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12 juillet 2012

Blogs de gauche : un contre-pouvoir quand même ?

 

Ou plutôt contre-média.

Récemment, j'ai rencontré, en chair et en os, Marc Vasseur, que connais depuis cinq ans, virtuellement, comme tous mes amis blogueurs. C'était la première fois que je serre la main à une personne que je connais grâce à la blogosphère. C'était la confirmation que les amitiés virtuelles ne sont pas, en fait, virtuelles, du moins quand il s'agit de gens qui s'engagent dans l'écriture et la durée.

En tout cas, l'un des sujets que nous avons abordés, c'était celle de la raison d'être du blog de gauche, dès lors qu'il n'y a plus un pouvoir de droite à combattre. Bien sûr, personne ne sait quel est le véritable poids des blogs à l'intérieur du grand jeu de la démocratie : quelque part entre "aucun" et "on ne sait pas". Je finis par conclure qu'en l'état actuel les blogs (et leurs blogueurs) ne constituent pas une force politique, mais sont plutôt un média, et c'est pour cette raison que les politiques et les médias ne peuvent pas nous ignorer, et sans pour autant nous reconnaître quoi que ce soit. On finit même par se rendre compte que les "réseaux sociaux" finissent par alimenter les blogs, ou s'alimenter avec le contenu des blogs.

Admettons donc que cela sert à quelque chose d'avoir une blogosphère. Ce n'est pas si fantaisiste : le fait que sommes lus, parfois courtisés ou exploités laisse quand même penser que tout ce bruit aboutit quelque part.

22 mai 2012

La religion du pouvoir

 

Ce matin, Jean-François Copé a dit ceci (Source : variae.com) :

« je vais vous dire, je plaide coupable avec regret mais c’est un arbitrage que nous avons eu à rendre et qui était difficile, dès lors que nous avions 317 députés sortants et qu’une bonne part d’entre eux se représentent et ont un ancrage très remarquable sur leur territoire, il était extrêmement difficile de les sacrifier. Voilà pourquoi j’ai pris avec mes amis de l’UMP cette décision qui nous coûtera en termes d’amende, et chacun doit comprendre que dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés et que cela passe par le poids, l’ancrage local de beaucoup d’entre-nous […] je suis moi un grand militant de la parité, j’ai été l’auteur d’une loi qui avec Marie-Jo Zimmermann prévoit qu’il y ait la parité dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises ».

6 juillet 2009

Drôle d'Epok

Dans mon dernier billet, j'ai mentionné le célèbre entretien du Chef de l'État avec Denis Olivennes, l'ancien PDG de la Fnac, reconverti, paraît-il, dans le journalisme. Les confrères blogueurs n'ont pas apprécié que ce même Olivennes considère que "internet" est le "tout-à-l'égout de la démocratie". Après avoir détruit l'art et la culture, l'internet vise donc la démocratie elle-même, donc. On peut s'interroger sur cet usage du mot même d'"internet" dans ce contexte, comme si c'était une simple chose, ou un produit unique, comme l'iPod par exemple, vendu à la Fnac. Monsieur Olivennes, l'ancien "agitateur depuis...", devrait savoir, pourtant, que l'internet n'est plus vraiment une chose, mais est devenu l'air que respire une certaine société moderne et occidentale. C'est cette même attitude qui a produit des abérrations comme Hadopi, les subventions pour la presse écrite payées par les fournisseurs d'accès, et fnac.com.

Denis Olivennes publie donc dans Epok, pardon, dans le Nouvel'Obs cet entretien qui a déjà reçu, quand même, un certain nombre d'attaques bien mérités, en commençant par les rédacteurs eux-mêmes du Nouvel'Obs, mais aussi (et surtout!) les blogueurs : Juan, Dagrouik, entre autres, et surtout Vogelsong qui nous livre un réquisitoire méchant juste comme il faut, auquel je n'ai pas grand'chose à ajouter.

Qu'est-ce qu'il y de si insidieux dans cet entretien, hormis le fait qu'il n'est pas paru dans Figaro Magazine ? Là où Olivennes passe véritablement les plats, c'est dans le détournement permanent du politique vers la "personnalité" du TGH. Souvenez-vous de ce "je ne suis pas narcissique" ou de cette magnifique explication du bling-bling :

Ces critiques avaient commencé bien avant le Fouquet’s. Cela correspondait à une époque de ma vie personnelle qui n’était pas facile et où j’avais à me battre sur plusieurs fronts.

Bon à savoir. Si j'ai des difficultés côté perso, je n'hésiterai pas à compenser par la multiplication des signes extérieurs de richesse. Se battre sur plusieurs fronts. Le pauvre.

Et pendant que nous nous appitoyons sur le pauvre petit Très Grand Homme, nous nous détournons du politique. Et c'est peut-être là où est le secret de l'alchimie Olivennes-Sarkozy : tout peut se réduire à du personnel, à des facettes de cette personalité insondable. Karachigate ? La question du journaliste ne me plaisait pas. Conception monarchique de la présidence ? Euh, j'ai grandi.

Eh bien, ici à la Pire Racaille, on s'en fout de la personalité du Président de la R., on s'en fout s'il grandit ou au contraire se rapetisse. Mais on n'est pas pour autant indifférent devant la compromission de la presse. Pourtant, cela ne devrait pas nous surprendre. (À ce propos, David Desgouilles fournit des intuitions importantes sur les liens entre Sarkozy et les « libéraux de gauche » comme Minc et Olivennes.)

Pendant les dernières semaines de la campagne présidentielle, j'entendais sans cesse : « il ne faut pas diaboliser Sarkozy ». Je ne me souviens pas de l'origine de ce thème, mais il est évident qu'aujourd'hui, déjà, après deux ans seulement, tout ce qu'on pouvait craindre est déjà en place. Sans parler des libertés individuelles, du Ministère de la Haine et de l'Identité Raciale, nous sommes effectivement arrivés à ce bloc de pouvoir médiatico-politique qu'il était déjà logique, en 2007, de redouter. L'« ouverture » est une bide politique qui ne sert qu'à maintenir la pression sur les cadres UMP. L'« ouverture » idéologique qui permet à cet homme de réseaux à peser sur presque tous les médias traditionnels est bien plus dangereuse.

22 mai 2009

Les deux ans du sarkozysme : une réussite parfaite

Je suis tellement en retard que j'ai presque l'impression d'être en avance. Le deuxième anniversaire de l'élection de l'immense Président de la R., notre Grand Chanoine, anniversaire célébré dans la liesse générale, est passé depuis maintenant quinze jours et je n'en ai dit mot. D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup dit de mots ces derniers temps, mais c'est une autre histoire.

Depuis quinze jours je réfléchis donc à la signification profonde de l'anniversaire de cette grande date, date avec l'histoire bien entendu, l'anniversaire du jour où "un peuple s'est levé" pour se libérer de sa propre protection sociale et de tous les autres conservatismes qui avaient maintenu la France dans une sorte de torpeur médiévale.

La plupart des commentateurs, du moins dans la blogosphère de gauche, mais même au-delà, ont étrangement été assez durs avec le Très Grand Homme (TGH). Juan parlait d'une année boomerang :

Mais surtout, le président a aussi montré combien il pouvait être formidablement contre-productif: ses réformes aggravent les situations qu'elles entendaient améliorer. Heures supplémentaires, bouclier fiscal, pôle emploi, réforme de l'audiovisuel, les exemples sont nombreux de ces réformes-boomerang qui reviennent en pleine figure de ses promoteurs.

Je pourrais en citer plein d'autres. Tout le monde semble penser que le fait que Nicolas Sarkozy bat des records d'impopularité signifie qu'il y aurait un problème quelque part. Le fait que l'optimisme de ce fameux peuple qui en 2007 s'est levé (tôt, sûrement) se soit aujourd'hui transformé en pessimisme avec un brin de mépris pour l'Homme Providentiel d'alors, les commentateurs y voient même... tenez-vous bien... un échec.

Penser ainsi, c'est méconnaître la raison d'être de Nicolas Sarkozy, c'est ignorer le sens profond de sa présidence. Oui, il avait dit qu'il allait transformer la société, travailler pour gagner, chercher la croissance avec ses dents, des Rolex pour tous les quinquas, supprimer le chômage, instaurer l'éthique dans les relations internationales. Il ne fallait pas y faire attention. Le but n'était pas de faire ci ou ça, mais simplement occuper le pouvoir.

