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3 mai 2012

Obligation de nuire : un deuxième quinquennat avec Sarkozy serait pire que le premier

Le débat d'hier soir semble avoir remis les pendules à l'heure. François Hollande a brisé l'élan du Très Grand Homme (TGH), cet élan artificiel qui allait de l'anniversaire de Julien Dray, au Trocintox où étaient présents au moins 60 millions de français (certains DOM se sont déplacés intégralement). Le spectre d'un Nicolas Sarkozy capable de manipuler sa propre image commençait à refaire surface, et on pouvait se laisser aller à imaginer que pendant au moins quelques heures, dimanche, une proportion suffisante d'électeurs seraient hypnotisés en allant au bureau de vote pour que le TGH renverse in extremis son impopularité qui dure pourtant depuis années.

23 avril 2012

L'échec de Charles Millon

Les plus jeunes parmi vous ne se souviennent de Charles Millon, UDF, droite catho (pro-peine de mort, anti-avortement), ministre de la défense sous Chirac. Aux élections régionales de 1998, en Rhône-Alpes, il se retrouve dans la position de Nicolas Sarkozy aujourd'hui : il avait besoin des voix du Front National pour garder le conseil régional. Peu après (et après son exclusion de l'UDF, due notamment à François Bayrou ; Madelin quitte l'UDF en même temps) il fond son propre "mouvement", La Droite. L'idée était que la droite dite républicaine ne devait pas se priver du Front National, puisque celui-ci faisait naturellement partie de La Droite.

L'épisode des régionales 1998 a été le début de la dégringolade personnelle de Millon. L'idée d'une grande droite allant de Hitler à de Gaulle et même jusqu'à Tocqueville, n'est pas morte pour autant. C'était la droite décomplexée avant l'heure, et on peut être certain que Millon n'était pas le premier à regarder les resultats en se disant que si on additionnait les scores RPR, UDF et FN, la droite, ou La Droite, serait imbattable pour toujours. Ou du moins pour mille ans, ou quelque chose comme ça.

Si Nicolas Sarkozy, ainsi que les inséparables Copé et Fillon, se retrouvent depuis hier dans la même position que Millon, il y a plusieurs différences importantes, la première étant qu'ils ont à séduire des électeurs et non pas des élus, comme c'était le cas pour Millon. La seconde, c'est que depuis cinq ans, c'est déjà La Droite, ou sa réincarnation, qui gouverne la France, Sarkozy se faisant élire sur un programme faisant la synthèse idéologique de l'UMP et du FN. Il n'y a pas de sens de parler d'une coalition pour une élection présidentielle, mais l'élection de 2007 y ressemblait fortement, sur le plan des idées sinon sur celui des personnes.

Depuis 2007, Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant ont fait ce qu'ils pouvaient pour mener une politique qui devrait plaire au Front National. La synthèse n'était pas seulement dans les mots

La question devant les électeurs cette année est donc : veut-on reconduire La Droite ? L'échec du premier tour, avec le retour massif des électeurs FN vers leur pays d'origine (on les aime, mais on les aime chez eux), signe l'échec de cette stratégie et l'échec de l'idée même d'une Grande Droite.

Le problème, c'est que ce qui motive le Front National, son moteur xénophobe, n'est pas compatible avec la droite conservatrice. Je ne parle même pas de compatiblité avec la République. (Nous sommes décomplexés maintenant, n'est-ce pas ?) L'électeur xénophobe, pour diverses raisons, veut toujours plus, et n'a rien à faire justement de défendre le capital. Il est tout sauf conservateur. J'écrivais l'autre jour :

Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible, d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots : "venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout faire péter, comme toujours.

L'électorat du Front National ne veut pas du système, ne veut pas de la réalité, ne veut pas de l'UMP, ne veut même pas des mesures de Claude Guéant, aussi odieuses qu'elles soient. (Individuellement, les électeurs se trompent, arrivent entre les mains de Marine pour diverses raisons, plus ou moins bonnes. Ce ne sont pas tous des enragés : je parle plus des idées que des gens qui sont attirés par les idées. Le drame aujourd'hui c'est que presque vingt pourcent des électeurs souhaitent se mettre hors du jeu.)

Donc La Droite ne marche pas, et ce n'est pas à cause des grands principes républicains bafoués. Même décomplexée, La Droite ne marche pas parce qu'elle se fracture de l'intérieur. Elle ne marche pas parce que le Front National n'y retrouve aucun intérêt.

7 avril 2012

"Je comprends votre souffrance"

Les petits gestes, les clins d'oeil, les sourires en coin, les mots doux discrètement lâchés, du pied sous la table… tout cela ne suffit plus. Nicolas Sarkozy se décide enfin de déclarer sa flamme aux électeurs du Front National :

«Aux électeurs du Front national, je dis que je comprends votre souffrance mais le vote FN ne résoudra aucun des problèmes» pour lesquels «vous voulez une solution», a affirmé le président-candidat, ajoutant que «chaque vote FN profitera à la gauche».

C'est vrai que Claude Guéant est parfois un peu trop subtile pour des électeurs habitués au style beaucoup plus direct de la famille Le Pen. Alors le courageux Très Grand Homme (TGH) doit mettre les points sur les "i".

"J-16. Sarkozy appelle les électeurs du FN à voter utile. Jusqu'ici,/ /tout va bien", touittait Brave Patrie. C'est très drôle, et très pertinent, car s'il y a un électorat qui ne vote pas "utile", c'est bien celui du Front National.

Quelle souffrance est-ce qu'il comprend, notre Chef d'État ? Il fait comme si l'on votait Front National parce qu'on s'inquiétait tout particulièrement des effets néfastes des populations juives et Arabes sur la Nation Française, un peu comme d'autres électeurs s'inquiètent pour l'école, leurs retraites ou les déficits.

Pourtant, depuis le temps que Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant agitent des chiffons rouges de toutes les couleurs (sans beaucoup de succès, j'ajoute), ils auraient dû comprendre que la xénophobie n'est pas un sujet politique rationel. On parle d'"immigrés", par exemple, quand on veut dire "citoyens français issus de l'immigration maghrebine des années cinquante et soixante", et on expluse les uns parce qu'on ne peut pas supporter de voir les autres. La xénophobie ressemble plus à une maladie mentale qu'à une cause, ou à un "problème" auquel un Président pourrait chercher une "solution".

Sarkozy a réussi à "siphonner" l'extrême droite en 2007 parce qu'il promettait de tout faire péter s'il était élu : "tout devient possible". En promenant Hortefeux devant les électeurs FN, Sarkozy a réussi à leur suggérer sans vraiment le dire que, élu, la grande ratonnade pourrait enfin avoir lieu.

Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible, d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots : "venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout faire péter, comme toujours.

Sarkozy s'abaisse, et nous rabaisse en même temps (il est encore Président de la R.). Ce serait comique, surtout l'appel simultané aux centristes, qui normalement n'ont pas la même idée que lui sur les "problèmes" et leurs "solutions", si ce n'était pas si grave. Nous nous rapprochons du "moment Millon", quand on décide qu'il vaut mieux pactiser que perdre sa place. Ce qui rassure, c'est que pour en être là, c'est que les choses ne vont pas très bien.

12 mars 2012

L'irresponsable politique

Aujourd'hui je n'aurai pas le temps de faire un vrai billet, mais il y a deux choses que je voudrais dire pendant que nos souvenirs de le discours du grand tournant dans la campagne de Sarkozy sont encore frais. Grand tournant, j'ai dit ? Je voulais dire grand virage, histoire de tourner en rond, ou de retourner en 2007.

D'abord, donc : Schengen.

Ce que je trouve presque triste, c'est qu'une grande figure de l'Europe actuelle – oui, Sarkozy, en tant que Président de la R. F., est malgré tout une grande figure en Europe en ce moment – puisse, même complètement acculé électoralement, se baisser jusqu'à proposer de démanteler l'Europe juste pour avoir quelque chose à dire. Car même si Nicolas Sarkozy est battu pour enfin aller dans son monastère, il restera le fait qu'un Président français a suggéré que chaque pays pouvait revenir sur les traités fondamentaux de l'Union, traités qui ont force de loi, ne l'oublions pas. Sarkozy estime qu'il s'est montré suffisamment européen pour se le permettre. Qu'est-ce qui empêchera n'importe quel pays européen, la Pologne ou l'Autriche avec un nouvel Haider, de faire la même chose. Depuis hier, le vers est dans le fruit.

