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14 février 2012

Suspendu dans le vide

On nous indique que Nicolas Sarkozy est tout content de son effet : en faisant attendre l'annonce de sa candidature, il occupe la scène médiatique pendant quelques jours encore, sans rien faire, justement en ne faisant rien.

Comme si, en nous faisant attendre, il se faisait désirer.

Il nous promet des supers idées qui vont tout bouleverser :

Nicolas Sarkozy, qui n'est pas encore officiellement candidat à un second mandat à l'Elysée, a par ailleurs promis aux responsables de la majorité qu'il y aurait « des idées nouvelles dans cette campagne ». « Vous pouvez compter sur moi! », a-t-il dit.

On peut compter sur lui. Sauf que, et c'est le problème quand on est un président sortant très impopulaire, cela fait quatre ans qu'il tente de remonter la pente. Il paraît hautement improbable qu'il y ait un gisement d'idées toutes fraîches sous l'Elysée ou dans un sous-sol du Cap Nègre.

Parmi les ballons d'essais lancés dernièrement, aucun n'a pris, mais le virage vers l'extrême droite a été amplement remarqué.

Pire encore, il y a l'hésitation devant la manière d'annoncer la candidature. La seule surprise possible serait l'annonce de sa non-candidature. A attendre, il s'est préparé l'échec de l'annonce, qui mettra fin à l'attente qui n'en est pas une, mais qui ne sera pas à la mesure de l'attente. La campagne officielle risque de partir sur une déception. Tout ça pour ça.

L'annonce doit donc être à la hauteur. Stade ? Combien de figurants ? Finalement ce sera à la téloche. C'est présidentiel, cela ne coûtera rien.

Mais on attend encore. Fillon pense que, campagne lancé ou non, il faut attendre encore plus longtemps, jusqu'aux trois dernières semaines de la campagne. Nous préparent-ils à une sorte de non campagne ? Une campagne de rien, une campagne vide, désertifiée. Avec pour stratégie la seule hargne du Très Grand Homme (TGH), prêt à en découdre avec tout le monde, mais qui ne peut s'appuyer ni sur un bilan, ni sur un programme.

Hargne ? Oui, regardez ce qu'en dit Raffarin:

Il reste persuadé que le candidat socialiste n'a pas sa puissance personnelle et ne supportera pas un ‘‘mano a mano'' de deux mois et demi », explique l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Sarkozy croit à "sa puissance personnelle" comme à une bonne étoile. Tant mieux si cela le rassure. Il risque, pourtant, de découvrir, enfin, que les forces sociologiques, économiques et politiques du présent sont beaucoup plus vastes que sa volonté et son énervement. C'est comme pour les points de croissance et les dents….

Attendre, toujours attendre, donc. Attendre dans le vide, attendre à cause du vide à venir, que l'on ne sait remplir, et qui, à force d'attendre, s'agrandit, s'agrandit.

12 juillet 2008

La trouille bleue

Avant hier, je disais, à peu près, que ce que Libération appelle la "gaffitude" de Ségolène Royal est en réalité sa capacité à taper fort dans la comm' sarkozyënne, brisant ainsi les limites que la plupart des (ir)responsables de gauche s'imposent à leur propre parole. Affirmer que ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a secouru Ingrid Betancourt : quelle gaffe ! Dire que la mise-à-sac de son appartement était visiblement politique, alors qu'on se demande qui viendrait chez elle déchirer le procès-verbal du cambriolage précédent juste pour le fun : quelle gaffe !

On peut se demander ce qu'ils ont chez Libé subitement. Quand on lit chez eux un article qui concerne Ségolène Royal, voici les autres lectures proposées :

On dirait le Figaro en pleine campagne présidentielle. Le plus étonnant de ces articles est celui-ci, L'opposante préférée de l'UMP, qui affirme sans l'ombre d'une nuance, qu'à l'UMP on adooooore "Ségolène" :

Ils l'adorent. En privé, ils parlent entre eux de «Ségolène» et se frottent les mains à chacune de ses sorties ; en public, ils ne lui donnent que du «Madame Royal» pour mieux la valoriser. Les dirigeants de l'UMP raffolent de l'ex-candidate socialiste à la présidentielle qui résume à leurs yeux toute la crise du PS. «Surtout qu'on me la garde et qu'on ne la change pas. C'est une opposante qui me va très bien», confiait récemment Nicolas Sarkozy, en marge d'un déplacement à l'étranger.

