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10 juin 2012

Les cercles vertueux

 

La confiance est bonne pour l'économie, et son effet positif engendre encore de la confiance, ce qui fait encore du bien à l'économie, et ainsi de suite. C'est du moins comme ça que le monde était censé fonctionner. C'est ainsi que Nicolas Sarkozy pensait libérer la confiance en 2007 et en 2008, avant La Crise. Il croyait que son enthousiasme, boosté par l'enrichissement des riches, allait effectivement lancer un de ces cercles vertueux dont les dirigeants rêvent.

Le problème, depuis que le monde et mondial, c'est que le cercle ne peut plus être seulement hexagonal ; les économies des différents pays sont désormais tellement intégrés que le cercle ne fonctionne que s'il fait le tour de la Terre.

Aujourd'hui on a finit par se rendre compte que la finance mondiale est malade, jusque dans son organisation, sa structure même. Et il ne suffira pas restructurer la Banque de France pour résoudre le problème. Ce cercle là, plutôt vicieux, fait le tour de la Terre aussi.

29 octobre 2008

Sauvons nos groupes !

J'ai trouvé un nouveau jeu. Il faudrait trouver un nom. Quelque chose comme : Trouvez le groupe français. Ou peut-être Prédateur. Si on décide de garder Prédateur, on pourrait s'imaginer dans la peau d'un investisseur étranger, peut-être chinois, cherchant à profiter de la crise pour dépouiller la France de ses plus belles entreprises, avant que le Sauveur de France et de la Planète puissent intervenir avec son "retour de l'État" et ses 170 milliards d'euros.

Le jeu est assez simple : il faut penser à une grosse entreprise française, puis vérifier qu'elle est bien française. Histoire de savoir si ça vaut le coup de claquer quelques milliards pour la protéger ou non.

Un exemple. Prenons Accor. C'est français, les Ibis, Formule 1, les Mercure. Très très français. Ensuite, il faut tapoter sur Google :

site:bourse.lesechos.fr accor
Et on trouve très vite la liste des actionnaires principaux :

Principaux actionnaires

1. Pardus European Special Opportunities Master19,75 %
2. Morgan Stanley8,40 %
3. Caisse des Dépôts et Consignations5,99 %
4. Franklin Resources4,80 %
5. Société Générale4,61 %
6. Brandes Investment Partners4,57 %
7. Natixis2,88 %
8. M&G Investment Management Limited2,09 %
9. Autocontrôle1,83 %
10. Salariés1,23 %

Certes, il y a Natixis, la Caisse des Dépôts et Consignations à 6 %, la SocGen, mais on trouve surtout des noms barbares : Morgan Stanley et Pardus European Special Opportunities Master. Pardieu!

On peut ainsi s'amuser pendant des heures. Tient, Lagardère, c'est français, non ? Voyons voir...

Principaux actionnaires

1. Investisseurs institutionnels étrangers54,43 %
2. Investisseurs Institutionnels Français15,95 %
3. Lagardère Capital & Management10,07 %
4. Morgan Stanley4,71 %
5. Autocontrôle2,99 %
6. Salariés1,84 %

Investisseurs institutionnels étrangers : au moins c'est franc. Pas besoin de se demander si ce sont des camarguais.

Ou encore, Alcatel Alsthom. C'est français Alcatel, non ?

Principaux actionnaires

1. Brandes Investment Partners10,23 %
2. T. Rowe Price Group5,01 %
3. Pzena Investment Management4,84 %
4. Tradewinds Global Investors3,32 %
5. Autocontrôle3,00 %
6. Fidelity2,33 %
7. Caisse des Dépôts et Consignations2,07 %
8. BT Pension Scheme/Hermès1,73 %
9. BNP Paribas Asset Management1,67 %
10. Crédit Agricole Asset Management1,57 %
11. FCP des salariés du Groupe FCP2AL1,26 %

Ah, zut !

Bref, je vous assure, on peut y jouer longtemps sans se fatiguer. Mais à la longue, on finit par se demander qui on va protéger avec tous ces milliards. Tout de même.

