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3 mai 2012

Obligation de nuire : un deuxième quinquennat avec Sarkozy serait pire que le premier

Le débat d'hier soir semble avoir remis les pendules à l'heure. François Hollande a brisé l'élan du Très Grand Homme (TGH), cet élan artificiel qui allait de l'anniversaire de Julien Dray, au Trocintox où étaient présents au moins 60 millions de français (certains DOM se sont déplacés intégralement). Le spectre d'un Nicolas Sarkozy capable de manipuler sa propre image commençait à refaire surface, et on pouvait se laisser aller à imaginer que pendant au moins quelques heures, dimanche, une proportion suffisante d'électeurs seraient hypnotisés en allant au bureau de vote pour que le TGH renverse in extremis son impopularité qui dure pourtant depuis années.

23 avril 2012

L'échec de Charles Millon

Les plus jeunes parmi vous ne se souviennent de Charles Millon, UDF, droite catho (pro-peine de mort, anti-avortement), ministre de la défense sous Chirac. Aux élections régionales de 1998, en Rhône-Alpes, il se retrouve dans la position de Nicolas Sarkozy aujourd'hui : il avait besoin des voix du Front National pour garder le conseil régional. Peu après (et après son exclusion de l'UDF, due notamment à François Bayrou ; Madelin quitte l'UDF en même temps) il fond son propre "mouvement", La Droite. L'idée était que la droite dite républicaine ne devait pas se priver du Front National, puisque celui-ci faisait naturellement partie de La Droite.

L'épisode des régionales 1998 a été le début de la dégringolade personnelle de Millon. L'idée d'une grande droite allant de Hitler à de Gaulle et même jusqu'à Tocqueville, n'est pas morte pour autant. C'était la droite décomplexée avant l'heure, et on peut être certain que Millon n'était pas le premier à regarder les resultats en se disant que si on additionnait les scores RPR, UDF et FN, la droite, ou La Droite, serait imbattable pour toujours. Ou du moins pour mille ans, ou quelque chose comme ça.

Si Nicolas Sarkozy, ainsi que les inséparables Copé et Fillon, se retrouvent depuis hier dans la même position que Millon, il y a plusieurs différences importantes, la première étant qu'ils ont à séduire des électeurs et non pas des élus, comme c'était le cas pour Millon. La seconde, c'est que depuis cinq ans, c'est déjà La Droite, ou sa réincarnation, qui gouverne la France, Sarkozy se faisant élire sur un programme faisant la synthèse idéologique de l'UMP et du FN. Il n'y a pas de sens de parler d'une coalition pour une élection présidentielle, mais l'élection de 2007 y ressemblait fortement, sur le plan des idées sinon sur celui des personnes.

Depuis 2007, Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant ont fait ce qu'ils pouvaient pour mener une politique qui devrait plaire au Front National. La synthèse n'était pas seulement dans les mots

La question devant les électeurs cette année est donc : veut-on reconduire La Droite ? L'échec du premier tour, avec le retour massif des électeurs FN vers leur pays d'origine (on les aime, mais on les aime chez eux), signe l'échec de cette stratégie et l'échec de l'idée même d'une Grande Droite.

Le problème, c'est que ce qui motive le Front National, son moteur xénophobe, n'est pas compatible avec la droite conservatrice. Je ne parle même pas de compatiblité avec la République. (Nous sommes décomplexés maintenant, n'est-ce pas ?) L'électeur xénophobe, pour diverses raisons, veut toujours plus, et n'a rien à faire justement de défendre le capital. Il est tout sauf conservateur. J'écrivais l'autre jour :

Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible, d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots : "venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout faire péter, comme toujours.

L'électorat du Front National ne veut pas du système, ne veut pas de la réalité, ne veut pas de l'UMP, ne veut même pas des mesures de Claude Guéant, aussi odieuses qu'elles soient. (Individuellement, les électeurs se trompent, arrivent entre les mains de Marine pour diverses raisons, plus ou moins bonnes. Ce ne sont pas tous des enragés : je parle plus des idées que des gens qui sont attirés par les idées. Le drame aujourd'hui c'est que presque vingt pourcent des électeurs souhaitent se mettre hors du jeu.)

Donc La Droite ne marche pas, et ce n'est pas à cause des grands principes républicains bafoués. Même décomplexée, La Droite ne marche pas parce qu'elle se fracture de l'intérieur. Elle ne marche pas parce que le Front National n'y retrouve aucun intérêt.

12 mars 2012

L'irresponsable politique

Aujourd'hui je n'aurai pas le temps de faire un vrai billet, mais il y a deux choses que je voudrais dire pendant que nos souvenirs de le discours du grand tournant dans la campagne de Sarkozy sont encore frais. Grand tournant, j'ai dit ? Je voulais dire grand virage, histoire de tourner en rond, ou de retourner en 2007.

