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19 octobre 2012

Comme la Suisse ? Facile !

 

Il paraît qu'en appliquant le libéralisme à la France, la France deviendrait une sorte de Suisse. La Suisse est un pays "fit", un pays qui fait du fitness (en salle, car les hivers sont rudes). Les libéraux sont fits aussi, car on est responsable pour son corps. C'est une question de volonté. Et cela leur évite d'avoir à se soucier de ce qu'ils deviendraient s'ils n'avaient pas l'assurance maladie de la Sécurité Sociale, car comme ils sont "fits", ils résistent aux maladies, au vieillissement et souvent au décès.

Mais je digresse.

Le problème que nous avons devant nous, c'est comment faire de la France une Suisse.

27 juillet 2012

L'ennemi de la finance

 

Au Bourget, François Hollande disait ceci :

Mais avant d'évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s'engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l'économie, de la société et même de nos vies.

[…]

Si la finance est l'adversaire, alors il faut l'affronter avec nos moyens et d'abord chez nous, sans faiblesse mais sans irréalisme, en pensant que ce sera un long combat, une dure épreuve mais que nous devrons montrer nos armes.

Ce billet n'a pas pour but de dire le trop facile "il a dit ça pour se faire élire, et maintenant il n'ose plus rien face à la finance".

Ce n'est pas comme si c'était facile, de terrasser "la finance". Les constats sur les dangers, les dégâts et les dérapages d'un système qui paraît bien hors de contrôle. (Lisez ce billet de Dagrouik, par exemple.) Non seulement le problème

  • est complexe ;
  • est international et
  • concerne les entités parmi les plus puissantes de planète,

mais la dette, tout ce réseau des dettes entrecroisées et circulaires, est partout, du voisin qui paie 450 € par mois pour pouvoir rouler en Audi TT, jusqu'aux États qui dépendent d'un influx constant de nouveaux crédits. Nous avons beau être contre la finance, contre la dette, contre les banques et les banksters, contre Merkel, contre Greenspan, contre Citigroup, contre Goldman Sachs, contre Moody's, il reste le fait incontournable que le moindre ralentissement, même de quelques semaines, de notre perfusion aurait des conséquences catastrophiques. Et pas seulement la France : l'ensemble des pays dit "développés" sont dans à peu près la même situation.

Personne n'aurait jamais planifier cette situation, personne n'aurait souhaité en arriver là, y compris les banques elles-mêmes, mais un ensemble de décisions, prises une par une depuis des décennies sont responsables. À chaque pas de cette longue marche vers le précipice, les décideurs (banques, parléments, chefs d'états) ont sûrement cru tirer vers eux ; certains ont saisi des occasions pour accéder à des nouvelles formes de rapacité.

Et aujourd'hui, les cris d'alarme, les constats semblent inutiles. Oui, des erreurs commises il y a quarante, trente, vingt ans ont conduit à d'autres erreurs plus récentes. Dans la tragédie, ce qu'il y a de vraiment tragique, c'est que tout le monde sait que tout va s'empirer, que la spirale est lancée, mais personne n'est capable d'agir pour échapper à l'inévitable.

Car concrètement, je ne vois pas d'où pourrait venir même le début d'une solution. Le programme de Roosevelt 2012 est sans doute ce qui s'en rapproche le plus, mais, comme j'ai essayé d'expliquer dans un autre billet, il est lui-même trop optimiste, et de toute façon dépendrait d'un consensus international qui reste très loin des attitudes actuelles. Bien sûr, le jeu en vaut la chandelle ; il ne faudrait pas abandonner l'initiative pour autant, puisque la tentative elle-même peut avoir une influence, à terme, sur ces mêmes attitudes.

1 juillet 2012

Sommet : changement ou pas ?

 

Tout ce qui se passe au niveau européen sera toujours nimbé de confusion, tant les enjeux sont complexes et les intérêts communicationnels des uns et des autres sont doubles, triples. Le sommet d'hier soir et ce matin, avec ses moments dramatiques, quand les chefs d'État décident ne pas se coucher à 2h, les bras de fer, l'attaque surprise par l'Espagne et l'Italie : tout est là pour nous faire espérer un changement profond. Le changement promis, par le candidat qui disait qu'il allait faire renégocier les accords présidés par Merkozy.

