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2 décembre 2007

Diplomatie des choux farcis : narcissisme, Sarkozy et les FARC

Alors, comme ça, les FARC veulent parler directement avec Sarkozy. C'est bien non? Cela montre que notre Très Grand Homme (TGH) est bien une figure nationale. Tout le monde le réclame, même les FARC. C'est qu'il est puissant, c'est qu'il est grand, ce Sarkozy.

Mais attendez là, j'ai comme un doute. Et si les FARC n'étaient pas tout à fait des imbéciles... N'ont-ils pas reconnu en Sarkozy une sorte de pigeon ? Un président qui s'implique toujours personnellement et qui par conséquent n'a aucune protection hiérarchique. Ne pas secourir Ingrid Betancourt finira par être perçu comme un échec personnel du TGH, il sera donc personnellement obligé de faire ce qu'il fait toujours, à chaque fois que ça commence à être difficile pour lui personnellement. Il va sortir notre chéquier encore une fois.

Les FARC n'ont pas encore dit ce qu'ils vont exiger de Sarkozy pour qu'il puisse sauver la face dans le piège qu'il s'est tendu pour lui-même, mais je suis certain qu'ils sont en train d'y réfléchir très sérieusement. N'étant pas cons, les FARC ont vu un super coup à jouer. Ils ont compris que de Sarkozy ils pourraient obtenir plus de n'importe quel autre chef d'état. Et d'une manière ou d'une autre, Sarkozy va se laisser faire.

Ce piège, c'est quelque chose qui va accompagner Sarkozy partout. Le piège d'un narcissisme, j'allais dire d'Etat, sauf que ce n'est pas un "narcissisme d'Etat", mais l'Etat au service d'un narcissisme.

Mais évidemment, il y a pire. Car si pour les FARC Sarkozy a le rôle du pigeon, ce n'est pas ainsi que Sarkozy voit les choses. Non, pour lui, le pigeon, c'est vous, c'est nous. Car c'est la crédibilité de la France qui servira à payer le narcissisme de son Lider Maximo.

15 août 2007

Le style flambeur

Quand il sera publié, ce billet sera déjà vieux de quelques jours. On est aujourd'hui le dimanche 12 août. Sarkozy vient de retrouver son futur vieux pôte George W. Bush. Sur la couverture du JDD, que je n'ai pas acheté, j'ai vu la photo des deux pôtes sur le bateau des Bush, avec Bush Sr. au volant.

Dans Le Monde d'hier, daté d'aujourd'hui et de demain, en couverture dans une analyse par une journaliste dont le nom m'échappe pour l'instant, on s'acharne à sonder la "rupture" diplomatique sarkozyste tout en soulignant sa continuité avec les grandes lignes de la diplomatie française. Il semblerait que la rupture est surtout dans le style. De là à dire que la rupture n'est que du style, il y un pas que Le Monde n'est pas près à franchir. Pourtant cela semble logique.

Il y a pourtant quelques petites piques. Le coup de fil de Sarkozy à Poutine à propos de l'accord Total-Gazprom qui aurait été "maladroit", par exemple. L'analyste du Monde insiste sur le refus de Chirac de rendre visite à Poutine et à Bush. En effet, Chirac tenait à cette hauteur de vieux sage que les jeunes Bush, Blair, et Poutine ne pouvaient atteindre. Sarkozy sera actif, mais, visiblement, jamais très sage.

Pour l'instant, je ne comprends pas très bien l'orientation atlantiste de Sarkozy. Mon soupçon (méchant, évidemment) va dans le sens d'un simple amour du pouvoir. Si Sarkozy veut qu'on l'aime parce qu'il est puissant, c'est qu'en même temps il partage cet amour du pouvoir; ne pouvant séduire les Américains pour en faire des fidèles sarkozystes, il s'est laissé séduire (depuis longtemps, paraît-il) par la puissance américaine. Ou encore: il est d'emblée conquis. D'après Le Monde toujours, ce rapprochement avec les Etats-Unis va augmenter l'influence de la France dans des domaines importants : Moyen-Orient, Maghreb, Afrique. Je ne vois pas en quoi, car jusqu'à présent, le principal atout de la France a été d'être une alternative à l'hyperpuissance. Être un rouage de plus dans le système diplomatique américain, alors même qu'il est au plus bas, ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus efficace.