D'abord, donc : Schengen.

Ce que je trouve presque triste, c'est qu'une grande figure de l'Europe actuelle – oui, Sarkozy, en tant que Président de la R. F., est malgré tout une grande figure en Europe en ce moment – puisse, même complètement acculé électoralement, se baisser jusqu'à proposer de démanteler l'Europe juste pour avoir quelque chose à dire. Car même si Nicolas Sarkozy est battu pour enfin aller dans son monastère, il restera le fait qu'un Président français a suggéré que chaque pays pouvait revenir sur les traités fondamentaux de l'Union, traités qui ont force de loi, ne l'oublions pas. Sarkozy estime qu'il s'est montré suffisamment européen pour se le permettre. Qu'est-ce qui empêchera n'importe quel pays européen, la Pologne ou l'Autriche avec un nouvel Haider, de faire la même chose. Depuis hier, le vers est dans le fruit.

(Et qu'on ne vienne pas me dire que François Hollande fait la même chose en proposant de renégocier avec Merkel : ce n'est pas encore un traité, mais simplement un accord ; l'accord n'a que quelques mois, et Hollande a annoncé son intention quasiment au moment même où l'accord était formulé.)

Hier, donc, Nicolas Sarkozy a volontairement rendu l'Europe plus faible, uniquement pour sauver un ou deux meubles électoral. Irresponsable. Le petit Louis, avec sa tomate, ne ferait pas mieux.

La deuxième chose que je remarque, et là je vais faire un peu moins le gauchiste qui couine (plutôt que de simplement accepter la domination de la démagogie, de la mauvaise foi et de l'irresponsabilité narcissique), c'est que si on pouvait vraiment revenir cinq ans en arrière, ce discours de Villepinte aurait sans doute marché un peu mieux. En 2007, Sarkozy, aidé beaucoup je crois par Emmanuelle Mignon, réussissait à se placer sur chaque question en créant la confusion sur la répartition gauche/droite.

C'était un peu plus tard, mais avec la burqa la technique marchait bien : les droites républicaine, catholique, souverainiste et xénophobe trouvaient forcément leur compte ; à gauche, les arguments de laïcité et droits de femmes semaient le doute également, prenant le dessus sur les considérations des droits individuels, des réalités d'une société, oui, multiculturelle moderne. La tentative d'appliquer le "travailler plus pour gagner plus" aux enseignants devait être sur le même modèle. Les gesticulations sur Schengen et l'Europe, au delà de leur absurdité propre, sont censées donner une dimension "populaire" à une une politique résolumment anti-sociale, tout en bottant en touche sur les vraies questions : "faute à l'Europe".

Et je dirais même que toute la dérive droitière des dernières semaines suit cette même logique, comme, d'ailleurs, toute la filière Hortefeux/Guéant depuis des années. Aujourd'hui, on a quand même l'impression que cette méthode de brouiller les pistes est moins efficace, ou même plus efficace du tout.

L'une des raisons est bien sûr que maintenant nous avons un vrai bilan, et non plus seulement des annonces et des promesses. Il est toujours possible de promettre d'être à la fois A et B même quand A est le contraire de B, mais il est bien plus difficile de passer au delà de la promesse. En plus, nous avons aujourd'hui le personnage "Sarko" qui s'est avéré, même pour le grand public, bien plus désagréable que ce qu'ils avaient imaginé entre 2002 et 2007.

Mais je pense que la vraie raison de l'échec de cette triangulation paradoxale "droite extrême/gauche populaire", c'est que justement ce qui paraissait paradoxale en 2007 est aujourd'hui limpide. Et ce chez les électeurs. Pourquoi ? Parce qu'entretemps ce créneau a été amplement développé et expliqué par cette Marine Le Pen dite "sociale", qui il y a quelques mois était au dessus des 20% d'intentions de vote. C'est elle qui a véritablement poursuivi le discours, se la approprié. Les petites dérives xénophobes de Besson, Hortefeux et Guéant paraissent un peu vieillotes, retrospectivement.

25 avril 2010

niqab2012

Depuis que je ne fais plus de billets, il y a des sujets qui me filent entre les doigts. Je n'ai même pas remercié Éric Besson d'avoir poussé les paradoxes du sarkozysme jusqu'à la veste électorale. Mais remontons encore plus loin.