Qu'en est-il ? Marc Vasseur est très pessimiste :

On savait déjà que la question des eurobonds était déjà tranchée, on espérait que cet abandon pouvait au moins se « marchander » contre un effort conséquent en matière de croissance… en vain à moins de se réjouir de cette énorme enveloppe de 120 milliards consacrée à cette dernière. Pour situer l’ampleur de ce soutien, il convient de mettre en parallèle les 1.500 milliards pour sauver les banques. Je n’ose même pas souligner que sur ces 120 milliards, la moitié est confiée à la Banque Européenne d’Investissement sous la forme d’une augmentation de sa capacité à prêter. Au final, nos dirigeants européens ont réussi à mobiliser 60 milliards d’euro pour dynamiser une croissance anémique voire moribonde… c’est juste risible.

Marc a raison sur les 120 milliards : c'est loin d'être une révolution.

Il s'inquiète également pour la souveraineté, y voyant la plus grande et grave concession de François Hollande :

Ne nous y trompons pas, la finalité de cette démarche est de donner pouvoir à la Commission de donner son avis et par la suite son aval aux budgets et aux orientations en matière économique des Etats Membres et probablement le cas échéant de sortir le baton si d’aventure un Etat prenait trop de libertés vis à vis de la doxa néo-libérale – en clair Roosevelt et Keynes ont été abattus lâchement dans une courée sombre cette nuit.

20 février 2009

L'offre dont personne ne veut

Sauvons d'abord les entreprises, on verra plus tard pour le reste. Telle est, sans même exagérer beaucoup, l'image du plan de "relance" de Nicolas Sarkozy. Non, je n'exagère pas, car il suffit d'écouter Laurence Parisot, qui s'exprime très clairement sur le sujet :

"La priorité des priorités aujourd'hui, c'est de sauver des emplois" donc "des entreprises", a affirmé mercredi la présidente du Medef Laurence Parisot, quelques heures avant une réunion avec les syndicats autour du chef de l'Etat pour rechercher un accord face à la crise.

Et elle reprend l'argument contre la relance de la consommation que l'UMP sert vraiment à tout les sauces depuis quinze jours :

Elle a également dit "souhaiter que la consommation tienne bon en France". "Mais il y a un ordre des facteurs", selon elle, et "la priorité c'est maintenir l'investissement" et non relancer la consommation, ce qui va stimuler les importations et "relancer l'économie en Chine, en Asie ou hors de France".

C'est la ligne. On a beau démystifier, réfuter, rien n'y fait. Il suffit de renchérir sur la crainte des importations (déjà invoquée lors du débat sur la "TVA sociale" - souvenez-vous de la TVA "anti-délocalisation") auprès de consommateurs qui savent bien que désormais tout est "made in China".

Voir les choses ainsi, c'est les voir uniquement du point de vue industriel. "Nos usines" contre les leurs : usines chinoises, coréennes, indonésiennes. On sait bien, pourtant, que, lorsque le consommateur achète son écran plat, la fnac se prend une grosse part. Et je suppose des fournisseurs, transporteurs et autre intermédiaires dont on devine bien l'existence. Sans parler des presque 20 % de TVA qui part directement au Trésor Public.

Le problème, du point de vue de l'industriel français, c'est toutes ces thunes ne reviennent pas directement au producteur, elles se diffusent dans la nature. Pas directement dans le portefeuille du capitaliste chinois, mais simplement dans l'économie.

Sans entrer de plein pied dans le débat économique, l'accent que l'UMP-MEDEF met sur l'investissement côté offre traduit une vision de la société où ce qui compte ce sont les producteurs, les gens étant dérisoire, de l'argent mal dépensé. De l'argent à la poubelle.

En revanche, sponsoriser l'industrie, "sauver" les entreprises, comme le dit Laurence Parisot, ces entreprises qui n'ont pas de commandes parce que personne ne veut consommer leurs produits, ces entreprises à la rigueur ne peuvent pas investir. Sans commandes, elles ont quand même tout intérêt à se débarrasser de tous ces ouvriers en surnombre, payés pour ne rien produire puisque personne ne veut rien acheté. Avec les aides de l'État, ces entreprises ont surtout intérêt à garder tranquillement l'oseille.

