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28 avril 2012

UMP : Soudain, comme ça, Sarkozy est devenu xénophobe ?

Il y a désormais un consensus médiatique : Nicolas Sarkozy court après le Front National, pille son programme, est parti dans une "course à l'échalote". La chose est admise, par les médias et par un certain nombre de membres de la majorité. La course après le Front National existe désormais aux yeux du plus grand nombre. Seul Sarkozy lui-même peut encore nier, avec sa fausse naïveté siropeuse habituelle, qui lui permet de dire une chose et son contraire selon les publics.

En préparation pour le cataclysme annoncé, une partie de l'UMP commence tout doucement à prendre ses distances avec son candidat et ses excès. L'Express, par exemple, nous dit que "Gaullistes, centristes, humanistes… Tous tiennent à rappeler que l'UMP n'est pas qu'une droite qui fait la course au FN."

Peu à peu, les "modérés" de l'UMP semblent prendre leurs distances. On rend Patrick Buisson responsable de tout. C'est un gourou qui aurait hypnotisé le Très Grand Homme (TGH) :

« C’est un gourou total! Il a une influence irrationnelle sur le président, qui l’appelle trois fois par jour », raconte, dépité, un membre de l’équipe de campagne.

Surtout, les "grands" de l'UMP, ceux qui souhaitaient une campagne avec un vrai capitaine, une vraie barque et une vraie tempête, voient dans Buisson l'explication de leurs ennuis actuels :

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, et le chef du gouvernement, François Fillon, accuseraient même Patrick Buisson d’avoir favorisé l’extrême droite au premier tour. "Voilà où Buisson nous a conduits, râle Alain Juppé le 22 avril au soir, selon 'Le Canard Enchaîné'. Il devait faire baisser le Front et Marine Le Pen fait 1,6 million de voix de plus que son père [en 2002, NDLR]".

C'est la faute à Sarkozy, mais encore plus la faute à Buisson, avec ses pouvoirs occultes, qui aurait poussé son Président dans une sorte de démence.

Après l'élection les couteaux vont sortir et nous verrons beaucoup de créativité dans les manières de prendre de la distance vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Le culte de l'homme fort, et la peur d'être designé comme responsable de la défaite suffisent à tenir presque tout le monde. Bientôt ils vont pouvoir chanter tous : "ce n'était pas nous, nous on est les gentils". (Enfin pas tous : il y a aussi ceux qui ne rêvent que d'avoir l'occasion de partir d'un virage droitier sans retour. Ils suivront leur chef sans doute.)

Donc, à tous ces humanistes, modérés, "vrais gaullistes", adultes responsables, républicains "authentiques", je voudrais simplement suggérer que c'est un peu tard de se réveiller, et que cela fait cinq ans que dure la dérive droitière, xénophobe et anti-républicaine de Sarkozy. Et je voudrais suggérer que cela ne dérangait personne à l'UMP tant que leur "soupe" n'était pas menacée par une défaite, qu'il n'y a pas eu beaucoup d'objecteurs de conscience parmi leurs rangs. Je voudrais surtout leur faire comprendre que ce n'est pas en criant "Patrick Buisson ! Patrick Buisson !" qu'ils vont pouvoir se laver de tout ce qu'a fait Sarkozy à cette République dont ils se réclament.

Ce qui se passe actuellement n'est que le dévoilement au grand jour de ce qui se prépare depuis cinq ans, ou davantage encore. Un coup d'accelérateur juste en arrivant devant le mur, mais pas un coup de volant. L'UMP modéré a-t-il oublié Hortefeux, Besson et Guéant ? Patrick Buisson avait-il mangé les cerveaux de ces augustes défenseurs des droits de l'homme avant de réussir à atteindre les sept cerveaux de Sarkozy ? Le pacte avec le diable fut réalisé en 2007, ou avant, quand l'UMP a réussi à siphonner les idées du Front National. Le "diable" ce n'est pas le FN, ou la famille Le Pen, mais leurs idées, qui salissent tous ceux qui les reprennent.