(Et qu'on ne vienne pas me dire que François Hollande fait la même chose en proposant de renégocier avec Merkel : ce n'est pas encore un traité, mais simplement un accord ; l'accord n'a que quelques mois, et Hollande a annoncé son intention quasiment au moment même où l'accord était formulé.)

Hier, donc, Nicolas Sarkozy a volontairement rendu l'Europe plus faible, uniquement pour sauver un ou deux meubles électoral. Irresponsable. Le petit Louis, avec sa tomate, ne ferait pas mieux.

La deuxième chose que je remarque, et là je vais faire un peu moins le gauchiste qui couine (plutôt que de simplement accepter la domination de la démagogie, de la mauvaise foi et de l'irresponsabilité narcissique), c'est que si on pouvait vraiment revenir cinq ans en arrière, ce discours de Villepinte aurait sans doute marché un peu mieux. En 2007, Sarkozy, aidé beaucoup je crois par Emmanuelle Mignon, réussissait à se placer sur chaque question en créant la confusion sur la répartition gauche/droite.

C'était un peu plus tard, mais avec la burqa la technique marchait bien : les droites républicaine, catholique, souverainiste et xénophobe trouvaient forcément leur compte ; à gauche, les arguments de laïcité et droits de femmes semaient le doute également, prenant le dessus sur les considérations des droits individuels, des réalités d'une société, oui, multiculturelle moderne. La tentative d'appliquer le "travailler plus pour gagner plus" aux enseignants devait être sur le même modèle. Les gesticulations sur Schengen et l'Europe, au delà de leur absurdité propre, sont censées donner une dimension "populaire" à une une politique résolumment anti-sociale, tout en bottant en touche sur les vraies questions : "faute à l'Europe".

Et je dirais même que toute la dérive droitière des dernières semaines suit cette même logique, comme, d'ailleurs, toute la filière Hortefeux/Guéant depuis des années. Aujourd'hui, on a quand même l'impression que cette méthode de brouiller les pistes est moins efficace, ou même plus efficace du tout.

L'une des raisons est bien sûr que maintenant nous avons un vrai bilan, et non plus seulement des annonces et des promesses. Il est toujours possible de promettre d'être à la fois A et B même quand A est le contraire de B, mais il est bien plus difficile de passer au delà de la promesse. En plus, nous avons aujourd'hui le personnage "Sarko" qui s'est avéré, même pour le grand public, bien plus désagréable que ce qu'ils avaient imaginé entre 2002 et 2007.

Mais je pense que la vraie raison de l'échec de cette triangulation paradoxale "droite extrême/gauche populaire", c'est que justement ce qui paraissait paradoxale en 2007 est aujourd'hui limpide. Et ce chez les électeurs. Pourquoi ? Parce qu'entretemps ce créneau a été amplement développé et expliqué par cette Marine Le Pen dite "sociale", qui il y a quelques mois était au dessus des 20% d'intentions de vote. C'est elle qui a véritablement poursuivi le discours, se la approprié. Les petites dérives xénophobes de Besson, Hortefeux et Guéant paraissent un peu vieillotes, retrospectivement.

31 janvier 2012

Pauvre Sarkozy



A la liste des raisons que j'ai d'être heureux de ne pas être Nicolas
Sarkozy, quelques nouvelles viennent s'ajouter.

Une crise économique n'est jamais bon pour un président sortant, et
c'est donc déjà une bonne raison de ne pas vouloir se trouver à sa
place. Pire encore, cette crise vient contredire toutes les certitudes
du jeune Très Grand Homme (TGH) de 2007, si confiant en sa capacité
de bouleverser toutes ces vieilles habitudes qui pesaient sur la
France, si sûr qu'il suffisait de libérer la croissance pour que le
pognon coule de partout, pour l'ouvrier comme pour le
capitaliste. Dommage, en somme, que cette crise ait non seulement
effacé absolument tout ce qui aurait pu servir de bilan, mais même
fait craquer l'idéologie du bonhomme. Taxe Tobin ? Ah bon ?

Tout cela, encore, n'est pas forcément fatal. Les téléspectateurs ont
la mémoire courte et confuse, la communication peut faire des
merveilles, Sarkozy est malin. D'ailleurs, ces vérités font qu'il peut
très bien nous surprendre encore d'ici peu, je ne serais même pas très
surpris.

Ce qui est dommage pour notre TGH, c'est que les choses (et pas
seulement la crise) font qu'il doit encore se plier en quatre pour
se montrer présidentiel, alors qu'il est, malgré tout, déjà
président. Je me souviens, quand Chirac était élu en 1995, d'avoir
pensé, avec d'autres, que Mitterrand avait ses défauts, mais que
Chirac aurait toujours l'air léger à côté de lui. Douze ans de Chirac
plus tard, on pense la même chose, mais à propos de son jeune
successeur. Le gravitas de Sarkozy ne passe pas à la télé, il n'y
peut rien. Le pauvre.

Depuis combien de temps parle-t-on de sa "représidentialisation" ?
C'est encore un work in progress, paraît-il, car il va tout miser
sur justement l'image d'homme d'Etat, fort, décidé, dans l'abnégation
et le sacrifice :

« Le bras ne doit pas trembler à quelques semaines de l'échéance
présidentielle », a-t-il plaidé, se posant une fois encore en «
président courage ». (source)

Cela fait partie des nouvelles raisons de se congratuler de ne pas
être Nicolas Sarkozy.

Le rôle du rempart fait partie, pourtant, de son répertoire. Je
continue de penser que, dans le scénario prévu il y a deux ou trois
ans, Sarkozy, Guéant et Hortefeux devaient souffler sur les braises
suffisamment, à propos de la prière de rue, de la burqa, des minarets
ou d'autres broutilles gardées sous le coude justement pour le
printemps 2012, pour que l'élection présidentielle se transforme en
grand référendum sur l'Identité Nationale, l'incompatibilité de la
France avec l'Islam et la suprématie de la race blanche. (Enfin, pour
celle-ci, ils ne l'auraient pas présentée tout à fait en ces termes.)
Et là, Sarkozy-le-rempart se serait présenté en défenseur de nos
valeurs Républico-Chrétiennes et aurait noyé son opposant dans
d'infinies surenchères rhétoriques.

C'était en tout cas une stratégie comme une autre pour arriver au
second tour.

Aujourd'hui, j'ai plutôt l'impression que Sarkozy ne peut plus
s'aventurer sur ce terrain, au risque de paraître inconséquent,
dangereux, en dessous de cette image de Grand Homme d'Etat, voire
Très Grand Homme d'Etat, qu'il doit désormais adopter. Mais pour
jouer le rôle de ce rempart-là, il aurait fallu s'y coller dès mai
2007…


PS: (je veux dire "Post-Scriptum") – La bonne blague dans le papier
cité plus haut, c'est ici :

Nicolas Sarkozy en a profité pour tacler François Hollande, qui s'est
engagé à abroger la TVA sociale s'il est élu, qualifiant
l'augmentation de la TVA de 1,6 point d'« inopportune, injuste,
infondée et improvisée ». « On ne va pas se laisser donner des leçons
par ceux qui ne proposent que des impôts », a fustigé le chef de
l'État […]

Bon, la TVA est une taxe, pas un impôt, mais j'éviterais, si
j'étais Nicolas Sarkozy, de fonder ma campagne sur cette distinction.


18 avril 2011

Comment Sarkozy va gagner en 2012

« Moi, je la sens bien » dit Sarkozy de sa réélection en 2012. Je suis d'accord avec lui, sauf que je dirais plutôt que je la sens mal, très mal. Pour beaucoup de raisons : les divisions et cafouillages prévisibles de la gauche ; le fait que Sarkozy contrôle encore mieux les médias aujourd'hui qu'en 2007, surtout la télévision, et que, en tant que Président, il dispose de toutes les ressources de l'État, notamment le contrôle de l'agenda politco-médiatique. Et c'est là le plus gros problème…

Très simplement : Sarkozy fera tout ce qu'il peut (et il peut beaucoup) pour transformer l'élection présidentielle 2012 en référendum sur l'Islam. Dans les mois précédant l'élection, nous allons vivre dans un tourbillon médiatique, vacarme dirait Juan, où il n'y aurait pas d'autre question que l'Islam et « l'immigration ». On sortira tous les faits divers possibles, les seconds couteaux, genre Hortefeux, feront des déclarations qui mettront le feu aux poudres et qui occuperont l'attention des téléspectateurs pendant des jours et des jours. Cinq années d'échecs et d'erreurs ? Effacés devant le péril identitaire.