J'ai l'air un "gaucho" ? Prenez le dernier exemple en date : la BNP et la SocGen qui donnent tranquillement et respectivement 912 millions 700 millions d'euros à leurs actionnaires. C'est comme pour le Paquet et le Bouclier : donnons de l'argent à ceux qui en ont déjà, pour qu'ils puissent investir... à l'étranger, si ça leur chante. En Chine même.

En somme, nous allons traverser une grave crise économique. L'État soutiendra les très grandes entreprises qui pourront maintenir leurs cours en bourse et leurs trésoreries. L'industrie pourra faire le dos rond. Le peuple se débrouillera pour survivre.

17 février 2009

L'argent pourri des banques est à nous, donc on doit payer pour eux

Dans mon dernier billet, j'insistais sur la gravité de la crise financière (et du coup économique), et sur l'obligation qu'avaient les États de l'absorber. Pourquoi ? Parce qu'on a laissé, pendant des décennies, les acteurs de la finance construire une bulle dont les proportions dépassent largement notre imagination. Les dettes des un justifiant celles des autres, le monde a produit un château de cartes qui est en train de s'effondrer. Les dettes cessent d'être des valeurs, mais continuent à être des dettes pour les créditeurs qui réclament ce qui est à eux mais qui n'existe plus. Car c'est ça : avec l'éclatement de la bulle, des énormes sommes d'argent qui devraient exister, ne sont aujourd'hui qu'un souvenir, surtout pour tous les créditeurs qui voudraient les retrouver.

On ne parle plus beaucoup des subprimes, tellement la situation actuelle dépasse la petite crise qui a lancé la grosse. Il paraît que les banques américaines s'acharnent encore sur les petits emprunteurs, pour récupérer quelques kopeks de plus, quitte les pousser à la faillite, récupérer des maisons qui ne valent plus rien, et à enfoncer leur économie un peu plus. Autrement dit, ces banques, même aujourd'hui, n'ont pas compris que leur intérêt (sans jeu de mots) était dans un apaisement de la situation. Mais la crise pousse chacun à agir de la sorte pour récupérer ses derniers sous et à participer à la détérioration collective. Tant pis pour les banques.

Mon billet donc a suscité au moins deux réactions assez semblable. Tout d'abord, l'excellent Monsieur Poireau a commenté ici même, pour dire :

Par extension, on peut considérer me semble-t-il que les actionnaires floués l'ont été de la même manière, se laissant bercer de douces illusions sur une rentabilité éternelle à au moins deux chiffres et retombant violemment sur le cul en découvrant la réalité.

Même question : pourquoi est-ce à l'État d'intervenir comme rembourser de tout cela ?

De même, chez Avec nos gueules, on repose à peu près la même question :

En clair, dans ce merveilleux processus de crise qui est le nôtre aujourd’hui, crise que beaucoup voyaient venir d’ailleurs, non seulement les prix montent (ce qui frappe les pauvres en premier, mais touchera vite les classes moyennes), le crédit est paralysé, les salaires stagnent, le chômage augmente, et en plus, il va falloir que l’on paie les conneries des banques avec nos revenus, puisque c’est sur eux que portent les deux impôts les plus importants, l’impôt sur le revenu et la TVA. [...] Personnellement, si je le pouvais, je laisserais crever les banques et leurs actionnaires, je te nationaliserais tout cela et je ne paierais pas ces dettes : les banquiers ont prêté n’importe comment, tant pis pour eux, qu’ils tombent, et les capitalistes qui ont passé l’argent avec. Malheureusement, c’est de l’utopie...

Eh oui, malheureusement... Mais la question est bien politique, et peut se penser en termes d'une lutte des classes (ou presque) : pourquoi faut-il que nous on paie pour eux tandis ce sont eux qui ont fait des énormes erreurs et ont triché, joué avec le feu, etc. etc. ?

Un peu plus et ma position n'aurait même plus l'air d'être de gauche.

Tout d'abord, le vrai scandale est ce qui a déjà eu lieu. Le scandale, c'était la bulle elle-même. Ceux qui se plaignaient de la "finance" passaient à l'époque pour des [utopistes][sego, "Ségolène"]. La finance a créé cette situation qui désormais la dépasse. Nous sommes aujourd'hui confrontés à la gestion des dégâts.

