Fin de campagne oblige, je ne vais pas pester contre l'un ou l'autre des candidats présidentiels. Peut-être grâce au cessez-le-feu, j'étais en train réfléchir au système social français, de manière un peu détachée. Je venais de lire ce papier dans The Economist qui parle du chef de la BCE, Mario Draghi, et le cocktail d'austérité et de croissance qu'il recommande pour l'Europe. J'ai lu aussi cet édito du Monde, où est exprimé le regret que la campagne présidentielle n'a pas permis d'engager le débat sur les vraies questions de mondialisation, de l'international en général. Ils n'ont pas tout à fait tort : la focalisation sur la personalité de Nicolas Sarkozy (focalisation souhaitée par l'intéressé) et sur la question de l'extrême droite et ses thèmes (souhaitée par le même candidat) ont en effet dominé la couverture médiatique, et par conséquent la réalité couverte.
5 mai 2012
7 juillet 2009
Ce que je n'aime pas dans le socialisme actuel
Depuis le Congrès de Reims et « l'élection » de la Première Secretaire, depuis la raclée du PS aux élections Européennes je ne me considère pas obligés de défendre le PS. J'estime que le PS occupe un créneau politique dans lequel je devrais pouvoir me reconnaître, et surtout, qui devrais être décisif dans la vie politique. Occupant ce créneau, j'estime qu'ils ont une responsabilité. Si aujourd'hui rien n'indique que le PS compte prendre au sérieux cette responsabilité, même le sympathisant lambda est en droit de se montrer plus exigeant.
L'une des conséquences heureuses du score calamiteux du PS aux européennes, donc, était le succès des écologistes. Le pôle écologique n'avait pas pesé lourd à Reims Soudain, on s'intéres, alors que soudain nous apprenons que le socialisme n'a pas besoin d'être productiviste, et même qu'il a pris un tournant historique majeur :
Le socialisme est né du rapport capital-travail dans l'entreprise. Nous l'inscrivons désormais dans un rapport capital-travail-nature.
C'est Martine Aubry qui parle, dans son entretien au Monde. Après un siècle et demi d'affrontement entre le capital et les travailleurs, on invite « la nature » à la table. La formule a au moins le mérite de vaguement refleter la distribution des forces politiques en France - UMP, PS, écolos - mais dans sa formulation même annonce son échec.
Je ne suis pas au courant des théories les plus récentes de l'écologie politique, mais je suis un peu surpris de voir le terme « Nature » réapparaire dans le discours de la PremSec. Cela a quelque chose de vieux jeu. Je regarde le site du Pôle Écolo sans trouver (sur la page d'accueil) une seule fois le mot « Nature ». Ils ne parlent que de renouvelable, voitures électriques. Idem pour Les Verts : pas une seule fois « Nature » (sur la page d'accueil). Bon, Aubry veut être théorique, elle va à l'origine des choses, tant mieux, me dis-je. Mais aussitôt, à la suite de la phrase que j'ai citée :
Mais il ne faudrait pas que la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique et pour la préservation de nos richesses naturelles nous conduise vers une sorte de néonaturalisme, une société qui refuserait l'innovation, la création, la mobilité, et qui se replierait sur elle-même, sur la tradition, sur des tribus, des communautés. L'écologie est compatible avec le développement et le progrès.
Il fallait bien parler « Nature », mais voilà où le mot nous mène. Vers une société troglodyte, avec tout le Bureau National du PS en train de vivre de la cueillette, des « tribus »... Qui a parlé de tribus ? Pas les écologistes en tout cas. Mais cette image de la « Nature » montre bien que la Nature est bien extérieure à l'idéologie d'un certain PS. D'où la fantasmagorie, et, surtout, la crainte immédiate que l'écologie vienne freiner le progrès économique. Là où par ailleurs on parle même plus de « développement durable » mais de « croissance verte », Martine Aubry en est restée au stade du conflit entre les industriels et écolos. Et s'il faut freiner un peu le capitalisme, il commence à devenir de plus en plus clair pour moi que le socialisme titiniste est fondé sur un dialogue privilégié justement avec le Kapital.
Et voilà le problème de fond. J'ai fini par pouvoir mettre le doigt sur ce qui me gênait dans tout un pan du socialisme actuel. Marc Vasseur avait cette citation, issue d'un dossier de L'Express sur Aubry :
« « Je voulais que Martine Aubry leur (aux patrons du nord) dise en face ce qu’elle ne cessait de répéter dans ses discours, indique l’hôte des lieux. Que si la finance internationale avait été dirigée par des grands patrons sociaux du Nord, la crise ne serait jamais survenue. ». C’est Bruno Bonduelle qui a tenu à déclarer cela à propos d’une rencontre entre Martine Aubry et ces derniers...