Qui n'a pas apprécié la souplesse politique de Jacques Chirac ? Tantôt "fracture sociale", tantôt écologiste, comme ces moulins qui s'ajustent selon l'orientation du vent, Chirac était également maître en l'art du dos rond. Il était tellement bon qu'il se fait rélire contre Le Pen, histoire de détacher complètement son élection de quoi que ce soit de politique.

Sarkozy est pareil : le but est de rester en pouvoir, tout simplement. Et sur ce plan, le TGH n'a aucune raison de rougir devant le bilan de ses deux premières années. Car s'il est très bas dans les sondages, ses adversaires n'en profitent pas. À l'horizon, rien de menaçant. Rien. Tel le yacht de Bolloré, Sarkozy navigue dans le calme.

  • Parti Socialiste Plus faible que jamais. En faisant cause commune avec l'appareil jospiniste du Parti, Sarkozy se protège efficacement de sa rivale de 2007, pourtant la seule figure au PS à bénéficier du moindre aura populaire. Un bon plantage aux européennes et la confusion sera totale et durable.
  • UMP C'était beaucoup plus difficile à réaliser, mais c'est fait. Sarkozy peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles gaullistes. En interne, c'est Jean-François Copé qui incarne on-ne-sait-pas-trop-quoi de non-sarkozyste. C'est pour dire qu'il n'y a pas d'opposition crédible. Villepin, l'ennemi numéro un, reste empêtré dans Clearstream et pour l'instant ne fera pas de mal à une mouche.
  • Bayrou Sarkozy n'a pas à s'en occuper, d'autres le font à sa place. En commençant par le MoDem lui-même.
  • Presse Pas de souci, même si de temps en temps il faut montrer à quelques impertinents qui est le véritable patron de la comm, quitte à faire appel aux armes policières (via Betapolitique) ou judiciaires.

En somme, c'est le triomphe du sarkozysme. Du vrai sarkozysme, pas celui qui sert à se faire élire. Il peut garder la tête haute. Bien joué Monsieur le Président.

27 février 2009

La concentration du pouvoir économique au service de...

Par pur esprit de sacrifice, je continue à lire Les Échos pour vous éviter de le faire. À vrai dire, en ce moment, c'est une lecture assez intéressante dans la mesure où les auteurs ne s'embarrassent pas des considérations "sociales" pour se concentrer sur l'essentiel : le pognon, l'oseille, le fric, les sous, la thune...

Depuis quelque temps, je m'inquiète de ce fonds souverain que Nicolas Sarkozy proposait, pour protéger "nos" groupes des méchants étrangers qui pourraient profiter de la baisse des cours pour se les accaparer. Le caractère mondial de la crise actuel semble échapper à nos dirigeants : la plupart des méchants étrangers ont aussi des problèmes de trésorerie, la valeur de "nos" groupes est tout sauf certaine (Renault est classée dans la catégorie "junk" déjà). Bref, l'opportunité de cette démarche ne semble pas aller de soi. Les mauvais esprits sont tentés d'y voir une nouvelle forme de colbertisme. Et les très mauvais esprits penchent même vers l'hypothèse d'une nouvelle technique pour tout simplement soumettre l'État et les contribuables à une élite financière et, accessoirement, industrielle.

Étrangement, je n'avais pas vu passer la véritable création de ce fonds souverain, qui s'appelle le Fonds stratégique d'investissement, ou même le FSI, ce qui en fait presque l'égal du FMI. C'était en décembre. Le FSI appartient donc à la Caisse des Dépôts et Consignations (51%) et l'État (49%).

Je apprends tout cela, donc, grâce aux Échos, à l'occasion de la première intervention du FSI, qui part sauver Valeo. (Les Échos, jeudi 26 février, page 19.) En somme, le FSI a acheté 2,35% de Valeo, ce qui s'ajoute aux 5,98% qu'avait déjà la Caisse des Dépôts et Consignations. Mais même avec 10,5% des droits de votes, la France se trouve toujours distancée par Pardus (pardieu), un fonds américain "qui avait cherché longtemps à infléchir la stratégie du management, avant de se montrer moins pugnace". (Méchants. "Aggressifs" ?)

Nous apprenons des choses intéressantes. Si vous voulez être sauvé par le FSI, il vaut mieux faire partie du même monde : "Gilles Michel, directeur général du FSI [...] connaissait bien Thierry Morin, PDG de Valeo, en tant qu'ancien patron de Citroën." Bon à savoir.

L'État arrive, pourrait-on penser, à temps, car chez Valeo ça va assez mal. Le groupe a perdu 207 millions d'euros l'année dernière. Une bricole, sans doute, au vu des pertes à venir, mais sûrement pas bon signe. Du coup, on apprend que Valeo venait déjà de supprimer 5000 postes et 6000 contrats d'interimaires. (Ne comptez pas sur Les Échos pour verser des larmes à propos de ces postes. C'est la restructuration, que voulez-vous?) Rien ne semble indiquer qu'il y ait la moindre dimension sociale dans ce projet. Je me trompe peut-être...

Enfin, il y a le problème du pognon. Le FSI envisage de se gonfler considérablement.

"Quand nous serons sollicités pour une opération de plusieurs milliards d'euros, il faudra sans doute se poser la question du dimensionnement total du FSI", indique Augustin de Romanet, le directeur général de la CDC.

J'adore le "sans doute". Ce machin aurait donc l'ambition de devenir énorme. L'État va continuer à investir justement dans des sociétés dont personne ne veut (Valeo est dans la catégorie du junk désormais). Massivement. Car le patriotisme économique consiste surtout à soutenir les courbes de nos fleurons. Le reste, ce n'est que des détails.

Et j'ai encore quelques questions. Par exemple : d'où vient tout cet argent ? Et quelle sera la conséquence à long terme de cette nouvelle forme de concentration du pouvoir économique et politique ?

5 février 2009

Aplatir, dit-il

Depuis quelques semaines nous voyons fleurir des excellents textes écrits par des chercheurs pour défendre la recherche et l'enseignement en France. A tel point que l'humble blogueur ne voit pas toujours ce qu'il pourrait rajouter. La volonté de casser les institutions, de précariser les chercheurs et les enseignants, de prendre le dessus sur toute cette intelligence finit par ne pas sembler rationnel du tout. L'humble blogueur s'interroge sur les motivations profondes et obscures.

J'avais parlais de la pyramide dans mon dernier billet (il y a... presque un mois...) sarkozyste, et du fait que pour le sarkozyzme, il est insupportable qu'il existe des domaines qui échappent à une hiérarchie sociale et économique faite uniquement de relations de domination (surtout économique) et de rapports de force. D'où une suspicion permanente à l'égard de la justice et de l'éducation, notamment. Il faut les dominer, les mettre sous tutelle ! Il est insupportable que des juges puissent mettre en danger nos grandes entreprises. Il est insupportable que des "profs" forment notre jeunesse sans être guidés par les lois et l'esprit du marché. Il est insupportable que des chercheurs puissent chercher n'importe quoi sans que ce soit le Prince l'ait expressément voulu. A quoi ça rime ?

En somme, il n'y a qu'un seul langage. S'il y a une pyramide avec au sommet une caste de dirigeants rich and powerful, il y a aussi un aplatissement. Rien en dehors du discours dominant, pas d'intelligence ni de justice indépendants.

Pour la culture, on sait que Sarkozy affectionne la culture télévisuelle à succès. J'entendais sur France Info hier, en passant, quelqu'un dire que ce qui intéresse Sarkozy dans les médias, c'était la réussite. C'était pour expliquer son choix de RTL pour son entretien radiophonique, RTL étant la radio la plus populaire. Voilà de l'intelligence que l'on peut mesurer. L'intelligence qui se convertit instantanément, ou presque, en fric. Intelligent comme la Star Ac'.