Tellement on aime Royal à droite, qu'il y a même une équipe consacrée à elle seule. Et pas des moindres, puisqu'on y trouve un ancien premier ministre :

Le parti compte deux spécialistes du «ségolénisme» : l'ancien Premier ministre et ex-président du conseil régional de Poitou-Charentes, Jean-Pierre Raffarin, et l'ex-député des Deux-Sèvres aujourd'hui porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé.

L'article continue de façon aussi monolithique, se gaussant des bons mots que les uns et les autres ont décochés contre Royal : Morano, Paillé, et Chantal Brunel (combien y a-t-il de portes-parole à l'UMP d'ailleurs?), cette dernière ayant gagné l'autre jour avec sa vanne : «Il y une chose qu'on ne peut pas voler chez elle, c'est son programme, car elle n'en a pas.» Etrange, tout de même, que l'on parle encore de "programme", comme si on était encore en avril 2007 et que le programme de Royal était encore d'une brûlante actualité.

C'est n'est pas la seule chose qui cloche dans cet article. Aujourd'hui, c'est "Spéciale Manipulations" (vous verrez pourquoi ensuite), mais déjà quelque chose me semble louche. J'avais dit qu'il était monolithique. En effet, la communication semble un peu trop grasse. Si Ségolène Royal est à ce point le souffre-douleur de la droite, comment se fait-il que l'on consacre autant d'énergie à s'y opposer? Est-ce parce que l'UMP craint véritablement des gens comme Hollande, Montebourg, Cambadélis ou Aubry que l'on décide s'en prendre à Royal pour faire diversion ?

Les ficelles sont un peu grosses. Il me semble légitime de se demander si ce n'est pas Libé qui s'est fait manipuler, et qui a reçu un papier presque tout fait, signé peut-être "JPR", et destiné à discréditer Ségolène Royal dans son rôle d'unique opposante.

Un exemple tout frais : 24 ou 36 heures après le début du "scandale" des accusations contre le "clan des Sarkozy", nous apprenons que la police a déjà un suspect pour le cambriolage de 2006, une jeune femme "issue de l'ex-Yougoslavie" :

C'est ce qu'affirme avec certitude un bras droit de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Selon lui, la jeune femme aurait été identifiée «il y a quelques jours», sans pour autant être interpellée.

D'abord... d'abord, c'est gros. Un "bras droit de Nicolas Sarkozy à l'Elysée" : qui ? Guéant ? Et pourquoi l'Elysée plutôt que chez la police elle-même ? Et pourquoi il y a quelques jours seulement ? Plus loin on lit :

Un très proche collaborateur du Président de la République rappelle que lorsque ce dernier était ministre de l'Intérieur, il a fait légiférer sur le contrôle des officines dont, affirme-t-il, il a toujours trouvé les méthodes déplorables. Vacciné à l'en croire par les affaires d'officines ayant sévi sous de Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac, le même ajoute que cette époque est révolue: «Et même si on avait des envies d'officines, on saurait se souvenir du passé». (C'est moi qui souligne, o16o.)

Je trouve que "l'Elysée" se défend un peu trop bien. Une coupable "idéale" trouvée en quelques heures, toute une théorie sur les "officines". L'Elysée n'est pas en train de se moquer de Ségolène Royal, du moins pas en interne ; l'Elysée a la trouille, l'Elysée travaille 24 heures sur 24 pour ne pas que le soupçon pèse sur le "clan Sarkozy" justement.

Vous allez dire : "oui, c'est une belle théorie du complot, mais bon, c'est un peu trop beau tout ça". J'avais dit que c'est la journée spéciale "Manipulations". Mais moi, je ne fais que suivre dans les traces de l'illustre Dominique Paillé qui va jusqu'à affirmer que la coupable est peut-être... Ségolène Royal elle-même! Lisez et regardez, chez Dagrouik :

Dominique Paillé , député UMP , membre de la bande des chiens qui aboyent, était invité dans l'émission "''N'ayons pas peur des mots''" sur I>télé. Il a tout simplement envisagé que Ségolène Royal ait pu avoir organisé elle même le cambriolage qu'elle a subi.

