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31 octobre 2008

La blague sarkozyste du jour : "le pacte moral"

Sarkozy parle aux banques !

"La République a besoin de vous", leur a-t-il dit, parlant de "crise financière et économique sans précédent". "Engagez-vous totalement dans la lutte contre la crise", a-t-il ajouté.

"Chacun est placé aujourd'hui devant ses responsabilités. Il y a un pacte moral et ce pacte moral, c'est de vérifier que chacun de ses collaborateurs, dans la dernière des agences, le respecte." Or, pour le président de la République, "ce n'est pas encore le cas".

Pauvre garçon ! Après avoir donné aux banques tout ce qu'elles demandaient et plus, voilà qu'il se rend compte que sauvées elles sont désormais libres de faire tout ce qui leur plaît, même si c'est au détriment de la République.

Quoi ! Les banques ne s'engagent pas auprès du Très Grand Homme (TGH) dans la guerre sainte contre la crise, préférant plutôt se protéger ? Le pauvre TGH en est réduit à sortir un "pacte moral" de derrière les fagots pour leur mettre la pression, puisqu'il n'a plus aucun autre lévier.

Martine Orange, sur Mediapart, avait très bien formulé le problème :

En échange de 10,5 milliards d'euros, le gouvernement ne demande rien ou presque: ni actions, même sans droit de vote, ni droit sur les bénéfices futurs, ni révision des rémunérations des dirigeants. Les milliards vont être distribués sous forme de prêts subordonnés d'une durée de dix ans, assortis d'un taux d'intérêt de 8% par an. (La répartition des aides figure dans l'onglet Prolonger.) Les banques qui y souscrivent s'engagent à adhérer à un code de bonne conduite, calqué sur la recommandation du Medef sur les salaires des dirigeants.

En échange des 10,5 milliards, la France a obtenu des banques qu'elles suivraient les recommandations du MEDEF sur les salaires. Rien d'autre.

Et puis nous avons obtenu un "pacte moral". Les banques doivent en rigoler encore, du "pacte moral". Rigolons avec eux pour une fois.

30 octobre 2008

Le pouvoir et l'argent aiment le pouvoir et l'argent

Vous ne trouvez pas que je radote ? Depuis quelques mois, j'ai l'impression de bloguer par séries, essayant dans chaque billet de dire ce que je n'ai pas réussi à dire dans le précédent. Et ainsi de suite.

Dernier exemple : les fonds souverains que nous propose notre Très Grand Souverain. Voici le paragraphe que j'ai dans la tête depuis deux ou trois jours :

"Il s'agira d'investir dans l'avenir. Il ne s'agira pas de subventionner des entreprises à fonds perdus mais de stabiliser des entreprises qui pourraient être des proies pour les prédateurs", indique Nicolas Sarkozy en dénonçant au passage "l'action délétère des hedge funds". Volontariste, le président de la République "ne veut pas être celui qui se réveillera dans six mois avec les grands groupes industriels français passés dans d'autres mains". Selon lui, un tel fonds peut également "rendre beaucoup de services à des petites entreprises innovantes".

L'autre jour j'ai voulu suggérer que "nos" groupes ne sont déjà plus français. Nous sommes déjà réveillés, pas besoin d'attendre six mois. De la même manière qu'une partie des grands groupes "étrangers" appartient à des actionnaires français, seule une partie des groupes "français" appartient véritablement à des Français. C'est ainsi. Talonnettes et gesticulations n'y feront rien.

Hedge funds. Avant cette crise, je ne savais pas grand-chose sur les hedge funds, sauf que, vaguement, ils protégeaient les investisseurs contre les chutes des marchés en pariant contre des valeurs en bourse. (Je ne comprends toujours pas comment on peut avancer en pariant à la fois pour et contre les mêmes valeurs, mais ce n'est pas mon affaire.) L'intérêt des hedge funds pour des spectateurs (non spéculateurs), et leur façon d'acheter à découverte, c'est que nos supers investisseurs peuvent se prendre des énormes gamelles de temps en temps, comme l'autre jour, quand Porsche a décidé d'acheter un peu plus de Volkswagen, alors que les hedgeurs avaient parié contre Volkswagen. Vent de panique, l'action VW monte en flèche, les hedgeurs ne trouvent plus de titres VW à acheter. Lisez l'explication, c'est du plus grand comique. Des milliards perdus pour les hedge funds, des milliards gagnés pour les actionnaires VW...