Voici un bout de billet qui date de mars 2008 :

Sarkozy ne pourra pas garder longtemps ses électeurs Front National. Les manoeuvres de campagne qui ont permis à Sarkozy de s'emparer d'une grosse part du vote Front National à l'élection présidentielle avaient en fait deux ressorts : d'une part la xénophobie impénitente désormais symbolisée par l'ignoble Brice Hortefeux, et d'autre part la rhétorique de rupture, plus rien ne sera comme avant, "tout devient possible" (y compris le pire...). C'était essentiel d'avoir ces deux éléments, car le Front National n'est pas seulement un parti raciste, xénophobe et antisémite, mais c'est un parti dont l'un des principaux attraits (pour ses électeurs) est justement son côté contestataire. Pendant des décennies, Jean-Marie Le Pen a su tirer profit de sa diabolisation pour se rendre désirable pour cette frange de la population. Ainsi, pour prendre les voix qui auraient dû aller à Jean-Marie Le Pen, il fallait être xénophobe et promettre la "rupture".

Ensuite, Sarkozy devient président, incarne le pouvoir de l'Etat, et épuise largement son crédit personnel. Quelques gestes xénophobes, fût-ce à Toulon, ou même de Villiers au gouvernement, ne suffiront plus à ramener ces électeurs qui exigent avant tout un programme politique destructeur et vengeur. Et je parierais que pour certains de ces électeurs, la xénophobie n'est que le prétexte pour l'expression d'une haine plus générale et diffuse, une violence envers la société qui ne peut que se focaliser sur l'exercice ostentatoire du pouvoir sarkozyën.

Tout cela paraît encore plus évident aujourd'hui. Le « débat » sur « l'identité nationale », n'étant qu'un « débat » et non pas des propositions réelles, avait pour but (je continue avec les évidences) de brasser de l'air raciste et xénophobe, pour maintenir la perception d'être raciste et xénophobe sans pour autant aller jusqu'à réaliser les rêves impossibles des nostalgiques d'une France coloniale et blanche. Car, et là c'est quelque chose que j'ai dit et redit, même la politique détestable des expulsions, pourtant bien réelle pour ses victimes, n'est pour Sarkozy, Hortefeux et Besson, que du symbolisme : expulser quelques milliers de pauvres migrants pour faire semblant d'expulser toute cette population « issue de l'immigration », mais plutôt « issue du colonialisme ». Bien sûr cette population-là est inexpulsable, elle est même française depuis maintenant plusieurs générations. Pas facile d'assouvir sa xénophobie dans ces conditions...

Pourtant, la stratégie électorale de l'UMP ne peut pas faire l'impasse sur cette frange de l'électorat. Les purs et durs resteront au Front National. Soit. En revanche l'UMP doit récupérer les électeurs « petits-blancs », incarner un racisme populaire, un peu « light » par comparaison avec l'Original (ou sa fille), mais toujours aussi fixé sur la défense d'une vision périmée d'une France chrétienne et d'une intolérance paranoïaque devant un monde qui change.

Tout le bruit autour de la burqa permet finalement de faire ce à quoi Besson avait échoué : un « Grand Débat National » où l'UMP a le rôle du défenseur des clochers, de l'ordre public et du combat contre les gens différents, au nom précisément des valeurs « de gauche » (République, laïcité, défense de la femme). Du bruit, du bruit et du bruit, avec en prime des divisions et des hésitations à gauche.

Préparons-nous à un très long débat, car celui-ci doit continuer jusqu'en 2012. Il ne reste plus grand'chose du sarkozysme : le Très Grand Homme (TGH) n'a que cette aura de pourfendeur de l'Islam pour espérer un succès populaire. Ils ne sont pas près de la lâcher.

24 novembre 2009

Besson et la purification symbolique de la nation

Besson fait un entretien au JDD. (Juan en parle aussi.) C'était dimanche dernier. Pour une fois les questions étaient un peu dures, surtout sur la relation entre le « Débat » sur l'Identité Nationale et l'immigration. Exemple :

Comment organiser l’identité nationale, quand on est le gendarme de l’immigration?

C’est une fausse perception. [...] Mais tout se tient. Pour consolider l’intégration, il faut lutter contre les filières de l’immigration clandestine et les mafias qui l’organisent…

Comment ça, une fausse perception ? Besson est bien « gendarme de l'immigration » (et des Expulsions, des Rafles et des Charters), et il est bien chargé de nous vendre l'Identité Nationale. « Tout se tient », en effet, comme il le dit si admirablement. La tentation est grande d'aller droit au but : tout se tient, Monsieur, c'est-à-dire votre identité nationale et la xénophobie, c'est-à-dire identité nationaliste et électeurs du Front National. Mais comme nous voulons être sages et poli, essayons de décortiquer un peu plus.