(La visite chez intox2007 s'impose d'autant plus qu'on apprend toutes sortes de choses intéressantes sur Paillé lui-même.)

En tout cas, seule Ségolène Royal est capable, avec un mot ou deux, de mettre l'intégralité de l'UMP dans un état de fièvre collective avec délires et perte de certaines facultés mentales. C'est déjà pas mal.

14 février 2008

Qu'est-ce qu'ils en ont tous avec Edgar Morin, donc ?

A la fin du tchat dont je parlais tout à l'heure, un "internaute" demande une "raffarinade pour la route". Réponse de JP:

Pour la route : Quand l'immédiat dévore, l'esprit dérive ; mais comme beaucoup des expressions qui me sont faussement attribuées, celle-ci est d'Edgar Morin.

C'est tout de même bizarre, non?

Raffarin et Le Monde

Alain Minc est parti du Monde, une « nouvelle équipe » est censée être en place. Hier, daté de je ne sais quand, nous avons eu le plaisir de lire dans Édito une très belle attaque contre la politique audiovisuelle du Pouvoir. Voici la partie qui m'a plu :

Les pouvoirs publics ont beau jurer, la main sur le coeur, que chaque euro de publicité supprimé sera compensé et qu'il n'est pas question de modifier le périmètre des chaînes publiques, tous les doutes sont permis. Surtout quand l'on entend les responsables de chaînes privées affirmer avec aplomb que les télévisions publiques sont peut-être trop nombreuses et pourraient sans problème fonctionner à moindre coût.

De deux choses l'une : ou bien l'exécutif sait où il va, et il est urgent qu'il le dise ; ou bien il a pris le risque de déstabiliser les chaînes publiques sans en mesurer les conséquences. Ce serait d'une coupable désinvolture.

Est-ce le signe d'un changement ? Espérons. Car, malgré tout, le journal véspéral joue un rôle important dans la formation de la pensée collective du jour. Quand le Monde se met à nous refourguer du sarkozysme refroidi, ce n'est pas bon.

À ce propos, prenons ces paroles dans le récent tchat avec J-P Raffarin, ce même tchat où l'ancien Premier Ministre tente de relancer Valls à gauche ("J'ai de l'estime pour des responsables comme Manuel Valls par exemple"), histoire de mettre un peu de désordre à gauche, sûrement. Prenons donc ces paroles :

Naaba : 9 mois, c'est le temps de gestation chez l'Homme, mais c'est également le temps qu'a passé Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République. Quel est selon vous le résultat de ces 9 mois de gestation ? [...]

Jean-Pierre Raffarin : Pour moi, ces neuf mois sont marqués par le succès du traité de Lisbonne, par l'accord des partenaires sociaux pour un nouveau contrat de travail, par l'augmentation significative du nombre d'heures supplémentaires en France, ou par l'autonomie des universités.

Il est paradoxal que l'on apprenne le même jour ces deux nouvelles : chute de 8 points de Nicolas Sarkozy dans le dernier sondage Sofres et baisse de 200 000 chômeurs dans la France de 2007. En termes de bilan, la baisse du chômage l'emportera.

Il est tout de même curieux que ces deux arguments (glorieuses réalisations de Sarkozy, baisse du chômage) furent formulés en presque exactement les mêmes termes par les éditorialistes anonymes du Monde. J'ai déjà consacré un billet au deuxième point, me demandant pourquoi le journal avait décidé de s'occuper de la communication défaillante du Très Grand Homme (TGH).

