, écrit encore, en s'adressant à Joffrin :

Et pour tout dire, je crois que le temps de l'opposition gentillette est désormais révolue... il s'agit de lutter pied à pied contre une droite revancharde et idéologique. A ce propos, Je m'étonne de votre mansuétude vis-à-vis des tombereaux d'insanités qu'elle nous sert quotidiennement depuis la fin de l'état de grâce de votre ami... cela ne semble guère vous émouvoir,.

Voilà ce que si peu de personnes dans le grand consensus médiatico-politique semblent avoir compris : Ségolène Royal est la seule à taper fort contre la communication sarkozyste elle-même. Cela surprend plus encore à gauche qu'à droite, peut-être, mais, comme je le dis depuis que ce blog existe, pour gagner des élections il faut savoir communiquer, exister sur le plan de l'image. La plupart des cadres socialistes ne parviennent pas à dépasser la petite phrase, l'ironie ou, les bons jours, le sarcasme, alors que face à l'UMP, face à un Sarkozy, il faut taper fort.

L'épisode Ingrid Bétancourt le montre bien. Lisez surtout ce billet de Nicolas J., pourtant pas un ségolénophile, qui montre la nécessité absolue de dire que Sarkozy n'était pour rien dans la libération de l'ôtage des FARC. Il est essentiel de dégommer les faux-semblants sarkozyëns qui n'ont peut-être pas d'importance dans la technocratie ou dans la compétition à l'intérieur du PS, et pour l'instant une seule responsable politique semble l'avoir compris. (Enfin, il y a aussi Noël Mamère qui peut être très efficace quand il veut.)

Ségolène Royal tape fort : c'est l'une des leçons à retenir. Raffarin l'avait traitée de délinquante sociale, Royal sort l'histoire de l'appartement parisien que ce même Raffarin faisait louer par la Région Poitou-Charentes. "T'en veux une, la voilà ta baffe."

Au vu de la réaction de Laurent Joffrin, ce langage politique-là n'est pas acceptable pour la gauche, qui ne doit rien oser, qui doit rester dans sa molle acceptation de la politique et de la communication de la droite, qui doit accepter les termes du débat que la droite lui impose, qui ne doit finalement exister que comme la proposition d'une petite inflexion de la politique de l'UMP. Si on était au pouvoir, on ferait presque pareil, mais un peu mieux...

9 juin 2008

Gauchitudes 4 (Point de vente)

Dans les deux dernières livraisons dans cette série de gauchitudes, j'ai voulu mettre l'accent sur l'aspect local et fragmentaire du pouvoir politique qu'une future gauche pourrait chercher à mettre en place. Maintenant, je voudrais revenir à la question pratique : comment vendre politiquement, électoralement, une telle idée. Pendant la campagne de 2007, la démocratie participative a posé quelques véritables problèmes de communication. On a souvent reproché à Ségolène Royal d'avoir passé plusieurs semaines à écouter les Français, période qui a servi à Nicolas Sarkozy pour démarrer tranquillement sa machine à communiquer, occuper déjà pleinement la scène, etc. Martin P. disait quelque part que la démocratie participative avait comme faiblesse tactique le fait de faire taire celle qui voulait l'imposer. Et plus grave encore, peut-être, la démocratie participative semblerait incompatible avec le format de plus en plus individualiste de l'élection présidentielle.

Suite à une conversation web 0.7pl12 que j'ai eue avec lui, Dagrouik résume ainsi la situation :

[...] le français à peur du bordel, de l'inconnu et en même temps veut donner son avis sur tout. Face au saut dans l'inconnu, il a préféré le caporalisme et la présidence à la Berlusconi de Sarkozy. Le français a peur du bordel (et du changement ), mais il vit dedans, et au final l'organise lui même avec tous les moyens qu'il dispose.

Il ne faut pas oublier non plus que si chacun veut s'exprimer, et à la rigueur être écouté, il est moins évident que notre électeur accepte que les autres aient le même droit à l'expression et soient tout aussi bien écoutés. Le Très Grand Homme (TGH) a réussi sa campagne grâce à sa capacité à convaincre les téléspectateurs que quand il disait : "les Français sont des fainéants", chacun comprenait qu'il parlait seulement des autres. Il ne faudrait pas négliger cet aspect des choses.

