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27 avril 2012

Trop d'étrangers ? Répondre à une question piégée

Avez-vous arrêté de battre votre femme ?

Euh… je n'ai jamais…

Oui ou non ! Pas d'esquive !

Pujadas, hier soir, pose encore à François Hollande la question : "y a-t-il trop d'étrangers en France ?" Hollande dit, une fois de plus, qu'il n'expulserait pas les étrangers en situation régulière, mais expulserait ceux en situation irrégulière. Pujadas le presse sur sa "conviction" ou son "sentiment" intime : "trop d'étrangers ?"

François Hollande ne veut pas répondre "non, il n'y en a pas trop", sachant qu'aussitôt la droite l'accusera de vouloir les portes à "toute la misère du monde". Il ne va pas quand même dire "oui, il y en a trop", justifiant ainsi tous les fantasmes xénophobes de la majorité anti-républicaine de l'UMP. Et le format télévisuel, les exigences de la communication ne permettent pas à Hollande d'expliquer que la question est terriblement biaisée, piègée et sortie tout droit de la rhétorique sarko-mariniste. (Voilà un concept : le sarko-marinisme. Seulement cinq réponses sur Google pour l'instant.)

Bien évidemment, la question, débarrassée de sa fausse naïveté, est plutôt : "est-ce que notre problème, ce n'est pas l'excès d'étrangers ?" En poussant, on remplace "étrangers" par "immigrés" (la question c'est "l'immigration" après tout), on ajoute un peu de "halal", un peu du "vote communautaire", une dose de "Tariq Ramadan" et la triangulation thématique s'enclenche. Plutôt que parler des flux migratoires nous sommes en train parler, encore une fois, de la place de l'Islam dans la société.

Hollande répond effectivement en refusant la question, sans pour autant dire qu'il la refuse. Il essaie de prendre de la hauteur, il parle en homme d'État : expulser ou ne pas expulser ? Le téléjournaliste veut de l'émotion, du sentiment, veut finalement qu'il se place dans la dimension sarkozyste, ce monde imaginaire, celui du petit village français, où tout est symbolique et où la réalité importe peu. Hollande évite de se laisser entrainer sur ce terrain et c'est tant mieux. Le prix à payer, du moins aux yeux des journalistes, c'était de sembler "esquiver" la question, et de tomber dans l'un des autres éléments de langague de l'UMP.

La journaliste du Monde sur le plateau n'hésite pas à enfoncer le clou, et c'est ce qui apparaît dans le résumé que le journal publie ce matin :

Le candidat PS, qui passait le premier, s'est efforcé de se poser en opposition à son adversaire et d'apparaître aussi "présidentiel" que possible, même s'il a parfois donné l'impression d'esquiver.

Si c'est le prix à payer, tant pis. Je garde le regret, cependant, que le candidat n'ait pas explosé la question elle-même. C'est toujours plus facile de trouver des réponses après coup. Voici la mienne :

Trop d'étrangers en France ? Vous voulez dire : est-ce le problème de la France qu'il y a trop d'étrangers ? Le candidat sortant, comme d'ailleurs la candidate du Front National, voudraient nous faire croire que les "immigrés" sont la cause de tous nos problèmes, le chômage, les déficits de nos comptes sociaux. C'est une manière de nous détourner des vrais problèmes et des vraies solutions. C'est ça l'esquive.

Edit: Voir le billet de Dagrouik publié presque simaultanément.

27 mars 2012

La triangulation thématique

Habituellement, quand on parle de "triangulation" à propos de Nicolas Sarkozy, cela veut quelque chose comme l'histoire de la burqa : les droites républicaine, catholique et islamophobe y trouvent leur compte ; la gauche se trouve divisée (ou elle devrait l'être, en tout cas) entre les défenseurs de laïcité et défense des femmes, et ceux des droits individuels et du multiculturalisme. Sarkozy peut tour à tour être xénophobe et faire semblant d'être à gauche, il n'y a plus que lui qui parle et l'affaire est dans le sac.

Il y a une autre forme de triangulation, plutôt thématique celle-ci. La triangulation, en navigation, permet de déterminer un point inconnu à partir de deux ou plusieurs points connus. Dans la comm' sarkozyënne, le point inconnu, c'est plutôt le point indicible, c'est-à-dire la xénophobie anti-musulmane pure et dure. Celle-ci reste interdite pour un candidat, à la différence de Marine Le Pen, qui espère attirer aussi des électeurs non-xénophobes. D'où l'intérêt de la triangulation, une certaine organisation thématique qui permet de suggérer ce qu'on ne peut pas dire.

