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4 novembre 2007

Ôtages?

Alors Sarkozy a remis les habits de Jack Bauer (ou bien ceux de Cécilia, mais ceux de Bauer risquent d'être plutôt à sa taille - Keiffer Sutherland n'est pas très grand), pour aller au Tchad chercher les hôtesses de l'air espagnoles et les journalistes français. Bien sûr, on ne peut qu'être soulagé de voir ces personnes innoncentes sorties d'affaire aussi rapidement. Et si c'était la première fois qu'un Sarkozy aurait effectué une telle mission, je serais bluffé. Sauf que... ce n'est pas la première fois et je ne suis donc pas bluffé, pas plus qu'une partie grandissante, petit à petit, de l'opinion.

Passée l'émotion des retrouvailles, il faudra poser à nouveau la question de des contreparties. Notre Très Grand Homme sera un peu plus tranquil cette fois, car il n'aura pas à se présenter devant une commission d'enquête de l'Assemblée, ouf!, à la différence de son ex-épouse. Lisez le billet de Luc Mandret pour avoir des idées de ce à quoi pourraient ressembler ces éventuelles contreparties. L'histoire risque d'être plus difficile à démêler cette fois, en l'absence d'un fils de dictateur bavard pour nous raconter les dessous de l'histoire. Mais justement dans ce brouillard, même s'il n'y avait pas de contrepartie du tout, même si Itno a lâché ces personnes juste pour être sympa avec la France, ce qui n'est pas tout à fait impossible, un doute planera au-dessus de cette affaire. Nous savons que le TGH n'est pas toujours irreprochable dans ces négotiations, alors qu'il faudrait l'être, justement.

Supposons, simple hypothèse pour l'instant, que Sarkozy ait bradé quelque chose au Tchad en échange de la libération des sept détenus. Ce ne serait qu'un exemple de plus de ces moments où, comme le dit très justement Raphaël Anglade, le Président "se couche". Mais Sarkozy ne lâche pas quelque chose d'important (une centrale nucléaire encore, des armes, une position diplomatique...) pour la France, mais pour sa propre position médiatique. C'est la République au service de la carrière politique et le trajet médiatique d'un seul homme. Mais ce sont tous les citoyens, toute la France, qui paient le prix. Tous ôtages de notre Président?

7 août 2007

Cool! c'est les vacances

Dans son reportage sur l'utilisation sarkozÿen des médias, Le Monde récidive (ça fait combien de fois maintenant?) dans le genre critique molle qui dissimule (mal) une grande admiration. Cette fois c'est une Chronique par Isabelle Talès dont le titre pourrait donner le soupçon que l'on est enfin dans la mise en cause de la hypermédiatisation du méga-omni-hyper-président: "Nicolas Sarkozy, micro ouvert tout l'été". Le ton est léger, celui d'une vacancière fatiguée par toutes ces nouvelles. Mais finalement tout est très sympathique:

D'autant que l'air du New Hampshire semble réussir au chef de l'Etat. Interrogé sur l'affaire libyenne quand il était encore à Paris, il avait lâché deux mots et une grimace entre deux claquements de portière. Là, il redevient volubile, sourit, révèle le contenu de son iPod (Aznavour, Johnny...), pose avec des touristes américains, s'attarde avec les journalistes, puis leur demande une dernière fois de respecter son droit à la "tranquillité".

Mais, au fond, a-t-il vraiment envie d'être tranquille, lui ?

Le personnage joué par Sarkozy est en train de devenir celui d'un agité aimable, qui aime tellement travailler qu'il ne décroche pas vraiment pendant les vacances, alors que nous, les Français normaux, on n'a pas envie de penser à la politique du tout. Pas à Sarkozy, encore moins à l'affaire libyenne.

Et il ne faudrait même pas parler de ce regrettable (mais ô combien compréhensible, n'est-pas?) de cet incident où Sarkozy "perd son sang froid" avec des journalistes américains. Pas tranquil du tout, le TGH en fait. Mais comme tout est com' désormais, ce n'est peut-être pas si paranoïaque de penser que ces énervements ne sont pas une manière de passer à autre chose, de faire oublier Kadhafi en ramenant notre attention à la petite personne présidentielle elle-même, ou encore à sa famille.