Pour au moins 50%, le programme IdentNat d'Éric Besson tourne autour de l'immigration. Sous prétexte de réussir l'intégration. Si vous allez sur le grand site du débat (hashtag #xenophobie_2.0), vous trouverez en ce moment les deux premières propositions du gendarme-propagandiste. Voici la première :

Faire connaître et partager l’identité nationale.

Notre Nation s’est constituée au fil des siècles par l’accueil et l’intégration de personnes d’origine étrangère. Ce grand débat doit permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration.

Pour aboutir à la question :

Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ?

Dans la stratégie de communication de Besson, il y a d'abord son côté gentil : aidons les pauvres immigrés à s'intégrer, apprécier leur apport à la Nation, blah blah blah. Et l'argument, à la base, est qu'en faisant ici, sera résolu l'autre problème, le vrai problème, celui qui revient tout le temps, y compris dans la bouche du Très Grand Homme (TGH) : le communautarisme.

De la circulaire bessonienne :

Ce débat répond aussi aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations. Au moment même où l’Union européenne franchit une nouvelle étape de son intégration, et où la crise économique et financière internationale démontre combien la mondialisation rend l’avenir des Nations interdépendant, ce débat a pour objectif d’associer l’ensemble de nos concitoyens à une réflexion de fond sur ce que signifie, en ce début de 21ème siècle, « être Français ».

Le communautarisme avec, comme dans les discours de Sarkozy, le Burqa : quel stratège UMPiste aurait jamais pu imaginer meilleur épouvantail, chiffon rouge à agiter devant les yeux des Républicains old-school, y compris de gauche. Le sarkozyzme apprécie les débats qui divisent le parti adverse ; le voile, la burqa sont des sujets de rêve pour semer la zizanie chez les bien pensants. De même que le communautarisme, avec, en toile de fond, la question de l'Islam qui permet de mettre provisoirement dans le même caps les laïques purs-et-durs et les catholiques qui ont peur que la France deviennent un pays musulman.

De fil en aiguille, donc, on arrive à la question policère. Lutter contre les immigrés en situation irrégulière c'est valoriser, ou disculper, ceux qui sont en situation régulière. Et pour enfoncer le clou, Besson, dans le JDD, cite Patrick Lozes :

Le président du CRAN Patrick Lozes dit à juste titre que "rien ne ressemble plus à un étranger régulier qu’un étranger irrégulier"... La lutte contre l’immigration clandestine est peut-être politiquement incorrecte, mais elle est profondément républicaine, puisqu’elle met fin à cette confusion.

Je disais « de fil en aiguille » : mais au fait, me dira le lecteur attentif et critique, quel rapport y a-t-il entre immigration, légale ou illégale, et communautarisme ? On sait qu'en France, le communautarisme est toujours en « montée ». Le communautarisme est toujours un truc qui va nous engouffrer demain, et la Nation et la République (et l'Église...) avec. Mais le chaînon manquant dans cette « pensée », c'est que « la montée du communautarisme » ne concerne pas les immigrés. Et encore moins les immigrés clandestins. Le communautarisme se pratique d'abord chez des jeunes français dont les parents ou les grands-parents étaient immigrés. En quête d'identité, sans doute, mais pas parce qu'ils ne savent pas ce que c'est d'être français, mais plutôt parce qu'ils ont beau être français, on les voient encore comme des « immigrés ».

C'est un thème sur lequel je suis souvent revenu : la lutte contre l'immigration dans ce grand cadre nationaliste, est avant tout symbolique. L'identité nationale chez des gens comme Hortefeux et Besson est en panne depuis la décolonisation ; les « immigrés » qu'ils voudraient expulser ne sont pas ceux de 2009 mais ceux des années soixante et soixante-dix qui sont en grande partie aujourd'hui des citoyens français. Il n'y a pas si longtemps le programme du Front National proposait de revenir sur toutes les naturalisations depuis 1973, je crois. Hortefeux et Besson sont un peu plus raisonables : ils ont trouvé une parade symbolique.

16 novembre 2009

Des spéléologues, du plastique, du football, du tribalisme : IdentNat

Essayons donc de comprendre ce que doit être la Nouvelle Identité Nationale, dès lors que l'aurait trouvée. Dans ce but, des équipes d'élite, des spéléologues pur souche, sont partis vers le Massif Central, mais nous n'avons pas, pour l'instant, de leurs nouvelles. Cela ne devrait tarder et nous vous tiendrons au courant de tous les dévéloppements en temps réel.

En attendant les enseignements de cette mission, qui n'est pas, nous tenons à le signaler, sans risque, il peut être utile de revenir sur quelques nouvelles intuitions toutes fraîches.