Le problème, pour le Très Grand Homme (TGH), est de trouver comment tirer un profit électoral des meurtres de Toulouse et Montauban. Dans un premier temps, tout est axé sur la dignité, la présidentialité et, surtout, la très régalienne Sécurité. Jean-François Copé a fait ce qu'il a pu pour saper les deux premières valeurs, et le "Aznar à l'envers" tant souhaité n'a pas eu lieu. Reste donc la sécurité, mais elle n'est pas suffisante, notamment parce que Marine Le Pen double Sarkozy à droite, en voyant dans chaque bateau et chaque avion de multiples Merah en puissance :

"Combien de Mohamed Merah, dans les avions et les bateaux, qui arrivent chaque jour en France ? Combien de Mohamed Merah, dans les 300 clandestins qui arrivent chaque jour en Grèce via la Turquie, première étape de leur odyssée européenne ?"

Alors le TGH, dont l'un des thèmes de campagne majeurs est que son rival dit une chose aux uns et une autre aux autres, alors notre TGH joue le raisonable :

"Dès qu'il y quelque chose d'outrancier à dire, on peut compter sur Marine Le Pen", a jugé M. Sarkozy, qui était interrogé, lundi 26 mars sur France Info, à vingt-huit jours du premier tour de l'élection présidentielle. "Dire 'immigration égale Mohamed Merah', qui est né en France, cela n'a aucun sens."

Mais à peine 24 heures plus tard, le courageux Président cherche à rattrapper Le Pen comme il peut, en accréditant le lien entre terrorisme et immigration :

Nicolas Sarkozy a annoncé mardi une accélération des expulsions des "extrémistes" présents en France et assuré que toutes les personnes tenant des "propos infâmants" contre la France ne seraient pas autorisées à entrer sur le territoire national.

Tout le jeu de la triangulation thématique consiste à charger, clandestinement, la barque. Quand on dit "sécurité", l'électeur xénophobe entend "protection contre les 'Arabes'" ; quand on dit "maîtriser l'immigration", l'électeur xénophobe entend "moins d'Arabes" ; quand on dit "terrorisme", l'électeur xénophobe entend "danger islamiste". Ensemble, tous ces mots forment une phrase. Cette phrase ne peut pas être prononcée par un candidat qui espère encore récupérer quelques voix non-xénophobes. La triangulation permet de la suggérer sans la dire.

24 novembre 2009

Besson et la purification symbolique de la nation

Besson fait un entretien au JDD. (Juan en parle aussi.) C'était dimanche dernier. Pour une fois les questions étaient un peu dures, surtout sur la relation entre le « Débat » sur l'Identité Nationale et l'immigration. Exemple :

Comment organiser l’identité nationale, quand on est le gendarme de l’immigration?

C’est une fausse perception. [...] Mais tout se tient. Pour consolider l’intégration, il faut lutter contre les filières de l’immigration clandestine et les mafias qui l’organisent…

Comment ça, une fausse perception ? Besson est bien « gendarme de l'immigration » (et des Expulsions, des Rafles et des Charters), et il est bien chargé de nous vendre l'Identité Nationale. « Tout se tient », en effet, comme il le dit si admirablement. La tentation est grande d'aller droit au but : tout se tient, Monsieur, c'est-à-dire votre identité nationale et la xénophobie, c'est-à-dire identité nationaliste et électeurs du Front National. Mais comme nous voulons être sages et poli, essayons de décortiquer un peu plus.

Pour au moins 50%, le programme IdentNat d'Éric Besson tourne autour de l'immigration. Sous prétexte de réussir l'intégration. Si vous allez sur le grand site du débat (hashtag #xenophobie_2.0), vous trouverez en ce moment les deux premières propositions du gendarme-propagandiste. Voici la première :

Faire connaître et partager l’identité nationale.

Notre Nation s’est constituée au fil des siècles par l’accueil et l’intégration de personnes d’origine étrangère. Ce grand débat doit permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration.

Pour aboutir à la question :

Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ?

Dans la stratégie de communication de Besson, il y a d'abord son côté gentil : aidons les pauvres immigrés à s'intégrer, apprécier leur apport à la Nation, blah blah blah. Et l'argument, à la base, est qu'en faisant ici, sera résolu l'autre problème, le vrai problème, celui qui revient tout le temps, y compris dans la bouche du Très Grand Homme (TGH) : le communautarisme.

De la circulaire bessonienne :

Ce débat répond aussi aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations. Au moment même où l’Union européenne franchit une nouvelle étape de son intégration, et où la crise économique et financière internationale démontre combien la mondialisation rend l’avenir des Nations interdépendant, ce débat a pour objectif d’associer l’ensemble de nos concitoyens à une réflexion de fond sur ce que signifie, en ce début de 21ème siècle, « être Français ».