Le "style Sarkozy" en politique étrangère, au-delà des tapes dans le dos, de la vodka de Poutine que personne n'a bue, des bises pour Merkel et des bonnes bouilles un peu partout, est finalement - c'est qui n'est guère surprenant - tout à fait semblable à son style à usage interne. L'essentiel, c'est de plaire à tout le monde, de séduire tout le monde, d'avoir tout le monde dans son camp. Comme il l'a appris (on espère en tout cas) avec l'épisode libyen, ce n'est pas toujours si facile, tant les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour la politique franco-française, il est assez facile d'utiliser le pouvoir de sa position pour séduire : tout le monde (ou presque, il y a toujours des grincheux) veut être du côté du puissant vainqueur. En politique étrangère, en revanche, les interlocuteurs n'ont pas les mêmes besoins. Ainsi, le prix à payer pour séduire peut devenir exorbitant, comme avec Kadhafi, ou même avec Poutine, avec qui Sarkozy aurait assumé, toujours d'après cette journaliste du Monde, une position de faible.

Ainsi, avec Bush Jr., Sarkozy est en train de renoncer à tous les avantages, en termes d'image, de crédibilité, acquis par Chirac, de les vendre en somme afin de s'afficher comme pôte du puissant. J'espère pour lui que Sarkozy s'en sentira grandi. Ce rapprochement des vacanciers est certes moins dramatique que l'aventure libyenne, mais il suit en profondeur le même schéma. Je disais l'autre jour que l'essentiel était de savoir quel serait le "récit" libyen définitif : "Sarkozy l'énergique qui sauve les infirmières en faisant du business en même temps" contre "Sarkozy le médiatique qui s'achète un succès diplomatique au prix fort". Je voudrais en proposer une autre version encore. Dans des négociations avec un vendeur intransigeant, Sarkozy est celui qui se vante de l'avoir fait craquer. "Je sais faire, moi, vous allez voir." Après on apprend qu'il n'a fait que sortir son chéquier. Pour l'Europe, c'était pareil. Se payer l'image de celui qui a sauvé l'Union (du moins pour les téléspectateurs TF1) en donnant à chacun tout ce qu'il veut, ou presque, et en vidant le traité de son sens.

La diplomatie est un jeu sur le long terme. Le style de Sarkozy semble être au contraire de tout claquer tout de suite. On verra plus tard combien ça nous coûtera. L'essentiel est de se hisser au niveau des grands tout de suite. Après avoir fait son tour de bateau avec George W. Bush, l'un des présidents américains les plus impopulaires de l'histoire des Etats-Unis et auteur de l'un des échecs "diplomatiques" les plus éclatants dans l'histoire de l'état moderne, Sarkozy sera-t-il encore capable de s'opposer à une invasion de l'Iran, qu'une bonne partie des néo-conservateurs américains considèrent, contre toute vraisemblance, comme aussi nécessaire et justifié que leur invasion de l'Irak? Sarkozy n'a-t-il pas tiré de leçon de la chute de Tony Blair qui avait, aussi, voulu jouer dans le club des grands?

2 août 2007

Faiblesses de l'hyperouverture

Pendant la campagne présidentielle, toutes les interrogations sur la compétence portaient uniquement sur Madame Royal. La compétence à gouverner du Très Grand Homme (TGH) ne faisait pas l'ombre d'un doute. Pourtant, pendant le débat, c'était Sarkozy qui racontait des conneries sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, tandis que Ségolène Royal présentait une position totalement en phase avec la véritable position diplomatique de la France.

Aujourd'hui, avec l'Affaire de la Contrepartie Libyenne, nous avons droit au spectacle d'un président, convaincu que sa bonne mine peut l'emporter dans n'importe quelle situation, qui se heurte à la réalité internationale. En condensé, la méthode Sarkozy ne fonctionne pas lorsque son interlocuteur n'a rien à foutre de l'opinion des téléspectateurs de TF1, ou a des intérêts de communication parfaitement opposés à ceux du TGH. Les ministres des finances de l'UE étaient très gentils à côté.

Ainsi, Saïf Al-Islam Kadhafi assure la communication auprès non seulement des Libyens, mais surtout auprès du reste du monde arabe, avec un message très simple : mon père les a eus. Il est évidemment suffisamment proche du pouvoir pour que l'on comprenne bien que ce n'est pas une petite fuite. Tiens, cette proximité avec le pouvoir, ça ne vous rappelle rien ? L'intervention de l'épouse du chef de l'Etat, par exemple?