La « solution » sociale serait à trouver justement dans cette entente avec des très grands patrons, un peu éclairés, guidés finalement par un PS très familier, très proche, l'interlocuteur privilégié dont le rôle est d'harmoniser les relations sociales tout en agissant systématiquement pour le bien de ces entreprises, dans un rôle pas si différent de ce que fait, je prends un exemple au hasard, Nicolas Sarkozy quand il arrange les choses pour ses amis du Medef. La distinction serait dans le poids donné au social, mais l'accent mis sur la réussite du capital à presque tout prix n'est pas ce qui permet de différencier les deux camps.
Admettons qu'une telle position était logique pendant les Trente Glorieuses, ou même jusqu'à ce qu'on se rend compte de la mondialisation de l'économie. Les grands patrons du Nord de la France ont eu quelques soucis, et sont loin, mais très très loin, d'être en mesure de gérer les finances du monde. Et c'est précisément dans ce monde mondialisé, où le travail se délocalise pour un oui ou pour un non que le socialisme doit devenir une véritable force critique. Il n'est plus question de faire confiance aux très grandes entreprises. Les arrangements ne seront plus favorables. La solution ne viendra pas d'une compromise entre ces forces. Il faut faire avec son temps, sortir de la nostalgie d'une époque où tout pouvait se négocier entre partenaires sociaux.
Je garde un petit espoir que le discours écologique fournira quelques éléments pour une position véritablement critique, mais il faudrait un PS qui veuille bien entendre.
1 août 2008
Nouvelle Gauche, quatrième et dernière partie : les mondes imaginaires
Ce billet ne concerne pas seulement la contribution Urgence Sociale de la Nouvelle Gauche, mais je vais partir des deux autres propositions que j'avais retenues l'autre jour pour essayer de penser un peu plus loin l'attitude qu'une nouvelle politique de gauche pourrait avoir avec la mondialisation, la finance, l'Europe et ces autres grandes entités qui nous menacent jusque dans notre libre arbitre. Encore une fois, je ne veux pas "taper" sur la contribution, mais simplement réfléchir aux légèrs désaccords que j'ai avec elle. Vous allez voir, après je vais taper sur absolument tout le monde.
Voici donc les deux autres propositions-questions?
2. Etes-vous favorable à la négociation d'un véritable Traité de l'Europe sociale comprenant des critères de convergence sociaux aussi précis et contraignants que l'étaient les critères financiers du Traité de Maastricht ? Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir pour réfléchir au meilleur moyen de négocier très vite un vrai Traité social ?
3. Etes-vous d'accord pour que [...] le PS propose à l'ensemble des socialistes européens [...] de se réunir très vite pour réfléchir au meilleur moyen de donner à l'Europe des ressources propres en créant un impôt européen sur les bénéfices, une éco-taxe et/ou une Taxe Tobin ?
Quoi, contre l'Europe sociale? Contre la taxe Tobin?
Oui et non.
L'Europe sociale serait une bonne chose, mais, comme le "nouveau Bretton-Woods" et comme une "taxe Tobin", ce sont des batailles perdues d'avance. Il n'est pas impossible que cela vaille la peine de mener ces combats, car il n'est pas impossible que cette lutte modifie un peu les discours sociaux et économiques dominants en Europe. Peut-être que le socialisme européen pourrait avoir un peu moins honte d'être socialiste. Qui sait.
La démarche n'est pas pour autant évidente, puisque, d'abord, une bonne partie des pays européens est carrément hostile à tout progrès "social" européen. Ajoutez à ces réticences le fait que les déséquilibres économiques entre les pays rendent la notion même des seuils ou des minima parfaitement inextricable. Ensuite, pour ce qui concerne la guerre des idées et des esprits, les arguments des socialistes français envers les camarades européens seront sapés par le fait que la situation sociale en France est loin d'être assez exemplaire pour l'exporter à l'ensemble du continent.
C'est un peu dur à dire, mais, ici et maintenant, "l'Europe sociale" reste une façon de botter en touche. Même si elle était possible, elle ne pourrait se réaliser que dans vingt ou trente ans. L'injustice sociale a des belles années devant elle. A la rigueur, il semble plus réaliste de se poser d'abord la question, un peu à la Ségolène Royal, de ce qui pourrait être importé en France, genre "modèle danois ou suédois". Mais ce n'est pas là ce que je veux dire aujourd'hui. Enfin, si : le réalisme.
L'autre proposition, le numéro 3 ci-dessus, est en revanche plus intéressant, hormis la "taxe Tobin" qui reste, pour moi, une autre bataille perdue d'avance, pour les mêmes raisons que les "nouveaux Bretton-Woods" et les autres tentatives de refaire le monde, et vraiment la Terre entière, selon les idées de quelques pays. C'est trop tard : des industries entières financières ultra-puissantes existent et sont bâtis sur les subtilités des règles de la finance. Et il faut dire que la contrib ne développe pas beaucoup cette piste, pour se concentrer sur celle, plus plus prometteuse, d'un impôt européen sur les bénéfices. Voilà un domaine où l'intégration européenne pourrait servir à quelque chose, voilà un problème qui nécessite une réponse supra-nationale, voilà une solution qui n'est pas trop ambitieuse.