Le communautarisme avec, comme dans les discours de Sarkozy, le Burqa : quel stratège UMPiste aurait jamais pu imaginer meilleur épouvantail, chiffon rouge à agiter devant les yeux des Républicains old-school, y compris de gauche. Le sarkozyzme apprécie les débats qui divisent le parti adverse ; le voile, la burqa sont des sujets de rêve pour semer la zizanie chez les bien pensants. De même que le communautarisme, avec, en toile de fond, la question de l'Islam qui permet de mettre provisoirement dans le même caps les laïques purs-et-durs et les catholiques qui ont peur que la France deviennent un pays musulman.

De fil en aiguille, donc, on arrive à la question policère. Lutter contre les immigrés en situation irrégulière c'est valoriser, ou disculper, ceux qui sont en situation régulière. Et pour enfoncer le clou, Besson, dans le JDD, cite Patrick Lozes :

Le président du CRAN Patrick Lozes dit à juste titre que "rien ne ressemble plus à un étranger régulier qu’un étranger irrégulier"... La lutte contre l’immigration clandestine est peut-être politiquement incorrecte, mais elle est profondément républicaine, puisqu’elle met fin à cette confusion.

Je disais « de fil en aiguille » : mais au fait, me dira le lecteur attentif et critique, quel rapport y a-t-il entre immigration, légale ou illégale, et communautarisme ? On sait qu'en France, le communautarisme est toujours en « montée ». Le communautarisme est toujours un truc qui va nous engouffrer demain, et la Nation et la République (et l'Église...) avec. Mais le chaînon manquant dans cette « pensée », c'est que « la montée du communautarisme » ne concerne pas les immigrés. Et encore moins les immigrés clandestins. Le communautarisme se pratique d'abord chez des jeunes français dont les parents ou les grands-parents étaient immigrés. En quête d'identité, sans doute, mais pas parce qu'ils ne savent pas ce que c'est d'être français, mais plutôt parce qu'ils ont beau être français, on les voient encore comme des « immigrés ».

C'est un thème sur lequel je suis souvent revenu : la lutte contre l'immigration dans ce grand cadre nationaliste, est avant tout symbolique. L'identité nationale chez des gens comme Hortefeux et Besson est en panne depuis la décolonisation ; les « immigrés » qu'ils voudraient expulser ne sont pas ceux de 2009 mais ceux des années soixante et soixante-dix qui sont en grande partie aujourd'hui des citoyens français. Il n'y a pas si longtemps le programme du Front National proposait de revenir sur toutes les naturalisations depuis 1973, je crois. Hortefeux et Besson sont un peu plus raisonables : ils ont trouvé une parade symbolique.

23 avril 2009

Je suis une bande de jeunes (deuxième partie)

Hier je parlais de l'inefficacité réelle de la nouvelle loi sur les "bandes". Encore une loi pour rien, du bruit (beaucoup) pour rien. Les ficelles sont tellement grosses, tellement usées (une ficelle peut-elle être usée jusqu'à la corde ?) que l'on se dit parfois qu'il n'est même plus la peine de les relever. Après tout, à notre tout petit niveau, cela contribue à renforcer le bruit, et pendant ce temps là on ne parle pas d'autre chose, comme ce que le pauvre Éric Besson est en train de nous préparer pour débarrasser les honnêtes gens de Calais de ces clandestins que Nicolas Sarkozy avait déjà mis dehors en 2002 pour régler le problème de Sangatte. J'étais tout particulièrement touché par ce représentant (un frère anonyme) d'une entreprise qui voit dans ces clandestins un menace existentiel :

"Si on ne fait rien, nos entreprises n'existeront plus l'année prochaine", a affirmé de son côté le représentant d'European Diesel Card, sans décliner son nom.

Je prolonge ma digression quelques phrases de plus pour inclure cette jolie déclaration de la maire UMP de Calais qui n'hésite pas une seconde à associer, de façon complètement farfelue, les clandestins qui cherchent à gagner le Royaume Uni et le chômage dans sa ville :

De son côté, la maire de Calais, Natacha Bouchart (UMP), a souligné que sa ville comptait 14% de chômeurs et 6.000 Rmistes. "Nous n'arrivons plus à gérer le problème des migrants" a-t-elle dit.

Bref, voilà ce dont je devrais être en train de vous parler aujourd'hui, mais quand je tiens un sujet j'ai parfois quelque mal à le lâcher, et je reviens à nos bandes. De jeunes, à condition que ce ne soient pas des simples "groupes de copains".

Une mesure pour rien (même la police est d'accord), donc, mais à haute valeur symbolique, dans un domaine où le symbolisme est tout, et où la réalité n'est rien. De plus c'est un terrain symbolique de prédilection pour le Chanoine de Latran (CDL, merci à peuples). Et c'est donc symboliquement que cette loi me gêne, car elle est l'expression, de la part des gens bien, de la certitude d'une culpabilité partagée de ces gens là. "Mais Monsieur, je n'ai rien fait, c'est eux..." "T'es copain avec eux?" "Oui mais..." "Dans le fourgon!" Ils sont tous coupables, même s'ils n'ont rien fait. Parce que même si on ne peut rien prouver, nous savons tous très bien qu'ils sont coupables. Alors pourquoi tergiverser?