De temps en temps, il m'arrive de me retrouver dans l'une de ces conversations où, soudain, mon interlocuteur prend pour acquis que c'est quand même un peu ridicule que l'État paie pour, par exemple et au choix, soutenir l'étude des langues anciennes, proposer des diplômes d'art plastique, étudier La Princesse de Clèves, bref toutes sortes de choses qui ne servent à rien, qui n'intéressent à peu près personne, etc. etc. etc.

Pour défendre ces politiques, on ne peut plus s'appuyer sur l'humanisme comme valeur. Évidemment. L'humanisme n'est plus tellement vendeur, il va falloir s'y faire. J'essaie de dire, dans ce genre de conversation, que la recherche, même celle qui concerne les "choses inutiles dont tout le monde s'en fout", maintient le niveau d'un pays, en essayant d'invoquer l'esprit patriotique : "tu as envie, toi, de vivre dans un pays où la plus haute culture est celle de TF1 ?" Ce genre d'argument ne prend pas en général, mais je l'aime bien quand même.

La question n'est pas celle du patriotisme, d'ailleurs, mais celle de l'uniformité de la pensée, du savoir. En cassant les institutions, en affichant un mépris profond pour les chercheurs, en espérant que le bon peuple le rejoindra dans ce mépris pour des fonctionnaires évidemment fainéants, Sarkozy et les siens cherchent, même s'ils ne se l'avouent pas, à nettoyer, avec un Kärcher d'un autre type, les esprits et les discours. Le but de l'opération est bien sûr de venger une certaine droite des blessures que l'intelligence lui a infligées depuis des décennies, et surtout d'en finir avec autre forme d'altérité, une autre sorte de contre-pouvoir qui échappait encore à l'Axe argent-pouvoir.

11 janvier 2009

La pyramide

Trois actualités sans rapport évident entre elles, sauf, bien sûr, le lien avec le Président de la République.

  • La suppression du juge d'instruction.
  • La soumission de la recherche au pouvoir politique et à l'économie.
  • L'idée de faire de Jean Sarkozy (fils de...) l'adjoint du chef de l'UMP.

On sait que Nicolas Sarkozy n'aime pas les sachants. Il n'aime pas non plus le fait qu'il existe quelque chose qui s'appelle La Princesse de Clèves quelque chose qui lui échappe totalement, et qui lui a fait "tant souffir".

Que le même Nicolas Sarkozy n'apprécie pas non plus les juges est une autre histoire, plus complexe et ambiguë comme l'affaire Clearstream. On sent que là, c'est plutôt sa caste qui est menacé par ces gêneurs.

Et puis, il y a Jean S. (Juan nous rappelle qu'il faut signer la pétition) dont le bel avenir ne fait plus aucun doute, qui, en refusant ce poste d'adjoint a fait un grand pas vers un rôle national de premier plan dans le dispositif sarkozyën.

Sur la recherche, le TGH a dit récemment, (c'est ici, dans France Soir!) :

« qu'il faut en finir avec cette distinction entre recherche fondamentale et appliquée. Il n'y a pas de barrière entre les deux ».

Oui, d'accord : c'est la même science. Mais supprimer la distinction entre recherche fondamentale et recherche appliquée, c'est tout simplement supprimer la recherche fondamentale qui n'existe que grâce à cette terrible "barrière". Pourquoi la supprimer, d'ailleurs? C'est une barrière contre la pression du marché, contre la pression politique. Le principe de la recherche fondamentale est qu'on laisse faire la science, on laisse les scientifiques poursuivre leurs propres interrogations.

Qu'est-ce qui gêne, dans l'indépendance des chercheurs ? Bien sûr, comme le rappelle fidèlement Les Echos, les chercheurs français sont des fonctionnaires fainéants ("la léthargie des chercheurs hexagonaux anesthésiés par le doux oreiller du fonctionnariat") qui ont besoin du marché, de la pression et même de la précarisation pour se mettre en marche.

J'ai quand même le sentiment que ça va plus loin, du moins dans l'inconscient politique du Président de la R. De même que les juges d'instruction seraient bien plus "efficaces" (disons) s'ils dépendaient plus directement de la Garde des Sceaux, les chercheurs, gêneurs d'une autre espèce, seraient plus rentables si l'on pouvait les soumettre à des instances extérieures.

Ce qui est indépendant gène. Je pense que l'on peut inclure ce principe dans le bréviaire de la pensée sarkozyste. Que ce soit des médias, des juges, des chercheurs, les blogueurs (Marc Vasseur se demandait se matin pour combien de temps encore on va nous laisser sévir impunément), les différentes poches de résistance sont les ennemis du sarkozysme.

"Ensemble tout devient possible". Je n'avais pas pensé jusqu'à présent que ce "ensemble" n'était pas dit dans le vide : "ensemble", dans le sarkozysme, veut dire : tous dans le même réseau de pouvoir et d'influences, tous dans la même pyramide. Mais pas tous à la même place. Car une pyramide n'a qu'un sommet et je n'ai pas besoin d'indiquer l'identité de celui qui l'occupe. Des considérations vieux-jeu et abstraites comme "justice", "vérité", "le Bien" (oui, on peut rigoler un petit peu) n'ont pas de place dans la pyramide et sont donc éliminées petit à petit. De telles considérations sont, oui, gênantes, car elles n'ont rien à voir avec l'ordre pyramidal et la question essentielle de "qui est au-dessus de qui ?"

Et c'est là qu'intervient dans le scénario le jeune et tellement prometteur Jean Sarkozy, celui qui "n'intégrera pas la direction de l'UMP" (pensez: un mois sans citer le Figaro, c'était long). Jean Sarkozy est le contraire d'un juge d'instruction ou d'un chercheur qui ferait de la recherche fondamentale. Jean Sarkozy, sorte d'ombre blonde qui plane désormais au-dessus des destins des Xavier Bertrand, Jean-François Copé et Patrick Devedjian, représente l'essence même de la logique pyramidale : un garçon qui n'a rien pour lui sauf un père ultra-puissant. Autrement dit, son seul mérite est sa capacité à occuper une place dans la pyramide. C'est déjà beaucoup. Un jour, ce sera tout.

28 novembre 2008

La guerre contre les sachants

Nicolas Sarkozy n'aime pas les "sachants". Juan a le clip d'un TGH triomphant. C'était au mois de mai. Les derniers chiffres sur la croissance et le chômage étaient légèrement moins mauvais que prévus. Sarkozy s'exulte et s'en prend au "sachants".

"Je le dis à tous ceux qui m'expliquaient que tout était foutu et qu'on serait à moins de 2%", lance le président. "2,2% je ne m'en satisfais pas, il n'y a pas que quoi faire de l'autosatisfaction. Mais enfin, à tous ceux qui, à longueur d'articles et de commentaires, expliquaient que rien n'était possible, j'envoie ce chiffre", ajoute-t-il.

[...]

Dans sa démonstration, Nicolas Sarkozy ne s'est pas privé de dénoncer "le consensus des économistes, ceux qu'on appelle des sachants", en évoquant les chiffres de la croissance au premier trimestre 2008. "Il disaient que ça serait 0,3%, circulez il n'y a plus rien à voir. On a eu 0,64%", a-t-il relevé.

C'était seulement quelques mois avant qu'il ne se rende compte, avec quand même du retard sur certains des sachants, qu'il vivait alors les derniers jours d'une bulle dont l'éclatement allait faire de lui le grand critique des abus du capitalisme financier. Il avait raison d'en profiter pour pavaner un peu, lui qui aime tant pavaner.

Si je parle de cette journée à Melun, c'est à cause de ce mot : "sachants". Sarkozy s'en prend aux sachants. Les sachants étaient pessimistes, le Très Grand Homme avec son énergie légendaire et son Paquet invincible pensait avoir établi sa supériorité. L'ennemi, ce sont les sachants. Et j'en viens à la question du jour : pourquoi Sarkozy s'en prend-t-il à la recherche ?

Sous Raffarin, Les Inrockuptibles avait lancé une pétition pour dénoncer la "guerre contre l'intelligence". C'était un peu prétentieux, mais l'analyse n'était pas si erronée : la droite "décomplexée" reconnaît avoir perdu la guerre de la culture. Cette méfiance, inaugurée avec Raffarin, devient une déferlante avec Sarkozy, l'ennemi juré de la Princesse de Clèves (voir ici également). On n'imagine pas chez le TGH une passion pour quelque chose comme l'art japonais. La culture se limite à la télé, et encore.