Je n'ai pas vraiment compris pourquoi les hedge funds sont si dangereux, mais j'admire malgré tout leur pessimisme mélangé de cynisme. Lisez aussi, chez Betapolitque, cette lettre d'un gestionnaire de hedge fund qui jette l'éponge après avoir plumé des riches pigeons, profitant de leur optimisme stupide. (La lettre elle-même est ici, en anglais. Elle se termine par un appel à cultiver le chanvre...)

Revenons quand même à notre paragraphe.

"Il ne s'agira pas de subventionner des entreprises à fonds perdus mais de stabiliser des entreprises qui pourraient être des proies pour les prédateurs",

Ceci n'est donc pas un cadeau aux entreprises, même si, bien sûr, le risque des prédateurs est minime, ou encore totalement fantasmatique. Pas de subvention, juste une façon de protéger les fortunes de ces Français qui ont investi d'abord dans des entreprises "françaises".

Le plus franchement cynique, dans ce paragraphe, c'est sans doute la fin :

Selon lui, un tel fonds peut également "rendre beaucoup de services à des petites entreprises innovantes".

On va sauver les petites entreprises en sauvant les grosses. La théorie du ruissellement appliquée à l'aide aux entreprises. C'est cohérent au moins : puisque la même approche a si bien marché avec le Paquet, il serait absurde de changer.

L'ironie, c'est que ce sont justement les PME qui ont le plus de mal en ce moment, qui sont le plus menacées non pas par l'absence de crédit mais par la méfiance grandissante des banques (bénéficiaires de leurs propres milliards...). PSA et Lagardère ne vont pas disparaître demain. Le petit fabricant de tire-bouchons traditionnels, si. Et ce sont les PME qui sont authentiquement françaises. S'il fallait vraiment faire du patriotisme économique, ce sont eux qu'il faudrait sauver d'abord.

Mais non. L'étatisme, la consolidation du pouvoir, le copinage : toutes ces forces contribuent à favoriser tout ce qui est déjà Grand.

29 octobre 2008

Sauvons nos groupes !

J'ai trouvé un nouveau jeu. Il faudrait trouver un nom. Quelque chose comme : Trouvez le groupe français. Ou peut-être Prédateur. Si on décide de garder Prédateur, on pourrait s'imaginer dans la peau d'un investisseur étranger, peut-être chinois, cherchant à profiter de la crise pour dépouiller la France de ses plus belles entreprises, avant que le Sauveur de France et de la Planète puissent intervenir avec son "retour de l'État" et ses 170 milliards d'euros.

Le jeu est assez simple : il faut penser à une grosse entreprise française, puis vérifier qu'elle est bien française. Histoire de savoir si ça vaut le coup de claquer quelques milliards pour la protéger ou non.

Un exemple. Prenons Accor. C'est français, les Ibis, Formule 1, les Mercure. Très très français. Ensuite, il faut tapoter sur Google :

site:bourse.lesechos.fr accor
Et on trouve très vite la liste des actionnaires principaux :

Principaux actionnaires

1. Pardus European Special Opportunities Master19,75 %
2. Morgan Stanley8,40 %
3. Caisse des Dépôts et Consignations5,99 %
4. Franklin Resources4,80 %
5. Société Générale4,61 %
6. Brandes Investment Partners4,57 %
7. Natixis2,88 %
8. M&G Investment Management Limited2,09 %
9. Autocontrôle1,83 %
10. Salariés1,23 %

Certes, il y a Natixis, la Caisse des Dépôts et Consignations à 6 %, la SocGen, mais on trouve surtout des noms barbares : Morgan Stanley et Pardus European Special Opportunities Master. Pardieu!

On peut ainsi s'amuser pendant des heures. Tient, Lagardère, c'est français, non ? Voyons voir...

Principaux actionnaires

1. Investisseurs institutionnels étrangers54,43 %
2. Investisseurs Institutionnels Français15,95 %
3. Lagardère Capital & Management10,07 %
4. Morgan Stanley4,71 %
5. Autocontrôle2,99 %
6. Salariés1,84 %

Investisseurs institutionnels étrangers : au moins c'est franc. Pas besoin de se demander si ce sont des camarguais.

Ou encore, Alcatel Alsthom. C'est français Alcatel, non ?