Heureusement, la justice semble encore exiger des preuves, maintient un certain sérieux. Malheureusement, elle n'a aucun contrôle sur l'instrumentalisation des lois, devenus des sortes de tractes ou des jouets où le Pouvoir peut flatter la xénophobie des honnêtes gens.

19 janvier 2008

La religion : le parafoudre de Dieu

Sarkozy continue à parler religion, et j'allais (re)dire ce que j'en pense, en somme qu'il s'agit de rétablir un ordre colonial sans colonies, dans lequel les colonisés (anciennement : "immigrés"; anciennement : "jeunesse issue de l'immigration"; bientôt : "vieux et jeunes issus de l'immigration"...) n'ont qu'à bien se tenir : ils ne partagent pas les "racines chrétiennes" de la classe coloniale, ne pourront jamais être des vrais français, et ainsi de suite. On comprend de mieux en mieux comment la politique de l'Identité Raciale de Brice Hortefeux n'est pas ni un détail, ni un accident, ni une concession à l'extrême droite, mais la pièce maîtresse dans le symbolisme idéologique de Nicolas Sarkozy. Enlever le racisme et la xénophobie et tout s'écroule.

Voilà donc le billet auquel vous avez échappé. Pour le moment en tout cas.

C'est ce que j'allais écrire avant de lire ce matin le billet de Juan concernant les dernières élucubrations mystiques de notre Très Grand Chanoine (TGC). Juan conclut son billet ainsi :

J'ai tendance à penser qu'il faut réserver les combats aux "causes réelles et sérieuses" d'inquiétudes. La laïcité, aujourd'hui, est-elle menacée par une décision du gouvernement Sarkozy ? Non. La sécurité sociale, oui. L'intégration, oui. La démocratie parlementaire, oui. Le pouvoir d'achat des plus pauvres, oui.

Au contraire, ne s'agit il pas d'un "vacarme" supplémentaire ? Il est toujours plus facile pour la gauche de pousser des cries effrayés sur la laïcité (qui leur reprochera ?), que de se mettre d'accord sur des contre-propositions contre les mesures de destructions sociales ou le mini Traité Européen. Cela n'empêche pas la vigilance, bien au contraire. Mais on a l'habitude.

Voilà ce qui fait "Tilt!" Chez moi en tout cas. N'oublions pas l'un des fondements essentiels du sarkozysme : les mots ne coûtent rien, le pognon est pour les amis. Il y a deux Sarkozy (je sais : un suffit largement, mais c'est pour les besoins de la démonstration) : l'un a un complexe identitaire qui le pouse à affirmer ses racines chrétiennes, à proclamer qu'il y a trop de musulmans en Europe, à montrer Bigard au Pape ; l'autre ne pense qu'à solidifier son pouvoir et à en profiter, en faisant profiter ses copains, les membres de sa caste par la même occasion. Celui-ci est prêt à dire n'importe quoi si d'aventure cela peut l'arranger : pleurer la lettre de Guy Môquet, pratiquer "l'ouverture", promettre de revaloriser le pouvoir d'achat et les petites retraites.

Bien sûr, quand Sarkozy met en cause la laïcité, oublie qu'il existe en France encore quelques athées, ce sont les deux Sarkozy qui parlent en même temps. Je ne sais pas grand'chose de ses convictions intimes (à la rigueur je m'en fous), mais j'ai le soupçon qu'avec ce thème nous ne sommes pas loin de ce que le bonhomme pense vraiment. Mais peu importe. Car l'autre Sarkozy, le narcissique qui est prêt à raconter n'importe quoi du moment que ça lui est utile, parle en même temps. Et celui-ci ne pense qu'en termes tactiques.

Quel intérêt y a-t-il à émeuter les défenseurs de la laïcité ? Comme le dit Juan, il faut créer du "vacarme". La religion est le paratonnerre du moment, comme les tests ADN avaient servi de chiffon rouge au moment de la loi Hortefeux (l'ignoble, l'infâme, l'abominable...). Il faut bien que les gauchistes aient des sujets de polémique, laissons-les dépenser leurs forces et leur salive pour des conneries, pour quelque chose qui de toute façon ne mange pas de pain. Tout est bon, en fait, qui remet la gauche en position de "donneur de leçon", tout en donnant des gages à la bonne vieille droite.

Carla Bruni est une diversion, la religion l'est aussi. Je pense. Mais c'est une diversion plus grave et plus perverse que sa vie de flambeur avec Carla B. Car s'il ne recontrait pas de résistance sur ce chemin, il est certain qu'il ne se priverait pas d'aller plus loin, avec des conséquences que l'on peut trop facilement imaginer. Comme le dit encore Juan, il faut rester vigilants.

