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6 juin 2012

Le racisme pour débutants

 

Entre racisme, xénophobie, islamophobie, antisémitisme, il est facile de s'y perdre. Nos défenseurs d'une France issue de la non-diversité sont-ils vraiment racistes ? Ou bien est-ce la religion qui les embête ? Ou la religion est-elle un prétexte pour stigmatiser une population définie autrement ? Immigrés ? ce ne sont plus des immigrés depuis des générations maintenant. Couleur de peau ? Mais finalement la couleur de peau, cela permet juste de voir qui est qui, ce n'est pas la vraie raison, c'est juste commode. Une différence culturelle alors ? C'est sans doute plus près de ce qui gêne les pourfendeurs de l'antiracisme. "Ils" sont juste différents, donc "ils" ne peuvent pas être tout à fait chez "eux" quand "ils" sont "chez nous".

J'ai toujours préféré le terme de "xénophobie", qui englobe toutes les différences. Avec le déferlement actuel des justifications de l'instrumentalisation politique du rejet de l'autre, c'est peut-être le moment de revenir au racisme, qui, est bien souvent national ou nationaliste.

12 novembre 2009

Éric Raoult est de droite et membre de l'UMP

Faut-il parler d'Éric Raoult ? C'est un peu la question que je posais hier soir sur twitter. Visiblement son jeu consiste à se faire parler de lui, créer l'événement, mini-polémique en associant son nom à celui d'une romancière reconnue et récompensée. Le monde n'a pas attendu Éric Raoult pour inventer ce petit jeu médiatique, même avec sa variante xénophobe, autoritaire et paternaliste. Après tout, des élections approche, c'est le moment d'y aller n'est-ce pas ?

Faut-il s'abaisser jusqu'à parler d'Éric Raoult dans son blog ? Marie Ndiaye semble avoir pensé tout de suite à peu près la même chose (mais sans le blog) :

Donc je me suis dit que si cette histoire était peu évoquée, s’il n’y avait pas de rebondissements, cela ne valait pas la peine de donner de l’importance à des gens de cette sorte.

Faut-il parler de Raoult?

Oui. (D'ailleurs, c'est déjà trop tard.) Voici pourquoi.

Éric Raoult en soi n'est pas particulièrement intéressant. Peuples m'a suggéré d'aller lire son article Wikipédia. Peuples a raison : on apprend des choses.

Il a soutenu un amendement visant à rétablir la peine de mort sous certaines conditions, et a co-signé la proposition de loi du 8 avril 2004 exigeant son rétablissement pour les auteurs d'actes terroristes

Et encore :

Fortement opposé à l'homoparentalité, il déclare « Dès qu'il y a un enfant, il faut un papa et une maman » lors du premier cas d'adoption accepté pour une jeune femme homosexuelle

Doit-on conclure qu'il est tout aussi fortement opposé à la monoparentalité ? Mais je m'éloigne...

En somme, un type de droite comme il y en a plein, surfant sur les différentes vagues réactionnaires au fur et à mesure qu'elles s'offrent à lui. La stratégie éléctorale de ce maire-député de la 9-3 n'est pas difficile à deviner. Il ne court pas après les électeurs verts et bayroutistes, disons.

Alors pourquoi perdre mon temps à en parler ? Marie N'Diaye n'a pas vraiement besoin de nous pour se défendre contre des bêtises pareilles. Si je m'en prends à Éric Raoult, c'est parce qu'il représente la droite. Frédéric Mitterrand prend soin de garder ses distances : "Eric Raoult a le droit lui aussi en tant que citoyen, voire en tant que parlementaire, de dire ce qu'il pense." Mitterrand est le seul dans cette histoire à s'appliquer un devoir de réserve spontanément. Bravo. Mais s'il se montre si timide, plutôt que de se sentir obligé de défendre les artistes, et si, quand même, il ne réitére pas la stupide exigeance de "réserve", c'est qu'il ne veut pas être pris dans le mini-tourbillon que Monsieur le Député cherche à créer.

Donc, pour répondre à ma question, le devoir du blogueur gauchiste est d'expliquer en quoi les propos d'Éric Raoult engagent en effet la droite en général et le sarkozyzme en particulier. (Oui, il est toujours là, notre TGH.)

Les liens entre le "devoir de réserve" de Raoult et le sarkozysme sont multiples. Ajourd'hui, cependant, c'est l'Identité Nationale qui saute aux yeux. Quand Éric (tiens, c'est le prénom du jour) Besson demande aux préfets de se demander s'il ne faudrait pas mettre plus de Marianne et de drapeaux un peu partout, et faire chanter les enfants, il devient clair que ce dont il s'agit, c'est de créer une "marque France", et que tous les vrais français se mettent au service de cette "marque". (Je parlais de McNation l'autre jour, j'aurais dû écrire "McFrance" sans doute.) Dire du mal du Très Grand Homme, c'est rabaisser la marque, c'est un acte coupable, surtout lorsque l'acte est commis par quelqu'un qui a reçu un prix et que les gens pourrait être susceptible de croire. Lorsque c'est quelqu'un qui ne s'est pas décrédibilisé.

