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6 juin 2012

Le racisme pour débutants

 

Entre racisme, xénophobie, islamophobie, antisémitisme, il est facile de s'y perdre. Nos défenseurs d'une France issue de la non-diversité sont-ils vraiment racistes ? Ou bien est-ce la religion qui les embête ? Ou la religion est-elle un prétexte pour stigmatiser une population définie autrement ? Immigrés ? ce ne sont plus des immigrés depuis des générations maintenant. Couleur de peau ? Mais finalement la couleur de peau, cela permet juste de voir qui est qui, ce n'est pas la vraie raison, c'est juste commode. Une différence culturelle alors ? C'est sans doute plus près de ce qui gêne les pourfendeurs de l'antiracisme. "Ils" sont juste différents, donc "ils" ne peuvent pas être tout à fait chez "eux" quand "ils" sont "chez nous".

J'ai toujours préféré le terme de "xénophobie", qui englobe toutes les différences. Avec le déferlement actuel des justifications de l'instrumentalisation politique du rejet de l'autre, c'est peut-être le moment de revenir au racisme, qui, est bien souvent national ou nationaliste.

4 juin 2012

J'ai vu l'avenir de l'UMP, et ça ne sent pas très bon

 

Il a suffit finalement que Nicolas Sarkozy donne son accord, pendant la campagne, pour qu'une bonne partie de la droite ex-républicaine décide de se vautrer dans la position des gardiens de la race blanche et de la chrétienitude, qui se défendent contre l'invasion sarrasine.Les vannes sont lâchées, laissant couler un flot nauséabonde de supériorité blanche, origines chrétiennes, "retour" de la charia, déclin de l'Occident, "islamo-socialo-communisme vert" (sic).

14 mai 2011

Ils sont vraiment désolés

Je reviens à cette histoire de quotas que j'ai abordé hier. Laurent Blanc et la FFF se sont excusés. Voici les mots de la Fédé :

Le conseil a également tenu à présenter "ses excuses à ceux qui ont été blessés".

Et voici ceux du sélectionneur :

J’ai tenu des propos qui peuvent être blessants. Je m’en veux aussi de ne pas avoir pris de la hauteur pour m’apercevoir que certains propos pouvaient choquer et blesser. Je m’excuse auprès des gens que je connais et surtout auprès de ceux que je ne connais pas.

Tout cela est très bien. La Fédération et même le Ministère ont réagi assez rapidement, ont pris la chose au sérieux. Tant mieux. La réaction normale et non-raciste a eu gain de cause. Mais… (il y a toujours un mais, je sais).

Mais… on sais bien que les excuses font partie de la pratique du damage control médiatique. Et là, rien à redire : il faut bien jouer le jeu. Dans le milieu du foot c'est bien connu. Mais… ce qui m'agace un peu, c'est cette idée que le problème était d'avoir blessé des gens. Comme si le racisme se limitait à blesser ou stigmatiser les gens. À la rigueur, personne n'a été "blessé" dans cette histoire, ou, s'ils l'ont été, c'était secondaire, derrière le véritable scandale qui consistait à imaginer une pratique discriminatoire systématique, un système qui, appliqué, aurait bouleversé le destin de centaines de parcours de jeunes footballeurs méritants, et aurait brisé pour toujours la mixité sociale qui depuis des décennies fait la force du football français. Si Laurent Blanc s'était borné à dire que les noirs, grands et costauds, ne savaient pas dribbler, la blessure auraient été plus criante et plus médiatique, mais les conséquences bien moins graves.

Tant mieux pour les excuses, donc, mais elles sont quand même un peu à côté de la plaque.

PS ("Post-scriptum", pas le parti) : Le plus drôle dans l'entretien de Laurent Blanc (mais on le lui pardonne parce que, quand même, ce n'est pas un homme politique de droite) :

Quand j’ai pris connaissance des propos qui ont été tenus durant cette réunion du 8 novembre, il y a eu beaucoup de colère en moi. Cette colère est toujours présente. J’espère que j’arriverai à l’extérioriser avec le temps. C’est de la colère vis-à-vis de moi-même.

Il a fallu attendre que Mediapart sorte l'histoire pour qu'il prenne connaissance des propos qu'il a lui-même tenus, où qu'il a entendus dans une réunion où il était présent ? Pas très logique, Lolo, mais vous avez quand même bien bossé vos leçons de damage control.