UPDATE: je rajoute le tag "vacarme" après avoir lu ceci.

14 janvier 2008

Fillon nous instruit

Fillon apprend à faire comme son Maître. (Libé):

Dans son discours, il a distingué «ceux qui obtiennent, par leurs efforts et leurs compétences, des papiers pour travailler et résider en France» et «ceux qui ne répondent pas aux critères posés par nos lois et n'ont pas de papiers sont appelés à être reconduits dans leur pays (...) sinon, c'est la loi de la jungle, la loi des réseaux, la loi du plus fort», a-t-il prévenu. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Si on simplifie les choses, la loi du plus fort est celui du capitalisme et donc, plus ou moins, la vision de la plupart de droites du monde. Mais comme la plupart des électeurs ne sont pas des forts, mais des faibles, conscients de la précarité de leur peu de bonheur, la droite, les droites, soucieux de gagner des élections grâce aux voix de ces mêmes faibles, doivent trouver des raisons pour que ceux-ci votent contre leurs propres intérêts.

Sarkozy, comme Chirac avec sa "fracture sociale", ou Bush Junior avec son "compassionate conservatism", cherche moins à persuader les électeurs que son programme de droite va être bénéfique pour eux, qu'à camoufler un programme de droite avec des vagues idées de gauche, ou encore avec sa fameuse "ouverture" qui, comme le reste du sarkozysme, s'essoufle aujourd'hui. Dit comme ça, on dirait une bonne vieille subterfuge, alors qu'en réalité c'est beaucoup plus complexe et subtile. (Enfin, ça reste une subterfuge.) Voici ma tentative de l'expliquer, même avant le dernier entretien avec Emmanuelle Mignon chez nonfiction.fr qui a fait tant de bruit récemment :

Et c'est là où apparaît toute la subtilité et la perversité du sarkozysme : tout en restant fondamentalement de droite, SarkoCorp réussi à recadrer l'ensemble des questions politiques de son temps de façon à laisser croire à une partie signifiante de la gauche que sa "réponse" n'est pas à droite, car elle n'est pas celle de la droite traditionnelle. Du coup, la critique habituelle de la gauche n'est plus adaptée. Le non-sarkozysme (sans parler de l'anti-sarkozysme primaire) apparaît comme un vestige d'une pensée caduque, tandis que le sarkozysme apparaît la voie unique (et lumineuse!) de la modernité de la pensée.

S'il y avait un aspect de la machine à communiquer que l'on pouvait désamorcer, rendre transparent à tous les téléspectateurs, pour moi ce serait celui-là. Cette possibilité de cadrer les questions de façon à masquer les lignes idéologiques, qui sont, dans l'action, bien présentes.

Ainsi, quand Fillon l'ouvre pour dire que la présence d'immigrés clandestins sur le territoire relève de la "loi du plus fort", c'est un grand moment. Car, par l'imbécilité de la formule -- décrire des gens pour qui la seule issue est de se jetter par la fenêtre, comme étant "les plus forts", il fallait le faire quand même --, c'est un magnifique exemple de cette façon de procéder, et surtout, c'est suffisamment gauche (mais pas à gauche!), suffisamment maladroit, suffisamment comment dire... bête, pour que l'on puisse voir facilement les fils blans, les rouages de la machine qui commencent à grincer de plus en plus fort. Peut-être avec de plus en plus d'exemples de cette sorte, une évidence s'imposera, il deviendra clair à tout le monde comment la communication sarkozyste cherche à se libérer des contrôles démocratiques en disant une chose et en faisant le contraire.

Merci, François Fillon, pour cette perle. Vous venez de susciter des grandes attentes. Ce n'est pas le moment de nous lâcher.

23 novembre 2007

Sarkozy et la préférence nationale

D'abord, cet excellent entretien au Contre-journal, avec Gérard Noiriel, l'un des historiens de l'immigration qui avait démissionné de la Cité de l'Histoire de l'Immigration au moment de l'annonce de la création d'un Ministère des Expulsions, de l'Identité Raciale, et des Bronzés qui Restent Chez Eux.

Au moment où l'amendement Mariani fut proposé, je me demandais si

cette histoire de tests ADN n'était qu'un leurre, ou un paratonnerre, qui a fait que, finalement, la bataille sur la législation Hortefeux (l'ignoble, abominable Hortefeux) a concerné essentiellement cet amendement. Le coeur même de la loi n'a pas attiré l'attention qu'elle mérite.

Et je m'inquiétais :

avec des tests de langue et de « citoyenneté » [pour les candidats à l'immigration], il devient évident que la France recherche des immigrés qui ne sont pas différents de nous.