3 août 2008

La faute à Trichet ?

Enfin l'exemple promis depuis trois jours et deux billets, je promets un exemple, ou un contrexemple plutôt, d'une sorte de réalisme de gauche. Le voici.

Depuis deux ou trois ans, au moins, la Banque Centrale Européenne a bon dos. C'est la faute à Trichet si tout va mal, c'est un banquier, un ultra-libéral, pire encore c'est un Français, ce qui fait qu'on ne peut même pas dire que c'est la faute aux allemands et leur peur ancestrale de devoir régler leurs dettes avec des brouettes pleines de billets. C'est même l'un des points qui rassemblent, de gauche à droite, nos responsables politiques. Car si à gauche il semble normal de taper sur une logique capitaliste et anti-sociale, il se trouve que le membre le plus volubile du club des anti-Trichet, ce n'est pas Laurent Fabius ou Ségolène Royal, mais bien notre Très Grand Homme (TGH) lui-même, qui est toujours ravi de trouver plus grand que lui dès lors qu'il lui faut un responsable pour ses propres échecs. Quand il n'était que ministre de l'Intérieur, il y avait Chirac et Villepin. Maintenant qu'il a les pleins pouvoirs, il a besoin d'importer des grandes forces pour faire son Poulidor.

Loin d'être un expert en finance internationale, je me disais, pendant tout ce temps, que ce n'étaient que des manoeuvres, puisque la possibilité réelle d'avoir une influence réelle sur la conduite du BCE, même pour un Très Grand Chef d'Etat, était à peu près nulle. Ce qui s'est avéré, puisque Nicolas Sarkozy a beau pleurer en se frappant la poitrine, la BCE n'a toujours pas baissé ses taux.

Or, il se trouve aujourd'hui qu'il est beaucoup plus difficile de dire que la BCE avait tort. L'inflation est là malgré tout. Et même si la peur de l'inflation est effectivement un truc des riches, de ceux qui ont déjà de l'argent, et moins un truc de ceux qui voudraient enfin en avoir, il faut constater que, oui, les "pressions inflationnistes" que la BCE n'a eu de cesse de signaler depuis si longtemps n'étaient pas simplement une expression de la misanthropie de Trichet, mais avaient une certaine réalité après tout.

Le 8 juillet, Sarkozy s'est trouvé seul contre tous. La revue belge Trends commente :

Nicolas Sarkozy entame son semestre à la présidence de l'Union européenne de la plus mauvaise manière, en se dressant contre la politique menée par la Banque centrale européenne. Même les plus sceptiques de ses partenaires européens se sont rangés derrière Jean-Claude Trichet.

Et il y a quelque chose de pitoyable, lorsque Sarkozy doit rappeler qu'il est, tout de même, Président de la R., pour protester contre la hausse des taux:

Mais quand même, sans remettre à bas tout ce à quoi je crois, je suis légitime, en tant que président de la République française, de me demander s'il est raisonnable de porter les taux européens à 4,25%, alors que les Américains ont des taux à 2%. (...) Doit-on subir en plus un dumping monétaire qui met à genoux les entreprises européennes qui veulent continuer à exporter? Cette question doit être posée de manière respectueuse et démocratique."

Sarkozy se bat contre le "dumping monétaire" ? Au risque de relancer l'inflation... En tant que défenseur du grand capital, on dirait qu'il n'est pas allé jusqu'au bout de sa réflexion. (Ce ne serait pas la première fois.) Car même si un taux plus bas et un euro un plus moins fort seraient profitable pour le business, et pour les copains du TGH, c'est encore voir à court terme que de penser qu'il suffirait de relancer la machine pour tout baigne à nouveau. L'erreur de Sarkozy était de ne pas prévoir les effets désastreux de la guerre en Irak (le TGH n'était pas tout à fait pour, mais il était contre le fait que Villepin soit contre...) sur l'économie mondiale via le prix du pétrole. En juillet, le reste du monde, le reste de l'Europe semble avoir pris la mesure de la situation, tandis que Sarkozy s'est retrouvé seul à s'entêter contre tout et contre tous. Contre, je dirais, la réalité économique.