Sarkozy ne peut pas proposer un poste de ministre à Kadhafi. Kadhafi ne fera pas partie de "l'ouverture". Il paraît qu'il n'a même pas sa carte à l'UMP. Kadhafi veut ses armes, il s'en fout des besoins de com' de celui avec qui il a fait son marché. D'autant plus qu'il lui suffit de dire la vérité. Au contraire de Sarkozy.

Pire encore pour le TGH, Bernard Kouchner, malgré sa soumission totale à l'ouverture, ne fait pas partie du petit cercle de personnes en qui Sarkozy a confiance. Il n'est pas au courant et il n'est pas content. Il ne joue pas le jeu en se laissant humilier, et oblige Sarkozy à s'enfermer définitivement dans le refus de toute contrepartie. Déjà personne n'y croit, et même Le Monde (j'allais dire Le Minc) est monté timidement sur ses chevaux de taille moyenne:

La "République irréprochable" que veut installer M. Sarkozy est prise en défaut de transparence, voire en flagrant délit de manipulation de l'opinion.

Double faiblesse du système Sarkozy. Faiblesse du côté de la kouchnerture, faiblesse surtout de l'omni-hyper-présidence. Ce n'est pas par hasard qu'il existe des hiérarchies diplomatiques. Le principe de toujours tout faire vite en y mettant un max d'énergie, c'est très cool, beaucoup plus cool que des lentes négociations qui n'ont pas l'air d'avancer. Encore une de ses fourmillères dans lesquelles il suffit de mettre un bon coup de pied. En l'occurence un coup de Nike. Le vieux système passait mal à la télé, était difficile à expliquer aux téléspectateurs. Mais il avait des avantages. Dont le moindre n'était pas la protection du chef d'Etat. Si une affaire tournait mal, on pouvait toujours virer un diplomate ou même le ministre. Mais Sarkozy n'installe que des fusibles grillés, car toute la lumière doit venir de lui. Jusqu'à ce que Kadhafi coupe le courant.

27 juillet 2007

Brûleur d'étapes

La réunion des ministres européens des finances, où Sarkozy s'est présenté à la place de sa ministre des finances, était le premier exemple. L'hyper-omni-people-président décide de ne pas respecter les hiérarchies. Il sait d'ailleurs, on suppose, que sa ministre à lui va avoir du mal à soutenir le feu des autres ministres, pas contents qu'il renvoie aux calendes grecques l'équilibre budgétaire de la France. Donc il y va, confiant que sa supériorité hiérarchique et son élan de nouvel élu et sa bonne mine lui permettront de se tirer d'affaire. Or, Sarkozy se fait engueuler par le ministre allemand et doit faire des promesses qu'il n'avait pas l'intention de faire (et encore moins l'intention de tenir). Première claque.

Maintenant, après avoir envoyé sa chère et tendre épouse sauver les infirmières Bulgares, Sarkozy lâche beaucoup. Voici la liste, via La France de demain:

  • Fourniture d'un réacteur nucléaire
  • Accord de coopération dans le domaine de la défense et d'industrie de défense
  • Accord de coopération dans le domaine de la recherche scientifique
  • Accord de coopération dans le domaine de l'enseignement supérieur
  • Programme triennal de mise en oeuvre de la coopération culturelle, scientifique et technique
  • Projet de programme de recherche d'Uranium

Je suppose qu'il y a derrière tout cela une ambition de resserer les liens avec la Libye (voir l'édito du Monde). C'est tout de même un gros cadeau, ou plusieurs gros cadeaux.

Voici enfin ma question : Sarkozy a-t-il été obligé de lâcher beaucoup de choses justement parce qu'il avait à ce point personnalisé l'affaire en envoyant Cécilia négocier avec le dictateur ?

Si c'est le cas, c'est non seulement un échec du style personnel du Très Grand Homme (TGH), mais également un échec de l'« ouverture ». Pouvait-il vraiment donner à Kouchner (pourtant dévoué) un si beau rôle ?

Le problème, c'est que la hierarchie a du bon. Elle instaure des distances qui permettent de mieux négocier sans débourser autant. C'est ça la diplomatie avec tous ses codes et ses arcanes. Cela existe pour des raisons, c'est un système éprouvé. En voulant brûler toutes les étapes, Sarkozy (ou plutôt la France) paie un prix à chaque fois.