Depuis quelques jours, je suis resté sur l'idée que cette grande « réflexion » ne pouvait aboutir qu'à l'instauration d'une bidouille, un truc en plastique qui ne pourrait être utile qu'à une seule personne, ou du moins une seule force politique qui a choisi de « vaincre » le Front National en le remplaçant. (Diabolisons Le Pen, mais pas ses idées, en somme.) Cet état de la réflexion laissait en suspens la nature précise de l'IdentNat que nous sommes appelés à construire. (Sauf que, le temps de la réflexion à peine commencé, Sarkozy a déjà dévoilé, dans le Drôme, toutes les bonnes réponses de l'interro : on est super top français quand on lit la Princesse de Clèves...)

La question n'est pas simple : Sarkozy veut dire, en somme, que les Nations n'existent plus, et que par conséquent l'Esprit National a diminué, nous laissant aller à notre haine de soi, et à notre crise d'identité. Je me lève le matin et je dois relire tout mon passeport pour me souvenir de ma nationalité. Et puis toute la journée je me déteste. Il faut donc inventer le Nationalisme sans Nation. Et bien sûr cela n'existe que dans le football, et un peu dans le rugby. Et encore, les vrais supporters ont tendance à être bien plus fidèles à un club, qui mélange joueurs de plusieurs pays le plus souvent, qu'à une équipe nationale. Enfin, dans mon expérience. Mais le foot fournit l'exemple, ce n'est pas le hasard si tout le monde le cite. Si on peut être supporter du « maillot » d'un club, on peut tout aussi bien l'être pour le « maillot » de son pays, du moins le temps d'un match.

Mais pour le Sentiment National de la Nation qui n'est plus une Nation, par quoi va-t-on remplacer le maillot ? Par un truc un plastique, je disais. Ensuite, j'ai trouvé : c'est le sentiment « tribal ». Une sorte d'appartenance générale qui divise le monde entre eux et nous. Cela suffit, cette distinction. Eux, là bas. Nous, ici. (Et dans les DOM-TOM, mais bon.)

Et soudain tout devient très clair. Je comprends pourquoi il fallait depuis le début que ce soit le même ministère qui s'occupe de l'Identité Nationale et des Expulsions et Rafles. Car l'identité nationale, ce n'est pas dans Racine, c'est dans « eux/nous ». Voici donc, pourquoi il faut rejeter le débat sur l'Identité Nationale, car tout ce qui sera dit à ce sujet ne servira qu'à donner crédit à l'enforcement, par la police, de la distinction eux/nous. Je n'ai pas envie d'en porter la responsabilité.

Nous avons perdu le contact avec les équipes de spéléologues. Une équipe encore plus d'élite est actuellement sur zone pour tenter de les retrouver.

12 novembre 2009

Éric Raoult est de droite et membre de l'UMP

Faut-il parler d'Éric Raoult ? C'est un peu la question que je posais hier soir sur twitter. Visiblement son jeu consiste à se faire parler de lui, créer l'événement, mini-polémique en associant son nom à celui d'une romancière reconnue et récompensée. Le monde n'a pas attendu Éric Raoult pour inventer ce petit jeu médiatique, même avec sa variante xénophobe, autoritaire et paternaliste. Après tout, des élections approche, c'est le moment d'y aller n'est-ce pas ?

Faut-il s'abaisser jusqu'à parler d'Éric Raoult dans son blog ? Marie Ndiaye semble avoir pensé tout de suite à peu près la même chose (mais sans le blog) :

Donc je me suis dit que si cette histoire était peu évoquée, s’il n’y avait pas de rebondissements, cela ne valait pas la peine de donner de l’importance à des gens de cette sorte.

Faut-il parler de Raoult?

Oui. (D'ailleurs, c'est déjà trop tard.) Voici pourquoi.

Éric Raoult en soi n'est pas particulièrement intéressant. Peuples m'a suggéré d'aller lire son article Wikipédia. Peuples a raison : on apprend des choses.

Il a soutenu un amendement visant à rétablir la peine de mort sous certaines conditions, et a co-signé la proposition de loi du 8 avril 2004 exigeant son rétablissement pour les auteurs d'actes terroristes

Et encore :

Fortement opposé à l'homoparentalité, il déclare « Dès qu'il y a un enfant, il faut un papa et une maman » lors du premier cas d'adoption accepté pour une jeune femme homosexuelle

Doit-on conclure qu'il est tout aussi fortement opposé à la monoparentalité ? Mais je m'éloigne...

En somme, un type de droite comme il y en a plein, surfant sur les différentes vagues réactionnaires au fur et à mesure qu'elles s'offrent à lui. La stratégie éléctorale de ce maire-député de la 9-3 n'est pas difficile à deviner. Il ne court pas après les électeurs verts et bayroutistes, disons.