Si je fais l'éloge du réalisme politique et économique, ce n'est pas pour freiner la politique ou pour être pessimiste ou résigné à subir la seule loi du marché, mais pour éviter les fausses solutions qui, comme l'Europe sociale, bloquent la réflexion, empêchent d'avancer. Il va falloir faire avec certaines réalités qui échappent au contrôle d'un seul État ou même de l'Europe. En faire le préalable à toute action, c'est se condamner à l'inaction.
(Il faut chaud, je vais taper sur tout le monde la prochaine fois plutôt.)
7 mai 2008
Comment gruger les vieux
Le chômage, c'est la faute des chômeurs. C'est connu. "On ne travaille pas assez en France." Pire encore, on empêche les gens de travailler, "Il faut laisser les gens bosser" dit notre Très Grand Homme (TGH) (source). Et quelle meilleure façon de les en empêcher, que de leur fournir des allocations chômage ?
Supprimer donc les allocations est une façon de supprimer le chômage. La dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs ayant au moins 57 ans est traitée maintenant carrément comme une interdiction pour nos pauvres séniors de chercher du boulot. Ils voudraient bosser, mais l'Etat-Providence ne veut pas. Du coup ils restent chez eux et dépriment.
Christine Lagarde avait bien appris sa leçon de com':
La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a confirmé, jeudi 17 avril, sa volonté de lever la dispense de recherche d'emploi (DRE) pour les chômeurs de plus de 57 ans et demi, estimant que ceux-ci "doivent pouvoir chercher du travail".
"...doivent pouvoir chercher du travail." Comme si aujourd'hui il leur était impossible de chercher du travail s'ils n'en avaient l'obligation.
Encore une fois, on tartine la vérité de stupidités - ici des "vieux qu'on ne laisse pas bosser" - pour escamoter la véritable question, celle d'une dévalorisation des retraites. Oui : dévalorisation des retraites. Allez vendre ça à ceux qui vous ont élu, Monsieur Président.
Ainsi, le TGH dénonçe le "racisme de l'âge" :
Lors d'une table ronde sur le travail des seniors, le chef de l'Etat a dit vouloir dénoncer le "gâchis" et le "racisme de l'âge" que constitue, en France, la mise à l'écart d'actifs de plus de 50 ans.
Avec un taux d'activité des 55-65 ans à 38%, la France est loin de la moyenne européenne de 43,5% et d'un taux de 58% au Royaume Uni, de 62% aux Etats-Unis, de près 70% en Suède ou de 48% en Allemagne.
Fabien-Pierre Nicolas nous rappelle que c'était là l'un des thèmes de Ségolène Royal :
Le Parti Socialiste et sa candidate avaient ainsi estimé qu'il s'agissait d'un dossier plus crucial que celui de la durée de cotisation vu qu'on parle d'un différentiel pour les 55-65 ans de 20% par rapport à l'Angleterre, de 25% par rapport aux Etats Unis et de 32% par rapport à la Suède.
Faison un peu de calcul. Le taux d'emploi des 55-60 était, en 2005, de 54% (source, pdf). Suppons que cela signfie que les 46% ne travaillant pas ne pourront pas bénéficier d'une retraite à taux plein. Et supposons encore qu'une partie, faible peut-être, je n'en sais rien, des 54% travaillant à ces âges là n'ira pas non plus jusqu'aux 40 ou 41 années des cotisation. Supposons donc que la moitié de la population ne travaille pas jusqu'au bout. Cela veut dire que le fait de passer de 40 à 41 se traduit, pour au moins la moitié de la population, par une simple diminution de leur retraite. Celui ou celle qui n'a pu cotiser que pendant 37 ans aura une retraite déficitaire de quatre années plutôt que de seulemnet trois. Donc pour la moitié de la population, une fois éliminé tout le blablah sur la volonté de travailler, ce qui est en jeu est une dévalorisation franche de leurs retraites. Tout simplement.
Or, pour imposer cela aux Français, il faudrait avoir le courage de le dire.
(Voir aussi Sarkofrance.)
(Et voir aussi aussi PMA.)
5 mai 2008
Subtilisons vos retraites
La subtilité est pénible. Impossible à communiquer à grande échelle. Les exemples ne manquent pas, mais prenons un des plus tièdes du moment, la modification de la durée des cotisations pour l'assurance vieillesse.
La logique selon laquelle l'allongement de la durée de vie doit conduire à un allongement de la durée de cotisation n'est pas, en soi, une abomination. Dans un monde idéal, où la durée réelle du travail pourrait être décretée, décidée par la collectivité, passer de 40 à 41 ou 42 ans pourrait ne pas poser de problème majeur.
Les arguments fillonesques sont basés sur cette image d'Epinal, où d'ailleurs chacun va jusqu'au bout de ses 40 ou 41 ans, sauf, évidemment, les fainéants qui eux auront ce qu'ils méritent. Dans ce monde parfait, les femmes, par exemple, n'ont aucun mal à faire des enfants, s'en occuper, et aller jusqu'au bout de leur travail. Idem pour ceux qui font des études longues. Les 41 années de travail seront toujours simplement une question de volonté et de mérite.