Mais la recherche, c'est quand même pas pareil que les Scènes Nationales. La recherche, c'est censé être utile. Elle est même censée être une source de richesse pour un pays. Nicolas Sarkozy a même dit : "Si la France gagne la bataille de la recherche, elle gagnera la bataille de la croissance et la bataille de l'emploi". Alors pourquoi tant de haine ? Pourquoi obliger les chercheurs à descendre dans la rue, alors que ce sont justement eux qui devraient être les fantassins dans la "bataille de la recherche". Faut-il gagner la guerre contre les chercheurs pour ne pas perdre la bataille de la recherche ?

Si on regarde ce que les chercheurs reprochent à la réforme, on relève, entre autres, ceci :

Ils s'opposent notamment: [...]

à une modulation des services qui se traduira par un alourdissement des services d'enseignement pour la plupart des enseignants chercheurs

à la dépossession du CNU de tout rôle de gestion nationale des carrières des enseignants chercheurs (promotions, congés sabbatiques).

Autrement dit, on précarise les chercheurs et on leur enlève leur autonomie.

Par ailleurs, on voit qu'il s'agit de soumettre les chercheurs non seulement au "pilotage" gouvernemental mais aux lois du marché. Et on ne crée aucun poste :

Le projet de budget 2008 prévoit 6 millions d'euros supplémentaires (moins que l'inflation) pour la recherche universitaire, et aucun emploi nouveau permettant de favoriser l'activité de recherche, d'améliorer l'encadrement pédagogique et de faire face aux nouvelles missions dévolues à l'enseignement supérieur (orientation, professionnalisation).

Le but est visiblement de dompter les chercheurs, les gérer comme on gère le personnel d'un hypermarché, en essayant d'en sortir le maximum de bénéfices ou moindre coût : précarisation, concurrence, perte d'autonomie, absence de postes. Que des nouveautés pour endiguer la fameuse fuite des jeunes cerveaux ! Comme si le problème véritable était la paresse des enseignants-chercheurs. Or, je ne sais pas s'il y a une catégorie professionnelle où l'on se met, tout seul, autant la pression, où l'on passe autant d'heures "sup'" le soir devant son ordinateur, où il y a autant de concurrence pour si peu de gain personnel. Mais le pouvoir se méfie de l'intelligence, de l'autonomie. Le pouvoir préfère le pouvoir, la mise sous tutelle. Le pouvoir préfère affaiblir ses interlocuteurs plutôt que de les renforcer.

Il faut écraser les sachants. Tant pis pour la recherche après tout.

30 octobre 2008

Le pouvoir et l'argent aiment le pouvoir et l'argent

Vous ne trouvez pas que je radote ? Depuis quelques mois, j'ai l'impression de bloguer par séries, essayant dans chaque billet de dire ce que je n'ai pas réussi à dire dans le précédent. Et ainsi de suite.

Dernier exemple : les fonds souverains que nous propose notre Très Grand Souverain. Voici le paragraphe que j'ai dans la tête depuis deux ou trois jours :

"Il s'agira d'investir dans l'avenir. Il ne s'agira pas de subventionner des entreprises à fonds perdus mais de stabiliser des entreprises qui pourraient être des proies pour les prédateurs", indique Nicolas Sarkozy en dénonçant au passage "l'action délétère des hedge funds". Volontariste, le président de la République "ne veut pas être celui qui se réveillera dans six mois avec les grands groupes industriels français passés dans d'autres mains". Selon lui, un tel fonds peut également "rendre beaucoup de services à des petites entreprises innovantes".

L'autre jour j'ai voulu suggérer que "nos" groupes ne sont déjà plus français. Nous sommes déjà réveillés, pas besoin d'attendre six mois. De la même manière qu'une partie des grands groupes "étrangers" appartient à des actionnaires français, seule une partie des groupes "français" appartient véritablement à des Français. C'est ainsi. Talonnettes et gesticulations n'y feront rien.

Hedge funds. Avant cette crise, je ne savais pas grand-chose sur les hedge funds, sauf que, vaguement, ils protégeaient les investisseurs contre les chutes des marchés en pariant contre des valeurs en bourse. (Je ne comprends toujours pas comment on peut avancer en pariant à la fois pour et contre les mêmes valeurs, mais ce n'est pas mon affaire.) L'intérêt des hedge funds pour des spectateurs (non spéculateurs), et leur façon d'acheter à découverte, c'est que nos supers investisseurs peuvent se prendre des énormes gamelles de temps en temps, comme l'autre jour, quand Porsche a décidé d'acheter un peu plus de Volkswagen, alors que les hedgeurs avaient parié contre Volkswagen. Vent de panique, l'action VW monte en flèche, les hedgeurs ne trouvent plus de titres VW à acheter. Lisez l'explication, c'est du plus grand comique. Des milliards perdus pour les hedge funds, des milliards gagnés pour les actionnaires VW...

Je n'ai pas vraiment compris pourquoi les hedge funds sont si dangereux, mais j'admire malgré tout leur pessimisme mélangé de cynisme. Lisez aussi, chez Betapolitque, cette lettre d'un gestionnaire de hedge fund qui jette l'éponge après avoir plumé des riches pigeons, profitant de leur optimisme stupide. (La lettre elle-même est ici, en anglais. Elle se termine par un appel à cultiver le chanvre...)

Revenons quand même à notre paragraphe.

"Il ne s'agira pas de subventionner des entreprises à fonds perdus mais de stabiliser des entreprises qui pourraient être des proies pour les prédateurs",

Ceci n'est donc pas un cadeau aux entreprises, même si, bien sûr, le risque des prédateurs est minime, ou encore totalement fantasmatique. Pas de subvention, juste une façon de protéger les fortunes de ces Français qui ont investi d'abord dans des entreprises "françaises".

Le plus franchement cynique, dans ce paragraphe, c'est sans doute la fin :

Selon lui, un tel fonds peut également "rendre beaucoup de services à des petites entreprises innovantes".

On va sauver les petites entreprises en sauvant les grosses. La théorie du ruissellement appliquée à l'aide aux entreprises. C'est cohérent au moins : puisque la même approche a si bien marché avec le Paquet, il serait absurde de changer.

L'ironie, c'est que ce sont justement les PME qui ont le plus de mal en ce moment, qui sont le plus menacées non pas par l'absence de crédit mais par la méfiance grandissante des banques (bénéficiaires de leurs propres milliards...). PSA et Lagardère ne vont pas disparaître demain. Le petit fabricant de tire-bouchons traditionnels, si. Et ce sont les PME qui sont authentiquement françaises. S'il fallait vraiment faire du patriotisme économique, ce sont eux qu'il faudrait sauver d'abord.

Mais non. L'étatisme, la consolidation du pouvoir, le copinage : toutes ces forces contribuent à favoriser tout ce qui est déjà Grand.

29 avril 2008

Il y aura toujours les couacs

Le gouvernement va avoir un spécialiste de l'anti-couac, Thierry Saussez. Mais cela ne suffira pas. Les "couacs" ne sont pas des accidents, dûs au manque de discipline des troupes gouvernmentales. Les "couacs" sont la conséquence inévitable du système Sarkozy.

Pourquoi ?

Le système Sarkozy, qui est d'abord un système de communication, consiste à vendre du bonheur au kilo, du moins sous forme de promesses. Chacun s'y retrouve. Ceux qui trouvent qu'ils travaillent trop, que la vie est trop dure ne sont pas choqués quand le Très Grand Homme (TGH) dit que "le problème de la France c'est qu'on ne travaille pas assez" (Libé), ne se sentent pas visés. Dans le système Sarkozy, chacun trouve son compte : pour les gauchisants, il y a l'ouverture ; pour les gaullistes, Sarkozy est pour le patriotisme économique ; pour les DL, Sarkozy est un libéral ; pour l'extrême droite Sarkozy est... je ne sais pas au juste : comme eux ? Bien sûr, tout cela relève d'une démarche de campagne : des promesses, de l'image, de la com' qui n'est pas censée rencontrer la réalité.