D'après ce que j'ai compris, le problème actuel, c'est que les taux sont déjà assez hauts, l'économie s'approche de la récession et, fait plus ou moins inédit, l'inflation monte, à cause notamment du marché du pétrole. La marge de manoeuvre est donc beaucoup plus étroite que prévue. Si on avait suivi les conseils de Nicolas Sarkozy (ou de Ségolène Royal ou de Laurent Fabius ou de Benoît Hamon), cette marge n'existerait pas, ou encore on serait devant la possibilité d'une hausse de taux beaucoup plus importante, avec tous les risques de récession que cela comporterait. Véritable de "choc de méfiance" sans commune mesure avec ce que nous avons vécu depuis l'été dernier.

Logiquement, il faudrait remercier Trichet de n'avoir pas écouté le TGH, même si ce dernier est en effet "Président de République française", comme il a cru bon de nous le rappeler. Ce faisant, Trichet n'a pas non plus écouté les autres. Ainsi, la situation et les perspectives sont moins mauvaises, même si elles sont loins d'être bonnes.

Les lecteurs qui auront perservéré jusqu'ici pourront demander où je veux vraiment en venir. Je récapitule.

  1. Sarkozy continue à faire et dire des bêtises dans le domaine économique, là où il était censé être si fort.
  2. Les habituelles tentatives, à droite comme à gauche, de rendre l'Europe responsable des maux de l'économie française étaient à côté de la plaque.
  3. L'économie mondiale est plus grande que les petits bras de Nicolas Sarkozy, et même plus grande que ceux de la France ou de l'Europe. Il ne faut pas surestimer le pouvoir des léviers économiques dont les Etats bénéficient.

Et j'aboutis à une ébauche de maxime. (Non, oRélie, je n'ai pas dit "débauche de Maxime"... notez au passage le nouveau URL tout beau de Victoire au poing.)

Bref, ma maxime en ébauche :

Toute proposition de solution politique, économique ou sociale qui, pour réussir, doit être appliquée au niveau européen, voire mondial, risque de n'être qu'une opération de communication.

Enfin, ce n'est pas vraiment une maxime. Pas très belle, en tout cas. Tant pis.

1 août 2008

Nouvelle Gauche, quatrième et dernière partie : les mondes imaginaires

Ce billet ne concerne pas seulement la contribution Urgence Sociale de la Nouvelle Gauche, mais je vais partir des deux autres propositions que j'avais retenues l'autre jour pour essayer de penser un peu plus loin l'attitude qu'une nouvelle politique de gauche pourrait avoir avec la mondialisation, la finance, l'Europe et ces autres grandes entités qui nous menacent jusque dans notre libre arbitre. Encore une fois, je ne veux pas "taper" sur la contribution, mais simplement réfléchir aux légèrs désaccords que j'ai avec elle. Vous allez voir, après je vais taper sur absolument tout le monde.

Voici donc les deux autres propositions-questions?

2. Etes-vous favorable à la négociation d'un véritable Traité de l'Europe sociale comprenant des critères de convergence sociaux aussi précis et contraignants que l'étaient les critères financiers du Traité de Maastricht ? Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir pour réfléchir au meilleur moyen de négocier très vite un vrai Traité social ?

3. Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir très vite pour réfléchir au meilleur moyen de donner à l'Europe des ressources propres en créant un impôt européen sur les bénéfices, une éco-taxe et/ou une Taxe Tobin ?

Quoi, contre l'Europe sociale? Contre la taxe Tobin?

Oui et non.

L'Europe sociale serait une bonne chose, mais, comme le "nouveau Bretton-Woods" et comme une "taxe Tobin", ce sont des batailles perdues d'avance. Il n'est pas impossible que cela vaille la peine de mener ces combats, car il n'est pas impossible que cette lutte modifie un peu les discours sociaux et économiques dominants en Europe. Peut-être que le socialisme européen pourrait avoir un peu moins honte d'être socialiste. Qui sait.