Bien sûr, en réalité, on sait bien que les entreprises n'aiment rien plus que de virer leurs salariés quand ils sont à cinq ou six ans de la retraite et qu'ils coûtent très cher à la boîte, pour les remplacer par des jeunes qui n'en veulent. En réalité, le MEDEF se bat bec et ongle pour empêcher que l'on contraignent les entreprises. Ce qui leur importe bien plus que les 40 ou 41 années de cotisation, c'est leur droit de virer les quinquas.
Comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules, Christine Lagarde annonce la suppression de la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs en fin de carrière. Et le pouvoir va rendre beaucoup plus difficile (en principe en tout cas) le maintien des allocations de chômage. Tout va dans le sens donc d'une précarisation grandissante des seniors, qui seront ni embauchables, ni chômeurs, ni en pré-retraite, ni à la retraite, ni rien du tout. Nos quinquas risquent bien d'être pris en tenaille entre ces différentes mesures. C'est sympa quand on pense qu'ils ont voté massivement pour Sarkozy. L'essentiel est donc de dissimuler le fait qu'ils sont visés par ces "réformes".
Petit à petit, on s'éloigne du monde idéal où le niveau d'une retraite dépend de la volonté du travailleurs. Mais le pire, et c'est là où la subtilité entre en compte, c'est l'image d'un pays où chacun pourra travailler aussi longtemps qu'il le souhaitera cache le fait que le passage à 41 années de cotisation signifiera simplement, pour un grand nombre de (futurs) retraités qui, pour différentes raisons, ne pourront pas atteindre les 41 ans, une réduction franche de leurs retraites. Mais allez vendre ça aux téléspectateurs : on a décidé de réduire vos retraites de ... pourcent, et en plus, vous passerez, avant même d'y arriver une, deux, cinq ans en tant qu'RMIste. Vous avez fait des économies pendant toutes vos années de dur labeur ? Vous avez mis quelque chose de côté ? Super : ça vous permettra de vivre en attendant la retraite... réduite.
La question des retraites est subtile, difficile, compliquée. Il est tellement plus simple de tout réduire à des valeurs simples, monolithiques : pas d'accord, fainéant ?
21 avril 2008
Sarkozy et son enclume
Lu chez Juan, les "confidences", livrées par le JDD, sur la préparation de notre Très Grand Homme (TGH) pour son passage à la télé jeudi prochain, alors qu'il caracole dans les sondages avec tout de même 36% des français qui l'approuvent :
Divisée en trois séquences - questions internationales, société, économie -, cette intervention n'a, au fond, qu'un seul objectif: convaincre les Français que les promesses de campagne seront "intégralement" tenues. Le "respect des engagements pris" sera le fil rouge du propos présidentiel. "Certains désespèrent de sentir les effets du changement promis", rapporte ce député sarkozyste confronté, chaque semaine, dans sa circonscription, à la frustration des électeurs qui, entre annonces et démentis, finissent par perdre pied.
Le TGH est têtu au moins. Tout le personnel ici à la Pire Racaille lui souhaite du courage dans cette entreprise : plus les promesses de campagne sont rappelées aux téléspectateurs, plus ces derniers seront en mesure d'évaluer objectivement les performances de Monsieur Sarkozy. Nous nous félicitons de cette obstination.
En réalité, les ficelles sont un peu grosses. Ce n'est pas la première fois. Justifier la casse du système social, la guerre aux pauvres en citant sa légitimité démocratique, le suffrage universel, c'est illogique quand on constate qu'il n'est soutenu par aucun "mouvement populaire". En faire appel encore une fois à l'élection, c'est sûrement céder à la tentation de se replacer dans cette période antédiluvienne, désormais mythique, l'époque héroïque du sarkozysme triomphant, quand les "promesses du candidat Sarkozy" avaient force de loi.
Si seulement on pouvait relancer cette dynamique... Eh bien, non : elle est brisée pour toujours. J'imagine le TGH s'imaginant victime de la presse, de la conjoncture économique, se disant que son impopularité (UM/Popularité, dirait kamizole) est une injustice, quelque chose qui ne devrait pas être et qu'il refuse. Ajouter à cela quelques conseillers sachant bien flatter l'Empereur, et le tour est joué : Sarkozy persiste et signe, tête baissée.
Tant mieux. Les promesses électorales et la nostalgie des premiers mois de son règne seront l'enclume sur laquelle son image actuelle continuera à se briser.
15 avril 2008
Anti-social (le dos rond)
Le nouveau Sarkozy s'efforce de laisser passer de temps en temps quelques cycles d'information sans intervenir de façon fracassante. Le ton du "on va tout faire péter" semble cèder le pas à celui que François Fillon avait inauguré avec son célèbre "les caisses sont vides". Pourtant, en termes d'action politique, rien ne semble séparer le Premier Ministre du Très Grand Homme (TGH), et surtout, rien ne permet de distinguer entre la politique du Sarkozy Bling-Bling de celle du Sarkozy Post-Municipal : sous prétexte d'efficacité ou de modernité (Sarkozy I), ou encore de nécessité fiscale (Sarkozy II), on suit à peu près la même logique pour bousiller morceau par morceau le système de protection sociale française.