Ainsi, même si je pense que la démocratie participative pourrait être une très bonne chose, il ne faut pas se faire d'illusions sur les faiblesses tactiques qu'elle engendre. Il faut donc la vendre autrement.

Un peu de mercatique

Vous vous souvenez? La "mercatique", c'est le mot censé être l'équivalent officiel de l'anglais marketing. (Le mot n'a pas bénéficié d'assez de marketing pour s'imposer. Il a peut-être l'air trop mercantile aussi...)

Comment donc vendre l'idée d'un rapprochement entre le citoyen et les instances de décision collective, sans paraître faible soi-même, ou encore ? Je parle pas, là, seulement de la démocratie participative à la Royal, mais des toutes les mesures de démocratisation imaginables : le candidat qui proposera de limiter le pouvoir de président pour augmenter celui du parlément (autrement qu'avec des micro-mesures même pas symboliques), passera pour faiblard, cherchant à botter en touche et donc pas à la hauteur, limite incompétente. Pardon : je voulais dire : "incompétent". (Cela ne vous rappelle rien?)

Imaginons que toute la gauche se mette derrière cette idée. Deux approches se présentent alors : vendre ces idées comme une manière de contrer des siècles d'injustice, la victoire des faibles contre les forts... ou bien comme une façon de doper l'économie, libérer les énergies, rendre la vie plus amusante, positiver un max, "ensemble on peut tout faire sauter", "on va se marrer", etc.

(Dans le prochain numéro j'essaie de fournir quelques idées plus concrètes pour vendre.)

2 juin 2008

Gauchitudes 2 (Boucle locale)

Suite de la série des Gauchitudes.

Boucle locale

Je suis de ceux qui pensent que le marché peut faire bien certaines choses, souvent mieux qu'une planification étatique. Hier je parlais de la confrontation entre le marché et l'Etat, et jmfayard a souligné l'intérêt qu'il y avait à ne pas rester dans la simple opposition Etat/marché. Cette idée me semble essentielle, en effet, pour sortir de certaines des vieilles habitudes qui font que les désirs de la gauche se heurtent à des réalités financières comme le pacte de stablité. Il n'y a pas que la gauche pour s'y heurter, bien sûr... mais passons. D'un côté, l'Etat est l'expression du collectif, et donc le rempart contre la dureté des "fins de cycle", mais d'un autre, l'étatisme n'est pas, en soi, une valeur de gauche. Et pourtant, c'est ce que l'on a souvent reproché à la gauche, parfois avec raison.

Le rapport entre l'Etat et le marché n'est pas seulement une question de bonne gestion, ou d'efficacité, mais une question éminement politique, une "conviction" comme le disais hier Monsieur Poireau. Quel choix veut-on faire entre l'efficacité des marchés et la souffrance humaine engendrée par krachs et autres couacs ? Que vaut cette souffrance?

Reprenons ces arguments d'efficacité du marché, qui dissimule un autre type de problème politique. L'efficacité du privé est devenue une idée reçue, que même la gauche n'essaie plus de renverser. Encore une fois, je ne veux pas m'enfoncer dans l'opposition entre l'État et l'entreprise, mais suggérer que l'avantage de l'entreprise (toujours en termes d'efficacité) sur l'État n'est pas nécessairement une loi économique, mais, en partie du moins, une question d'échelle : les petites structures sont parfois plus efficaces que les grandes. Et l'Etat est l'une des plus grandes structures, avec une mention spéciale pour l'Etat français avec sa prédilection pour la centralisation. Mais même à l'intérieur du monde de l'entreprise, il ne manque pas d'exemples qui montrent la même chose : souvent la très grosse boîte où il faut faire des centaines de réunions pour faire ci ou ça, n'est, comparée à une petite start-up, ni efficace ni innovante, n'arrive pas à s'adapter aux réalités du monde, partage en fait la plupart des défauts habituellement attribuées à l'État, seulement à une échelle différente.