La démarche n'est pas pour autant évidente, puisque, d'abord, une bonne partie des pays européens est carrément hostile à tout progrès "social" européen. Ajoutez à ces réticences le fait que les déséquilibres économiques entre les pays rendent la notion même des seuils ou des minima parfaitement inextricable. Ensuite, pour ce qui concerne la guerre des idées et des esprits, les arguments des socialistes français envers les camarades européens seront sapés par le fait que la situation sociale en France est loin d'être assez exemplaire pour l'exporter à l'ensemble du continent.

C'est un peu dur à dire, mais, ici et maintenant, "l'Europe sociale" reste une façon de botter en touche. Même si elle était possible, elle ne pourrait se réaliser que dans vingt ou trente ans. L'injustice sociale a des belles années devant elle. A la rigueur, il semble plus réaliste de se poser d'abord la question, un peu à la Ségolène Royal, de ce qui pourrait être importé en France, genre "modèle danois ou suédois". Mais ce n'est pas là ce que je veux dire aujourd'hui. Enfin, si : le réalisme.

L'autre proposition, le numéro 3 ci-dessus, est en revanche plus intéressant, hormis la "taxe Tobin" qui reste, pour moi, une autre bataille perdue d'avance, pour les mêmes raisons que les "nouveaux Bretton-Woods" et les autres tentatives de refaire le monde, et vraiment la Terre entière, selon les idées de quelques pays. C'est trop tard : des industries entières financières ultra-puissantes existent et sont bâtis sur les subtilités des règles de la finance. Et il faut dire que la contrib ne développe pas beaucoup cette piste, pour se concentrer sur celle, plus plus prometteuse, d'un impôt européen sur les bénéfices. Voilà un domaine où l'intégration européenne pourrait servir à quelque chose, voilà un problème qui nécessite une réponse supra-nationale, voilà une solution qui n'est pas trop ambitieuse.

Si je fais l'éloge du réalisme politique et économique, ce n'est pas pour freiner la politique ou pour être pessimiste ou résigné à subir la seule loi du marché, mais pour éviter les fausses solutions qui, comme l'Europe sociale, bloquent la réflexion, empêchent d'avancer. Il va falloir faire avec certaines réalités qui échappent au contrôle d'un seul État ou même de l'Europe. En faire le préalable à toute action, c'est se condamner à l'inaction.

(Il faut chaud, je vais taper sur tout le monde la prochaine fois plutôt.)

25 juillet 2008

Nouvelle Gauche, troisième partie : Bretton-Woods

Alors, je disais quoi...?

Oui, un nouveau Bretton-Woods. C'est l'une des propositions dans la contribution Urgence Sociale de la Nouvelle Gauche.

1. Etes-vous d'accord pour que, à l'issue de son Congrès, le PS organise sans tarder avec l'ensemble des socialistes européens (ceux qui sont au pouvoir et ceux qui n'y sont pas) une grande Conférence internationale pour définir de nouvelles règles du jeu en matière monétaire et financière ?

Voici l'explication :

Vu la gravité de la crise monétaire et financière qui vient, il faut sans tarder convoquer un nouveau Bretton Woods. En 1944, dans cette petite ville du nord-est des États-Unis, on a réuni les 30 meilleurs économistes de la planète et on leur a dit (gentiment mais fermement) qu'ils ne sortiraient pas du village tant qu'ils ne se seraient pas mis d'accord sur de nouvelles règles du jeu monétaires et financières permettant d'éviter qu'une crise semblable à celle de 1929 puisse à nouveau se produire. Ils ont travaillé dur, pendant 3 semaines, pour construire un système qui a tenu 30 ans. Hélas, depuis le début des années 1970, les libéraux ont peu à peu démantelés les règles et les outils de Bretton Woods pour finir par accumuler des déséquilibres supérieurs à ceux de 1929...