Pour le candidat socialiste, les journalistes n'auront pas d'autres questions : comment réagissez-vous quand le P. de la R. dit que les musulmans n'ont que… blah blah blah ? Et quand ce pauvre candidat voudra parler de telle mesure économique, tel ou tel échec de cinq ans de Sarkozy, cela va apparaître comme une sorte de détail technique à côté de la grande question passionelle du moment, cette « interrogation » sur l'Islam, sous couvert d'une laïcité de pacotille, montée de toutes pièces. Le candidat de gauche dira : Si je suis élu, j'indexerai ceci sur cela…, ça aidera les ménages etc. et la droite répondra : Voulez-vous vraiment des minarets dans votre quartier ?

La seule façon de résister, à mon humble avis, sera non d'apporter d'autres réponses aux mêmes questions, mais de ridiculiser intégralement la question. Pas facile, je sais.

25 avril 2010

niqab2012

Depuis que je ne fais plus de billets, il y a des sujets qui me filent entre les doigts. Je n'ai même pas remercié Éric Besson d'avoir poussé les paradoxes du sarkozysme jusqu'à la veste électorale. Mais remontons encore plus loin.

Voici un bout de billet qui date de mars 2008 :

Sarkozy ne pourra pas garder longtemps ses électeurs Front National. Les manoeuvres de campagne qui ont permis à Sarkozy de s'emparer d'une grosse part du vote Front National à l'élection présidentielle avaient en fait deux ressorts : d'une part la xénophobie impénitente désormais symbolisée par l'ignoble Brice Hortefeux, et d'autre part la rhétorique de rupture, plus rien ne sera comme avant, "tout devient possible" (y compris le pire...). C'était essentiel d'avoir ces deux éléments, car le Front National n'est pas seulement un parti raciste, xénophobe et antisémite, mais c'est un parti dont l'un des principaux attraits (pour ses électeurs) est justement son côté contestataire. Pendant des décennies, Jean-Marie Le Pen a su tirer profit de sa diabolisation pour se rendre désirable pour cette frange de la population. Ainsi, pour prendre les voix qui auraient dû aller à Jean-Marie Le Pen, il fallait être xénophobe et promettre la "rupture".

Ensuite, Sarkozy devient président, incarne le pouvoir de l'Etat, et épuise largement son crédit personnel. Quelques gestes xénophobes, fût-ce à Toulon, ou même de Villiers au gouvernement, ne suffiront plus à ramener ces électeurs qui exigent avant tout un programme politique destructeur et vengeur. Et je parierais que pour certains de ces électeurs, la xénophobie n'est que le prétexte pour l'expression d'une haine plus générale et diffuse, une violence envers la société qui ne peut que se focaliser sur l'exercice ostentatoire du pouvoir sarkozyën.

Tout cela paraît encore plus évident aujourd'hui. Le « débat » sur « l'identité nationale », n'étant qu'un « débat » et non pas des propositions réelles, avait pour but (je continue avec les évidences) de brasser de l'air raciste et xénophobe, pour maintenir la perception d'être raciste et xénophobe sans pour autant aller jusqu'à réaliser les rêves impossibles des nostalgiques d'une France coloniale et blanche. Car, et là c'est quelque chose que j'ai dit et redit, même la politique détestable des expulsions, pourtant bien réelle pour ses victimes, n'est pour Sarkozy, Hortefeux et Besson, que du symbolisme : expulser quelques milliers de pauvres migrants pour faire semblant d'expulser toute cette population « issue de l'immigration », mais plutôt « issue du colonialisme ». Bien sûr cette population-là est inexpulsable, elle est même française depuis maintenant plusieurs générations. Pas facile d'assouvir sa xénophobie dans ces conditions...

Pourtant, la stratégie électorale de l'UMP ne peut pas faire l'impasse sur cette frange de l'électorat. Les purs et durs resteront au Front National. Soit. En revanche l'UMP doit récupérer les électeurs « petits-blancs », incarner un racisme populaire, un peu « light » par comparaison avec l'Original (ou sa fille), mais toujours aussi fixé sur la défense d'une vision périmée d'une France chrétienne et d'une intolérance paranoïaque devant un monde qui change.

Tout le bruit autour de la burqa permet finalement de faire ce à quoi Besson avait échoué : un « Grand Débat National » où l'UMP a le rôle du défenseur des clochers, de l'ordre public et du combat contre les gens différents, au nom précisément des valeurs « de gauche » (République, laïcité, défense de la femme). Du bruit, du bruit et du bruit, avec en prime des divisions et des hésitations à gauche.

Préparons-nous à un très long débat, car celui-ci doit continuer jusqu'en 2012. Il ne reste plus grand'chose du sarkozysme : le Très Grand Homme (TGH) n'a que cette aura de pourfendeur de l'Islam pour espérer un succès populaire. Ils ne sont pas près de la lâcher.

24 novembre 2009

Besson et la purification symbolique de la nation

Besson fait un entretien au JDD. (Juan en parle aussi.) C'était dimanche dernier. Pour une fois les questions étaient un peu dures, surtout sur la relation entre le « Débat » sur l'Identité Nationale et l'immigration. Exemple :

Comment organiser l’identité nationale, quand on est le gendarme de l’immigration?

C’est une fausse perception. [...] Mais tout se tient. Pour consolider l’intégration, il faut lutter contre les filières de l’immigration clandestine et les mafias qui l’organisent…

Comment ça, une fausse perception ? Besson est bien « gendarme de l'immigration » (et des Expulsions, des Rafles et des Charters), et il est bien chargé de nous vendre l'Identité Nationale. « Tout se tient », en effet, comme il le dit si admirablement. La tentation est grande d'aller droit au but : tout se tient, Monsieur, c'est-à-dire votre identité nationale et la xénophobie, c'est-à-dire identité nationaliste et électeurs du Front National. Mais comme nous voulons être sages et poli, essayons de décortiquer un peu plus.

Pour au moins 50%, le programme IdentNat d'Éric Besson tourne autour de l'immigration. Sous prétexte de réussir l'intégration. Si vous allez sur le grand site du débat (hashtag #xenophobie_2.0), vous trouverez en ce moment les deux premières propositions du gendarme-propagandiste. Voici la première :

Faire connaître et partager l’identité nationale.

Notre Nation s’est constituée au fil des siècles par l’accueil et l’intégration de personnes d’origine étrangère. Ce grand débat doit permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration.

Pour aboutir à la question :

Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ?

Dans la stratégie de communication de Besson, il y a d'abord son côté gentil : aidons les pauvres immigrés à s'intégrer, apprécier leur apport à la Nation, blah blah blah. Et l'argument, à la base, est qu'en faisant ici, sera résolu l'autre problème, le vrai problème, celui qui revient tout le temps, y compris dans la bouche du Très Grand Homme (TGH) : le communautarisme.

De la circulaire bessonienne :

Ce débat répond aussi aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations. Au moment même où l’Union européenne franchit une nouvelle étape de son intégration, et où la crise économique et financière internationale démontre combien la mondialisation rend l’avenir des Nations interdépendant, ce débat a pour objectif d’associer l’ensemble de nos concitoyens à une réflexion de fond sur ce que signifie, en ce début de 21ème siècle, « être Français ».

Le communautarisme avec, comme dans les discours de Sarkozy, le Burqa : quel stratège UMPiste aurait jamais pu imaginer meilleur épouvantail, chiffon rouge à agiter devant les yeux des Républicains old-school, y compris de gauche. Le sarkozyzme apprécie les débats qui divisent le parti adverse ; le voile, la burqa sont des sujets de rêve pour semer la zizanie chez les bien pensants. De même que le communautarisme, avec, en toile de fond, la question de l'Islam qui permet de mettre provisoirement dans le même caps les laïques purs-et-durs et les catholiques qui ont peur que la France deviennent un pays musulman.

De fil en aiguille, donc, on arrive à la question policère. Lutter contre les immigrés en situation irrégulière c'est valoriser, ou disculper, ceux qui sont en situation régulière. Et pour enfoncer le clou, Besson, dans le JDD, cite Patrick Lozes :

Le président du CRAN Patrick Lozes dit à juste titre que "rien ne ressemble plus à un étranger régulier qu’un étranger irrégulier"... La lutte contre l’immigration clandestine est peut-être politiquement incorrecte, mais elle est profondément républicaine, puisqu’elle met fin à cette confusion.