Gérard Noiriel semble penser la même chose:

Une des mesures qui nous paraissait, à nos yeux d'historiens de l'immigration, comme l'une des plus scandaleuses: à savoir contraindre les gens à un examen de langue avant de s'installer en France est passée comme une lettre à la poste. On a mis l'accent sur les choses extrêmes [l'ADN et les statistiques ethniques] qui ont suscité à juste titre la protestation.

Pour conclure :

L'anticipation des réactions probables des opposants est aujourd'hui intégrée par les stratégies politiques.

Autrement dit, les tests ADN n'étaient pas seulement un symbole envoyé en direction des électeurs FN (on comprendrait si j'écrivais "FN-NS"?), mais un chiffon rouge agité devant nos yeux de gauchistes bien-pensants, afin de nous distraire des autres mesures qui auront un impact bien plus réel, finalement.

Mais pour revenir sur le plan symbolique, l'obligation de parler déjà français, avant même d'arriver en France, en plus de l'obstacle pratique que cela imposera dans bien des cas, est aussi une manière de signifier que les futurs immigrants doivent déjà être français. En somme, c'est une nouvelle façon de refuser l'autre. Comme le raciste qui prétend avoir "plein d'amis" noirs ou arabes, cette mesure est la caution de celui qui dit (ou pense, mais ne le dit pas) : "d'accord pour des immigrés, à condition qu'ils se comportent comme nous".

A cela, il faut ajouter le fait que "l'immigration économique", grande promesse sarkozyenne de sa sacrosancte campagne électorale, est devenue une nouvelle expression, vaguement camouflée, du vieux thème frontiste de la "préférence nationale", qui, même dans la bouche de Le Pen, paraissait à un public étonnement large, frappé du coin du bon sens. Sauf que quand Sarkozy dit "immigration économique", c'est du propre.

1 novembre 2007

Nationalisme creux

L'épisode Guy Môquet, avec en arrière plan les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, a cristallisé beaucoup de ce qu'il y a de détestable et délétère dans le sarkozysme. Il a, en même temps, montré l'une des limites du système de communication sarkozyzte, car, pour la première fois, de nombreuses personnes ont osé dire qu'ils n'étaient pas d'accord pour être manipulées ainsi. Le sarkozyzme n'aime pas que ses opposants soient visibles ou audibles, et de ce point de vue l'exercice était un échec pour le Pouvoir, comme je le disais l'autre jour.

L'utilisation UMPiste de Guy Môquet nous vient directement du cerveau de Henri Guaino, et c'est lui qui s'est montré le plus indigné par les réticences des enseignants à qui Nicolas Sarkozy avait confié la tâche d'instaurer une identité nationale tout en larmes et paillettes. Du coup, Guaino a parlé de l'identité nationale et du nationalisme, ce qui nous donne l'occasion d'y revenir.

Commençons par sa sortie la plus bêtement emblématique :

« Cela amène à s'interroger sur ce que doivent être les devoirs d'un professeur dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire et auquel la nation confie ses enfants», avait avancé Henri Guaino.

Ce serait donc la Nation qui aurait payé les études des professeurs, qui payerait leurs salaires ? Voilà une confusion qui passe très bien, qui ressemble suffisamment à du bon sens pour tromper pas mal de monde. La Nation, au sens des nationalistes ne paie ni études, ni salaires, car c'est une abstraction qui s'oppose à d'autres manières d'organiser, d'imaginer et de symboliser la collectivité. La Nation ne sait pas comment écrire des chèques. Dire que les enseignants, ou quiconque aurait bénéficier de l'enseignement supérieur, ou même de la maternelle, soyons rigoureux, ont une sorte de dette envers la Nation, ou plutôt, envers la cause nationaliste, c'est franchement se foutre du monde.

Pourquoi parler, en effet, de Nation ? On peut aussi regarder à gauche pour trouver une réponse. Je pense vaguement aux chévénementistes, mais aussi à cet article de Raphaël Anglade, paru il y a quelques semaines sur Betapolitique : Les socialistes ont-ils perdu la Nation? L'idée n'est pas neuve, mais l'article a au moins le mérite de poser la question clairement:

Pendant tout le XIXe Siècle, la revendication nationale, dans toute l'Europe, est un combat d'émancipation. Un combat de gauche, une lutte contre la vision patrimoniale, monarchiste, réactionnaire du pouvoir et du fait politique. En fait, derrière la Nation se cachent deux combats essentiels :

  • l'instauration de la citoyenneté,
  • et la construction d'une manière d'être ensemble conventionnelle, culturelle, (la Nation, ethnicité fictive, disait Vidal Naquet, me semble-t-il) et par là même non biologique.