L'idée est donc de refaire la même chose, en commençant par mettant au travail tous les socialistes européens d'abord, et ensuite le reste du monde :

Allons-nous attendre que la crise éclate et que la situation devienne ingérable pour convoquer un nouveau Bretton Woods ? Si tout le monde a conscience qu'on va dans le mur, qu'attendons-nous pour définir, au niveau mondial, de nouvelles régulations monétaires, financières, sociales et écologiques ? Demander 3 semaines de travail approfondi pour éviter une crise majeure, demander 3 semaines de travail pour 30 ans de stabilité, est-ce trop exiger ?

"Est-ce trop exiger?" Malheureusement, la question n'est pas tout à fait celle-là. S'il était possible de faire ce que la Nouvelle Gauche propose ici, je serais évidemment pour, sans hésiter, ou du moins sans hésiter beaucoup. Le problème n'est pas celui de savoir ce qu'on ferait si on pouvait, mais celui du rapport de forces. Jamais les intérêts financiers de la planète ne laisseraient une bande d'économistes refaire les règles de la finance internationale. On prend des paris? D'une certaine façon, ce travail est en cours depuis des années, ou du moins son image inversée : le GATT et ses enfants et petits enfants, avec toute leur complexités, leur lourdeur, et leurs intérminables négociations sont là pour nous le rappeller.

Mais surtout nous ne sommes plus en 1944, année unique dans l'histoire moderne : l'économie internationale n'existe plus, la guerre n'est pas terminée mais on commence à penser à ce qui va se passer après. Pour les pays en guerre, le rôle de l'État dans l'économie est prépondérante, et de plus la position des Etats-Unis est alors unique : futurs vainqueurs, ils n'ont pas, en 1944, de rival économique véritable. Les grands centres financiers ne fonctionnent plus : surtout Londres et Paris. C'était une chance unique pour réécrire les règles, qui, sauf cataclysme planétaire, ne reviendra pas de sitôt.

Si l'utilité qu'il y a aurait à tout refaire, à refaire le monde économique, ne fait pas véritablement de doute, du moins pour des Français de gauche, la possibilité d'imposer une telle solution n'existe pas, tout simplement. Des industries financières entières sont désormais fondées sur la maîtrise des subtilités des règles de la finance. Toucher à une ou plusieurs virgules de ces règles revient à rebattre de fond en comble les cartes du pouvoir économique. Trois semaines et trente économistes ne peseraient pas lourd.

C'est un joli but, mais ce rêve de revenir à un monde financier plus simple et plus équitable peut aussi empêcher de chercher des solutions réelles. La mondialisation est là, l'économie mondiale est là. Un "nouveau Bretton-Woods" est une proposition qui nous plaît parce que, effectivement, il faudrait pouvoir tout changer. Mais c'et se tromper sur les léviers dont on disposent et, à mon avis (il faudra que je le développe encore), c'est dépenser de l'énergie politique dans une entreprise qui ne pourra pas aboutir, dans une tentative de "refaire le monde", comme on dit. Malheureusement, plutôt que de réécrire les règles, le rôle de la politique sera plutôt d'infléchir les choses.

(A suivre, avec beaucoup d'inflexions.)

22 juillet 2008

En lisant la Nouvelle Gauche, deuxième partie : la mondialisation

J'en étais où? Je parlais de la contribution Urgence Sociale de la Nouvelle Gauche pour dire tout le bien que je pensais de leur approche de l'idéologie sarkozyënne. Maintenant je vais me permettre d'être légèrement plus critique, et ce essentiellement pour des raisons égoïstes : j'espère, à partir de quelques unes des propositions, arriver à élaborer une petite miette de pensée sur l'attitude d'une gauche devant la mondialisation, surtout une gauche se voulant nouvelle.

Voici les quatre premières propositions dans Urgence sociale (qui se formulent comme des questions qui sont en fait les réponses aux questions de Pierre Larrouturou. Voir par exemple les réponses de Maxime Pisano.)

1. Etes-vous d'accord pour que, à l'issue de son Congrès, le PS organise sans tarder avec l'ensemble des socialistes européens (ceux qui sont au pouvoir et ceux qui n'y sont pas) une grande Conférence internationale pour définir de nouvelles règles du jeu en matière monétaire et financière ?