La véritable question droite/gauche en ce moment est entre des politiques de l'offre et de la demande. La droite propose une solution qui protège essentiellement les (grosses) entreprises qui pourront au moins survivre jusqu'à la fin de la crise. C'est inefficace, ne prend pas en compte la souffrance des gens de plus en plus exposés. Je reviendrai là dessus plus tard.

Et l'autre aspect droite/gauche dans cette histoire, c'est qu'elle montre bien que, même dans la sphère de la thune, le collectif est toujours aussi important.

Pour l'instant, je voudrais parler un peu plus du côté inévitable de l'intervention étatique. Aujourd'hui, il est accepté à peu près partout qu'il y a des ressources communes. L'air et l'eau, par exemple. Pendant des longues années, personne ne voyait pourquoi telle usine ne devait pas polluer l'air si, ce faisant, elle pouvait produire de la valeur. On a fini par comprendre, difficilement, que l'intérêt immédiat et individuel (produire en polluant) ne pouvait pas toujours primer sur l'intérêt collectif (respirer). Et seuls les États peuvent gérer de telles ressources, puisqu'il sera toujours plus rentable de ne penser qu'à soi sans penser aux autres. "Les autres" ont besoin d'une représentation quelconque pour protéger les intérêts communs.

Le "monde de la finance" a, à travers des pratiques irresponsables, gonflé artificiellement la quantité de l'argent dans le monde. Faire un mauvais prêt, c'est en quelque sorte fabriquer de l'argent puisque vous (le banquier) en donnez à quelqu'un (un pauvre, ou une banque devenue insolvable...) de l'argent là où il n'y a pas de valeur. Le système n'a fait que ça, pendant longtemps. Et on se rend compte aujourd'hui que cet argent est, malgré tout, à nous. La finance a pollué l'argent, a pollué la plupart des économies du monde. Et maintenant c'est aux États de tout nettoyer, non pas vraiment pour sauver les banques et les banquiers (enfin, si, mais c'est une autre histoire), mais parce qu'il n'y a plus d'autre choix.

Les banquiers ont bousillé notre argent, alors même que il n'était pas à nous. Mais on ne peut pas s'en passer. C'est comme ça.

31 octobre 2008

"Pacte moral" : la chute (de la blague)

Bref retour sur le "pacte moral" (que CC avait relevé en même temps que moi ce matin).

Après avoir lu ce papier dans sur Le Monde, qui annonçait que le TGH menaçait les banques avec la perspective d'un "pacte moral". Quelques minutes, ou une heure ou deux, le même Monde sort une nouvelle version, complète, du même papier avec un nouveau titre : "Les banques françaises sous la menace d'une nationalisation partielle".

Et cette fois-ci, on voit que derrière le pacte moral, il y a la possibilité, en effet, d'une "nationalisation partielle" :

Renonçant aux actions, l'État s'est privé d'un ticket d'entrée au conseil d'administration des grandes banques. "Si la crise financière nous oblige à puiser encore dans l'enveloppe des 40 milliards, on réfléchit à une entrée au capital" indique une source gouvernementale. Car, pour le moment, l'exécutif n'est pas satisfait de l'attitude des banques. Certes, le taux de refinancement interbancaire, l'Euribor, est repassé sous les 5 %, signe que les banques se refont confiance mutuellement.

Mais, sur le terrain, les entreprises n'en perçoivent pas encore les effets.

En gros, même Le Monde constate que le cadeau fait aux banques n'était qu'un cadeau, qui a aidé les banques sans aidé le pays. Le problème des prêts interbancaires n'était qu'un problème technique, la véritable catastrophe sera économique : les banques ne font pas confiance aux PME qui sont les plus exposées à la crise, n'étant pas "trop grandes pour échouer".

La communication sarkozyste est peut-être à son plus fort quand elle doit transformer les échecs en nouvelles occasions de gesticulations hyperactives et rallonges de talonnettes. L'échec des 10 premiers milliards, est dû essentiellement à la timidité présidentielle qui n'a pas osé aller contre la volonté des banquiers, à la différence par exemple des Anglais pourtant réputé ultra-méga-libéraux et post-blairistes, sans parler des Américains... Pour couvrir cet échec, Sarkozy sort donc le "pacte moral" (rires) et la menace d'une participation de l'État... lorsque l'on puisera un peu plus loin dans les 40 milliards réservés aux banques.