N'essayez donc pas, chers "modérés", de vous détacher soudain de Sarkozy. Vous étiez là, vous étiez au courant, vous avez profité. Pour être humaniste il fallait se réveiller plus tôt.

23 avril 2012

L'échec de Charles Millon

Les plus jeunes parmi vous ne se souviennent de Charles Millon, UDF, droite catho (pro-peine de mort, anti-avortement), ministre de la défense sous Chirac. Aux élections régionales de 1998, en Rhône-Alpes, il se retrouve dans la position de Nicolas Sarkozy aujourd'hui : il avait besoin des voix du Front National pour garder le conseil régional. Peu après (et après son exclusion de l'UDF, due notamment à François Bayrou ; Madelin quitte l'UDF en même temps) il fond son propre "mouvement", La Droite. L'idée était que la droite dite républicaine ne devait pas se priver du Front National, puisque celui-ci faisait naturellement partie de La Droite.

L'épisode des régionales 1998 a été le début de la dégringolade personnelle de Millon. L'idée d'une grande droite allant de Hitler à de Gaulle et même jusqu'à Tocqueville, n'est pas morte pour autant. C'était la droite décomplexée avant l'heure, et on peut être certain que Millon n'était pas le premier à regarder les resultats en se disant que si on additionnait les scores RPR, UDF et FN, la droite, ou La Droite, serait imbattable pour toujours. Ou du moins pour mille ans, ou quelque chose comme ça.

Si Nicolas Sarkozy, ainsi que les inséparables Copé et Fillon, se retrouvent depuis hier dans la même position que Millon, il y a plusieurs différences importantes, la première étant qu'ils ont à séduire des électeurs et non pas des élus, comme c'était le cas pour Millon. La seconde, c'est que depuis cinq ans, c'est déjà La Droite, ou sa réincarnation, qui gouverne la France, Sarkozy se faisant élire sur un programme faisant la synthèse idéologique de l'UMP et du FN. Il n'y a pas de sens de parler d'une coalition pour une élection présidentielle, mais l'élection de 2007 y ressemblait fortement, sur le plan des idées sinon sur celui des personnes.

Depuis 2007, Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant ont fait ce qu'ils pouvaient pour mener une politique qui devrait plaire au Front National. La synthèse n'était pas seulement dans les mots

La question devant les électeurs cette année est donc : veut-on reconduire La Droite ? L'échec du premier tour, avec le retour massif des électeurs FN vers leur pays d'origine (on les aime, mais on les aime chez eux), signe l'échec de cette stratégie et l'échec de l'idée même d'une Grande Droite.

Le problème, c'est que ce qui motive le Front National, son moteur xénophobe, n'est pas compatible avec la droite conservatrice. Je ne parle même pas de compatiblité avec la République. (Nous sommes décomplexés maintenant, n'est-ce pas ?) L'électeur xénophobe, pour diverses raisons, veut toujours plus, et n'a rien à faire justement de défendre le capital. Il est tout sauf conservateur. J'écrivais l'autre jour :

Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible, d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots : "venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout faire péter, comme toujours.

L'électorat du Front National ne veut pas du système, ne veut pas de la réalité, ne veut pas de l'UMP, ne veut même pas des mesures de Claude Guéant, aussi odieuses qu'elles soient. (Individuellement, les électeurs se trompent, arrivent entre les mains de Marine pour diverses raisons, plus ou moins bonnes. Ce ne sont pas tous des enragés : je parle plus des idées que des gens qui sont attirés par les idées. Le drame aujourd'hui c'est que presque vingt pourcent des électeurs souhaitent se mettre hors du jeu.)

Donc La Droite ne marche pas, et ce n'est pas à cause des grands principes républicains bafoués. Même décomplexée, La Droite ne marche pas parce qu'elle se fracture de l'intérieur. Elle ne marche pas parce que le Front National n'y retrouve aucun intérêt.