(J'ajoute que ma position sur la question de la protection sociale ne se résume pas à la seule défense des acquis ; malheureusement, l'approche du gouvernement se résume à une offensive contre les acquis.)
Prenons la citation (le 8 avril à Cahors) que l'on retrouve partout, dans sa version vespérale :
"La protection sociale est indispensable dans notre pays, mais si le poids des prélèvements obligatoires est tel que les emplois se délocalisent, ça crée des chômeurs en plus, donc ça fait exploser les dépenses sociales", a argumenté M. Sarkozy. "Nous reviendrons à l'équilibre de nos régimes sociaux là encore par la réforme", a-t-il promis, estimant que la réponse à ce problème se résumait "au plein emploi".
En tout cas, je n'ai pas retrouvé cette conclusion dans le discours publié sur le cite de l'Elysée, mais j'ai peut-être manqué de patience, car l'AFP dit la même chose :
"La réponse à tout ça c'est le plein emploi, c'est ce qu'on essaie de faire".
C'est le prononcé qui fait foi, n'est-ce pas? La réponse, c'est le plein emploi. Méditons cette affirmation. Ce sont les fameuses réformes qui vont nous conduire vers ce paradis du travail. (Un peu comme le TEPA devait doper notre pouvoir d'achat, je suppose.) Or, les si réformes consistent en la réduction du niveau de protection sociale, et si elles précèdent nécessairement l'arrivée du plein emploi, et si on me permet d'être scéptique sur l'efficacité de ces mesures en termes d'emploi, il est évident que, même dans le meilleur des cas, dans ce monde meilleur où il est possible de "libérer la croissance", la solution viendra bien après que les réformes auront rendu la vie plus dure, plus précaire pour toutes ces personnes que la protection sociale protège réellement. On saura quand on perdra son pouvoir d'achat, ses allocations, on ne saura pas quand on bénéficiera du plein emploi.
Sarkozy n'a pas changé son discours depuis la campagne. De la réforme naîtra la prospérité. Pourtant, il doit savoir que dans le contexte actuel, et après son échec sur le pouvoir d'achat, ses promesses ont perdu le peu de crédibilité qui leur restait. Sarkozy se fillonise et se chiraquise : plan de rigueur qui ne dit pas son nom (Fillon) ; politique du dos rond d'un président sûr de sa majorité pendant au moins cinq ans (Chirac). En somme, la même vieille politique que la droite propose depuis... depuis toujours.
Où en sommes-nous avec le sarkozysme, alors? La déclaration que je viens de citer pourrait très bien signaler la fin, tout simplement, du sarkozysme. Finie la "rupture", fini le "choc de confiance", abandonnées au bord de la routes toutes les promesses de modernisation, d'énergie, d'une révolution qui allait mettre fin à tout ce que l'on n'aimait pas dans la réalité pour le remplacer avec le pays dont tout le monde a toujours rêvé. Finie, aussi, la crédibilité de celui qui promettait à Gadrange que l'Etat pouvait tout. Ne reste du sarkozysme que ce qu'il a hérité des Juppé, Balladur et Chirac d'antan : la rigueur budgétaire, la défense de privilèges, l'assaut contre l'Etat-Providence.
C'est à croire que Sarkozy privé de son style que la France ne supporte plus, ce n'est plus Sarkozy du tout. Lui enlever son style, c'était détruire le sarkozysme, car le sarkozysme a toujours était un style et une façon de manier le pouvoir et la communication. Ce n'était pas une politique, et encore moins une pensée politique.
L'opinion a très bien compris d'ailleurs, ce changement, car la nouveauté des derniers sondages, c'est la double chute : 3% pour Sarkozy et 4% pour Fillon, plus visible, plus exposé, plus politique qu'avant. La présidentialisation de Sarkozy ne convainc plus. Le seul avantage avec sa "nouvelle" personnalité politique, c'est que Fillon n'en profite plus. Ce qui n'est sûrement pas rien.
22 mars 2008
Les UMPélo-traitres
Hier je parlais des signes indiquant que les cadres UMP, dont beaucoup auront désormais beaucoup plus de temps libre qu'il y a une semaine, voulaient à la fois se taper les uns sur les autres, et se faire passer pour des gauchistes soucieux soudain du "social". Là, on voit qu'ils continuent sur leur lancée : vingt députés UMP publient une tribune, non dans Marianne mais dans Les Echos (quand même, histoire de montrer que ce sont des hommes), s'inquiétant d'une absence de justice sociale dans les réformes que prépare notre Très Grand Homme (TGH).
Non, ce n'est pas une faute de frappe. Vous avez bien lu : "justice sociale". Curieux, non?