On pourrait se féliciter de cette « ethnicité fictive » et de son caractère « non biologique », s'il n'y avait pas des gens comme l'ignoble Brice Hortefeux pour ramener la Nation à une ethnicité bien biologique. De ce point de vue, on comprend bien, il est vrai, la signification nationaliste de la biologie de Thierry Mariani et ses amis.

Mais surtout, on comprend qu'au XIXe siècle, la Nation, avec sa majuscule, pouvait bien être de gauche, puisqu'il s'agissait d'asseoir la légitimité politique du peuple, devenu propriétaire en quelque sorte de son pays. Faut-il alors regretter, comme Raphaël Anglade, la perte, par la gauche, de la Nation en tant que thème? Faut-il que la gauche se dote d'une réponse nationale au Front National?

Aujourd'hui fragile dans son rapport à la Nation, la gauche manque de balises face aux provocations d'extrême droite, aux turpitudes sarkozystes, à la question européenne... et même au mondial de Rugby !

Je l'ai déjà dit ici, la plus grande erreur politique de Ségolène Royal pendant la campagne était sa dérive chévénementiste, surtout avec la fierté des drapeaux. Et c'est là où l'on revient à Henri Guaino et à la lettre de Guy Môquet.

Heureusement, notre célèbre plume Nationale a le mérite de s'expliquer clairement là-dessus:

Dans un pays où elle s'impose avec évidence, la nation n'est pas un sujet politique. Lors de l'élection de 1974, les Français ne s'intéressaient pas à ce que racontaient Malraux et les gaullistes sur la nation et la résistance. Mais aujourd'hui, avec l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire. La nation est redevenue un sujet fondamental de la politique.

Voilà, le problème identitaire. Car, que la Nation soit définie sur des critères ethno-biologique, ou sur des critères simplement culturels, voire, comme on dit souvent, républicains (et je pense à cette épreuve de "citoyenneté" que les futurs candidats à l'immigration vont devoir subir), il reste que la Nation définit un nous qui est à opposer à un eux, que ce soit des immigrés venus nous piquer nos boulots et nos allocations (dans la version FN de ce mythe), ou même les plombiers polonais venus réparer nos lavabos.

En rugby, il n'y a pas trop de problèmes avec une telle opposition, car quand ce n'est pas la France contre l'Argentine, c'est Toulouse contre Perpignan. La distinction entre les camps est intégrer dans le symbolique du sport.

Le problème, à l'heure des fléaux que cite Guaino, "l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail", c'est que le seul nationalisme que ces êtres inspirés arrivent à définir, c'est un nationalisme complètement vidé de sens, un nationalisme purement autoréférentiel. La lettre de Guy Môquet n'est pas, bien sûr, vide de sens, ni lorsqu'il l'a écrite, ni aujourd'hui. Évidemment. Mais le sens de la lettre est simplement celui du sacrifice et du courage. Le choix de cette lettre par Guaino et Sarkozy est surtout significatif, car il s'agit d'un texte dépourvu de signification politique. Dans l'utilisation que l'Etat-UMP cherche à en faire aujourd'hui, seule compte l'émotion de la lettre. Et je renvoie aux excellents analyses d'Eric Fassin (ici et ici) de l'instrumentalisation de l'émotion chez Sarkozy.

Si il y une leçon dans cette histoire de Guy Môquet, c'est qu'aujourd'hui le nationalisme, que ce soit avec les drapeaux, le sport ou les commémorations, ne peut que conduire à quelque chose de vide, et, je dirais, fondamentalement réactionnaire. Deux bonnes raisons pour la gauche d'éviter de rivaliser avec les sarkozystes et le Front National sur ce terrain qui conduit inévitablement à une insincérité que la gauche doit éviter.

24 octobre 2007

Merci Noël Mamère

La place de l'opposition dans la Ve République lui laisse peu de possibilités pour empêcher l'adoption même des lois honteuses telles que celle de l'ignoble Colonel Brice Hortefeux. Et pourtant, la majorité n'était pas si loin de craquer cette fois.

Tout ce qu'on peut espérer, à ce stade, hormis une surprise en provenance du Conseil Constitutionnel, c'est que la Majorité Invicible de notre Lider Autoritarismo, Nicolas Sarkozy, le Très Grand Homme (TGH) paie le prix politique de ses actions, et que le pays n'oublie pas qui a fait voter cette loi. Sarkozy nous promet depuis quelques temps d'aller « plus loin dans l'ouverture », mais on peut se demander si l'ouverture n'est désormais plus possible, hormis des types comme Bockel, à propos de qui on peut se demander s'il y a même un sens de parler d'ouverture.