Non seulement la ferveur du TGH est destiné à couvrir le premier échec, mais aussi prépare le terrain pour une seconde distribution de milliards, ce qui signifierait un échec encore plus grave : nos fleurons bancaires seraient donc bien plus menacés qu'initialement annoncé.

Ce qui ne m'étonnerait pas beaucoup.

La blague sarkozyste du jour : "le pacte moral"

Sarkozy parle aux banques !

"La République a besoin de vous", leur a-t-il dit, parlant de "crise financière et économique sans précédent". "Engagez-vous totalement dans la lutte contre la crise", a-t-il ajouté.

"Chacun est placé aujourd'hui devant ses responsabilités. Il y a un pacte moral et ce pacte moral, c'est de vérifier que chacun de ses collaborateurs, dans la dernière des agences, le respecte." Or, pour le président de la République, "ce n'est pas encore le cas".

Pauvre garçon ! Après avoir donné aux banques tout ce qu'elles demandaient et plus, voilà qu'il se rend compte que sauvées elles sont désormais libres de faire tout ce qui leur plaît, même si c'est au détriment de la République.

Quoi ! Les banques ne s'engagent pas auprès du Très Grand Homme (TGH) dans la guerre sainte contre la crise, préférant plutôt se protéger ? Le pauvre TGH en est réduit à sortir un "pacte moral" de derrière les fagots pour leur mettre la pression, puisqu'il n'a plus aucun autre lévier.

Martine Orange, sur Mediapart, avait très bien formulé le problème :

En échange de 10,5 milliards d'euros, le gouvernement ne demande rien ou presque: ni actions, même sans droit de vote, ni droit sur les bénéfices futurs, ni révision des rémunérations des dirigeants. Les milliards vont être distribués sous forme de prêts subordonnés d'une durée de dix ans, assortis d'un taux d'intérêt de 8% par an. (La répartition des aides figure dans l'onglet Prolonger.) Les banques qui y souscrivent s'engagent à adhérer à un code de bonne conduite, calqué sur la recommandation du Medef sur les salaires des dirigeants.

En échange des 10,5 milliards, la France a obtenu des banques qu'elles suivraient les recommandations du MEDEF sur les salaires. Rien d'autre.

Et puis nous avons obtenu un "pacte moral". Les banques doivent en rigoler encore, du "pacte moral". Rigolons avec eux pour une fois.

24 octobre 2008

Il aime les bulles

Depuis longtemps nous avons compris que Nicolas Sarkozy n'était pas un libéral. Pas un vrai, en tout cas. Il n'a retenu du libéralisme que quelques prétextes rhétoriques qui peuvent être utiles pour s'attaquer aux fléaux véritables que sont l'État providence et sa conséquence, les impôts et les charges sur les entreprises.

Mais quand on a le Pouvoir, il est possible d'aller plus vite, pour donner directement de l'argent aux entreprises, en allant des caisses (inépuisables) de l'État directement aux bilans trimestriels des entreprises, sans passer par la case économie.

Contrairement au libéral, au vrai, qui croit que toute intervention de l'État aura des conséquences néfastes, Nicolas Sarkozy semble croire que l'État n'est qu'un instrument de plus dans la guerre qui oppose l'entreprise (et par là s'entend la grosse entreprise) à tout ce qui n'est pas elle. Et en disant cela, je ne veux pas dire que les entreprises partagent cette vision du monde et de l'économie. J'ai même plutôt l'impression qu'elles aimeraient bien qu'il y ait une économie qui fonctionne.

Même le monde de la finance semble d'accord qu'il est mieux de faire circuler des sous. L'annonce (bruyante) d'un fonds souverain pour gonfler la Bourse française n'a pas empêché que cette même Bourse soit en chute libre aujourd'hui, les investisseurs faisant plus confiance aux règles de la finance qu'aux gesticulations du Mégalomane Nationale (ou Européen). Comme c'est curieux...