25 avril 2010

niqab2012

Depuis que je ne fais plus de billets, il y a des sujets qui me filent entre les doigts. Je n'ai même pas remercié Éric Besson d'avoir poussé les paradoxes du sarkozysme jusqu'à la veste électorale. Mais remontons encore plus loin.

Voici un bout de billet qui date de mars 2008 :

Sarkozy ne pourra pas garder longtemps ses électeurs Front National. Les manoeuvres de campagne qui ont permis à Sarkozy de s'emparer d'une grosse part du vote Front National à l'élection présidentielle avaient en fait deux ressorts : d'une part la xénophobie impénitente désormais symbolisée par l'ignoble Brice Hortefeux, et d'autre part la rhétorique de rupture, plus rien ne sera comme avant, "tout devient possible" (y compris le pire...). C'était essentiel d'avoir ces deux éléments, car le Front National n'est pas seulement un parti raciste, xénophobe et antisémite, mais c'est un parti dont l'un des principaux attraits (pour ses électeurs) est justement son côté contestataire. Pendant des décennies, Jean-Marie Le Pen a su tirer profit de sa diabolisation pour se rendre désirable pour cette frange de la population. Ainsi, pour prendre les voix qui auraient dû aller à Jean-Marie Le Pen, il fallait être xénophobe et promettre la "rupture".

Ensuite, Sarkozy devient président, incarne le pouvoir de l'Etat, et épuise largement son crédit personnel. Quelques gestes xénophobes, fût-ce à Toulon, ou même de Villiers au gouvernement, ne suffiront plus à ramener ces électeurs qui exigent avant tout un programme politique destructeur et vengeur. Et je parierais que pour certains de ces électeurs, la xénophobie n'est que le prétexte pour l'expression d'une haine plus générale et diffuse, une violence envers la société qui ne peut que se focaliser sur l'exercice ostentatoire du pouvoir sarkozyën.

Tout cela paraît encore plus évident aujourd'hui. Le « débat » sur « l'identité nationale », n'étant qu'un « débat » et non pas des propositions réelles, avait pour but (je continue avec les évidences) de brasser de l'air raciste et xénophobe, pour maintenir la perception d'être raciste et xénophobe sans pour autant aller jusqu'à réaliser les rêves impossibles des nostalgiques d'une France coloniale et blanche. Car, et là c'est quelque chose que j'ai dit et redit, même la politique détestable des expulsions, pourtant bien réelle pour ses victimes, n'est pour Sarkozy, Hortefeux et Besson, que du symbolisme : expulser quelques milliers de pauvres migrants pour faire semblant d'expulser toute cette population « issue de l'immigration », mais plutôt « issue du colonialisme ». Bien sûr cette population-là est inexpulsable, elle est même française depuis maintenant plusieurs générations. Pas facile d'assouvir sa xénophobie dans ces conditions...

Pourtant, la stratégie électorale de l'UMP ne peut pas faire l'impasse sur cette frange de l'électorat. Les purs et durs resteront au Front National. Soit. En revanche l'UMP doit récupérer les électeurs « petits-blancs », incarner un racisme populaire, un peu « light » par comparaison avec l'Original (ou sa fille), mais toujours aussi fixé sur la défense d'une vision périmée d'une France chrétienne et d'une intolérance paranoïaque devant un monde qui change.

Tout le bruit autour de la burqa permet finalement de faire ce à quoi Besson avait échoué : un « Grand Débat National » où l'UMP a le rôle du défenseur des clochers, de l'ordre public et du combat contre les gens différents, au nom précisément des valeurs « de gauche » (République, laïcité, défense de la femme). Du bruit, du bruit et du bruit, avec en prime des divisions et des hésitations à gauche.

Préparons-nous à un très long débat, car celui-ci doit continuer jusqu'en 2012. Il ne reste plus grand'chose du sarkozysme : le Très Grand Homme (TGH) n'a que cette aura de pourfendeur de l'Islam pour espérer un succès populaire. Ils ne sont pas près de la lâcher.