Or, finalement, ce sont les ministres qui doivent s'occuper du concret, qui doivent annoncer des mesures réelles, véritablement sociales, économiques, politiques, et c'est à ce moment là que le flou sarkozyën entre en conflit avec le précis. La droite n'a pas encore oublié les effets néfastes du rapport Attali, qui, lui aussi, était bien trop concret, donnait prise à toutes sortes de critiques, laissait les chauffeurs de taxi se plaindre... Pour fonctionner, le sarkozysme doit éviter les détails. Sauf que l'un des points supposés forts chez le TGH, c'est justement son appétit pour le boulot, faire bouger les choses. "Je suis là pour agir".

C'est là où ça couaque : le pauvre ministre qui doit annoncer sa petite mesure se trouve trop facilement en contradiction avec les grands principes du sarkozysme.

La tâche de Thierry Saussez est doublement faussée. Est-ce une question de com' interne (coordonner annonces ministérielles et com' élyséenne) ou une question de com' externe (refaire l'image du TGH) ? La véritable question n'est pas là, malheureusement pour Saussez. Pour éviter les couacs, il faudrait revoir les fondements de l'exercice du pouvoir sarkozyste. Mission impossible.

Edit: quelques fautes corrigées grâce à l'intervention de Nicolas J. (pas S.).

28 avril 2008

Contrit?

Du grand entretien télévisé de notre Très Grand Homme (TGH), la chose à dire et à penser, la sagesse médiatique, c'est que Sarkozy a "reconnu ses erreurs", que c'est un modèle d'humilité. Sarkozy est calme et sage, présidentiel sans être hyperactif, et ainsi de suite. S'il y a une information là-dedans, c'est que la communication élyséenne a changé, mais ça, on le savait déjà, depuis le revirement brutal qui a suivi la chute, tout aussi brutale, dans les sondages de notre héros.

Mais cette image d'un TGH contrit, c'est difficile à vendre quand même. Plus c'est gros... Sauf que ça ne passe pas, pas tellement, auprès des français. Pourtant, un éditorialiste au Figaro nous rappelle que les Français sont la meilleure boussole. Non, Ivan Rioufol ne s'est pas converti au socialo-communisme; selon sa "boussole", toute déviation de la ligne d'une droite très dure irait contre les souhaits profonds des Français, tous déçus de retrouver un Sarkozy tiède et confus.

Il y a pourtant quelque chose d'étrange dans cette lecture, car, sur le fond, Sarkozy ne renie pas une miette de cette première année. Les seules erreurs étaient de communication, voire de déma... de pédagogie. Même son de cloche chez Fillon. Lui, qui ne loupe jamais une occasion pour égratigner une gauche qui ne ferait pas de mal à une mouche, regrette de ne pas avoir été plus "offensif" :

J'assume ma part d'erreur! Je regrette notamment de ne pas avoir été, à l'époque, plus offensif face à une gauche qui travestissait la vérité avec des chiffres et des arguments archi faux. Nous aurions dû combattre ce discours mensonger et irresponsable avec plus de fermeté. J'ai pensé qu'il était tellement éloigné de la réalité qu'il ne prendrait pas dans l'opinion publique. J'ai eu tort.

En l'occurence, ce qui est "archi faux" c'est de dire que le bouclier fiscal a coûté 15 milliards. Il confond bouclier et paquet. C'est le paquet qui a coûté 15 milliards. Le bouclier était dans le paquet, c'est tout. Bref.

La nouvelle ligne n'est donc pas nouvelle : on fait tout bien, sauf la communication. Pour un président obsédé par la communication, pour qui tout doit être soumis aux besoins de la communication, c'est en effet un énorme échec, celui de tout un système dans lequel le pouvoir était centré sur la personne du TGH, sur sa popularité individuelle relayée et soutenues par les médias amis. D'une certaine façon, il me semble permis d'espérer que ce système là a vécu. Mais les aveux d'erreurs, la contrition présidentielle ne concernent pas cette déroute-là. La véritable erreur de communication était une sur-communication. L'aveu concerne une sous-communication : on n'a pas su expliquer ça aux Français, ou encore, on n'a pas assez tapé sur les socialos.

Finalement, l'"erreur" sarko-filloniste, celle qu'ils reconnaissent, est tout à fait à leur honneur. Ils ont trop travaillé sur le fond, les pauvres, ils ne se sont pas assez occupé de la com'. C'est terrible. Plus jamais ça, en effet.

L'erreur de com' cache la com' véritable.

26 décembre 2007

Où je lis un peu d'histoire

Enfin un billet qui ne parle pas de Sarkozy. J'étais en train de feuilleter un bouquin d'histoire, La France de 1940 à nos jours, par Marc Agulhon, André Nouschi et Ralph Schor (Armand Colin, 1995 et 2002), et je lisais ceci:

...dès le lendemain 11 juillet 1940, Pétain promulgua trois actes constitutionnels qui réorganisaient totalement l'exercice de l'autorité suprême : la présidence de la République était abolie, le maréchal assumait à la fois les fonctions de chef de l'Etat et de chef de gouvernement. Cumulant les pouvoirs législatif et exécutif, il nommait et révoquait à son grè les ministres, tout cela sans contrôle parlementaire puisque les assemblées étaient ajournées jusqu'à nouvel ordre. [...] La disparition du principe de la séparation des pouvoirs, la concentration de la quasi-totalité de ceux-ci dans les mains du maréchal, la désignation officielle d'un héritier, Pierre Laval, le 12 juillet, montraient bien que le nouveau régime, répudiant les références républicaines, démocratiques, libérales, prenait la forme d'une "monarchie" autoritaire [...].

Le caractère personnel de l'Etat français de Vichy était encore accru par la conception que Pétain lui-même avait de l'exercice du pouvoir et par certaines pratiques du nouveau régime. Face aux Français, le maréchal voulait se comporter à la fois en chef et en père. Il était jaloux de son autorité et considérait que son pouvoir venait d'en-haut [...].

Ca fait du bien de parler d'autre chose, de temps en temps.

23 décembre 2007

Le sarkozysme n'est pas une pensée mais une pratique

A tous les anti-sarko: si vous ne l'avez pas déjà lu, lisez cet article chez Mouvements : L'hémisphère droit. Comment la droite est devenue intelligente. Je l'ai vu la semaine dernière grâce à Betapolitique, il vaut largement le détour.

Le titre est évidemment provocateur, et ce que Jade Lingaard et Joseph Confavreux nous apprennent concerne moins l'intelligence, ou même la naissance d'une nouvelle droite théorique ou théorisée, que les techniques de l'ingénierie idéologique qui ont permis à Nicolas Sarkozy de remporter l'élection présidentielle. Il s'agit du

travail de fond [...] conduit par l'ancienne directrice des études et prospectives de l'UMP, Emmanuelle Mignon. Une offensive menée selon une stratégie idéologique troublante, mal perçue par la gauche pendant la campagne, qui emprunte à l'hélice de l'ADN sa rotation sur elle-même, tournant à la fois vers sa gauche et vers sa droite. Elle s'est traduite par l'intérêt du discours de l'UMP pour des sujets jusque-là identitaires de la gauche, s'appuyant sur les travaux de chercheurs de pointe, sans que la grille de lecture conservatrice ou libérale ne joue un rôle premier.

Ce qui impressionne, d'abord, c'est l'organisation de ce travail idéologique : d'abord Sarkozy crée une équipe qu'il confie à la (assez) jeune Emmanuelle Mignon; celle-ci, recrutée en 2004, organise dès janvier 2005 des "conventions thématiques", journées d'études et conférences. Les idées recueillies sont alors transformées en pré-programme, avec l'intervention du Boston Consulting Group (la première fois qu'une campagne fait appel à des consultants étrangers) pour faire "absorber" le programme aux cadres sarkozystes. Au printemps 2007, le programme est testé par des sondages très ciblés, les dernières mesures sont éliminées ou peaufinées. L'organisation est digne du lancement d'une nouvelle boisson sucrée, avec cette différence sans doute mineure, que l'on n'est pas en train de décider si la boisson doit avoir plus ou moins de bulles, mais des questions essentielles de notre grand vivre-ensemble.