Je disais « de fil en aiguille » : mais au fait, me dira le lecteur attentif et critique, quel rapport y a-t-il entre immigration, légale ou illégale, et communautarisme ? On sait qu'en France, le communautarisme est toujours en « montée ». Le communautarisme est toujours un truc qui va nous engouffrer demain, et la Nation et la République (et l'Église...) avec. Mais le chaînon manquant dans cette « pensée », c'est que « la montée du communautarisme » ne concerne pas les immigrés. Et encore moins les immigrés clandestins. Le communautarisme se pratique d'abord chez des jeunes français dont les parents ou les grands-parents étaient immigrés. En quête d'identité, sans doute, mais pas parce qu'ils ne savent pas ce que c'est d'être français, mais plutôt parce qu'ils ont beau être français, on les voient encore comme des « immigrés ».

C'est un thème sur lequel je suis souvent revenu : la lutte contre l'immigration dans ce grand cadre nationaliste, est avant tout symbolique. L'identité nationale chez des gens comme Hortefeux et Besson est en panne depuis la décolonisation ; les « immigrés » qu'ils voudraient expulser ne sont pas ceux de 2009 mais ceux des années soixante et soixante-dix qui sont en grande partie aujourd'hui des citoyens français. Il n'y a pas si longtemps le programme du Front National proposait de revenir sur toutes les naturalisations depuis 1973, je crois. Hortefeux et Besson sont un peu plus raisonables : ils ont trouvé une parade symbolique.

13 novembre 2009

L'amour de moi

Pas le temps de faire un vrai billet aujourd'hui, mais le Président de la R. a fait un descours hier qui donne envie de réagir à chaud, ou à tiède tout au moins.

Je prends un morceau avant de continuer (page 2 du pdf officiel, sur le site de l'Elysée) :

Je veux le dire parce que je le pense, à force de vouloir effacer les Nations par peur du nationalisme on a ressuscité les crispations identitaires.

Il le dit parce qu'il le pense. Ah. Puissant, ça.

Effacer les Nations par peur du nationalisme ? Pas parce que l'économie est devenue mondiale, pas par peur de retomber dans des guerres entre pays « civilisés » ?

C’est dans la crise de l’identité nationale que renaît le nationalisme qui remplace l’amour de la patrie par la haine des autres.

Voilà la clé du système : l'identité nationale contre le nationalisme. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

A force d’abandon nous avons fini par ne plus savoir très bien qui nous étions.

« Nous » ne savons plus qui « nous » sommes parce que « nous » n'avons plus la Nation pour « nous » le dire. Admettons, par esprit de bienveillance envers celui qui a tant donné pour son Pays. Il faudra donc trouver ailleurs cette fameuse identité. Comme je disais l'autre jour, une bidouille qui remplace.

Mais a-t-on vraiment besoin de MM. Sarkozy, Besson, Hortefeux et Raoult de nous dire qui nous sommes ?

A force de cultiver la haine de soi nous avons fermé les portes de l’avenir. On ne bâtit rien sur la haine de soi, sur la haine des siens et sur la détestation de son propre pays.

L'identité Nationaliste (pardon, nationale) serait surtout un bouclier anti-« détestation de soi », autrement dit : la France a toujours était grande, y compris quand elle a fait des saloperies colonialistes. Interdit de critique, de la même manière que le député UMP Éric Raoult voudrait obliger Marie NDiaye à se taire, puisqu'elle a reçu un prix.

La finalité de la bidouille nationalistique sera donc l'amour des siens ? Je dirais plutôt, et en cela je crois avoir bien compris le message d'Éric Raoult, qui s'inquiétait qu'on puisse dire « monstrueux » et « Sarkozy » ou « Hortefeux » dans la même phrase, qui nous donnait un exemple très réfléchi du futur règne de l'IdentNat, je dirais plutôt : l'amour de soi, ou même, venant de Sarkozy, l'amour de Moi. Nous oublierons notre haine de nous-mêmes et de notre passé et notre manque d'identité dans l'amour infini que nous devons à notre Petit Prince.

10 novembre 2009

McNation

Depuis quelques mois je ne bloguais plus. C'était une erreur, je suppose. Le blogage, c'est la liberté d'expression même. Détaché de tout souci d'éditeur, d'argent, de public, même, on écrit vraiment ce qu'on veut. Quand on veut. C'est l'autre liberté du blog, celle de ne pas bloguer aussi.

Bref, il y a eu des moments où j'avais les doigts qui voulaient se remettre au clavier. L'histoire du blondinet qui se croyait plus gros que la Défense, par exemple.

Mais s'il y a un sujet qui peut vraiment me faire sortir de ma tannière, c'est cette histoire d'Identité Nationale. Grand débat. Numérique en plus. Sur le web, tous les chats sont blancs, n'est-ce pas? Ce sera moderne. Du propre.

L'argument est qu'il faut, face à l'Europe, face aux Américains, face à la mondialisation, réaffirmer une identité pour ne pas être submergés, collectivement, pour ne pas voir toutes ses précieuses valeurs diluer dans les flots et les flux du monde moderne. Et bien sûr, puisque le pauvre petit village gaulois ne peut rien contre les flux du capitalisme mondial, il s'attaque aux flux migratoires, et même à leur face la plus faible, la plus vulnérable.

La négation du passé colonial est toujours d'actualité. La politique d'expulsion, je l'ai déjà dit, n'est que symbolique : expulsons quelques misérables pour, symboliquement, effacer cette réalité que concrètement nous devons malgré tous nos principes Nationaux accepter.

Un grand débat sur l'Identité Nationale : pour décider quoi ? Décréter que désormais, à partir de l'an 2010, troisième du règne du Petit Prince, l'Identité de la Nation Française sera X. Mettez ce que vous voulez dans X, pour l'instant, même quelque chose de gentil à la rigueur. Sur quoi portera alors ce décret ? Les préfets enverront des hérauts avec leur trompettes sur les murs pour annoncer la bonne nouvelle. Les gens dans la rue diront : "Ah, c'est donc ça notre identité nationale maintenant! Je vais le noter dans mon carnet pour ne pas oublier."

Car la logique d'une Identité Nationale ainsi décidée, c'est finalement de fabriquer quelque chose, une bidouille, un slogan qui prendrait la place du patriotisme/nationalisme qui n'est plus de notre siècle, qui n'existe plus que pour ne pas effrayer les gens. On fabriquera une identité nationale en plastique, comme les jouets qui accompagnent les repas pour les enfants chez McDonalds. J'imagine déjà, distribué dans les écoles, un Vercingétorix en plastique, avec sa tenue de désert et mitraillette lance-roquette sur le bras, prêt pour aller envahir l'Algérie.

Dagrouik suggère que la gauche s'empare du débat pour le retourner contre Besson :

En gros débattons, mais changeons l'objet du débat: Nous allons montrer aux amis de Besson qu'ils sont ringards. Ça me semble simple comme analyse. Et donc sortir du piège de réponse négative ou alors du passage en mode "hou les vilains neo-pétanistes que voilà" qu'on trouve chez certains. Et ne vous trompez pas sur les réponses aux questions parfois trop simples des sondages, pour beaucoup de gens "identité nationale" c'est "vivre ensemble" et "égalité des chances".

En termes de stratégie, ou de tactique, c'est peut-être jouable. Pourquoi ne pas aller jusqu'à l'extrême canadien, déclarer une république multiculturelle et métissée, après tout ? Le problème, à mon avis, c'est que "vivre ensemble", "égalité des chances", "république multiculturelle" ne concernent plus l'Identité Nationale mais plutôt, justement, la République, le pacte républicain, le tissu social, le rôle du collectif et (par extension) l'État. Nous sommes alors sortis du terrain (piégé) de l'Identité Nationale. Car une Identité sert à vous dire qui vous êtes, et c'est pour cette raison que c'est un concept intrinséquement néfaste et, je dirais, fondamentalement nationaliste. Pardon : Nationaliste.

Autrement dit, la seule conclusion acceptable de cette grande mystification serait le dynamitage de la notion d'Identité Nationale, comme si les expulsions perpétrées par le Ministère de la Xénophobie n'avaient déjà suffi.

(En lisant le billet de Marc Vasseur ce matin, je vois que Besson a sorti ses questions identitaires. J'arrête là cette tirade. Il y a du pain sur la planche. Ça commence bien, pourtant : piste de réflexion : "notre universalisme". Flûte, je l'ai mis où, notre universalisme.)