Alors pourquoi perdre mon temps à en parler ? Marie N'Diaye n'a pas vraiement besoin de nous pour se défendre contre des bêtises pareilles. Si je m'en prends à Éric Raoult, c'est parce qu'il représente la droite. Frédéric Mitterrand prend soin de garder ses distances : "Eric Raoult a le droit lui aussi en tant que citoyen, voire en tant que parlementaire, de dire ce qu'il pense." Mitterrand est le seul dans cette histoire à s'appliquer un devoir de réserve spontanément. Bravo. Mais s'il se montre si timide, plutôt que de se sentir obligé de défendre les artistes, et si, quand même, il ne réitére pas la stupide exigeance de "réserve", c'est qu'il ne veut pas être pris dans le mini-tourbillon que Monsieur le Député cherche à créer.

Donc, pour répondre à ma question, le devoir du blogueur gauchiste est d'expliquer en quoi les propos d'Éric Raoult engagent en effet la droite en général et le sarkozyzme en particulier. (Oui, il est toujours là, notre TGH.)

Les liens entre le "devoir de réserve" de Raoult et le sarkozysme sont multiples. Ajourd'hui, cependant, c'est l'Identité Nationale qui saute aux yeux. Quand Éric (tiens, c'est le prénom du jour) Besson demande aux préfets de se demander s'il ne faudrait pas mettre plus de Marianne et de drapeaux un peu partout, et faire chanter les enfants, il devient clair que ce dont il s'agit, c'est de créer une "marque France", et que tous les vrais français se mettent au service de cette "marque". (Je parlais de McNation l'autre jour, j'aurais dû écrire "McFrance" sans doute.) Dire du mal du Très Grand Homme, c'est rabaisser la marque, c'est un acte coupable, surtout lorsque l'acte est commis par quelqu'un qui a reçu un prix et que les gens pourrait être susceptible de croire. Lorsque c'est quelqu'un qui ne s'est pas décrédibilisé.

10 novembre 2009

McNation

Depuis quelques mois je ne bloguais plus. C'était une erreur, je suppose. Le blogage, c'est la liberté d'expression même. Détaché de tout souci d'éditeur, d'argent, de public, même, on écrit vraiment ce qu'on veut. Quand on veut. C'est l'autre liberté du blog, celle de ne pas bloguer aussi.

Bref, il y a eu des moments où j'avais les doigts qui voulaient se remettre au clavier. L'histoire du blondinet qui se croyait plus gros que la Défense, par exemple.

Mais s'il y a un sujet qui peut vraiment me faire sortir de ma tannière, c'est cette histoire d'Identité Nationale. Grand débat. Numérique en plus. Sur le web, tous les chats sont blancs, n'est-ce pas? Ce sera moderne. Du propre.

L'argument est qu'il faut, face à l'Europe, face aux Américains, face à la mondialisation, réaffirmer une identité pour ne pas être submergés, collectivement, pour ne pas voir toutes ses précieuses valeurs diluer dans les flots et les flux du monde moderne. Et bien sûr, puisque le pauvre petit village gaulois ne peut rien contre les flux du capitalisme mondial, il s'attaque aux flux migratoires, et même à leur face la plus faible, la plus vulnérable.

La négation du passé colonial est toujours d'actualité. La politique d'expulsion, je l'ai déjà dit, n'est que symbolique : expulsons quelques misérables pour, symboliquement, effacer cette réalité que concrètement nous devons malgré tous nos principes Nationaux accepter.

Un grand débat sur l'Identité Nationale : pour décider quoi ? Décréter que désormais, à partir de l'an 2010, troisième du règne du Petit Prince, l'Identité de la Nation Française sera X. Mettez ce que vous voulez dans X, pour l'instant, même quelque chose de gentil à la rigueur. Sur quoi portera alors ce décret ? Les préfets enverront des hérauts avec leur trompettes sur les murs pour annoncer la bonne nouvelle. Les gens dans la rue diront : "Ah, c'est donc ça notre identité nationale maintenant! Je vais le noter dans mon carnet pour ne pas oublier."

Car la logique d'une Identité Nationale ainsi décidée, c'est finalement de fabriquer quelque chose, une bidouille, un slogan qui prendrait la place du patriotisme/nationalisme qui n'est plus de notre siècle, qui n'existe plus que pour ne pas effrayer les gens. On fabriquera une identité nationale en plastique, comme les jouets qui accompagnent les repas pour les enfants chez McDonalds. J'imagine déjà, distribué dans les écoles, un Vercingétorix en plastique, avec sa tenue de désert et mitraillette lance-roquette sur le bras, prêt pour aller envahir l'Algérie.