A l'issue des élections municipales, nous voulons et nous devons poursuivre les réformes, même les plus difficiles. Mais nous savons qu'elles ne seront acceptées et soutenues par les Français que si elles sont marquées du sceau de la justice.
Ce ne sont pas des nouveaux Ché, quand même. Ils restent persuadés de la nécessité des magnifiques réformes qui nous attendent :
Nous soutenons la volonté de réforme du gouvernement, mais nous restons très vigilants vis-à-vis du contenu des réformes, qui ne peuvent se faire sans esprit de justice.
Mais ils sont vigilants. Ca me rappelle quelque chose.
Bref, ces vingt signataires de l'appel des Echos profitent de la faiblesse de Sarkozy pour en faire leur fusible. Ils soutiennent les réformes, mais ne veulent pas subir les conséquences sociales. Si jamais les réformes devaient mal passer auprès des électeurs, nos vingt signataires pourront dire : "on vous avait pourtant prévenus". Et si au contraire ça se passe bien, ils clameront "vive la réforme". En tout cas, la zizanie à droite n'est pas loin. Je le sens.
11 mars 2008
Benoît Hamon, le modèle social et l'Europe
Tiens, je vais parler d'autre chose que des municipales.
La semaine dernière, cet entretien avec Benoît Hamon, entretien assez dense et détaillé, assez intéressant, a commencé à faire le tour de l'internet. Même Dagrouik écrit : "Vive le camarade Hamon!" en soulignant que "En plus il a une bonne tronche". C'est vrai qu'il est réjouissant d'avoir du débat.
Cependant, j'ai quelques difficultés avec Benoît Hamon, du moins dans un rôle de nouveau champion de la gauche : il était très critique de Ségolène Royal après sa défaite, et il était, proche de Fabius à l'époque, contre le TCE. Et pourtant, ça fait plaisir de voir un jeune cadre du PS s'en prendre la défense d'une gauche plus combative, vraiment à gauche, une gauche qui s'assume en tant que telle, et ainsi de suite. Bref, Hamon m'oblige à changer un peu de ton, même si je ne suis pas d'accord avec lui sur ces deux questions (Royal et l'Europe). Car il n'est pas question de fustiger quelqu'un qui dit des choses comme ceci :
Il faut refaire de la confrontation et redonner forme aux clivages, pour avoir une opposition plus plausible et très intransigeante. Il faut s'opposer fortement, même si on a rien à dire derrière. Il faut ensuite remontrer les terrains sur lesquels il y a des conflits d'intérêt, et donc un clivage. Je crois que c'est ce travail pédagogique qu'il faut faire sur la société française. On doit amener les gens à prendre la mesure que le sort de chacun ne se joue pas dans la compétition mais dans les grands arbitrages politiques que l'on sera en capacité de rendre : l'ampleur des instruments de redistribution et notamment la vocation qu'on donne à l'impôt.
C'est politique, pugnace. On est content. Et encore plus content avec ceci, même si ces phrases contiennent une critique larvée de la position de Ségolène Royal pendant la campagne :
la nouveauté dans cette élection est que ce consensus a pu se déplacer, y compris sur la doctrine sociale. La gauche a ainsi emprunté au patrimoine intellectuel de la droite les thèmes du donnant-donnant, de la valeur travail, ou encore, le pire pour moi, la dénonciation de la société d'assistanat.
Pour moi, c'est là presque la leçon principale de la défaite : il ne faut pas, par souci d'équilibre ou de centrisme, accréditer les analyses de l'adversaire, que ce soit sur l'"assistinat" ou l'identité nationale. La gauche paraît déboussolée et empruntée quand elle ne s'assume pas en tant que gauche. On ne peut pas reprendre allègrement les thèmes de la droite. Mais passons...
Le problème avec cet entretien avec Benoît Hamon, c'est qu'on ne doit pas se contenter de piocher pour trouver les bons morceaux. Il faut essayer de tout comprendre, tout prendre, pour voir justement les endroits où la ligne de partage entre quelqu'un comme Hamon et quelqu'un comme moi qui veux une gauche efficace et pas molle.
Et voilà que l'Europe revient sur le tapis. Je cite longuement Hamon :
Le modèle social français, c'est un haut niveau de protection social financé par les cotisations des salariés et du patronat, un haut niveau de service public et un puissant Etat-providence. Chacun de ses piliers de notre modèle social est aujourd'hui en crise parce le choix de la construction européenne encourage à la baisse des recettes fiscales avec le pacte de stabilité et encourage à la réduction du déficit. Elle limite donc les capacités des Etats à pouvoir mettre en place des politiques de relance, y compris dans les périodes de faible croissance.
Par paresse pour un certain nombre, par conviction, par facilité ou par opportunisme, il y a des hommes et des femmes de gauche qui se sont convertis aux idées selon lesquelles il est désormais impossible dans une économie mondialisée et capitaliste de bâtir une protection des individus qui soit basée sur la mutualisation et la socialisation.
