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12 avril 2011

La burqa, suite et début

Mes amis s'énervent contre les provocatrices en burqa. Il y a quelque chose de violent dans leurs propos qui m'attriste un peu.

Juan écrit :

Cette loi ne sert pas à grand chose, mais ces deux provocatrices ne méritent que le mépris. Voir l’une des deux s’exprimer à la télévision, le visage voilé intégralement, réclamer sa liberté de religion est exaspérant. Une vraie connerie qui n’a rien à faire dans notre France laïque et républicaine.

Casse-toi, ma chérie. Casse -toi.

Jegoun est plutôt Law & Order :

Si vous voulez vous habiller en Burqa, allez dans des pays où s’est toléré…

Vous avez le droit de préférer vivre en Afghanistan ou en Iran, c’est votre droit, votre liberté, je m’en fous. Dans mon pays, on ne s’habille pas en burqua. On ne se déguise pas en prison.

Alors je m’associe à mes camarades blogueurs Juan, Marc et Dagrouik et je dis : cassez-vous.

Marc fait un billet pour dire qu'il est d'accord avec Juan et pour rappeller sa position : interdire la burqa c'est résister au communautarisme.

Dagrouik est d'accord aussi:

Moi je lui dit plus directement : Casse toi pauvre conne! Va faire la leçon là où il manque la démocratie que tu nies et que tu utilises en meme temps.

Je sais que mes amis sont motivés par la laïcité, par des considérations sur l'égalité des femmes, mais cette idée que ces femmes, provocatrices, certes, doivent « se casser » me trouble quand même. Car c'est ce qui se dit le plus souvent à propos des « immigrés » : si vous n'aimez pas la France, rentrez chez vous !

Dagrouik regrette l'instrumentalisation prévisible de l'affaire par la droite xénophobe:

Et non, chers lecteurs, je ne suis pas devenu Sarkozyste. Mais voir de telles bêtises qui seront en plus montées en épingle par le FNUMP ça m'énerve.

Et falconhill voudrait qu'on puisse « passer à autre chose ».

Ce qui est embêtant, c'est que maintenant qu'il y a une loi, il va suffire pour n'importe qui, femme ou pas, musulmane ou pas, d'enfiler une burqa, pour créer l'incident, engageant droits de l'homme, liberté d'expression, conflit des civilisations. La République est déormais abonnée à ce genre de provocation, car elle doit réagir. C'est la loi.

On va me dire : oui, mais la burqa c'est horrible, etc. Évidemment. Mais nous avons collectivement pris un phénomène marginal, déjà sans doute une provocation, au moins parfois, pour en faire une de ces grosses questions de société dont la presse rafolle.

Dagrouik encore :

En quoi la burqa est elle anti république ou antinomique à la laïcité ? C'est simple, son costume est une allégorie de l'univers carcéral qu'elle promeut : la femme et l'homme enfermé dans des croyances avec supériorité de l'un sur l'autre, la notion de droit divin supérieur au droit de la Nation, promeut un modèle de société basée sur des regles non égalitaires.

Justement, la burqa est une allégorie. Mais la connerie, c'était de légiférer sur une allégorie. Je ne veux pas voir cette allégorie là sur les trottoirs de ma ville ! Et les bikers avec le drapeau des Etats-Unis sur leurs blousons, sont-ils du coup solidaires des crimes impérialistes que la République ne saurait tolérer sur ses trottoirs ? Et si je me ballade avec une couronne sur la tête, ne serai-je pas en contradiction avec les valeurs fondamentales de la République ? Pourtant, les royalistes sont tolérés.

Du coup nous avons une loi stupide et inutile (les ventes de burqa vont sûrement monté en flèche), la probable multiplication des instrumentalisations par les Guéant et Buisson.

Sarkozy a compris comment instrumentaliser la laïcité tout en flattant les penchants islamophobes d'une certaine catégorie d'électeur qui lui sera très utile en 2012. Les gars, arrêtez de tomber dans le panneau.

24 novembre 2009

Besson et la purification symbolique de la nation

Besson fait un entretien au JDD. (Juan en parle aussi.) C'était dimanche dernier. Pour une fois les questions étaient un peu dures, surtout sur la relation entre le « Débat » sur l'Identité Nationale et l'immigration. Exemple :

Comment organiser l’identité nationale, quand on est le gendarme de l’immigration?