Dagrouik suggère que la gauche s'empare du débat pour le retourner contre Besson :

En gros débattons, mais changeons l'objet du débat: Nous allons montrer aux amis de Besson qu'ils sont ringards. Ça me semble simple comme analyse. Et donc sortir du piège de réponse négative ou alors du passage en mode "hou les vilains neo-pétanistes que voilà" qu'on trouve chez certains. Et ne vous trompez pas sur les réponses aux questions parfois trop simples des sondages, pour beaucoup de gens "identité nationale" c'est "vivre ensemble" et "égalité des chances".

En termes de stratégie, ou de tactique, c'est peut-être jouable. Pourquoi ne pas aller jusqu'à l'extrême canadien, déclarer une république multiculturelle et métissée, après tout ? Le problème, à mon avis, c'est que "vivre ensemble", "égalité des chances", "république multiculturelle" ne concernent plus l'Identité Nationale mais plutôt, justement, la République, le pacte républicain, le tissu social, le rôle du collectif et (par extension) l'État. Nous sommes alors sortis du terrain (piégé) de l'Identité Nationale. Car une Identité sert à vous dire qui vous êtes, et c'est pour cette raison que c'est un concept intrinséquement néfaste et, je dirais, fondamentalement nationaliste. Pardon : Nationaliste.

Autrement dit, la seule conclusion acceptable de cette grande mystification serait le dynamitage de la notion d'Identité Nationale, comme si les expulsions perpétrées par le Ministère de la Xénophobie n'avaient déjà suffi.

(En lisant le billet de Marc Vasseur ce matin, je vois que Besson a sorti ses questions identitaires. J'arrête là cette tirade. Il y a du pain sur la planche. Ça commence bien, pourtant : piste de réflexion : "notre universalisme". Flûte, je l'ai mis où, notre universalisme.)

2 mai 2008

Un blog dans chaque gamelle

Tout à l'heure, on parlait du dernier classement Wikio, et Eric Mainville disait, soulignant que Wikio n'est ni de droite, ni de gauche, dans les commentaires, ceci :

Mais attention, gardons toujours un esprit critique, notamment vis-à-vis de wikio, entreprise certes sympathique, efficace, mais dont le but n'est pas de promouvoir des idées de gauche. L'outil ne doit pas nous bouffer.

Et, enfin, dernière remarque grinçante: il faut sortir, agir vers l'extérieur. Sinon ce militantisme sur le net sera contre productif, sans aucun effet sur le réel.

Et il a raison, sur le fond : un classement des blogs, c'est léger. Il nous faut en effet du lourd. Il ne faut pas que les blogs se réduisent à un jeu. J'ai tendance à penser, cependant, que cette victoire n'est pas sans importance, justement parce qu'un classement peut servir de vecteur à des idées, à un certain discours rival.

Et, puis, il y a le fait que le Web devient un enjeu politique en soi. Je ne veux pas verser dans le boboïsme 2.0, mais il suffit de voir à la fois la maladresse des hommes politiques à s'emparer d'un outil aussi simple qu'un blog (voir le billet de Julien Tolédano à ce sujet), ou encore cette tentative, tout aussi maladroit semble-t-il, du pouvoir d'occuper ce même espace. (On ne veut pas laisser ce terrain à Désirs d'avenir et au Congrès utile et serein.) Je parle des Assises du numérique, lancées par Eric Besson himself. C'est un enjeu tellement important que Sarkozy y a lancé l'un de ses plus fidèles serviteurs. Besson explique:

La création d'un secrétariat d'Etat en charge de l'économie numérique constitue une première dans l'histoire des institutions de la République. En désignant un membre de son exécutif pour conduire sa politique numérique, elle pourra renouer avec une véritable ambition : devenir une grande nation numérique. A ce titre, le Président de la République et le Premier Ministre m'ont demandé de présenter avant le 31 juillet 2008 un plan de développement de l'économie numérique pour qu'à l'horizon 2012, la France ait retrouvé les premiers rangs du monde numérique.

"... une grande nation du numérique". Il a oublié de mentionner le Minitel. Ensuite, on arrive au plan d'action, décidé déjà avant les Assises qui n'auront donc pas grande chose à asseoir:

Ce plan comportera trois grands volets : accélérer le déploiement des réseaux numériques sur l'ensemble des territoires ; libérer la création de valeur et favoriser la diffusion des contenus ; promouvoir la diversification et l'appropriation des usages pour une approche renouvelée de la citoyenneté.