Souvent nos amis libéraux semblent penser que la légendaire efficacité du "privé" est due à la pression des resultats sonnant et trébuchants et au poids des actionnaires, alors que souvent ces supposés avantages sont dûs simplement au fait que l'entreprise peut agir dans une logique plus locale, avec moins de distance entre les instances de décision et l'application de ces décisions. Et quand on dit les choss comme ça, on s'aperçoit que cette efficacité là n'est pas nécessairement réservée aux entreprises, mais peut être partagée des entités collectives.

Voilà donc une valeur de gauche qu'il me semble important, et utile, de défendre. Certes, c'est François Mitterrand qui a lancé la décentralisation, certes le PS est globalement crédité pour être efficace (tiens!) sur le plan local et régional, mais il faudrait encore enfoncer le clou pour en faire une valeur de premier plan. La démocratie participative, est, me semble-t-il, une tentative d'aller dans cette direction, même si pour l'instant le cadre reste celui d'une prise de décision nationale.

Et, bien sûr, ce n'est pas seulement une question d'"efficacité". Le rapprochement entre le citoyen et les instances de décision est un enjeu profondément démocratique, et profondément "gauchiste".

28 mai 2008

Jeux de mots

Comment dire...? Je pense qu'il est probable que Bertrand Delanoë ait commis une erreur politique en se déclarant "libéral". En même temps, je pense qu'il est très bien qu'il l'ait dit. Et ce n'est pas parce que je souhaite qu'il fasse des erreurs ou qu'il dise des choses qui lui sont nuisibles.

L'effet positif de cette déclaration, très appuyée, est, ou sera, je pense, double : d'une part, elle crée les conditions d'un véritable débat sur l'identité et l'avenir du socialisme. Car c'est une vraie question : après avoir reconnu tout récemment l'existence de l'économie de marché (je plaisante : n'est-ce pas à peu près la distinction historique et originel entre le socialisme et le communisme ?), le PS doit en effet expliquer sa relation au capitalisme.

Dire que le socialisme est une forme de libéralisme, c'est sûrement aller trop loin. C'était sans doute l'intention de Monsieur Delanoë, qui a réussit, quoi qu'on en dise, son coup médiatique en se plaçant au centre d'une petite tempête sémantique. Et ce n'est pas comme si le PS n'avait jamais réfléchi à sa relation au capitalisme. Il ne pense qu'à ça, en réalité. La question ne se joue pas en termes de profonde réflexion politique, mais en termes de communication, ou encore de pédagogie. Comment expliquer la position du PS ? En s'appropriant un symbole, un mot symbolique. Et c'est là où il me semble que ce mot de "libéral" soit un peu exagéré.

On m'expliquera que le libéralisme, c'est les Lumières, les libertés individuelles, etc. Je sais. Mais la question n'est pas là. Si on ne garde que cette définition là, historique, philosophique, nous sommes tous déjà des libéraux, voire des ultralibéraux, et il n'y avait pas besoin d'en faire tout un plat. Le but de Bertrand Delanoë n'était pas de rappeler ce que tout le monde sait déjà. Cette histoire n'a d'intérêt que parce que Delanoë a brisé une sorte de tabou symbolique. Se dire "libéral et socialiste" c'est un geste, celui des pieds qui vont vers le plat.

Et c'est là où je dis tant mieux. Finalement, le "combat des personnes" va accoucher d'une discussion des idées fondamentales. Ou du moins un "combat" où les idées seront des armes. C'est déjà pas mal : on est en politique, quand même. Et du coup, Ségolène Royal ne sera plus "celle qui n'est pas vraiment à gauche".

7 mai 2008

Comment gruger les vieux

Le chômage, c'est la faute des chômeurs. C'est connu. "On ne travaille pas assez en France." Pire encore, on empêche les gens de travailler, "Il faut laisser les gens bosser" dit notre Très Grand Homme (TGH) (source). Et quelle meilleure façon de les en empêcher, que de leur fournir des allocations chômage ?

Supprimer donc les allocations est une façon de supprimer le chômage. La dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs ayant au moins 57 ans est traitée maintenant carrément comme une interdiction pour nos pauvres séniors de chercher du boulot. Ils voudraient bosser, mais l'Etat-Providence ne veut pas. Du coup ils restent chez eux et dépriment.