Y a-t-il des leçons pour la gauche dans cette façon de faire? Oui, car il faut effectivement privilégier l'efficacité. Peut-on se faire élire sans son parti? Sarkozy a réussi en allant contre certaines structures et certains dogmes de l'UMP, mais grâce à des moyens très importants, y compris ceux du Ministère de l'Intérieur et de certains organes de l'UMP qu'il a su se mettre dans la poche.

Emmanuelle Mignon résume:

"Nous avons fait - je crois que c'est rare - une véritable expertise sociale au sein d'un mouvement politique. Et les valeurs sur lesquelles repose le projet de l'UMP sont d'autant plus fortes qu'elles ne procèdent pas d'une intention idéologique mais d'un certain pragmatisme.

Elle a l'air de dire que ce pragmatisme est quelque chose de bien, la nouveauté de Sarkozy par rapport à l'ensemble de ses prédécesseurs. Sauf que le pragmatisme de SarkoCorp n'est pas celui de l'éfficacité étatique, c'est-à-dire pas ce qui s'appelle une politique pragmatique, mais celui de l'éfficacité communicationnelle. Pas l'efficacité politique, mais l'efficacité du pouvoir : comment se faire élire, comment asseoir son pouvoir. Le "contenu" politique est secondaire. En somme, il ne faudrait pas vanter le pragmatisme de Sarkozy, ce n'est pas celui que l'on veut nous faire croire. Ce n'est pas la peine d'ériger le cynisme politique en valeur démocratique, après tout.

Tout cela est intéressant parce qu'il montre en détail le genre de machine politique avec laquelle on a affaire, ainsi que le niveau communicationnel désormais exigé de tout futur(e) candidat(e). Mais il y a aussi un aspect central du sarkoyzysme qui apparaît dans ce récit de la victoire glorieuse.

Tout se passe comme si la droite française avait fait siens certains des diagnostics sociaux portés par la gauche, quitte à y apporter ensuite des « réponses » de son crû. Il a fallu, pour élaborer le projet de Nicolas Sarkozy, rompre avec les analyses de droite plaquées sur la société française.

Et c'est là où apparaît toute la subtilité et la perversité du sarkozysme : tout en restant fondamentalement de droite, SarkoCorp réussi à recadrer l'ensemble des questions politiques de son temps de façon à laisser croire à une partie signifiante de la gauche que sa "réponse" n'est pas à droite, car elle n'est pas celle de la droite traditionnelle. Du coup, la critique habituelle de la gauche n'est plus adaptée. Le non-sarkozysme (sans parler de l'anti-sarkozysme primaire) apparaît comme un vestige d'une pensée caduque, tandis que le sarkozysme apparaît la voie unique (et lumineuse!) de la modernité de la pensée.

Cet article fondamental nous rappelle l'exigence d'être, quoi qu'il en soit, parfaitement moderne. Bien sûr, il ne faut pas suivre Sarkozy, ni sur le fond ni sur la forme, mais nous ne pourrons pas combattre le sarkozysme avec du vieux. Il va falloir avoir de l'imagination et de l'agilité. Le sarkozysme n'est pas une pensée politique : peu importe, presque, ce qu'on pense (quand on est sarkozyste), du moment qu'on gagne. Le sarkozysme est une pratique du pouvoir, surtout de son acquisition, une façon de modéler les idées pour qu'elles passent partout.

18 décembre 2007

Hyper-, omni-

Depuis les premières semaines de ce glorieux quinquennat, la presse mais aussi l'opposition, et, dans une certaine mesure la blogosphère de gauche, nous ont habitués à ces appellations pour notre Très Grand Homme (TGH) : hyperprésident, omniprésidence, et même hyperactivité. Quand on les considère sérieusement, on voit bien qu'ils renvoient au débordement de la fonction présidentielle et à l'usurpation de la plupart des rôles traditionnellement réservés au gouvernement. Dans un univers "normal", ces termes auraient été des critiques, autant de rappels d'une dérive potentiellement dangereux et sûrement anti-démocratique de notre chef d'état.

Ces termes évoquent aussi l'appétit médiatique du TGH, sa capacité à occuper en permanence le devant de la scène, d'éclipser quiconque qui oserait rivaliser avec sa Sainte Grandeur. (Il reste des choses à dire sur la religiosité de Sarkozy.) Dans un univers normal, le fait d'ainsi caractériser le comportement du président constituerait aussi une critique.

Le problème, évidemment, c'est que nous ne sommes plus dans un univers normal. Nous vivons désormais dans un cirque médiatique où l'image a pris définitivement le dessus sur la réalité, où Bruni peut, incroyablement, servir de contrepoids à Kadhafi. Quand on le dit avec des mots, c'est complètement ridicule, mais dans l'enchaînement des images cela passe très bien, cela fonctionne même à merveille.

Et dans cet univers, dire que le président est un "hyperprésident" ou qu'il instaure "l'omniprésidence", ou même, dans un rare instant de perspicacité hollandienne, dénoncer "le coup d'éclat permanent", ce ne sont plus des critiques, mais des hommages. Quand nous disons hyperprésident, nous rendons hommage à la puissance du Lider, nous réaffirmons sa toute-puissance médiatique, nous confirmons la perception populaire que "Sarkozy, il bosse". Car, comme dans la grande distribution, il vaut mieux, désormais, être hyper- que bêtement super-.

La résistance en images doit se concentrer sur des significations anti-médiatiques, qui brisent les superlatifs. Dire que Kadhafi a "humilié" Sarkozy, ça fait mal. Du coup il sort Carla. A ce titre, il faut saluer Libé pour leur papier sur les techniques sarkozyënnes pour manipuler l'actualité en ramenant le débat sur la personne du président, sur sa vie privée. Ce type d'analyse peut, aussi, faire mal, car elle nous sort des expressions permanentes d'un étonnement devant Sarkozy qui, pour finir, renforce son pouvoir. Mais quand lirons-nous dans la presse que Sarkozy est un beauf?

24 novembre 2007

Cumul et la concentration du pouvoir

Sur le blog Changer la République, dans un billet repris par Betapolitique, on lit ceci:

Dans sa lettre de mission au Premier Ministre, relative à la réforme des institutions, le Président de la République déclare « Je suis favorable à la proposition du comité consistant à interdire le cumul d’une fonction ministérielle avec tout mandat électif, à tout le moins avec tout mandat exécutif. » En clair, Monsieur Sarkosy estime comme le comité Balladur, que le travail de Ministre est un travail à temps plein et que l’on ne saurait tolérer un cumul avec un mandat dans un excécutif local.

Le billet parle surtout du fait que les ministres de ce même Nicolas Sarkozy ne semblent pas avoir compris le message, car ils préparent des campagnes municipales:

Il s’agit ainsi de Rachida Dati (Justice) dans le VIIe arrondissement de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet qui sera candidate à la mairie de Longjumeau, Jean-Marie Bockel à Mulhouse, Eric Wœrth à Chantilly (Oise) ou qui réfléchissent encore comme Xavier Darcos à Périgueux (Dordogne), Brice Hortefeux à Clermont-Ferrand ou André Santini à Issy-les-Moulineaux [...]

On ne peut pas dire que cette situation soit surprenant. Le gouvernement Fillon 2.0 était fondé sur le principe du cumul, les députations de ses ministres étant alors perçues comme des gages de "légitimité démocratique", l'une des obsessions du régime...

L'argument contre le cumul que l'on évoque le plus souvent, c'est celui du temps requis pour le poste :

Ainsi soit les ministres, n’ont pas suivi les travaux du Comité Balladur sur les institutions, n’ont pas lu la lettre de Sarkozy au Premier Ministre parce qu’ils ont trop de travail, soit ce beau monde s’en fiche et fait le pari que cette réforme sera retoquée par les partis politiques.

Et, dans un autre billet du même blog on apprend que même selon Opinionway, la majorité des français souhaite un maire à temps plein.

C'est logique. C'est le bon sens. On ne peut pas tout faire en même temps. Pourtant, ces histoires d'empoi de temps ne sont pas ce qui m'inquiète avec le cumul.

Mais ce n'est pas le vrai problème. Le vrai problème, c'est la concentration du pouvoir et l'absence de distinction entre les différents niveaux démocratique. Nous avons vu la Mairie de Paris en train de payer des salaires en Corrèze. Ce n'était pas un problème de manque de temps, à proprement parler, mais le symptôme d'une situation où la même personne a des intérêts politiques divergents, voire conflictuels.