Alors, point par point :

  1. "accélérer le déploiement des réseaux numériques sur l'ensemble des territoires" ... Bref, de sous pour les industriels. Le réseau français est déjà très performant par rapport aux autres "grandes nations numériques".
  2. "libérer la création de valeur et favoriser la diffusion des contenus" ou Comment dire une chose et son contraire. Ce sera quoi ? Une sorte d'iTunes national...?
  3. "promouvoir la diversification et l'appropriation des usages pour une approche renouvelée de la citoyenneté". Et voilà ce à quoi je voulais en venir : faut-il attendre l'Etat, et surtout l'Etat de Sarkozy pour que les citoyens se réappropient leur citoyenneté grâce au "numérique"? Un blog dans chaque gamelle...

J'ai horreur d'être mauvais esprit, mais il faut bien que quelqu'un le fasse : ne s'agit-il pas, avec cette promotion de la "diversification" et de "l'appropriation des usages", pour l'Etat de s'approprier toute cette énergie démocratique qui de toute façon déborde de partout sans attendre personne, et la canaliser dans une sorte de Grand Machin National pour éviter que ça fasse du mal à l'ordre établi?

Edit: une petite précision pour nuancer le propos d'Eric.

20 juillet 2007

La mauvaise foi en quantité industrielle à prix d'ami

C'est Eric Besson dans Le Monde. Je ne sais même pas où commencer, il faudrait commenter tout l'entretien, phrase par phrase, et même alors, je serais sûr de manquer des morceaux de choix.

Commençons par la question qu'on lui pose:

Ayant rallié Nicolas Sarkozy dès la campagne présidentielle, vous avez été parmi les premières personnalités de gauche nommées au gouvernement (secrétaire d'Etat chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques) au titre de l'ouverture

Est-ce vraiment au titre de l'ouverture que Besson est entré au gouvernement, lui qui avait « rallié » Nicolas Sarkozy pendant la campagne, donc bien avant que l'on parle d'ouverture ? Au moment d'entrer au gouvernement, Besson était-il encore un homme de gauche? Mais passons, ce n'est pas encore Besson qui parle.

J'avais reproché au Parti socialiste d'être devenu un parti du statu quo, qui refuse d'assumer son réformisme car le réel trouble sa grille de lecture. Nous nous adressons désormais à ceux qui se disent que Nicolas Sarkozy incarne aujourd'hui des valeurs, une ambition et une soif d'action que nous étions allés chercher à gauche.

Voilà un thème bien sarkozyen : l'action pour l'action. Il est compréhensible que l'on puisse faire la critique de l'immobilisme à propos du PS, encore qu'il eût fallu que le PS soit au pouvoir pour ne pas être immobile, et que l'opposition est naturellement dans une position de freiner qu'autre chose. Mais ce qui est malhonnête, c'est de dire que, puisque le PS ne change pas les choses, on va aller chez Sarkozy. Peu importe le sens du changement, pourvu que ça bouge! L'action pour l'action, la « réforme » pour « la réforme » sans justification politique, c'est la suppression pur et simple de la politique. Seul compte, comme le parcours de Besson le montre, le pouvoir, en somme.

La tonalité dominante du "bouclier fiscal" n'est pas vraiment de gauche...
La gauche n'aurait effectivement pas porté ce projet, mais ce dernier traduit la cohérence de la pensée du président de la République, qui veut que la France retrouve toute sa compétitivité et son attractivité.

Ah, la cohérence! Autre idole sarkozyen. Encore une fois : peu importe ce que le gouvernement fait, du moment que c'est cohérent. Mais puisque cette mesure, de droite (car la gauche ne l'aurait pas fait, il concède), est si admirablement cohérente avec le reste du programme du Très Grand Homme (TGH), n'est-ce pas que l'ensemble du programme est tout autant de droite ?

Par ailleurs, je ne dis pas que Nicolas Sarkozy est devenu un homme de gauche. Mais comme il se moque de savoir si telle ou telle mesure est estampillée à droite, à gauche ou au centre, on peut discuter de solutions potentielles sans tabou, ce que ne s'autorise pas la gauche. Il y a chez le président un très grand pragmatisme que l'on retrouve dans les discussions que l'on peut avoir avec lui. Au demeurant, je ne sais plus, sur un certain nombre de sujets, si le clivage droite-gauche est vraiment opérant.

«... sans tabou » Il va falloir commenter cette petite formule, qui est devenue si fréquente dans les discours du nouveau pouvoir décomplexé que cela ne peut qu'être louche.

Mais le pire dans cet éloge du Très Grand Sage (TGS), qui comme Bayrou n'est ni de droite ni de gauche, c'est cette façon de gommer toutes les distinctions. La politique n'existe plus, il est même impossible de s'opposer à Sarkozy parce qu'il est déjà de chaque côté de chaque point sur lequel on pourrait même envisager une opposition.

Bref c'est insupportable, c'est dangereux, et tout le reste.