19 janvier 2008

La religion : le parafoudre de Dieu

Sarkozy continue à parler religion, et j'allais (re)dire ce que j'en pense, en somme qu'il s'agit de rétablir un ordre colonial sans colonies, dans lequel les colonisés (anciennement : "immigrés"; anciennement : "jeunesse issue de l'immigration"; bientôt : "vieux et jeunes issus de l'immigration"...) n'ont qu'à bien se tenir : ils ne partagent pas les "racines chrétiennes" de la classe coloniale, ne pourront jamais être des vrais français, et ainsi de suite. On comprend de mieux en mieux comment la politique de l'Identité Raciale de Brice Hortefeux n'est pas ni un détail, ni un accident, ni une concession à l'extrême droite, mais la pièce maîtresse dans le symbolisme idéologique de Nicolas Sarkozy. Enlever le racisme et la xénophobie et tout s'écroule.

Voilà donc le billet auquel vous avez échappé. Pour le moment en tout cas.

C'est ce que j'allais écrire avant de lire ce matin le billet de Juan concernant les dernières élucubrations mystiques de notre Très Grand Chanoine (TGC). Juan conclut son billet ainsi :

J'ai tendance à penser qu'il faut réserver les combats aux "causes réelles et sérieuses" d'inquiétudes. La laïcité, aujourd'hui, est-elle menacée par une décision du gouvernement Sarkozy ? Non. La sécurité sociale, oui. L'intégration, oui. La démocratie parlementaire, oui. Le pouvoir d'achat des plus pauvres, oui.

Au contraire, ne s'agit il pas d'un "vacarme" supplémentaire ? Il est toujours plus facile pour la gauche de pousser des cries effrayés sur la laïcité (qui leur reprochera ?), que de se mettre d'accord sur des contre-propositions contre les mesures de destructions sociales ou le mini Traité Européen. Cela n'empêche pas la vigilance, bien au contraire. Mais on a l'habitude.

Voilà ce qui fait "Tilt!" Chez moi en tout cas. N'oublions pas l'un des fondements essentiels du sarkozysme : les mots ne coûtent rien, le pognon est pour les amis. Il y a deux Sarkozy (je sais : un suffit largement, mais c'est pour les besoins de la démonstration) : l'un a un complexe identitaire qui le pouse à affirmer ses racines chrétiennes, à proclamer qu'il y a trop de musulmans en Europe, à montrer Bigard au Pape ; l'autre ne pense qu'à solidifier son pouvoir et à en profiter, en faisant profiter ses copains, les membres de sa caste par la même occasion. Celui-ci est prêt à dire n'importe quoi si d'aventure cela peut l'arranger : pleurer la lettre de Guy Môquet, pratiquer "l'ouverture", promettre de revaloriser le pouvoir d'achat et les petites retraites.

Bien sûr, quand Sarkozy met en cause la laïcité, oublie qu'il existe en France encore quelques athées, ce sont les deux Sarkozy qui parlent en même temps. Je ne sais pas grand'chose de ses convictions intimes (à la rigueur je m'en fous), mais j'ai le soupçon qu'avec ce thème nous ne sommes pas loin de ce que le bonhomme pense vraiment. Mais peu importe. Car l'autre Sarkozy, le narcissique qui est prêt à raconter n'importe quoi du moment que ça lui est utile, parle en même temps. Et celui-ci ne pense qu'en termes tactiques.

Quel intérêt y a-t-il à émeuter les défenseurs de la laïcité ? Comme le dit Juan, il faut créer du "vacarme". La religion est le paratonnerre du moment, comme les tests ADN avaient servi de chiffon rouge au moment de la loi Hortefeux (l'ignoble, l'infâme, l'abominable...). Il faut bien que les gauchistes aient des sujets de polémique, laissons-les dépenser leurs forces et leur salive pour des conneries, pour quelque chose qui de toute façon ne mange pas de pain. Tout est bon, en fait, qui remet la gauche en position de "donneur de leçon", tout en donnant des gages à la bonne vieille droite.

Carla Bruni est une diversion, la religion l'est aussi. Je pense. Mais c'est une diversion plus grave et plus perverse que sa vie de flambeur avec Carla B. Car s'il ne recontrait pas de résistance sur ce chemin, il est certain qu'il ne se priverait pas d'aller plus loin, avec des conséquences que l'on peut trop facilement imaginer. Comme le dit encore Juan, il faut rester vigilants.

UPDATE: je rajoute le tag "vacarme" après avoir lu ceci.