Je n'ai pas envie d'être casse-pieds, ni de couper un cheveux en quatre, et encore moins de reprendre les débats autour du TCE ou même ceux sur la réponse socialiste au "mini-traité". Ce qui me pose problème dans ce que dit Benoît Hamon, c'est que la construction européenne y devient le symbole de toutes les transformations économiques associees à la mondialisation. Bien sûr, l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, est loin d'être cette "Europe sociale" que l'on évoque selon les saisons. Bien sûr, les traités européens se font avec des partenaires comme l'Angleterre et la Pologne qui ont des conceptions du "social" très éloignées de celles de la gauche (pas si loin de celle que partage notre Lider Maximo à nous, toutefois). Mais la situation actuelle en France, les menaces qui pèsent sur l'Etat-Providence ne sont pas dûs au seul pacte de stabilité : sans l'Europe, aurait-il été possible de laisser monter systématiquement les déficits publics pour payer un modèle social ? Possible, oui, mais dangereux. Surtout, cela reviendrait à camoufler par la dette une série de choix politiques qui ont progressivement affaibli la protection sociale.
Avant de passer pour un troll UMP, je précise encore une fois qu'il est injuste de faire porter le chapeau à l'Europe pour tout cela. D'autres choix nous ont menés vers la situation actuelle, notamment le fait que, depuis vingt ans, chaque gouvernement de droite (ou presque, il faudrait que je vérifie) a "fait baisser les charges", ou comme le disait notre Très Grand Homme (TGH), réduire l'impôt sur le travail, surtout sur les bas salaires. Quand, comme nous l'a rappelé Ségolène Royal l'autre soir, le salaire médian est de 1500 €, on peut comprendre que la masse salariale défiscalisée est importante. Que ces choix conduisent à un appauvrissement du système ne doit pas être une surprise. En tout cas, ce n'est pas la faute de l'Europe.
Pourtant, Benoît Hamon ne me semble pas représenter une sorte de gauche nostalgique du Mitterrand d'avant "le tournant de la rigueur". L'idée d'une défense et rénovation du système social français pourrait être un axe très intéressant politiquement. Pour qu'elle fonctionne, il faudrait d'abord la débarrasser du discours anti-européen, à la fois utopique, nostalgique et porteuse de divisions à l'intérieur du PS.
14 novembre 2007
Déficit de communication
En commençant leur grève reconductible hier soir, les syndicats des cheminots sont-ils tombés dans un piège? Juan se pose la question depuis plusieurs jours. Effectivement, le durcissement du gouvernement la semaine dernière, l'impression partagée par tous les syndicats concernés que le pouvoir "cherchait la grève", tout cela a des allures de piège, de traquenard politique. En somme, plutôt que de trouver des cheminots-traîtres pour remplacer les cheminots, comme l'aurait fait Reagan par exemple, Sarkozy entendrait anéantir la crédibilité politique des syndicats en les isolant dans l'opinion.
Le terrain a été bien préparé, et le coup de "génie" était de focaliser l'attention sur le caractère spécial des régimes spéciaux et dénonçant une situation "indigne", contraire aux principes Républicains d'égalité et/ou d'équité qui sont si chers à ce Très Grand Homme (TGH). J'ai bien le soupçon que ce sera plus ou moins la dernière fois que le TGH fera ainsi appel à l'égalité économique. Ce qui m'amène à un argument simple à proposer dans les débats informels :
Si les systèmes de cotisation et de retraite doivent être pareil pour tout le monde, ne faudrait-il pas uniformiser aussi les salaires entre le public et le privé? Les écarts actuels ne sont-ils pas tout autant indignes.
Ce n'est pas nouveau comme argument, bien sûr, mais ce qui est navrant c'est qu'il est, aujourd'hui, à peu près impossible d'entendre dans nos chers médias quelque chose de ce genre.
Donc, s'il y a un piège, son seul mécanisme (pour l'instant en tout cas), c'est la communication politique. Et c'est là où l'on comprend l'énorme désavantage des syndicats. Non seulement Sarkozy continue à bénéficier d'un très large soutien dans les médias, mais lui et ses comparses sont quand même très doués pour expliquer au public leur position. L'arsenal médiatique des syndicats est pire que limité. Et le timide PS (genre Dray) ne va pas leur prêter main forte.
Cela dit, tout est très loin d'être joué : la popularité de Sarkozy est en baisse, les anti-sarkozysmes primaires et autres montent, la grève est très suivie, ce qui indique que, du moins pour une certaine catégorie de la population, le message est bien arrivé. De plus, il n'est pas impossible que l'attention médiatique donne aux syndicats la possibilité, justement, de s'exprimer et peut-être de convaincre.
12 novembre 2007
Figarouf
Ce matin, on lisait sur le site du Figaro un article intitulé : SNCF : les syndicats divisés face au conflit. Bon. Dedans, on apprend que la grève du 14 novembre sera beaucoup moins embêtante pour les voyageurs du fait que le syndicat des conducteurs autonomes, le FGAAC, ne participera pas au mouvement social. Ainsi, on apprend que "l’absence de la Fgaac sème la zizanie parmi les syndicats".