19 octobre 2008

Une Marseillaise si fragile ?

En 2001, quand la Marseillaise fut sifflée lors d'un match France-Algérie, je ne blogais pas encore, mais je me disais que j'aurais pourtant eu des choses à dire. Quand la même chose se produit en 2008, soudain je n'ai plus envie d'en parler. Comme l'a remarqué Juan avec justesse, ce match arrive au bon moment pour une droite qui, comme j'ai toujours autant de plaisir à dire, vient de se défaire de son sur-moi libéral et qui a besoin de se regrouper autour des bonnes vieilles valeurs colonialistes :

En France, certains ont fait beaucoup de vacarme sur une anecdote sportive, celle d'un hymne national sifflé pendant un match amical mardi soir. Une distraction de plus pour éviter de siffler les véritables mauvais joueurs.

(C'est rigolot : Benoît Hamon avait déjà parlé du "surmoi libéral" le 9 septembre, mais il parlait de celui du PS.)

Bref, se lancer dans la polémique à ce sujet, c'est, d'une certaine façon, apporter de l'eau au moulin UMP. Et puis les confrères ont déjà dit beaucoup de choses intéressantes et pertinentes sur ce sujet. Nicolas J. remet en perspective, ici et surtout ici (un petit bijou de billet) les faits de quelques "jeunes abrutis" qui sifflent. En effet, le danger du symbolisme footballistique, c'est que souvent les symboles sont laissés entre les mains de gens qui n'ont pas fait l'ENA, ce qui peut aussi en faire le charme.

Juan, sur son autre blog, se demande lequel est plus dangereux pour l'image Nationale : des sifflets lors d'un match et l'existence d'un Ministère de la Xénophobie, de la Pureté de la Race et du Codéveloppement. Et Mathieu L. (du blog au magnifique titre : Les privilégiés parlent aux Français et au Monde) nous fait aussi une mise au point historique qui vaut le détour. (Sans négliger les commentaires, d'ailleurs.)

C'est finalement en lisant ce très bon billet d'Olivier Bonnet que j'ai commencé à m'énerver, car je me suis senti revenu cinq ou six ans en arrière, surtout à 2005, année des émeutes des banlieues, quand Bernard Accoyer rendait la polygamie responsable des violences :

Deux causes sont rendues responsables de l'"arrivée massive" de nouveaux immigrants : le regroupement familial et la polygamie. Un lien qui ne fait aucun doute pour M. Accoyer : "Parmi les mineurs impliqués dans les délits, il y a une surreprésentation d'enfants issus de familles polygames", souligne le député de Haute-Savoie.

Tous les souvenirs reviennent : la racialisation de "l'insécurité", le débat sur le foulard, la paranoïa sur les "tournantes"... tous ces phénomènes de société d'un pays qui voulait oublier son passé colonial, qui voulait se laver de toute responsabilité les crimes coloniaux commis, qui voulait surtout ne pas voir de relation entre le passé colonial et les difficultés au présent. Et là, je me souviens comment tous ces événements ont servi la montée en puissance de Sarkozy, et soudain je comprends à nouveau l'endurance de Juan.

Olivier Bonnet rappelle donc

Bien sûr que le chef de l'État se doit d'être le premier indigné, lui qui s'est déjà affirmé depuis 2003 comme le champion des combattants contre les talibans siffleurs de Marseillaise, avec son "délit d'outrage au drapeau et à l'hymne national".

Et c'est là, franchement, qu'on a du mal à ne pas s'énerver, même si c'est inutile. La Marseillaise est-elle si fragile que quelques sifflets vont faire éclater la République?

Je n'ai pas constaté des effets remarquables après France-Tunisie.

  • Aucune fissure n'est apparue sur l'Arc de Triomphe.
  • La Tour Eiffel n'a pas commencé à rouiller.
  • Les colonies Françaises en Afrique du Nord n'ont pas subitement déclaré leur indépendance... (Ah, si ? C'était déjà fait ? J'ai dû oublier...)

Et puis zut...

15 mars 2008

Sarkozy lâché par ses propres xénophobes ?

Dans un tchat du Monde, Dominique Reynié, professeur à l'IEP de Paris comment ainsi les scores des cantonales au premier tour:

Ce que l'on observe et qui me paraît très important, c'est un mouvement d'effondrement du vote Front national qui ne profite pas à la droite de gouvernement. Donc la droite de gouvernement devient peu à peu minoritaire et n'a plus de réserves électorales.

J'essaie de ne pas être trop optimiste quant à l'avenir électoral (je ne parle pas du scrutin de demain), car je ne suis pas sûr que la popularité du Très Grand Homme (TGH) restera aussi bas pendant tout son mandat. (Julien Tolédano pense que Sarkozy est "fini politiquement".) En ce moment même, la signification de son impopularité n'est pas encore fixée, d'où les tentatives de la droite de cacher leur politique derrière les fautes de goût du Président. L'impopularité est constatée mais pas encore tout à fait interprétée, et c'est cette interprétation qui déterminera bien des choses pour la suite.

La remarque du politicologue sur l'éffondrement du FN est assez intéressante à cet égard, car elle souligne ce qui aurait dû être une évidence : Sarkozy ne pourra pas garder longtemps ses électeurs Front National. Les manoeuvres de campagne qui ont permis à Sarkozy de s'emparer d'une grosse part du vote Front National à l'élection présidentielle avaient en fait deux ressorts : d'une part la xénophobie impénitente désormais symbolisée par l'ignoble Brice Hortefeux, et d'autre part la rhétorique de rupture, plus rien ne sera comme avant, "tout devient possible" (y compris le pire...). C'était essentiel d'avoir ces deux éléments, car le Front National n'est pas seulement un parti raciste, xénophobe et antisémite, mais c'est un parti dont l'un des principaux attraits (pour ses électeurs) est justement son côté contestataire. Pendant des décennies, Jean-Marie Le Pen a su tirer profit de sa diabolisation pour se rendre désirable pour cette frange de la population. Ainsi, pour prendre les voix qui auraient dû aller à Jean-Marie Le Pen, il fallait être xénophobe et promettre la "rupture".

Ensuite, Sarkozy devient président, incarne le pouvoir de l'Etat, et épuise largement son crédit personnel. Quelques gestes xénophobes, fût-ce à Toulon, ou même de Villiers au gouvernement, ne suffiront plus à ramener ces électeurs qui exigent avant tout un programme politique destructeur et vengeur. Et je parierais que pour certains de ces électeurs, la xénophobie n'est que le prétexte pour l'expression d'une haine plus générale et diffuse, une violence envers la société qui ne peut que se focaliser sur l'exercice ostentatoire du pouvoir sarkozyën.

19 janvier 2008

La religion : le parafoudre de Dieu

Sarkozy continue à parler religion, et j'allais (re)dire ce que j'en pense, en somme qu'il s'agit de rétablir un ordre colonial sans colonies, dans lequel les colonisés (anciennement : "immigrés"; anciennement : "jeunesse issue de l'immigration"; bientôt : "vieux et jeunes issus de l'immigration"...) n'ont qu'à bien se tenir : ils ne partagent pas les "racines chrétiennes" de la classe coloniale, ne pourront jamais être des vrais français, et ainsi de suite. On comprend de mieux en mieux comment la politique de l'Identité Raciale de Brice Hortefeux n'est pas ni un détail, ni un accident, ni une concession à l'extrême droite, mais la pièce maîtresse dans le symbolisme idéologique de Nicolas Sarkozy. Enlever le racisme et la xénophobie et tout s'écroule.

Voilà donc le billet auquel vous avez échappé. Pour le moment en tout cas.

C'est ce que j'allais écrire avant de lire ce matin le billet de Juan concernant les dernières élucubrations mystiques de notre Très Grand Chanoine (TGC). Juan conclut son billet ainsi :

J'ai tendance à penser qu'il faut réserver les combats aux "causes réelles et sérieuses" d'inquiétudes. La laïcité, aujourd'hui, est-elle menacée par une décision du gouvernement Sarkozy ? Non. La sécurité sociale, oui. L'intégration, oui. La démocratie parlementaire, oui. Le pouvoir d'achat des plus pauvres, oui.

Au contraire, ne s'agit il pas d'un "vacarme" supplémentaire ? Il est toujours plus facile pour la gauche de pousser des cries effrayés sur la laïcité (qui leur reprochera ?), que de se mettre d'accord sur des contre-propositions contre les mesures de destructions sociales ou le mini Traité Européen. Cela n'empêche pas la vigilance, bien au contraire. Mais on a l'habitude.