C’est une fausse perception. [...] Mais tout se tient. Pour consolider l’intégration, il faut lutter contre les filières de l’immigration clandestine et les mafias qui l’organisent…

Comment ça, une fausse perception ? Besson est bien « gendarme de l'immigration » (et des Expulsions, des Rafles et des Charters), et il est bien chargé de nous vendre l'Identité Nationale. « Tout se tient », en effet, comme il le dit si admirablement. La tentation est grande d'aller droit au but : tout se tient, Monsieur, c'est-à-dire votre identité nationale et la xénophobie, c'est-à-dire identité nationaliste et électeurs du Front National. Mais comme nous voulons être sages et poli, essayons de décortiquer un peu plus.

Pour au moins 50%, le programme IdentNat d'Éric Besson tourne autour de l'immigration. Sous prétexte de réussir l'intégration. Si vous allez sur le grand site du débat (hashtag #xenophobie_2.0), vous trouverez en ce moment les deux premières propositions du gendarme-propagandiste. Voici la première :

Faire connaître et partager l’identité nationale.

Notre Nation s’est constituée au fil des siècles par l’accueil et l’intégration de personnes d’origine étrangère. Ce grand débat doit permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration.

Pour aboutir à la question :

Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ?

Dans la stratégie de communication de Besson, il y a d'abord son côté gentil : aidons les pauvres immigrés à s'intégrer, apprécier leur apport à la Nation, blah blah blah. Et l'argument, à la base, est qu'en faisant ici, sera résolu l'autre problème, le vrai problème, celui qui revient tout le temps, y compris dans la bouche du Très Grand Homme (TGH) : le communautarisme.

De la circulaire bessonienne :

Ce débat répond aussi aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations. Au moment même où l’Union européenne franchit une nouvelle étape de son intégration, et où la crise économique et financière internationale démontre combien la mondialisation rend l’avenir des Nations interdépendant, ce débat a pour objectif d’associer l’ensemble de nos concitoyens à une réflexion de fond sur ce que signifie, en ce début de 21ème siècle, « être Français ».

Le communautarisme avec, comme dans les discours de Sarkozy, le Burqa : quel stratège UMPiste aurait jamais pu imaginer meilleur épouvantail, chiffon rouge à agiter devant les yeux des Républicains old-school, y compris de gauche. Le sarkozyzme apprécie les débats qui divisent le parti adverse ; le voile, la burqa sont des sujets de rêve pour semer la zizanie chez les bien pensants. De même que le communautarisme, avec, en toile de fond, la question de l'Islam qui permet de mettre provisoirement dans le même caps les laïques purs-et-durs et les catholiques qui ont peur que la France deviennent un pays musulman.

De fil en aiguille, donc, on arrive à la question policère. Lutter contre les immigrés en situation irrégulière c'est valoriser, ou disculper, ceux qui sont en situation régulière. Et pour enfoncer le clou, Besson, dans le JDD, cite Patrick Lozes :

Le président du CRAN Patrick Lozes dit à juste titre que "rien ne ressemble plus à un étranger régulier qu’un étranger irrégulier"... La lutte contre l’immigration clandestine est peut-être politiquement incorrecte, mais elle est profondément républicaine, puisqu’elle met fin à cette confusion.

Je disais « de fil en aiguille » : mais au fait, me dira le lecteur attentif et critique, quel rapport y a-t-il entre immigration, légale ou illégale, et communautarisme ? On sait qu'en France, le communautarisme est toujours en « montée ». Le communautarisme est toujours un truc qui va nous engouffrer demain, et la Nation et la République (et l'Église...) avec. Mais le chaînon manquant dans cette « pensée », c'est que « la montée du communautarisme » ne concerne pas les immigrés. Et encore moins les immigrés clandestins. Le communautarisme se pratique d'abord chez des jeunes français dont les parents ou les grands-parents étaient immigrés. En quête d'identité, sans doute, mais pas parce qu'ils ne savent pas ce que c'est d'être français, mais plutôt parce qu'ils ont beau être français, on les voient encore comme des « immigrés ».

C'est un thème sur lequel je suis souvent revenu : la lutte contre l'immigration dans ce grand cadre nationaliste, est avant tout symbolique. L'identité nationale chez des gens comme Hortefeux et Besson est en panne depuis la décolonisation ; les « immigrés » qu'ils voudraient expulser ne sont pas ceux de 2009 mais ceux des années soixante et soixante-dix qui sont en grande partie aujourd'hui des citoyens français. Il n'y a pas si longtemps le programme du Front National proposait de revenir sur toutes les naturalisations depuis 1973, je crois. Hortefeux et Besson sont un peu plus raisonables : ils ont trouvé une parade symbolique.