10 novembre 2009

McNation

Depuis quelques mois je ne bloguais plus. C'était une erreur, je suppose. Le blogage, c'est la liberté d'expression même. Détaché de tout souci d'éditeur, d'argent, de public, même, on écrit vraiment ce qu'on veut. Quand on veut. C'est l'autre liberté du blog, celle de ne pas bloguer aussi.

Bref, il y a eu des moments où j'avais les doigts qui voulaient se remettre au clavier. L'histoire du blondinet qui se croyait plus gros que la Défense, par exemple.

Mais s'il y a un sujet qui peut vraiment me faire sortir de ma tannière, c'est cette histoire d'Identité Nationale. Grand débat. Numérique en plus. Sur le web, tous les chats sont blancs, n'est-ce pas? Ce sera moderne. Du propre.

L'argument est qu'il faut, face à l'Europe, face aux Américains, face à la mondialisation, réaffirmer une identité pour ne pas être submergés, collectivement, pour ne pas voir toutes ses précieuses valeurs diluer dans les flots et les flux du monde moderne. Et bien sûr, puisque le pauvre petit village gaulois ne peut rien contre les flux du capitalisme mondial, il s'attaque aux flux migratoires, et même à leur face la plus faible, la plus vulnérable.

La négation du passé colonial est toujours d'actualité. La politique d'expulsion, je l'ai déjà dit, n'est que symbolique : expulsons quelques misérables pour, symboliquement, effacer cette réalité que concrètement nous devons malgré tous nos principes Nationaux accepter.

Un grand débat sur l'Identité Nationale : pour décider quoi ? Décréter que désormais, à partir de l'an 2010, troisième du règne du Petit Prince, l'Identité de la Nation Française sera X. Mettez ce que vous voulez dans X, pour l'instant, même quelque chose de gentil à la rigueur. Sur quoi portera alors ce décret ? Les préfets enverront des hérauts avec leur trompettes sur les murs pour annoncer la bonne nouvelle. Les gens dans la rue diront : "Ah, c'est donc ça notre identité nationale maintenant! Je vais le noter dans mon carnet pour ne pas oublier."

Car la logique d'une Identité Nationale ainsi décidée, c'est finalement de fabriquer quelque chose, une bidouille, un slogan qui prendrait la place du patriotisme/nationalisme qui n'est plus de notre siècle, qui n'existe plus que pour ne pas effrayer les gens. On fabriquera une identité nationale en plastique, comme les jouets qui accompagnent les repas pour les enfants chez McDonalds. J'imagine déjà, distribué dans les écoles, un Vercingétorix en plastique, avec sa tenue de désert et mitraillette lance-roquette sur le bras, prêt pour aller envahir l'Algérie.

Dagrouik suggère que la gauche s'empare du débat pour le retourner contre Besson :

En gros débattons, mais changeons l'objet du débat: Nous allons montrer aux amis de Besson qu'ils sont ringards. Ça me semble simple comme analyse. Et donc sortir du piège de réponse négative ou alors du passage en mode "hou les vilains neo-pétanistes que voilà" qu'on trouve chez certains. Et ne vous trompez pas sur les réponses aux questions parfois trop simples des sondages, pour beaucoup de gens "identité nationale" c'est "vivre ensemble" et "égalité des chances".

En termes de stratégie, ou de tactique, c'est peut-être jouable. Pourquoi ne pas aller jusqu'à l'extrême canadien, déclarer une république multiculturelle et métissée, après tout ? Le problème, à mon avis, c'est que "vivre ensemble", "égalité des chances", "république multiculturelle" ne concernent plus l'Identité Nationale mais plutôt, justement, la République, le pacte républicain, le tissu social, le rôle du collectif et (par extension) l'État. Nous sommes alors sortis du terrain (piégé) de l'Identité Nationale. Car une Identité sert à vous dire qui vous êtes, et c'est pour cette raison que c'est un concept intrinséquement néfaste et, je dirais, fondamentalement nationaliste. Pardon : Nationaliste.

Autrement dit, la seule conclusion acceptable de cette grande mystification serait le dynamitage de la notion d'Identité Nationale, comme si les expulsions perpétrées par le Ministère de la Xénophobie n'avaient déjà suffi.

(En lisant le billet de Marc Vasseur ce matin, je vois que Besson a sorti ses questions identitaires. J'arrête là cette tirade. Il y a du pain sur la planche. Ça commence bien, pourtant : piste de réflexion : "notre universalisme". Flûte, je l'ai mis où, notre universalisme.)