Voilà ce qui fait "Tilt!" Chez moi en tout cas. N'oublions pas l'un des fondements essentiels du sarkozysme : les mots ne coûtent rien, le pognon est pour les amis. Il y a deux Sarkozy (je sais : un suffit largement, mais c'est pour les besoins de la démonstration) : l'un a un complexe identitaire qui le pouse à affirmer ses racines chrétiennes, à proclamer qu'il y a trop de musulmans en Europe, à montrer Bigard au Pape ; l'autre ne pense qu'à solidifier son pouvoir et à en profiter, en faisant profiter ses copains, les membres de sa caste par la même occasion. Celui-ci est prêt à dire n'importe quoi si d'aventure cela peut l'arranger : pleurer la lettre de Guy Môquet, pratiquer "l'ouverture", promettre de revaloriser le pouvoir d'achat et les petites retraites.

Bien sûr, quand Sarkozy met en cause la laïcité, oublie qu'il existe en France encore quelques athées, ce sont les deux Sarkozy qui parlent en même temps. Je ne sais pas grand'chose de ses convictions intimes (à la rigueur je m'en fous), mais j'ai le soupçon qu'avec ce thème nous ne sommes pas loin de ce que le bonhomme pense vraiment. Mais peu importe. Car l'autre Sarkozy, le narcissique qui est prêt à raconter n'importe quoi du moment que ça lui est utile, parle en même temps. Et celui-ci ne pense qu'en termes tactiques.

Quel intérêt y a-t-il à émeuter les défenseurs de la laïcité ? Comme le dit Juan, il faut créer du "vacarme". La religion est le paratonnerre du moment, comme les tests ADN avaient servi de chiffon rouge au moment de la loi Hortefeux (l'ignoble, l'infâme, l'abominable...). Il faut bien que les gauchistes aient des sujets de polémique, laissons-les dépenser leurs forces et leur salive pour des conneries, pour quelque chose qui de toute façon ne mange pas de pain. Tout est bon, en fait, qui remet la gauche en position de "donneur de leçon", tout en donnant des gages à la bonne vieille droite.

Carla Bruni est une diversion, la religion l'est aussi. Je pense. Mais c'est une diversion plus grave et plus perverse que sa vie de flambeur avec Carla B. Car s'il ne recontrait pas de résistance sur ce chemin, il est certain qu'il ne se priverait pas d'aller plus loin, avec des conséquences que l'on peut trop facilement imaginer. Comme le dit encore Juan, il faut rester vigilants.

UPDATE: je rajoute le tag "vacarme" après avoir lu ceci.

23 novembre 2007

Sarkozy et la préférence nationale

D'abord, cet excellent entretien au Contre-journal, avec Gérard Noiriel, l'un des historiens de l'immigration qui avait démissionné de la Cité de l'Histoire de l'Immigration au moment de l'annonce de la création d'un Ministère des Expulsions, de l'Identité Raciale, et des Bronzés qui Restent Chez Eux.

Au moment où l'amendement Mariani fut proposé, je me demandais si

cette histoire de tests ADN n'était qu'un leurre, ou un paratonnerre, qui a fait que, finalement, la bataille sur la législation Hortefeux (l'ignoble, abominable Hortefeux) a concerné essentiellement cet amendement. Le coeur même de la loi n'a pas attiré l'attention qu'elle mérite.

Et je m'inquiétais :

avec des tests de langue et de « citoyenneté » [pour les candidats à l'immigration], il devient évident que la France recherche des immigrés qui ne sont pas différents de nous.

Gérard Noiriel semble penser la même chose:

Une des mesures qui nous paraissait, à nos yeux d'historiens de l'immigration, comme l'une des plus scandaleuses: à savoir contraindre les gens à un examen de langue avant de s'installer en France est passée comme une lettre à la poste. On a mis l'accent sur les choses extrêmes [l'ADN et les statistiques ethniques] qui ont suscité à juste titre la protestation.

Pour conclure :

L'anticipation des réactions probables des opposants est aujourd'hui intégrée par les stratégies politiques.

Autrement dit, les tests ADN n'étaient pas seulement un symbole envoyé en direction des électeurs FN (on comprendrait si j'écrivais "FN-NS"?), mais un chiffon rouge agité devant nos yeux de gauchistes bien-pensants, afin de nous distraire des autres mesures qui auront un impact bien plus réel, finalement.

Mais pour revenir sur le plan symbolique, l'obligation de parler déjà français, avant même d'arriver en France, en plus de l'obstacle pratique que cela imposera dans bien des cas, est aussi une manière de signifier que les futurs immigrants doivent déjà être français. En somme, c'est une nouvelle façon de refuser l'autre. Comme le raciste qui prétend avoir "plein d'amis" noirs ou arabes, cette mesure est la caution de celui qui dit (ou pense, mais ne le dit pas) : "d'accord pour des immigrés, à condition qu'ils se comportent comme nous".

A cela, il faut ajouter le fait que "l'immigration économique", grande promesse sarkozyenne de sa sacrosancte campagne électorale, est devenue une nouvelle expression, vaguement camouflée, du vieux thème frontiste de la "préférence nationale", qui, même dans la bouche de Le Pen, paraissait à un public étonnement large, frappé du coin du bon sens. Sauf que quand Sarkozy dit "immigration économique", c'est du propre.

1 novembre 2007

Nationalisme creux

L'épisode Guy Môquet, avec en arrière plan les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, a cristallisé beaucoup de ce qu'il y a de détestable et délétère dans le sarkozysme. Il a, en même temps, montré l'une des limites du système de communication sarkozyzte, car, pour la première fois, de nombreuses personnes ont osé dire qu'ils n'étaient pas d'accord pour être manipulées ainsi. Le sarkozyzme n'aime pas que ses opposants soient visibles ou audibles, et de ce point de vue l'exercice était un échec pour le Pouvoir, comme je le disais l'autre jour.

L'utilisation UMPiste de Guy Môquet nous vient directement du cerveau de Henri Guaino, et c'est lui qui s'est montré le plus indigné par les réticences des enseignants à qui Nicolas Sarkozy avait confié la tâche d'instaurer une identité nationale tout en larmes et paillettes. Du coup, Guaino a parlé de l'identité nationale et du nationalisme, ce qui nous donne l'occasion d'y revenir.

Commençons par sa sortie la plus bêtement emblématique :

« Cela amène à s'interroger sur ce que doivent être les devoirs d'un professeur dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire et auquel la nation confie ses enfants», avait avancé Henri Guaino.

Ce serait donc la Nation qui aurait payé les études des professeurs, qui payerait leurs salaires ? Voilà une confusion qui passe très bien, qui ressemble suffisamment à du bon sens pour tromper pas mal de monde. La Nation, au sens des nationalistes ne paie ni études, ni salaires, car c'est une abstraction qui s'oppose à d'autres manières d'organiser, d'imaginer et de symboliser la collectivité. La Nation ne sait pas comment écrire des chèques. Dire que les enseignants, ou quiconque aurait bénéficier de l'enseignement supérieur, ou même de la maternelle, soyons rigoureux, ont une sorte de dette envers la Nation, ou plutôt, envers la cause nationaliste, c'est franchement se foutre du monde.

Pourquoi parler, en effet, de Nation ? On peut aussi regarder à gauche pour trouver une réponse. Je pense vaguement aux chévénementistes, mais aussi à cet article de Raphaël Anglade, paru il y a quelques semaines sur Betapolitique : Les socialistes ont-ils perdu la Nation? L'idée n'est pas neuve, mais l'article a au moins le mérite de poser la question clairement:

Pendant tout le XIXe Siècle, la revendication nationale, dans toute l'Europe, est un combat d'émancipation. Un combat de gauche, une lutte contre la vision patrimoniale, monarchiste, réactionnaire du pouvoir et du fait politique. En fait, derrière la Nation se cachent deux combats essentiels :

  • l'instauration de la citoyenneté,
  • et la construction d'une manière d'être ensemble conventionnelle, culturelle, (la Nation, ethnicité fictive, disait Vidal Naquet, me semble-t-il) et par là même non biologique.

On pourrait se féliciter de cette « ethnicité fictive » et de son caractère « non biologique », s'il n'y avait pas des gens comme l'ignoble Brice Hortefeux pour ramener la Nation à une ethnicité bien biologique. De ce point de vue, on comprend bien, il est vrai, la signification nationaliste de la biologie de Thierry Mariani et ses amis.

