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6 mars 2012

Nouvelle victime à droite de la fièvre halal

La fièvre halal continue de faire des ravages à droite. Juppé résiste encore, comme NKM, mais après Sarkozy, François Fillon a succombé. Ne voulant pas passer inaperçu – ou est-ce juste un symptôme de la maladie ? –, il a trouvé bon d'inclure la religion juive dans l'anathème :

S'exprimant à titre personnel, le Premier ministre a estimé sur Europe 1 que "les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n'ont plus grand chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé".

Ils n'ont qu'à faire comme les chrétiens, comme les catholiques. Tellement plus moderne et plus simple, surtout dans un pays avec ses racines vous-savez-bien-quoi, soeur de l'Eglise.

L'énormité est tellement énorme (signalons au passage que Rachida Dati s'est jetée dessus), et François Fillon n'est ni Claude Guéant ni Christain Estrosi ni même Nadine Morano, qu'elle mérite un peu d'interprétation.

Le contexte est la lutte UMP/FN. Marine Le Pen, à part une petite excursion nostalgique à Vienne, a globalement laissé tomber les références anti-sémitique qui constituaient le fond de commerce de son père. Soudain, Fillon trouve le moyen de ramener la religion juive dans ce que la droite appelle désormais un "débat" (Copé).

La conclusion est simple : soit, alors qu'il parlait sur Europe 1, François Fillon a perdu brièvement l'usage de son cerveau, soit il y a une véritable initiative de mettre la main sur les antisémites frustrés par les silences de Le Pen, fille.

5 mars 2012

Halal : LOL

Le coup des 75% a effectivement donné aux journalistes l'occasion de se livrer à l'une de leurs platitudes préférées, cette fois sous la forme "Hollande copie Sarkozy".

Nicolas Sarkozy battu à son propre jeu ! En proposant de créer une tranche supérieure de taxation à 75% des très hauts revenus, François Hollande a fait du Sarko à sa manière. Voilà le maître dépassé. Hollande avait si bien décortiqué le "coup d’éclat permanent" de son adversaire qu’il ne lui restait plus qu’à l’appliquer.

Tant mieux, de toute façon : il ne fallait absolument pas faire une campagne Jospin 2002 pour espérer battre Sarkozy en 2012.

Ce qui apparaît au fil des semaines dans cette campagne-ci, c'est que la capacité de Sarkozy de mobiliser les médias et l'opinion tourne en rond. Depuis cinq ans, nous avons développé des anticorps. Monsieur Poireau :

Loin d'agir sur nos consciences comme il était prévu, tout cela n'a bientôt plus été pour nos perceptions qu'une sorte de ronron, un bruit de fond sans importance. Comme nous éludons parfois d'entendre ce que nous dit la publicité télévisée, nous nous sommes échappés par distraction de cette propagnade.

Le candidat-président-candidat paraît incertain, un coup libéral, un coup xénophobe, un coup peuple. Et il prend les pieds dans le tapis médiatique.

On dit que Hollande fait du Sarkozy, mais Marine Le Pen y arrive aussi, ou du moins à faire du Guéant, ce qui est déjà pas mal. Cette histoire de viande halal sera, je l'espère en tout cas, reconnue un jour pour la merveille de mysticification et de manipulation que c'est. Je m'attendais, depuis des années, à ce qu'une "question de société" visant les musulmans allait déballer sur nos écrans à peu près maintenant. Je pensais que ce serait peut-être les prières de rue. Le Très Grand Homme (TGH) parle de la burqa à chaque occasion, faisant comme si le PS s'était opposé à la loi qui l'interdit. Et puis non, finalement, ce sera la viande halal, sujet introduit dans la sphère politique, au hasard d'une émission télé, par #MLP.

Je ne perdrai pas votre temps en exposant la stupidité de la question (il y a quelques infos ici et bonne mise en pièces républicaine et laïque par Mélenchon ici). Ce qui est vraiment drôle ou tragique ou consternant ou tout cela à la fois, c'est comment, sur les six cerveaux du Président, les quatre les plus droite se sont laissés abuser par leurs propres méthodes.

La première de Sarkozy est assez logique. À Rungis, il se pose en défenseur des braves gens qui bossent :

"C'est une polémique qui n'a pas lieu d'être. 200.000 tonnes de viande sont consommées chaque année en Ile-de-France. 2,5% sont de la viande casher et halal", explique M. Sarkozy. "Ici, les gens travaillent dur et se donnent du mal. Il fait les respecter", poursuit le candidat UMP, en s'engouffrant dans les salles réfrigérées des grossistes en viande.

Le ver était déjà dans le fruit, pourtant, car qu'est-ce qu'un Très Grand Homme (TGH) ferait à Rungis à six heures du mat', alors qu'il pourrait être au chaud avec Carla et la petite ? Sarkozy le communicant devait voir le potentiel de la thématique : le réflexe islamophobe, la peur primordiale de l'empoisonnement, le cuit et le cru… "Pourquoi cet imbécile de Guéant [n']y a-t-il pas pensé avant, plutôt que de perdre son temps avec la prière de rue, qui n'a toujours rien donné ?" En revanche, Sarkozy l'énervé croit que tout problème peut être règlé avec un déplacement présidentiel et des images sur TF1, et que prendre de la hauteur ne sert à rien. Donc il va à Rungis pour éteindre le feu, et ce faisant, bien sûr, atteint l'objectif inverse, jettant de l'huile de dessus. Comme d'habitude. Il doit bien y avoir un problème avec le halal, si le Président se déplace…

Resultat des courses : le halal se retrouve dans le Programme Présidentiel, il y aura (si je suis réélu) une nouvelle dimension spirtuelle dans la boucherie:

La première grande proposition du jour fut « l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage ». On était gêné, comme toujours, quand on voyait l'ancien vainqueur de 2007 sombrer dans la caricature. « Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu'il mange, halal ou non ». (C'est Juan qui commente.)

Guéant s'en va avec son bidon d'essence pour parler halal dans les cantines scolaires, au point que NKM le critique et que Copé trouve le moyen de le défendre le plus maladroitement possible en le désignant comme un extrêmiste :

Le député-maire de Meaux a néanmoins défendu le ministre de l'Intérieur, en estimant qu'il ne fallait "pas non plus caricaturer les propos" tenus. "C'est très facile de les sortir de leur contexte" et avancé que "parce que c'est le ministre de l'Intérieur, il a forcément dit quelque chose de politiquement incorrect".

Bref, les communicants se font communiqués, et on rigole.