2. Etes-vous favorable à la négociation d'un véritable Traité de l'Europe sociale comprenant des critères de convergence sociaux aussi précis et contraignants que l'étaient les critères financiers du Traité de Maastricht ? Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir pour réfléchir au meilleur moyen de négocier très vite un vrai Traité social ?

3. Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir très vite pour réfléchir au meilleur moyen de donner à l'Europe des ressources propres en créant un impôt européen sur les bénéfices, une éco-taxe et/ou une Taxe Tobin ?

4. Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir pour réfléchir au meilleur moyen de rééquilibrer les relations entre la Chine et l'Europe ? Etes-vous d'accord pour que soit mis en débat un système de Montants compensatoires qui incite très fortement la Chine à respecter d'ici 5 ans un certain nombre de règles écologiques et l'ensemble des règles sociales du BIT qu'elle a signées avant d'adhérer à l'OMC ?

Il faudra les prendre une par une, mais déjà on voit l'enjeu fondamental : comment le politique peut-il reprendre le dessus sur les intérêts du commerce et de la finance internationaux ? Comment un état comme la France peut-il peser dans cette cour des très grands ?

Ce que je salue dans ses questions-qui-sont-des-réponses-à-des-questions, c'est leur dimension internationale, ce qui peut paraître normal pour une question qui est effectivement d'ordre international, sauf que, un peu trop souvent, on ne traite la question qu'en termes de politique intérieure : "fermons les frontières", "achetez français", "plombier polonais", "TVA anti-délocalisation" ou même encore : "devenons la Chine". Toutes ces réponses, et les crispations qui les accompagnent, ont tendance à ne servir qu'à des besoins de communication politique intérieure et sont finalement autant des manières de nier le fond du problème qui est que les Etats, dans ce monde mondialisé, n'ont plus les mêmes moyens d'agir qu'il y a vingt ou trente ans.

Traiter la question sur le plan qui lui est propre, c'est une excellente idée. Nous nous approchons peu à peu d'une politique qui s'occupe du fond de la question.

La réserve que j'ai à formuler devant de telles propositions (surtout le "nouveau Bretton-Woods", le Traité de l'Europe sociale et le durcissement de la négociation avec la Chine), c'est que le modèle de l'action gouvernmentale change de sphère (supra-nationale plutôt que nationale) mais ne change pas fondamentalement de nature. On cherche à créer une force démocratique et politique qui sera en mesure de donner des ordres au marché, pour reproduire ce qu'un État pouvait faire pour sa propre économie naguère.

Plus j'y pense, plus j'ai l'impression qu'il faudra inventer un nouveau modèle (de gauche) d'action gouvernmentale qui prendra mieux en compte les rapports de force réels. La Chine par exemple ne se laissera pas marcher sur les pieds par l'Europe ; je ne suis pas contre l'idée de durcir le dialogue, mais il est naïf de penser qu'il aboutira à des changements importants, puisque la Chine sait bien que sans elle nos économies s'éffondrent.

Mais bon, il est tard et je n'a même pas commencé de parler de Bretton-Woods. Ce sera donc pour l'épisode suivant de mon feuilleton de l'été.

24 juin 2008

Gauchitudes 5 (Mondialisation et mon crédo socialo-traître)

En politique, il est sûrement plus efficace de raconter n'importe quoi promettant des miracles, que de s'en tenir à la réalité et ce qui possible ou du moins probable. Il y a pourtant un risque. La dernière élection présidentielle et la déception qui en est aujourd'hui la consquénce fournissent un exemple. Pour la gauche, du moins pour la gauche dite "de gouvernement", la gauche bien molle et socialo-traître, l'exigence de réalisme est plus grande que pour toute la droite, ainsi que pour la "gauche-gauche vraiment à gauche".