Mais surtout, on comprend qu'au XIXe siècle, la Nation, avec sa majuscule, pouvait bien être de gauche, puisqu'il s'agissait d'asseoir la légitimité politique du peuple, devenu propriétaire en quelque sorte de son pays. Faut-il alors regretter, comme Raphaël Anglade, la perte, par la gauche, de la Nation en tant que thème? Faut-il que la gauche se dote d'une réponse nationale au Front National?

Aujourd'hui fragile dans son rapport à la Nation, la gauche manque de balises face aux provocations d'extrême droite, aux turpitudes sarkozystes, à la question européenne... et même au mondial de Rugby !

Je l'ai déjà dit ici, la plus grande erreur politique de Ségolène Royal pendant la campagne était sa dérive chévénementiste, surtout avec la fierté des drapeaux. Et c'est là où l'on revient à Henri Guaino et à la lettre de Guy Môquet.

Heureusement, notre célèbre plume Nationale a le mérite de s'expliquer clairement là-dessus:

Dans un pays où elle s'impose avec évidence, la nation n'est pas un sujet politique. Lors de l'élection de 1974, les Français ne s'intéressaient pas à ce que racontaient Malraux et les gaullistes sur la nation et la résistance. Mais aujourd'hui, avec l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire. La nation est redevenue un sujet fondamental de la politique.

Voilà, le problème identitaire. Car, que la Nation soit définie sur des critères ethno-biologique, ou sur des critères simplement culturels, voire, comme on dit souvent, républicains (et je pense à cette épreuve de "citoyenneté" que les futurs candidats à l'immigration vont devoir subir), il reste que la Nation définit un nous qui est à opposer à un eux, que ce soit des immigrés venus nous piquer nos boulots et nos allocations (dans la version FN de ce mythe), ou même les plombiers polonais venus réparer nos lavabos.

En rugby, il n'y a pas trop de problèmes avec une telle opposition, car quand ce n'est pas la France contre l'Argentine, c'est Toulouse contre Perpignan. La distinction entre les camps est intégrer dans le symbolique du sport.

Le problème, à l'heure des fléaux que cite Guaino, "l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail", c'est que le seul nationalisme que ces êtres inspirés arrivent à définir, c'est un nationalisme complètement vidé de sens, un nationalisme purement autoréférentiel. La lettre de Guy Môquet n'est pas, bien sûr, vide de sens, ni lorsqu'il l'a écrite, ni aujourd'hui. Évidemment. Mais le sens de la lettre est simplement celui du sacrifice et du courage. Le choix de cette lettre par Guaino et Sarkozy est surtout significatif, car il s'agit d'un texte dépourvu de signification politique. Dans l'utilisation que l'Etat-UMP cherche à en faire aujourd'hui, seule compte l'émotion de la lettre. Et je renvoie aux excellents analyses d'Eric Fassin (ici et ici) de l'instrumentalisation de l'émotion chez Sarkozy.

Si il y une leçon dans cette histoire de Guy Môquet, c'est qu'aujourd'hui le nationalisme, que ce soit avec les drapeaux, le sport ou les commémorations, ne peut que conduire à quelque chose de vide, et, je dirais, fondamentalement réactionnaire. Deux bonnes raisons pour la gauche d'éviter de rivaliser avec les sarkozystes et le Front National sur ce terrain qui conduit inévitablement à une insincérité que la gauche doit éviter.

27 octobre 2007

Oeufs durs

La droite qui a voulu imposer la lecture d'une lettre de communiste fusillé finira-t-elle, un jour, par s'en mordre les doigts? Sarkozy est courageuesement trop occupé pour assister à la lecture de cette lettre en compagnie des élèves en colère du lycée Carnot; Dati est chahutée; Darcos est chahuté. Surtout, par le jeu du calendrier, l'anniversaire de la mort de Guy Môquet tombe presque en même temps que le vote de l'Assemblée National en faveur des tests génétiques destinés à nous protéger de ces étrangers qui seraient tentés de faire appel à leur droit de regroupement familial tout en remboursant la "dette" de notre président envers ses électeurs xénophobes. Bref, ils commencent à devenir un peu lourd. Si cette lecture serait passée sans trop de mal un mois ou deux après l'élection glorieuse de Nicolas Sarkozy (TGH), aujourd'hui les ficelles deviennent un peu trop grosses, un peu trop visibles.

Je continue de penser que ce genre de chose va au moins avoir pour effet de tuer dans l'oeuf toute prolongation de l'ouverture sarkozyenne. Tout se durcit : le ton de Sarkozy après l'annonce maladroit de son divorce (et surtout quand on ose en parler devant lui) en même temps que les relations sociales. La lecture imposée de la lettre de Guy Môquet arrive, perçue comme la grossière manipulation qu'elle est, est arrivée pour jetter un peu plus de huile sur le feu. L'illusion du sarkozysme comme étant (incroyablement) politiquement neutre - seule la compétence compte -, un grand rassemblement de réformisateurs sans boussole politique, a vécu.

La personalité de notre Président est binaire : d'un côté, le grand séducteur, qui a réussit à convaincre peu à peu, ralliement par ralliement, toute l'UMP qu'il en est l'avenir ; de l'autre, le "volontarisme" autoritaire de quelqu'un qui est persuadé que sa hargne est suffisante pour triompher dans toutes les situations. Si l'ouverture était le produit du Sarkozy souriant, l'immonde Hortefeux est une créature du Sarkozy au front plissé et au regard sombre. C'est facile d'être sympa quand tout va bien, tandis que tout indique que dans une confrontation (syndicale?) plus rude, c'est le bad cop qui referait surface.

24 octobre 2007

Merci Noël Mamère

La place de l'opposition dans la Ve République lui laisse peu de possibilités pour empêcher l'adoption même des lois honteuses telles que celle de l'ignoble Colonel Brice Hortefeux. Et pourtant, la majorité n'était pas si loin de craquer cette fois.

Tout ce qu'on peut espérer, à ce stade, hormis une surprise en provenance du Conseil Constitutionnel, c'est que la Majorité Invicible de notre Lider Autoritarismo, Nicolas Sarkozy, le Très Grand Homme (TGH) paie le prix politique de ses actions, et que le pays n'oublie pas qui a fait voter cette loi. Sarkozy nous promet depuis quelques temps d'aller « plus loin dans l'ouverture », mais on peut se demander si l'ouverture n'est désormais plus possible, hormis des types comme Bockel, à propos de qui on peut se demander s'il y a même un sens de parler d'ouverture.

Il faut qu'il y ait un prix politique. A nous, et même aux blogueurs provisoirement découragés, donc, de ne pas laisser oublier ce prix politique. J'en avais déjà parlé, d'ailleurs, à propos de l'élection. Ce qui m'amène aux remerciements que j'étends à Noël Mamère (via Juan), qui a dit les choses comme elles sont:

L’atmosphère est devenue particulièrement houleuse avec l’envolée de Noël Mamère (Verts), qui a accusé le gouvernement de vouloir «rembourser la part de la dette à l’extrême droite qui a permis au président de la République d’être élu à l’Elysée».

Traitant les tests ADN de «peste biologique» qui institue «la xénophobie d’Etat», Noël Mamère a aussi critiqué l’instauration d’un test d’évaluation, dans le pays d’origine, de la langue française et des valeurs républicaines.

«Si on avait demandé aux parents ou aux grands-parents du président de la République, à ceux d’Edouard Balladur, de Fadela Amara ou Rachida Dati de parler français, croyez-vous qu’ils pourraient vivre dans ce pays et être membres du gouvernement?», a-t-il lancé.

13 octobre 2007

Tests ADN : quelques réflexions de plus

Voici quelques réflexions sur les tests ADN et pourquoi c'est vraiment mauvais. Il y a sans doute rien de bien neuf dans ce que je vais dire, mais trois semaines sans bloguer, cela vous vide curieusement le cerveau (le mien, en tout cas, tant le blog devient une manière pour moi de concrétiser ma pensée), et j'ai donc besoin de remttre les choses à plat.

C'est doublement nécessaire en raison de la logique des défenseurs de cette mesure, qui se résume à pourquoi vous énervez-vous? ce n'est qu'une bricole. Oublions, pour l'instant, le débat sur Fillon qui ferait du lepenisme sans le savoir, ou sans l'admettre, pour nous concentrer sur cette logique qui proclame la banalité de la mesure et donc l'exaggeration de toute critique.