Puisque le cadeau de 10 milliards aux banques françaises est passée comme une lettre à la Banque Postale, le Très Grand Homme (TGH) a voulu aller plus loin en soutenant aussi le cours de la Bourse. (Je pense à un sketch des Deschiens : "ah, le CAC 40, je me souviens de quand c'était un tout petit CAC...") Dans la droite lignée du Paquet : vite, du fric pour les riches ! Gonflons artificiellement le cours de la Bourse !

Et c'est l'artifice qui est gênant. Après la bulle des subprimes, il faut d'urgence créer une nouvelle bulle, en balançant, à perte, des sous à droite et à gauche (mais plutôt à droite quand même). Décrochons la Bourse de l'économie réelle ! Faisons croire que l'on doit acheter des titres même si les entreprises en question sont en mauvaise posture ! Une bulle, vite !

Et puis, encore plus vite, une dette. Car si l'on doit donner de l'argent aux entreprises, il ne faut pas leur en prendre. C'est l'autre fondement de la théorie sarkozyënne de l'économie : moins d'impôts, moins de "charges", libérons les entreprises et tout ira bien (jusqu'au krach). Il nous faut donc de la dette. Tant pis pour l'État ruiné, il aura servi la noble cause du maintien du CAC. Il aura été une excellente pompe à fric.

14 octobre 2008

Le libéralisme comme drogue dure

L'une des leçons que la Crise est en train de nous apprendre sur le libéralisme et surtout sur le néolibéralisme, c'est que cette pensée ressemble pas mal à une drogue dure. Les rechutes sont fréquentes, inévitables. On finit par croire que la guérison est impossible, que la pathologie est irréversible.

Hier Dagrouik est allé cherché Alain Madelin (oui : Alain Madelin !). Voici l'extrait du compte-rendu de Télérama :

La crise des subprimes qui a mené à la cata actuelle, c'est tout simple. Une crise de la finance folle ? Pas du tout, tonne Alain Madelin. Très en amont de tout ça, il y avait "les meilleures intentions du monde". Ben oui, le gouvernement américain a exigé des banques qu'elles prêtent aux pauvres. Vous comprenez, "le rêve américain, tout le monde propriétaire de sa maison…". Bref, la preuve que les banques ne prêtent pas qu'aux riches. On a donc fait des lois pour forcer les banques à prêter. Et puis, catastrophe, ça finit en jus de boudin, en crise des subprimes. "C'est pas une crise de la dérégulation, explique prof Madelin, c'est une crise de la réglementation mal adaptée à la finance d'aujourd'hui."

La faute à l'Etat, donc, bien obligé, aujourd'hui de jouer les pompiers à 700 milliards de dollars. CQFD. Yves Calvi, un brin estomaqué : "On n'entend pas ça souvent ! Très intéressant comme analyse. Ça revient donc à dire que c'est à travers des mesures sociales voulues par l'Etat qu'on en arrive à une crise où les gens se retrouvent à la rue..."

Alain Madelin, goguenard, ravi de son petit effet : "Eh oui ! Ca s'appelle le fléau du bien."

"... le fléau du bien". Je n'ai pas de mal à imaginer Madelin "goguenard", ravi en effet d'avoir à nouveau ce rôle qui a toujours été sa raison d'être, celui du franc-tireur libéral en train de fustiger la pensée unique. Au fur et à mesure que le libéralisme devient la pensée unique, on a sans doute un peu moins besoin d'Alain Madelin. On ne va pas pleurer pour lui, quand même. Il paraît qu'il est désormais "gestionnaire de fonds d'investissement" (d'après Télérama). Vous êtes libres de l'imaginer en train de s'enrichir libéralement, et en train de remercier au nom de ses clients et en toute discrétion, les états du monde qui vont fournir du crédit facile au système bancaire.

Mais ce n'est pas vraiment de Madelin que je voulais parler, mais de son "message", qui n'est pas de lui, mais qui fait partie de la réponse officielle des néolibéraux, décidés de protéger leur bout de gras idéologique coûte que coûte, y compris si dans l'un ou l'autre des "coûte" il y a plus de mille milliards de dollars de fonds public qui sera nécessaire pour maintenir en vie le rêve libéral. Voilà le message : la crise des subprimes est la faute des régulations étatiques. Avec encore moins de contrôle sur les traders et les Golden Boys, le monde aurait évité La Crise.