«L’absence de la Fgaac affaiblit sérieusement le mouvement , explique un membre de la direction de la SNCF. La négociation qu’ils ont entreprise avec l’entreprise trouble le jeu et révèle une division syndicale.» L’exécutif mise sur la fermeté. [...] D’après nos informations, la direction table sur un train sur trois. «Les 30 % de conducteurs Fgaac nous permettent d’espérer un tiers du trafic», révèle ainsi un de ses membres. (C'est moi qui souligne, o16o.)
Vous avez bien lu. Un train sur trois. Et dans certaines régions, c'est même mieux:
Les usagers de Lille et Amiens, où le syndicat représente plus de 40% des conducteurs, devraient être bien lotis. «Nous sommes la première organisation syndicale dans notre région, indique un délégué Fgaac du Nord-Pas-de-Calais. Si nos militants nous suivent dans nos convictions, nous aurons un train sur deux le 14 novembre.»
Et selon l'heure de la journée, c'est encore mieux:
Lorsque l'organisation [FGAAC] a indiqué le 18 octobre au soir qu'elle se retirait de la grève, la SNCF a dû revoir précipitamment son plan de transport du lendemain et passer d'une prévision d'un train sur quatre à un train sur trois le matin et deux trains sur trois en fin de journée. (C'est moi qui souligne, o16o.)
Ce matin, cela me paraissait curieux, tout de même, qu'il suffit d'avoir les conducteurs pour faire marcher les trains. Mais bon. Je bois mon café et je m'en vais.
De retour, et de retour du le site du Fig, imaginez mon étonnement quand je lis ceci en titre : "Un métro sur dix, un TGV sur huit". Là où l'article de ce matin promettait une grève light (ça commençait par "contrairement au 18 octobre..."), on apprend soudain que mercredi la prise en ôtage des usagers sera même pire que le 18 : "La grève du 14 s'annonce encore pire que celle du mois dernier."
Les prévisions de la SNCF ne sont pas plus encourageantes. 90 TGV seulement circuleront mercredi, contre 700 en période normale. L'Eurostar roulera normalement, de même que le Thalys, ce dernier pouvant cependant être retardé jusqu'à 30 minutes. Le trafic TER sera lui «très perturbé dans toutes les régions».
Encore plus étonnant, l'article du soir n'explique en rien pourquoi les informations du matin étaient mauvaises.
Je déteste être mauvais esprit, mauvaise langue, mauvais joueur, mais, tout de même, notre bon vieux Fig ne nous aurait pas servi de la bonne vieille désinformation anti-syndicale ce matin?
11 novembre 2007
La bonne vieille droite
Quelqu'un, à l'Elysée bien sûr, a dû envoyer un couriel, ou même une touite, assez clair au gouvernement, car toute la semaine, tandis que le Président faisait des faux cadeaux aux pêcheurs tout en se faisant insulter et en profitant pour insulter les bretons à nouveau, Fillon et son gouvernement ne parlent que de leur "fermeté".
«Notre fermeté», lance le Premier ministre, «ce n'est pas une posture, c'est une exigence de justice et d'équité», lance-t-il en défense d'un «projet raisonnable». (Libé)
Xavier Bertrand dit la même chose:
«Chacun doit être conscient que le mouvement peut durer, même si j'ai demandé aux entreprises des moyens de transport de substitution et un effort sans précédent d'information», ajoute-t-il. Il rappelle qu’«il est impossible de rester à trente-sept ans et demi de cotisation tant pour des raisons de justice que pour l’équilibre financier des régimes spéciaux.» (Libé)
Alors, du bluff? Certes, mais il y plus encore. Juan parle de "relents de thatcherisme dans l'attitude de l'équipe Sarkozy face aux grèves", et l'on sent que pour la droite c'est effectivement le Grand Soir, celui où ils vont enfin "nous" débarasser des syndicats, les briser comme Thatcher et Reagan. Les paroles de Xavier B. sont révélatrices : il demande "des moyens de transport de substitution", autrement dit ils vont essayer de contourner les monopoles de la SNCF, la RATP, les bus, etc.
D'autres ont montré comment ce qu'ils cherchent à obtenir ainsi n'est pas si incroyable, en termes de comptabilité. Mais c'est symbolique. On voit le retour de cette bonne vieille droite qui veut enfin prendre sa revanche. Les cafouillages de Villepin avec son CPE, l'absence totale de concertation, étaient dûs en large partie au fait qu'il pensait pouvoir devenir le héros de la droite, au dépens de NS, s'il pouvait imposer sa mesure. Maintenant, c'est le tour de Sarkozy, le Très Grand Homme (TGH), de lui montrer, de montrer à toute la droite, de quoi il est capable. Finalement, arriver aux mêmes "réformes" sans une "putain grosse grève", comme dirait CSP, ça ne les intéresse pas. Car il faut, à cette droite, pour des raisons obscures mais liées à des traumatismes dans la petite enfance, écraser son adversaire.
Bon courage Xavier, François et Nicolas.