23 novembre 2007

Sarkozy et la préférence nationale

D'abord, cet excellent entretien au Contre-journal, avec Gérard Noiriel, l'un des historiens de l'immigration qui avait démissionné de la Cité de l'Histoire de l'Immigration au moment de l'annonce de la création d'un Ministère des Expulsions, de l'Identité Raciale, et des Bronzés qui Restent Chez Eux.

Au moment où l'amendement Mariani fut proposé, je me demandais si

cette histoire de tests ADN n'était qu'un leurre, ou un paratonnerre, qui a fait que, finalement, la bataille sur la législation Hortefeux (l'ignoble, abominable Hortefeux) a concerné essentiellement cet amendement. Le coeur même de la loi n'a pas attiré l'attention qu'elle mérite.

Et je m'inquiétais :

avec des tests de langue et de « citoyenneté » [pour les candidats à l'immigration], il devient évident que la France recherche des immigrés qui ne sont pas différents de nous.

Gérard Noiriel semble penser la même chose:

Une des mesures qui nous paraissait, à nos yeux d'historiens de l'immigration, comme l'une des plus scandaleuses: à savoir contraindre les gens à un examen de langue avant de s'installer en France est passée comme une lettre à la poste. On a mis l'accent sur les choses extrêmes [l'ADN et les statistiques ethniques] qui ont suscité à juste titre la protestation.

Pour conclure :

L'anticipation des réactions probables des opposants est aujourd'hui intégrée par les stratégies politiques.

Autrement dit, les tests ADN n'étaient pas seulement un symbole envoyé en direction des électeurs FN (on comprendrait si j'écrivais "FN-NS"?), mais un chiffon rouge agité devant nos yeux de gauchistes bien-pensants, afin de nous distraire des autres mesures qui auront un impact bien plus réel, finalement.

Mais pour revenir sur le plan symbolique, l'obligation de parler déjà français, avant même d'arriver en France, en plus de l'obstacle pratique que cela imposera dans bien des cas, est aussi une manière de signifier que les futurs immigrants doivent déjà être français. En somme, c'est une nouvelle façon de refuser l'autre. Comme le raciste qui prétend avoir "plein d'amis" noirs ou arabes, cette mesure est la caution de celui qui dit (ou pense, mais ne le dit pas) : "d'accord pour des immigrés, à condition qu'ils se comportent comme nous".

A cela, il faut ajouter le fait que "l'immigration économique", grande promesse sarkozyenne de sa sacrosancte campagne électorale, est devenue une nouvelle expression, vaguement camouflée, du vieux thème frontiste de la "préférence nationale", qui, même dans la bouche de Le Pen, paraissait à un public étonnement large, frappé du coin du bon sens. Sauf que quand Sarkozy dit "immigration économique", c'est du propre.

25 juin 2007

Ministère du petit blanc

En plus de tout le reste, de toutes les autres raisons d'être horrifiés, en colère, outrés par l'existence de l'ignoble Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, il a y quelques autres raisons pour le trouver inepte et odieux.

Tout d'abord, l'existence même de ce ministère confère une grande crédibilité institutionnelle à l'idée que l'immigration est une menace à l'identité nationale, en gros une menace identitaire pour la France. Sarkozy n'est pas si loin que ça de ces apologistes du colonialisme qui croient que la France est sur le point de devenir une république islamique, ou d'autres salades.

Pire encore, à mon avis, ce ministère de la police et de la propagande (identité nationale) existe pour des fausses raisons, et est appelé à accomplir un travail qui relève plus du fantasme que de la réalité. « L'immigration » dont il s'agit, dans le réflexe identitaire que Sarkozy a réussi à reprendre pendant la campagne, au dépens du FN (mais pas de ses idées), est une sorte de fantasme d'une France post-coloniale qui ne veut pas assumer son passé. Même dans les médias les plus mainstream, on entend souvent cette formule hypocrite issus de l'immigration, pour désigner des citoyens français dont les parents et grand-parents sont aussi des citoyens français. L'immigration tant redoutée par ceux à qui plaît ce nouveau ministère n'est pas celle de 2007 ou 2008, mais celle des cinquante dernières années. Dans une ancienne version de son programme, Jean-Marie Le Pen proposait de revenir sur les naturalisations faites depuis, je crois me souvenir, 1973! Sarkzoy et Hortefeux ne feront pas cela, mais leurs gestes sont destinés à ceux qui aimeraient bien pouvoir le faire.