La droite aux allures de banquier

Accordez-moi une petite digression où je raconte mes perceptions des choses. La droite, qui représente la classes dominantes et les puissances financières, passe d'emblée pour plus sérieuse. Dans l'imaginaire collectif, c'est elle qui est plus près des chiffres et des comptes en banque. Du coup, quelqu'un comme Sarkozy peut se permettre de raconter (et de faire) n'importe quoi, son aura de compétence financière reste intacte. Et puisque l'économie et la finance sont difficiles à expliquer au plus grand nombre, l'aura compte pour beaucoup. En même temps, on soupçonne la gauche réaliste d'être idéaliste et de trafiquer les chiffres pour vendre des utopies. La quasi-impossibilité pour la gauche de convaincre "les Français" (créature mythologique) que les 35 heures ont contribué à créer des emplois nous fournit un très bon exemple de cette réalité malheureuse. La moindre possibilité d'incohérence dans un programme économique de gauche sera exploité par cette droite qui a avalé le paquet fiscal, le "travailler plus" et les autres sornettes sans regarder la liste d'ingrédients. Telle est donc la situation d'une gauche "réaliste".

La gauche utopiste

Car la gauche idéaliste ne souffre pas des mêmes problèmes. Celle-ci, qui ne vise pas du tout le même public, n'hésite pas à extrapoler à partir des défauts et les insuffisances du capitalisme actuel une vision fantastique où tous les torts seraient redressés, les faibles rendus forts, l'économie définitivement soumise au désir politique collectif. En disant cela, j'ai sans doute l'air trop cynique, alors que j'ai une réelle sympathie pour cette démarche, à laquelle j'ai même cru quand j'étais jeune et influençable. Cette critique extrême du présent peut d'ailleurs donner des réflexions intéressantes. Marx reste excellent dans son analyse du capitalisme ; ses propositions sont un peu datées, en revanche.

Pour la socialo-traîtrise

Pour un parti comme le PS, cette porte reste plus ou moins fermée, même si de temps en temps l'aile gauche sort des contre-propositions qui rappellent ces mêmes fantasmes. L'un des domaines qui suscite le plus d'idées dans ce genre, c'est la mondialisation. Il est certainement rassurant de penser que pour reprendre le pouvoir, pour replacer la politique économique dans un cadre national, il suffirait de faire ci ou ça, taxe Tobin, nouveaux accords internationaux pour empêcher les délocalisations. Tirer ainsi des plans sur la comète, en faisant croire qu'avec l'impulsion de la France, les peuples du monde vont décider de freiner la mondialisation, c'est vendre une fiction compensatrice. C'est presque impossible au sein de l'Europe. S'il faut impliquer la terre entière, ce ne sera pas tellement plus simple.

On m'a dit, il n'y a pas longtemps : "vous avez beau ne pas aimer la mondialisation, elle est là". J'ai tendance à penser que, puisque ce nouveau système est là, qu'il faut le rendre véritablement équitable, autre chose qu'un moyen pour garantir que les grandes sociétés internationales aient accès aux marchés et aux ressources naturelles des pays du tiers-monde.

Pour une gauche qui se veut responsable, promettre de rétablir un équilibre calqué sur ceux du passé d'avant la mondialisation, c'est mentir aux gens. Les effets de la mondialisation peuvent en revanche être traités : faire des aides aux entrerpises un lévier pour empêcher les délocalisations, recentrer la politique industrielle sur des activités qui ne peuvent pas être délocalisées, protéger les citoyens avec un système de sécurité sociale efficace, rendre la politique et l'économie plus locales (pour revenir à ce que je disais dans des gauchitudes précédentes). De ce point de vue, il reste, j'en suis persuadé, beaucoup de politique à faire, au-delà de la simple bonne gestion. Mais faire semblant qu'une grande alternative va venir tout bouleverser et tout remettre comme avant est irresponsable.

17 mai 2007

Fillon (mort de rire)

Passation des pouvoirs, dans l'allocution du nouveau premier ministre:

Dans un monde de six milliards d'êtres humains, les 60 millions de Français doivent rester unis.

Sans parler de tout ce que cette phrase laisse sous entendre de xénophobe, ne trouvez-vous pas que c'est tout simplement débile ?