Ce qu'il y a de magnifique avec cette réplique, c'est qu'elle est inépuisable. Tant qu'il existera des états qui se mêlent même de très loin à la vie économique, il sera toujours possible de dire que ce sont eux la source de tous les malheurs. Comme quoi le libéralisme peut conduire finalement à l'anarchisme. Un peu comme un premier joint mène à l'héro si on ne fait pas gaffe.

Pour une synthèse très complète et assez bien argumenté de ce raisonnement, vous pouvez consulter ce billet sur le blog Objectif Liberté, qui semble s'inspirer directement des sources américaines. Pour cet auteur, l'origine du mal est dans le statut mixte des organismes de prêt américains, Fannie Mae et Freddy Mac, censés aider des ménages modestes à accéder à la propriété, et dont on parle tant en ce moment, et il explique comment ces entités, bien qui privatisées (en 1968 paraît-il), ont gardé un fil gouvernemental à la patte, puisque leurs prêts continuaient à être garantis par le état fédéral :

En effet, afin de pouvoir privatiser la FNMAE, dont le portefeuille de prêts comportait un certain pourcentage de crédits de qualité plus que moyenne, le gouvernement dut leur donner un statut sur mesure de "Government Sponsored Enterprise" (GSE, entreprises privées d'état (!)), exempté de certaines taxes et de certaines formalités de présentation de comptes, en contrepartie d'une obligation inscrite dans les statuts de l'entreprise de continuer à avoir pour activité principale le refinancement de prêts immobiliers, et notamment les prêts aux ménages modestes, les fameux prêts subprime.

Notre blogueur libéral fait ici un raccourci, cependant, en assimilant à des subprimes absolument tous les prêts un peu sociaux consentis par Fannie Mae et Freddy Mac. L'une des définitions de subprime est justement un prêt qui est en-dessous des normes de Fannie Mae/Freddy Mac :

In the United States, mortgage lending specifically, the term "subprime" can be applied to "non conforming" loans, those that do not meet Fannie Mae or Freddie Mac guidelines, generally due to one of an array of factors including the size of the loan, income to mortgage payment ratio or the quality of the documentation provided with the loan.

Ainsi, pour être précis, il faut dire que les subprimes sont la conséquence du non respect des règles. Il faut dire aussi que pendant presque quarante ans, le statut presque privé des ces deux institutions de prêt n'a provoqué ni bulle ni crise. Seul un changement de comportement dangereux dans les dernières années peut expliquer ce qui est arrivé.

Pour Objectif Liberté, la responsabilité ultime de la crise des subprimes est dans le fait que la perspective des interventions de L'État, que ce soit pour garantir des mauvais prêts ou pour soutenir l'ensemble du système bancaire, encourage l'irresponsabilité des acteurs privés et conduit le système vers sa perte. Et sur ce plan, et formulé ainsi, je suis à peu près d'accord : le jeu bancaire s'était détaché - et c'est la nature même des bulles - de la réalité, les banques étaient protégées des effets de la Main Invisible. Elles n'avaient d'ailleurs pas tort, puisqu'aujourd'hui c'est à qui va leur fournir le plus de cash pour effacer les conséquences de leur cupidité stupide. C'est pour cela que je souhaite que l'issue de cette affaire soit tout de même désastreuse pour les banques. Même avec un sauvetage, il faut quand même que ça saigne.

En revanche, penser que la solution est de moins réguler le système bancaire, ou de ne plus garantir dépôts ou prêts, c'est s'aveugler à nouveau sur le rôle des banques dans le monde. C'est oublier les effets désastreux d'une perte de confiance dans les banques. J'imagine l'état des comptes du fond de pension géré par Alain Madelin si, en se moment, les Français étaient tous en train de retirer des espèces de leurs comptes pour charger à nouveau leurs matelas. J'imagine la tête collective de nos libéraux si nous étions devant une véritable crise de liquidités.