Principaux actionnaires

1. Brandes Investment Partners10,23 %
2. T. Rowe Price Group5,01 %
3. Pzena Investment Management4,84 %
4. Tradewinds Global Investors3,32 %
5. Autocontrôle3,00 %
6. Fidelity2,33 %
7. Caisse des Dépôts et Consignations2,07 %
8. BT Pension Scheme/Hermès1,73 %
9. BNP Paribas Asset Management1,67 %
10. Crédit Agricole Asset Management1,57 %
11. FCP des salariés du Groupe FCP2AL1,26 %

Ah, zut !

Bref, je vous assure, on peut y jouer longtemps sans se fatiguer. Mais à la longue, on finit par se demander qui on va protéger avec tous ces milliards. Tout de même.

28 octobre 2008

Vivement la Chine !

La Chine est depuis longtemps le sujet des fantasmes les plus divers. Elle symbolise depuis quelques années la menace aux économies industrielles occidentales, avec ses capacités de production infinies, les salaires infimes payés à ses ouvriers. Et comme la Chine est visiblement une affaire qui roule, elle est devenue un modèle pour nos capitalistes frustrés par le socialisme qu'ont imposé De Gaulle, Pompidou, Giscard et Chirac, mais qui ne peuvent pas se défaire de l'idée que l'État fort doit quand même tout arranger.

La baisse des salaires et des conditions de travail jusqu'aux niveaux chinois n'est pas un objectif politique avouable, mais ce rêve n'est pas tout à fait absent de l'inconscient réactionnaire français. Même Sarkozy a dit, lors de son discours de Toulon, dans une phrase qui n'a pas été assez commentée par la presse :

Le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu'il veut ou qu'il peut. Il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois [...].

Ainsi, nos UMPistes ne parlent en ce moment que du retour de l'État. Le Très Grand Homme (TGH) lui-même promet une «redéfinition du rôle de l'État dans l'économie», avec des mesures comme le « médiateur de crédit », censé réparer le fait que malgré tout ce qui a été promis aux banques, elles ne veulent toujours pas joueur le jeu en prêtant aux PME l'argent que l'État leur prête. En temps normal, les banques n'auraient pas accepté une telle intervention dans leurs affaires ; je suppose qu'aujourd'hui c'est pour elles un moindre mal.

Mais là où le retour de l'État va être sans doute le plus performant, c'est sans doute dans le soutien aux grandes entreprises. Avec 175 milliards, espérons que ce sera performant, en tout cas, et pas une goutte d'eau dans le gouffre. Enfin, peu importe puisque c'est de l'argent gratuit, qui ne figure sur aucun budget... Money for nothing and chicks for free disaient Dire Straits. Tout cela justifié par la peur de (je résume) la Chine, c'est-à-dire ces »prédateurs» qui pourraient venir nous voler nos fleurons, en les achetant au prix du marché.

Chassez la Chine et elle revient au galop : on le sait mais on l'oublie. Parce que voilà la France obligée prendre la Chine comme exemple et justification pour pratiquer le patriotisme économique à la chinoise. Ainsi, le TGH va défendre les grands groupes français, qui sont, il faut le rappeler quand même, cotés en bourse, et donc à chaque instant à vendre. Curieux de voir que soudain ils aient peur qu'on les achète...

Cet été Juan a lancé un défi : trouver quatre qualités à Nicolas Sarkozy. A ma réponse, je dois ajouter une nouvelle qualité : Nicolas Sarkozy nous aide à élaborer nos propres idées politiques, il est en somme le contre-exemple idéal. Jean-Marie Le Pen n'aurait pas été aussi utile en tant que contre-exemple, puisque l'opposition n'aurait pas été très précise (je sais que l'opposition actuellement est tout sauf précise, mais ce n'est pas ce que je voulais dire). Avec Sarkozy, il y a des véritables démonstrations qui font que j'ai pu isoler ce que je n'aime pas dans sa politique.

Voilà : l'étatisme, la centralisation et la consolidation du pouvoir économique et politique me sont devenues insupportables. Devenir une petite Chine n'est pas une solution. Je veux une gauche très loin de ce modèle, très loin de cette perspective. L'autre jour quand je parlais de la traçabilité, c'est un peu à ça que je pensais : la régulation correcte, juste et efficace ne vient pas forcément d'un État central hyper-fort avec un Monarque Gesticulant ; c'est au niveau de chaque transaction financière, à chaque étape du montage des "produits", qu'un petit élément de contrôle se glisse dans le système, que les responsabilités deviennent claires pour tout le monde.

La solution n'a pas besoin de talonnettes.