Christine Lagarde avait bien appris sa leçon de com':

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a confirmé, jeudi 17 avril, sa volonté de lever la dispense de recherche d'emploi (DRE) pour les chômeurs de plus de 57 ans et demi, estimant que ceux-ci "doivent pouvoir chercher du travail".

"...doivent pouvoir chercher du travail." Comme si aujourd'hui il leur était impossible de chercher du travail s'ils n'en avaient l'obligation.

Encore une fois, on tartine la vérité de stupidités - ici des "vieux qu'on ne laisse pas bosser" - pour escamoter la véritable question, celle d'une dévalorisation des retraites. Oui : dévalorisation des retraites. Allez vendre ça à ceux qui vous ont élu, Monsieur Président.

Ainsi, le TGH dénonçe le "racisme de l'âge" :

Lors d'une table ronde sur le travail des seniors, le chef de l'Etat a dit vouloir dénoncer le "gâchis" et le "racisme de l'âge" que constitue, en France, la mise à l'écart d'actifs de plus de 50 ans.

Avec un taux d'activité des 55-65 ans à 38%, la France est loin de la moyenne européenne de 43,5% et d'un taux de 58% au Royaume Uni, de 62% aux Etats-Unis, de près 70% en Suède ou de 48% en Allemagne.

Fabien-Pierre Nicolas nous rappelle que c'était là l'un des thèmes de Ségolène Royal :

Le Parti Socialiste et sa candidate avaient ainsi estimé qu'il s'agissait d'un dossier plus crucial que celui de la durée de cotisation vu qu'on parle d'un différentiel pour les 55-65 ans de 20% par rapport à l'Angleterre, de 25% par rapport aux Etats Unis et de 32% par rapport à la Suède.

Faison un peu de calcul. Le taux d'emploi des 55-60 était, en 2005, de 54% (source, pdf). Suppons que cela signfie que les 46% ne travaillant pas ne pourront pas bénéficier d'une retraite à taux plein. Et supposons encore qu'une partie, faible peut-être, je n'en sais rien, des 54% travaillant à ces âges là n'ira pas non plus jusqu'aux 40 ou 41 années des cotisation. Supposons donc que la moitié de la population ne travaille pas jusqu'au bout. Cela veut dire que le fait de passer de 40 à 41 se traduit, pour au moins la moitié de la population, par une simple diminution de leur retraite. Celui ou celle qui n'a pu cotiser que pendant 37 ans aura une retraite déficitaire de quatre années plutôt que de seulemnet trois. Donc pour la moitié de la population, une fois éliminé tout le blablah sur la volonté de travailler, ce qui est en jeu est une dévalorisation franche de leurs retraites. Tout simplement.

Or, pour imposer cela aux Français, il faudrait avoir le courage de le dire.

(Voir aussi Sarkofrance.)

(Et voir aussi aussi PMA.)

6 mai 2008

C'est courageux, c'est clair

Le but de ce billet n'est pas de dire que Bertrand Delanoë et ses amis jospinistes devraient se taire, qu'ils ne devraient pas lancer une initiative en ligne avec un titre plein de bons sentiments pour engager le dialogue avec le peuple de gauche. Nous n'allons pas accuser ces gens-là de vouloir renverser l'ordre naturel des choses au PS, nide prendre le parti par la force tels des (ex-)trotskystes. Je ne leur reprocherai pas le fait de parler en dehors des instances du Parti, directement aux militants dont on sait comment ils sont influençables par des jolis sites internet.

Non, je ne dirais rien de tout cela. Car ce nouveau site, que je n'ai fait que parcourir, est déjà la démonstration que si, pour des raisons qui m'échappent encore, les 10 questions posées par Ségolène Royal le 4 avril étaient illégitimes et dangereuses au moment où elles ont été publiées, elles ne le sont plus. En voulant faire (un peu hâtivement, c'est ce que suggère le billet de Dagrouik) dans la Démocratie 2.0 (si, si, c'est un forum, on peut répondre), Delanoë et Cie ont validé la démarche de Ségolène Royal. C'est bien.

(Il y a quelque chose de curieux dans la réaction suscitée par ces questions, quand même. On dirait que c'était beaucoup plus subversif, finalement, de poser des questions. Ça dérange, et c'est étonnant.)

Update: Voir aussi le billet de Luc Mandret.