L'expérience de 1929 a prouvé que le secteur bancaire joue un rôle particulier dans la vie économique. L'exposer à toutes les exigences de la Main Invisible, c'est nous exposer à ces mêmes risques. Supposer que le marché saura toujours évaluer les risques à partir du moment où il y est vraiment confronté (et pas protégé par l'État), c'est, même avec le plus grand optimisme ou même une petite dose de naïveté, faire confiance au moins à la justesse de la perception de la réalité qu'ont les acteurs économiques, nos fameux traders en l'occurrence. Les bulles naissent justement quand les acteurs cessent de percevoir correctement la réalité, en croyant avoir enfin trouvé la poule aux oeufs d'or.

Difficile alors de leur faire confiance, même sur leur propre intérêt. Demandez aux anciens de Lehmann Brothers, ou aux autres, s'ils ont bien réussi leur coup. A force de trop fumer l'herbe néolibérale, ils ont fait n'importe quoi.

6 octobre 2008

Des subprimes, de l'écran de fumée sarkozyste et de la lutte à venir

Encore du rattrapage, et toujours à propos de cette "crise" qui a fait de notre Très Grand Homme (TGH) un grand anticapitaliste, ce qui est le seul moyen de sauver le capitalisme.

Que faire donc de cette nouvelle pousse dans la rhétorique sarkozyënne, cette idée de fabriquer un nouveau capitalisme qui sera juste, éthique, qui supprimera la rente, qui fera en sorte que tout le monde sera content, que le travail sera récompensé, la fainéantise sera punie, et tout le reste ? Évidemment, notre anti-sarkozysme, tout aussi primaire que le premier jour, nous dit que ces nouveaux sentiments carrément socialistes ("marché régulé" et tout ça) sont forcément mauvais signe, cachent quelque chose, des funestes manoeuvres à venir. Et, bien sûr, Sarkozy lui-même nous poussent vers cette interprétation, puisque son discours de Toulon aboutit à une Défense du Paquet, un coup sur les trente-cinq heures, la promesse de continuer de nous accabler de ses réformes. Beaucoup de bruit pour rien, comme d'habitude.

On a finit par comprendre, depuis le temps de "l'ouverture" dont on ne parle plus du tout, que chaque coup "à gauche" du TGH dissimule, plus ou moins bien, la subversion de la valeur au nom de laquelle la mesure est prise. Tout porte à croire que ce scénario familier va se répéter une nouvelle fois. La grande lutte contre le capitalisme va se traduire par une aide aux banques. Les contribuables paieront et les banques resteront intactes. Le monde de la finance continuera comme avant, avec, éventuellement, quelques inflexions réglementaires. Mais au fond, nous allons donner des sous aux banques. Quelle meilleure façon d'habiller une mesure qui videra la caisses déjà vides, qui va transférer la dette des banques vers la dette Nationale, qu'en disant que l'on va tout faire péter, que plus rien sera comme avant, que les traders seront fouettés en public. Que de plus économique que de payer ce bon peuple de mots.

Je ne prétends pas comprendre toute la mécanique des subprimes et leurs suites. Pas trader pour un sous, moi. Et je me méfie un peu des mondes parallèles que l'on pourrait imaginer pour remplacer le système actuel, qui seront irréalistes non parce qu'ils seraient moins bien faits que celui-ci, mais simplement parce que le présent système est déjà en place et que toute solution, si on imagine un consensus international sur la question, ce qui est déjà plus que douteux, toute solution doit non seulement marcher, mais pouvoir gérer la fin du présent système. Les interventions étatiques en train de se faire actuellement n'ont d'autre but que d'éviter le véritable cataclysme qui remettrait véritablement en cause les méthodes actuelles.

Mais en tout cas, il y aura cette négociation, ce jeu pour déterminer la part des états dans le gâteau à venir. Et la droite, une fois débarrassée de son sur-moi libéral (qu'il est doux d'écrire ces mots!) va lutter pour que l'État, et donc les contribuables présents et futurs, paient plus, pour que les banques et autre intérêts financiers paient moins. Nicolas Sarkozy, toujours aussi subtile, est déjà en train de créer l'écran de fumée pour permettre cette opération, pour foncer dans la dette - "c'est la faute à la crise" - afin soutenir nos pauvres banques françaises, victimes de... d'elles-mêmes.

Edit : Flûte! Un bout du billet de demain s'était imposé dans celui-ci. Mais ça y est, il est rentré dans son brouillon.