La banalité est une véritable thématique dans cette histoire, à commencer par la façon dont les tests ADN ont été introduits, non par l'ignoble Colonel Hortefeux lui-même, mais par celui qu'on présente souvent comme son "ami", Thierry Mariani. (Et oui, il a un "blog", celui-là; il aurait tout intérêt à suivre les conseils de Nicolas...) D'emblée, la mesure est accessoire, ne fait pas partie du texte ministériel, et peut être abandonné si jamais il y a des problèmes. On nous dit surtout que Hortefeux avait pensé inclure les tests ADN dans son texte a lui, puis avait abandonné l'idée. Mariani ramasse les miettes, mais ensuite les sarkozystes convaincus le soutiennent comme si la mesure avait fait partie des promesses de campagne... Difficile de ne pas y voir une mise en scène assez grossièrement ficelée.

Le Très Grand Homme (TGH) dit qu'il "n'est pas choqué" par les tests ADN. Kouchner avait d'ailleurs dit à peu près la même chose : "cela ne me plaît pas, mais ne m'indigne pas". Et Fillon saute sur la même thématique et sort son "détail". (Toujours le mot pour rire lui : "faillite", "détail", quel mot demain?) Et nous avons entendu sans cesse que pleins d'autres pays européens faisaient la même chose, et ce depuis des siècles sans que personne s'en plaigne, à la différence des gauchistes français, toujours aussi hystériques.

Ensuite, une fois que la Commission des Lois du Sénat a rejeté une première version de l'amendement, le gouvernement en réduit considérablement la portée, surtout en en faisant une "expérimentation" avec une "mise en oeuvre progressive" et en limitant le nombre de pays concernés. "Expérimentation", ça fait moderne sans doute, comme Raffarin le décentralisateur. C'est censé surtout ne pas nous faire peur : ils vont y aller doucement; si ce n'est pas bien, ils arrêterons. Sauf que l'expérimentation c'est, en général, utile pour des phénomènes économiques ou sociaux, quand on ne peut pas savoir si une mesure aura les effets escomptés. Ce n'est pas du tout une réponse adaptée aux véritables défauts de cette mesure qui n'ont rien à voir avec son éventuelle efficacité, mais qui sont d'ordre, on va dire, pour aller vite, moral et politique. Si les tests ADN sont moralement acceptables pour un petit nombre de pays, ils le sont pour tous, et dans ce cas il n'y pas besoin d'en limiter la portée et de passer par cette période d'essai. Essayer quoi?

Le premier, et peut-être principal, défaut de cette mesure est sa portée symbolique. Du fait qu'il s'agit d'un symbole, la droite en profite pour dénoncer l'exaggération de la gauche (et de Raffarin et de Villepin), en se posant comme plus pragmatique, la tête bien sur les épaules. Mais dire que tout ce qui symbolique est nécessairement accessoire est une erreur, sur plusieurs plans. Tout d'abord, le symbolique est important. Tout simplement. Le symbole de ce test ADN conditionnera pour toujours les relations entre l'Etat et les candidats à l'immigration, et aussi les relations entre la France et les pays qu'elle considére incapables de produire des documents fiable d'état civil. Ce symbole, en France, entre en conflit avec des siècles de catholicisme et de cartésianisme qui ont privilégié l'esprit au dépens du corps, ce qui explique pourquoi faire tester son corps pour prouver sa légitimité ressemble trop à une soumission, quelque chose que l'on ferait à du bétail... D'autant plus que l'on se refuse de pratiquer pareille chose sur des Français...

Ce qui nous amène à l'autre point essentiel qui est, dans un sens, un peu masqué par le fait que tout cela arrive dans le contexte du débat, déjà bien chaud, sur l'immigration, à savoir la question de l'usage des informations génétiques. On savait que la génétique était très utile, notamment pour récupérer les Piaggio volés. Vont-ils se banaliser chaque fois qu'ils pourraient faciliter une procédure administrative ? Ce n'est pas l'intention, aujourd'hui, de Hortefeux ou même de Mariani, mais la première exception à une règle est toujours la plus dangereuse.

10 octobre 2007

Hortefeux, la radio, Sarkozy, le Front National

Lundi soir j'écoutais un peu par hasard l'ignoble Brice Hortefeux, pardon, Colonel Hortefeux, comme Olivier Bonnet nous le rappelle, sur France Inter, dans l'émission Le franc parler. (On peut même encore l'écouter, mais pour l'instant je n'ai ni le temps ni le courage.)

Bref, Hortefeux parle à la radio. Je ne l'avais pas encore entendu parler et, ayant manqué le début de l'émission, je suis surpris d'apprendre que la voix que j'écoute appartient à notre Ministre de la Haine, du Racisme et du Codéveloppement.

Hortefeux, est, en réalité, une sorte de Sarkozy bis, du moins dans la parole. Il a exactement les mêmes tics que le Très Grand Homme (TGH), les mêmes astuces verbales pour prendre le dessus sur ses intervieweurs : appeler les journalistes par leurs noms, un peu comme les innombrables "Madame Royal" du débat; les tournures faussement pédagogiques, surtout "premier élément"; un ton où se mélangent le mieleux et l'autoritaire; et surtout des renversements démagogo-rhétoriques qui font appel aux bons sentiments et au bon sens, genre vous pouvez dire ça, mais ce n'est pas du tout ma conception de la démocratie. (Cela n'est pas une citation.) Il faudrait sortir toute l'histoire des relations entre les deux hommes pour savoir qui a été à le maître et qui l'élève, mais il est évident qu'il y a une sorte de fusion entre le TGH et celui qu'on appellait naguère son "porte-flingue".

Sur le fond, je n'ai pas entendu grand'chose de nouveau. Là où les choses se sont un peu corsées, c'était lorsque l'intervieweur a attaqué, et assez franchement, sur la question des électeurs Front National. Pourquoi risquer la polématique avec le test génétique, si ce n'est qu'un "détail" et ne va servir que dans très peu de cas (18 mois d'expérimentation, seulement quelques pays, etc.). Hortefeux monte sur ses grands chevaux démocratique pour d'abord féliciter Sarkozy d'avoir réduit le score du FN (comme si le mal était le parti lui-même, et non les idées du parti), et ensuite pour faire l'éloge des électeurs ex-FN, dont les voix comptent autant que les autres.

Hortefeux ne pouvait pas dire "oui, bien sûr, on monte ce machin génétique pour récompenser nos électeurs d'extrême droite" évidemment. Son éloge des électeurs de l'extrême droite était une manière de le dire sans le dire, et de signifier qu'en effet Sarkozy soigne ses relations avec l'extrême droite. Hortefeux, malgré toutes ses prétentions, est chargé d'être ignoble afin de préserver ces voix ignobles qui resteront l'une des clefs d'une éventuelle réélection en 2012.

Autrement dit, il faut bien dire des tests génétiques, de la chasse aux clandestins, qu'ils sont le contrepoids de l'ouverture, la garantie d'un ancrage bien, bien à droite qu'une petite partie de l'électorat ne manquera pas de comprendre.

30 septembre 2007

Immigration : une inquiétude

Toujours pas le temps de bloguer pour de vrai. Et pourtant, il se passe des choses...

La décision de la Commission des lois du Sénat de supprimer l'amendement Mariani pour les tests génétiques étaient très clairement une bonne chose, car, au minimum elle oblige l'Assemblée UMP à refaire tous les mêmes arguments et donc, on peut espérer en tout cas, repayer un certain prix politique.

Pourtant, pendant que je ne bloguais pas, j'en arrivais à penser que cette histoire de tests ADN n'était qu'un leurre, ou un paratonnerre, qui a fait que, finalement, la bataille sur la législation Hortefeux (l'ignoble, abominable Hortefeux) a concerné essentiellement cet amendement. Le coeur même de la loi n'a pas attiré l'attention qu'elle mérite.

Les tests génétiques ont une valeur symbolique qui permet de mobiliser les gens et cette proposition mérite largément toutes les critiques qu'elle a reçues, et d'autre encore. Toutefois, l'obligation de parler français risque d'être un problème beaucoup plus grave et plus difficile à gérer pour des immigrants futurs. Avec plus de temps je developperais d'autres arguments, mais l'essentiel semble être ceci : avec des tests de langue et de « citoyenneté », il devient évident que la France recherche des immigrés qui ne sont pas différents de nous.