6 août 2007

La Libye à la plage

En vacances, mon taux de bloggage est en baisse. En revanche, je ne côtoie pas tout à fait le même monde, et je suis surpris, et déçu, de voir que l'affaire "armes pour infirmières" ne choquent pas plus que cela. En fait, la ligne du Figaro, selon laquelle le fait de combiner la libération des ôtages et la vente d'armes à un dictateur, c'est tout simplement une bonne opération de tous points de vue, humanitaire et commercial. Le fait de mobiliser le Qatar pour avoir des liquidités tout de suite, c'est une preuve de savoir faire, c'est du business. Tout va bien.

L'argument selon lequel la France aurait payé très cher la libération des ôtages, ou encore, selon lequel la France aurait payé très cher l'opération médiatique de ce que Le Monde appelle "le couple exécutif", ces arguments-là ne semblent pas porter très loin. En tout cas, c'est la conclusion à laquelle je suis arrivé à partir des discussions que j'ai eues ces deux derniers jours. L'avis des plages.

Cependant, le signe principal, au cours des derniers jours, qu'il y a un souci, ce sont les efforts de l'Elysée, au-delà de l'invention d'une nouvelle forme de politico-paillettes bushophiles, pour établir le démenti.

Tout va dépendre du "récit" qui va sortir de cet épisode, celui du "c'est tout bénef' pour la France", ou celui de Sarkozy qui vide le compte de crédibilité politique de la France pour marquer des points pour sa gloire personnelle.

27 juillet 2007

Brûleur d'étapes

La réunion des ministres européens des finances, où Sarkozy s'est présenté à la place de sa ministre des finances, était le premier exemple. L'hyper-omni-people-président décide de ne pas respecter les hiérarchies. Il sait d'ailleurs, on suppose, que sa ministre à lui va avoir du mal à soutenir le feu des autres ministres, pas contents qu'il renvoie aux calendes grecques l'équilibre budgétaire de la France. Donc il y va, confiant que sa supériorité hiérarchique et son élan de nouvel élu et sa bonne mine lui permettront de se tirer d'affaire. Or, Sarkozy se fait engueuler par le ministre allemand et doit faire des promesses qu'il n'avait pas l'intention de faire (et encore moins l'intention de tenir). Première claque.

Maintenant, après avoir envoyé sa chère et tendre épouse sauver les infirmières Bulgares, Sarkozy lâche beaucoup. Voici la liste, via La France de demain:

  • Fourniture d'un réacteur nucléaire
  • Accord de coopération dans le domaine de la défense et d'industrie de défense
  • Accord de coopération dans le domaine de la recherche scientifique
  • Accord de coopération dans le domaine de l'enseignement supérieur
  • Programme triennal de mise en oeuvre de la coopération culturelle, scientifique et technique
  • Projet de programme de recherche d'Uranium

Je suppose qu'il y a derrière tout cela une ambition de resserer les liens avec la Libye (voir l'édito du Monde). C'est tout de même un gros cadeau, ou plusieurs gros cadeaux.

Voici enfin ma question : Sarkozy a-t-il été obligé de lâcher beaucoup de choses justement parce qu'il avait à ce point personnalisé l'affaire en envoyant Cécilia négocier avec le dictateur ?

Si c'est le cas, c'est non seulement un échec du style personnel du Très Grand Homme (TGH), mais également un échec de l'« ouverture ». Pouvait-il vraiment donner à Kouchner (pourtant dévoué) un si beau rôle ?

Le problème, c'est que la hierarchie a du bon. Elle instaure des distances qui permettent de mieux négocier sans débourser autant. C'est ça la diplomatie avec tous ses codes et ses arcanes. Cela existe pour des raisons, c'est un système éprouvé. En voulant brûler toutes les étapes, Sarkozy (ou plutôt la France) paie un prix à chaque fois.