L'effet néfaste du cumul, c'est la concentration du pouvoir, la création d'un caste de "privilégiés" politiques.

1 septembre 2007

Claude Guéant, François Fillon et l'hyperprésidentialisation

L'humilité presque masochiste - que dis-je, "presque"? carrément masochiste - de François Fillon commence, semble-t-il à s'éffriter. C'était une chose d'être éclipsé par l'ultra-hyper-méga-super-président, le Très Grand Homme (TGH) en toute sa splendeur et toute sa légitimité électorale, mais c'en est une autre de devoir se battre pour s'affirmer devant le Secretaire Général de l'Elysée. Et voilà que le Figaro enfonce le clou en lançant déjà des spéculations sur le successeur du brave Fillon, dont la seule originalité jusqu'à présent était d'avoir imaginé la suppression de son propre poste.

Claude Guéant sera-t-il premier ministre en 2008 après les élections municipales ou bien en 2010 au lendemain des régionales ? La question paraît à tout le moins prématurée. Mais, à force de voir en première ligne le secrétaire général de l'Élysée et, surtout, de l'entendre s'exprimer dans les médias, certains, dans la majorité, commencent à s'interroger.

J'avais parlé, il y a quelques semaines, de cet épisode révélé par le Canard entre Georges-Marc Benamou, conseiller élyséen pour la Culture et l'Audiovisuel, et Christine Albanel, notre Ministre de la Culture et de la Com'. C'était surprenant, je trouvais en tout cas, qu'un membre du cabinet de Sarkozy tente de s'approprier un peu de reconnaissance publique, ne se contentant pas de manier le véritable pouvoir dans l'ombre. Cela doit être dur, en effet, pour ces "conseillers" : savoir que ce sont eux qui gouvernent le pays, sans pouvoir vraiment le dire. D'ailleurs, c'est plus fort qu'eux, et ils finissent par le dire quand même.

Fillon et ses pauvres ministres devaient compter sur le fait que Sarkozy et les siens respecteraient les convenances, pensaient sans doute que l'illusion d'un véritable gouvernement avec un véritable premier ministre était nécessaire au bon déroulement des choses, à la paix sociale et à la Constitution. C'était, malheureusement pour eux, oublier que désormais le pouvoir est définitivement décomplexé. Si t'en as, tu le montres. Claude Guéant en a et ça finit par sortir. Fillon en est réduit à dire qu'il n'est pas un vulgaire collaborateur du TGH, mais un véritable chef d'Etat. Avec un bureau, et un parlément, et tout et tout.

Sans illusion sur la liberté de ton dévolue à Henri Guaino, François Fillon ne s'attendait certainement pas à voir Claude Guéant monter en première ligne à la télévision. « Lorsque les séances d'actualité reprendront, ce sont le premier ministre et les membres du gouvernement qui répondront, pas les collaborateurs de l'Élysée », confiait-il la semaine dernière, comme pour se rassurer.

Avant les législatives, Fillon était intarissable sur la légitimité que procure les élections, et Juppé a payé le prix de cette insolente doctrine cumularde. La légitimité du suffrage, c'était bien entendu une critique implicite de Dominique de Villepin, qui fut Premier Ministre sans être élu. Tout content de son élection du 6 mai, Sarkozy trouvait encore plus qu'avant qu'une élection, c'est bien.

Il se trouve maintenant que la seule élection qui compte est la présidentielle. L'Assemblée et surtout le gouvernement constituent un spectacle démocratique nécessaire pour éviter les critiques et occuper le bon peuple, mais l'on sait que le véritable pouvoir n'est pas là, que l'Assemblée UMP votera tout ce qu'on lui envoie, et que les ministres, y compris le premier, subiront, aux mains des conseillers de l'Elysée, différentes sortes de corrections s'ils se montrent inéfficaces (Christine Lagarde qui est trop longtemps restée en vacances pendant les premiers jours de la crise des subprimes). Autrement dit, avec la présidentialisation du régime, toutes ces centaines de petites élections législatives ne servent qu'à remplir des sièges, mais pas du tout à exercer le pouvoir.

L'ironie est donc que ce rapport de forces, pourtant extrêmement favorable au pouvoir élyséen - on peut difficilement imaginer une situation qui lui serait encore plus favorable -, ne suffit pas. Il faut maintenant que les élyséens occupent aussi le cirque démocratique. Selon ce même article du Fig:

[Sarkozy] casse les codes de la communication politique et autorise ses plus proches collaborateurs à s'exprimer dans les médias.

Et on en vient à imaginer, dans le Figaro en tout cas, Claude Guéant en Premier Ministre. Un nouveau Dominique de V., qui n'a jamais été élu, non plus. "C'est peut-être un DDV, mais c'est mon DDV".

Tout cela n'est que spéculation figaroesque, bien sûr. Mais confirme en tout cas que pour l'instant, le pire énnemi de la droite, c'est la droite.

28 juillet 2007

L'amour du pouvoir

Non, l'amour du pouvoir n'est pas celui que porte Sarkozy à la fonction qu'il habite, c'est la fascination, le coup de foudre permanent qu'exerce le Très Grand Homme (TGH) sur les journalistes.

Voici un exemple tristement banal, un papier dans Le Monde signé Jean-Baptiste de Montvalon : "RSS" ("Rien sinon Sarkozy"), ou la semaine - presque - ordinaire d'un "hyper-président".

Je préviens : il n'y a rien d'explosivement pro-Sarkozy, pas de capitulation particulièrement visible devant le pouvoir. Il y a même quelques signes d'esprit critique, comme la mention de l'« hyperprésident » dans le titre, ou encore l'accent mis sur l'habilité médiatique « Les images (hautes en couleur) de l'accueil que lui réserve le colonel Kadhafi viennent à point nommé pour nourrir les journaux télévisés. ». Mais ce ne sont là que les signes d'un esprit critique, dont la fonction est d'apaiser la colère naturelle du lecteur devant ce qui est par ailleurs, sous ses airs vaguement journalistiques, une longue reprise des différents points forts de la représentation narcisso-mythologique du président : énergique, partout, bosseur, etc.

Quelques exemples. Je cite:

  • LE "TSS" ("Tout sauf Sarkozy") qui se répandait sur la Toile pendant la campagne présidentielle n'est plus qu'un lointain souvenir. Depuis l'élection du nouveau chef de l'Etat, il a de facto cédé la place au "RSS" ("Rien sinon Sarkozy").
  • Chassé-croisé dans le (vrai) couple exécutif : Cécilia Sarkozy rentre de Libye - via Sofia, où l'avion de la République française a déposé les infirmières bulgares ; son mari annonce qu'il s'y rendra le lendemain.
  • Tandis qu'à la "une" du Monde le premier secrétaire du PS, François Hollande, dénonce - à défaut de pouvoir la contrer - la stratégie du "coup d'éclat permanent", l'après-midi se poursuit au même rythme.

La blague tout simplement nulle du RSS à la place du TSS, censé paraître encore plus moderne - et donc approprié pour le TGH - par confusion avec les fils d'information (Really Simple Syndication), concrétise cette fascination pour la manipulation médiatique qui ne révolte que superficiellement le sage journaliste du Monde, qui très évidemment admire cet exercice du pouvoir de communication. La communication sarkozyenne se résume finalement à un style, et avoir du style, c'est bien. On admire. Le fait que ce « style » est une manière de détourner tous les obstacles démocratiques (y compris la presse).

Que le vrai « couple exécutif » soit désormais Nico et Cécilia n'est qu'un problème mineur largement compensé par « l'éclat » que dénonce le pauvre François Hollande, forcément représenté comme un frustré qui ne peut que parler dans son coin, « faute de pouvoir [...] contrer » la force médiatique du TGH.

Est-ce parce que les journalistes comprennent si bien qu'ils sont manipulés qu'ils sont si admiratifs?

27 juillet 2007

Fusibilité

Revenons brièvement à ce que je disais ce matin des risques que courent notre Sarkozy national à ne pas respecter les hiérarchies diplomatiques et politiques.