Pour ce qui est des réalisations, un éditorialiste anonyme, dans un papier intitulé L'effet boomerang avait écrit ceci :

Quant aux Français, hier stupéfiés ou séduits, les voilà qui grognent et doutent, oubliant ce qui a été fait (le nouveau traité européen ratifié, les régimes spéciaux de retraite alignés, la réforme de l'université engagée, une présidence active et assumée...) pour mieux pointer ce qui ne l'a pas été : le "choc de confiance" propice à la croissance réduit à néant par la récession économique qui menace, et le "président du pouvoir d'achat" contraint à de cruels aveux : "Les caisses sont vides" et, en quelque sorte : "Circulez, il n'y à rien à attendre." (C'est moi qui souligne, o16o.)

L'éditorialiste et Raffarin ne citent pas exactement les mêmes choses, mais les deux phrases sont curieusement semblables dans l'ordre de présentation : Lisbonne, le social, la réforme. Le Monde pousse le bouchon un peu loin en ajoutant une présidence active et assumée, comme si c'était un bien en soi, et en affirmant ensuite que tout ce qu'a fait Sarkozy est bien, mais oublié par la population ; tous ses échecs sont dûs aux circonstances. (Le fait que ce soit justement le "choc de confiance" qui ait vidé les caisses a malheureusement échappé au journaliste. En tout cas, il est difficile de trouver une meilleure défense du TGH.)

Peut-être, tout simplement, que Raffarin avait intégré l'édito et que la formule est sortie toute seule. Où est le mal? Peut-être que c'est une pure coïncidence. Je ne veux pas me lancer dans une théorie du complot, selon laquelle un grand journal qui n'est pas Le Figaro pomperait directement ses éditos dans les argumentaires de l'UMP. Ce qui est remarquable, ici, c'est le fait que les deux discours soient compatibles à ce point. Ecouter un haut responsable de l'UMP ou lire les éditos du journal dit "de référence", cela ne devrait pas être tout à fait la même chose.

8 février 2008

Raffarin en sage méchant

Maintenant qu'il n'est plus premier ministre, mais plutôt un "sage actif", je trouve Jean-Pierre Raffarrin assez... comment dire ? Drôle? Pas tout à fait. Amusant, quand même, dans sa façon d'être critique, voire méchant, tout en gardant sa posture de type sympa qui ne cherche absolumment pas à profiter des malheurs électoraux prévus pour Sarkozy.

L'art d'être Raffarin consiste à dire des choses positives tout en distribuant des coups. Ainsi, dans l'entretien de ce matin (Libé), il peut avoir l'air sage :

Quatre maisons pour une famille, c'est beaucoup. L'idée selon laquelle le Modem serait condamné à être aspiré par le PS et le Nouveau Centre par l'UMP est fausse. Il faut un pôle du centre dans la vie politique française.

Mais si on le cherche sur Bayrou, il devient tout de suite beaucoup plus actif:

En attendant, le centre de François Bayrou espère prospérer sur la désillusion des électeurs de Nicolas Sarkozy...

Notre désaccord avec Bayrou est là. Il revient à la logique d'un centre réceptacle qui affiche le moins d'idées possible pour accueillir le plus de mécontents possible.

Mais c'est à propos du Très Grand Homme (TGH) qu'il est le plus efficace.

L'impopularité du président de la République vous inquiète ?

Non. L'homme et la fonction ont de la ressource ; nous avons dans nos cartons de bonnes nouvelles pour février. Et puis la pression médiatique sur la vie privée du Président va s'apaiser. Mme Sarkozy a les qualités d'intelligence et de culture qui lui permettront de représenter la France avec une grande dignité.

Remède contre la baisse dans les sondages : la "culture" et l'"intelligence" de "Mme Sarkozy". C'est la faute à la "pression médiatique". Autrement dit : Nico, tu l'as bien cherché.

Il faut revenir aux fondamentaux, notamment à la nécessaire protection du président de la République par le Premier ministre. C'est incontournable. Je ne pense pas qu'avec un peuple qui a le sang chaud comme le nôtre on puisse laisser le Président seul au front.

Raffarin pèse ses mots. "Seul au front" ? Alors que TGH était celui qui devait être justement sur tous les fronts ? En une phrase, Raffarin balaie l'essence même du sarkozysme. Et il appelle au retour d'une présidence qui, désormais, ne pourrait pas éviter d'être perçue comme chiraquienne.