Jacques Chirac était le mentor politique de Sarkozy, mais quand ce dernier l'a trahi, ils n'avaient pas dû traiter le chapitre sur les fusibles dans Le Grand Livre du chiraquiétude. Que de sagesse perdue pour notre Très Grand Homme (TGH) ! Car sur cette question, Chirac fait partie des meilleurs. Mitterrand, avec le suicide de Béregovoy, c'était un amateur à côté.

Juppé fut condamné, et Villepin le sera sûrement. Chirac plane.

Qui ferais autant pour Sarkozy? Qui pourrait le faire, puisque, pour être efficace, un fusible doit avoir des grandes responsabilités. Sinon personne ne le tiendra pour responsable.

« Le fusible, c'est moi. »

20 juillet 2007

La mauvaise foi en quantité industrielle à prix d'ami

C'est Eric Besson dans Le Monde. Je ne sais même pas où commencer, il faudrait commenter tout l'entretien, phrase par phrase, et même alors, je serais sûr de manquer des morceaux de choix.

Commençons par la question qu'on lui pose:

Ayant rallié Nicolas Sarkozy dès la campagne présidentielle, vous avez été parmi les premières personnalités de gauche nommées au gouvernement (secrétaire d'Etat chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques) au titre de l'ouverture

Est-ce vraiment au titre de l'ouverture que Besson est entré au gouvernement, lui qui avait « rallié » Nicolas Sarkozy pendant la campagne, donc bien avant que l'on parle d'ouverture ? Au moment d'entrer au gouvernement, Besson était-il encore un homme de gauche? Mais passons, ce n'est pas encore Besson qui parle.

J'avais reproché au Parti socialiste d'être devenu un parti du statu quo, qui refuse d'assumer son réformisme car le réel trouble sa grille de lecture. Nous nous adressons désormais à ceux qui se disent que Nicolas Sarkozy incarne aujourd'hui des valeurs, une ambition et une soif d'action que nous étions allés chercher à gauche.

Voilà un thème bien sarkozyen : l'action pour l'action. Il est compréhensible que l'on puisse faire la critique de l'immobilisme à propos du PS, encore qu'il eût fallu que le PS soit au pouvoir pour ne pas être immobile, et que l'opposition est naturellement dans une position de freiner qu'autre chose. Mais ce qui est malhonnête, c'est de dire que, puisque le PS ne change pas les choses, on va aller chez Sarkozy. Peu importe le sens du changement, pourvu que ça bouge! L'action pour l'action, la « réforme » pour « la réforme » sans justification politique, c'est la suppression pur et simple de la politique. Seul compte, comme le parcours de Besson le montre, le pouvoir, en somme.

La tonalité dominante du "bouclier fiscal" n'est pas vraiment de gauche...
La gauche n'aurait effectivement pas porté ce projet, mais ce dernier traduit la cohérence de la pensée du président de la République, qui veut que la France retrouve toute sa compétitivité et son attractivité.

Ah, la cohérence! Autre idole sarkozyen. Encore une fois : peu importe ce que le gouvernement fait, du moment que c'est cohérent. Mais puisque cette mesure, de droite (car la gauche ne l'aurait pas fait, il concède), est si admirablement cohérente avec le reste du programme du Très Grand Homme (TGH), n'est-ce pas que l'ensemble du programme est tout autant de droite ?

Par ailleurs, je ne dis pas que Nicolas Sarkozy est devenu un homme de gauche. Mais comme il se moque de savoir si telle ou telle mesure est estampillée à droite, à gauche ou au centre, on peut discuter de solutions potentielles sans tabou, ce que ne s'autorise pas la gauche. Il y a chez le président un très grand pragmatisme que l'on retrouve dans les discussions que l'on peut avoir avec lui. Au demeurant, je ne sais plus, sur un certain nombre de sujets, si le clivage droite-gauche est vraiment opérant.

«... sans tabou » Il va falloir commenter cette petite formule, qui est devenue si fréquente dans les discours du nouveau pouvoir décomplexé que cela ne peut qu'être louche.

Mais le pire dans cet éloge du Très Grand Sage (TGS), qui comme Bayrou n'est ni de droite ni de gauche, c'est cette façon de gommer toutes les distinctions. La politique n'existe plus, il est même impossible de s'opposer à Sarkozy parce qu'il est déjà de chaque côté de chaque point sur lequel on pourrait même envisager une opposition.

Bref c'est insupportable, c'est dangereux, et tout le reste.

13 juillet 2007

La droite contre la droite (encore)

Quand je parlais de la paranoïa sarkozÿenne l'autre jour, je me demandais si le Président de la R. avait plus peur de la droite, de sa droite, que de la gauche. C'est l'un des mystères des temps modernes : comment la droite peut-elle contenir autant de rivalités, de mesquineries, de sales coups ? La gauche fait ce qu'elle peut pour rivaliser, mais comment rivaliser avec des gens capables de monter l'affaire Clearstream. Ça demandais de l'imagination, du dévouement...

Bref.

Tout le monde parle de l'hyperprésidentialisme, de la disparition de Fillon. En même temps, tout le monde parle de la politique d'"ouverture", la chasse au têtes de gauche. On parle même des déçus à droite, comme le pauvre Pierre Lelouche, qui auraient tant aimé faire partie de ce majestueux gouvernement qui va tout réformer.

Sauf que, ce gouvernement, Sarkozy n'en a, visiblement, rien à foutre. Le vrai gouvernement est à l'Elysée. Chaque ministre a son double à l'Elysée, qui lui dicte sa vraie marge de manoeuvre. Au tout début du mandant du TGH, on avait noté les manoeuvres pour centraliser certains pouvoirs à l'Elysée, la police et la diplomatie notamment (j'en ai parlé ici par exemple). Cette tendance se confirme : il y a, à l'Elysée... j'allais dire un "shadow gouvernement". Mais en réalité, le "shadow gouvernement" c'est Matignon et les ministres. L'authentique est à l'Elysée.

En écumant le Canard de cette semaine, on trouve deux morceaux assez révélateurs:

  1. La Mare aux Canards : "Darcos reçoit une leçon". Où l'on apprend que la suppression de 10,000 postes était l'idée de Darcos, tandis que l'Elysée en voulait 17,000. Colère de Fillon : "Darcos a fait exprès de parler de la suppression de 10 000 postes de fonctionnaires [...]. Il tente d'éviter qu'on ne lui en impose 17 000 comme le veut la règle du un sur deux. [...] C'ets honteux de pratiquer comme cela, cette manière de faire pression pour gagner ses arbitrages." Il a raison, c'est honteux ! Colère aussi de Sarkozy, qui est toujours aussi délicat : "Certains membres du gouvernement ont l'air de se foutre de la gueule du monde [...] ils veulent oulbier la règle du un sur deux parce qu'ils ont peur de se mettre les syndicats à dos." La colère syndicale est bonne pour les ministres, moins bonne pour un Président. 10 000 postes, c'était un cadeau.
  2. Page quatre : "Benamou pousse la note à Aix" Une histoire assez drôle, assez cocasse. La ministre de la Culture est invitée, avec toutes les formes, par la mairie d'Aix pour assister à l'inauguration du Grand Théâtre de Provence. Georges-Marc Benamou, conseilller pour la Culture et l'Audiovisuel à l'Elysée, envoie une lettre à la mairie pour les prévenir qu'il comptait venir aussi, pour qu'on lui réserve voiture, hôtel (de charme) et tout le tralala. Recevant déjà la Ministre de la Culture, la mairie refuse. Benamou revient à la charge, avec une lettre signée par Sarkozy lui-même. La mairie accepte. Et pour finir, ni la municipalité, ni Benamou, ni l'Elysée ne règlent la note à la Villa Gallici où Benamou a séjourné.

Ce dernier exemple est assez étrange, car il montre que ces conseillers de l'Elysée ne veulent pas rester dans l'ombre, se contentant de tirer les ficelles du pouvoir réel, mais cherchent aussi à rivaliser publiquement avec le gouvernement. Il ne suffit pas d'avoir le pouvoir, il faut aussi que tout le monde le sache. Il faut que ce pouvoir soit symbolisé.

Quand on parle d'"ouverture", il devient clair qu'il ne signifie pas grand'chose d'être ministre sous Sarkozy. Les places sont pas si chères, finalement.