Il faut qu'il y ait un prix politique. A nous, et même aux blogueurs provisoirement découragés, donc, de ne pas laisser oublier ce prix politique. J'en avais déjà parlé, d'ailleurs, à propos de l'élection. Ce qui m'amène aux remerciements que j'étends à Noël Mamère (via Juan), qui a dit les choses comme elles sont:

L’atmosphère est devenue particulièrement houleuse avec l’envolée de Noël Mamère (Verts), qui a accusé le gouvernement de vouloir «rembourser la part de la dette à l’extrême droite qui a permis au président de la République d’être élu à l’Elysée».

Traitant les tests ADN de «peste biologique» qui institue «la xénophobie d’Etat», Noël Mamère a aussi critiqué l’instauration d’un test d’évaluation, dans le pays d’origine, de la langue française et des valeurs républicaines.

«Si on avait demandé aux parents ou aux grands-parents du président de la République, à ceux d’Edouard Balladur, de Fadela Amara ou Rachida Dati de parler français, croyez-vous qu’ils pourraient vivre dans ce pays et être membres du gouvernement?», a-t-il lancé.

13 octobre 2007

Tests ADN : quelques réflexions de plus

Voici quelques réflexions sur les tests ADN et pourquoi c'est vraiment mauvais. Il y a sans doute rien de bien neuf dans ce que je vais dire, mais trois semaines sans bloguer, cela vous vide curieusement le cerveau (le mien, en tout cas, tant le blog devient une manière pour moi de concrétiser ma pensée), et j'ai donc besoin de remttre les choses à plat.

C'est doublement nécessaire en raison de la logique des défenseurs de cette mesure, qui se résume à pourquoi vous énervez-vous? ce n'est qu'une bricole. Oublions, pour l'instant, le débat sur Fillon qui ferait du lepenisme sans le savoir, ou sans l'admettre, pour nous concentrer sur cette logique qui proclame la banalité de la mesure et donc l'exaggeration de toute critique.

La banalité est une véritable thématique dans cette histoire, à commencer par la façon dont les tests ADN ont été introduits, non par l'ignoble Colonel Hortefeux lui-même, mais par celui qu'on présente souvent comme son "ami", Thierry Mariani. (Et oui, il a un "blog", celui-là; il aurait tout intérêt à suivre les conseils de Nicolas...) D'emblée, la mesure est accessoire, ne fait pas partie du texte ministériel, et peut être abandonné si jamais il y a des problèmes. On nous dit surtout que Hortefeux avait pensé inclure les tests ADN dans son texte a lui, puis avait abandonné l'idée. Mariani ramasse les miettes, mais ensuite les sarkozystes convaincus le soutiennent comme si la mesure avait fait partie des promesses de campagne... Difficile de ne pas y voir une mise en scène assez grossièrement ficelée.

Le Très Grand Homme (TGH) dit qu'il "n'est pas choqué" par les tests ADN. Kouchner avait d'ailleurs dit à peu près la même chose : "cela ne me plaît pas, mais ne m'indigne pas". Et Fillon saute sur la même thématique et sort son "détail". (Toujours le mot pour rire lui : "faillite", "détail", quel mot demain?) Et nous avons entendu sans cesse que pleins d'autres pays européens faisaient la même chose, et ce depuis des siècles sans que personne s'en plaigne, à la différence des gauchistes français, toujours aussi hystériques.

Ensuite, une fois que la Commission des Lois du Sénat a rejeté une première version de l'amendement, le gouvernement en réduit considérablement la portée, surtout en en faisant une "expérimentation" avec une "mise en oeuvre progressive" et en limitant le nombre de pays concernés. "Expérimentation", ça fait moderne sans doute, comme Raffarin le décentralisateur. C'est censé surtout ne pas nous faire peur : ils vont y aller doucement; si ce n'est pas bien, ils arrêterons. Sauf que l'expérimentation c'est, en général, utile pour des phénomènes économiques ou sociaux, quand on ne peut pas savoir si une mesure aura les effets escomptés. Ce n'est pas du tout une réponse adaptée aux véritables défauts de cette mesure qui n'ont rien à voir avec son éventuelle efficacité, mais qui sont d'ordre, on va dire, pour aller vite, moral et politique. Si les tests ADN sont moralement acceptables pour un petit nombre de pays, ils le sont pour tous, et dans ce cas il n'y pas besoin d'en limiter la portée et de passer par cette période d'essai. Essayer quoi?

Le premier, et peut-être principal, défaut de cette mesure est sa portée symbolique. Du fait qu'il s'agit d'un symbole, la droite en profite pour dénoncer l'exaggération de la gauche (et de Raffarin et de Villepin), en se posant comme plus pragmatique, la tête bien sur les épaules. Mais dire que tout ce qui symbolique est nécessairement accessoire est une erreur, sur plusieurs plans. Tout d'abord, le symbolique est important. Tout simplement. Le symbole de ce test ADN conditionnera pour toujours les relations entre l'Etat et les candidats à l'immigration, et aussi les relations entre la France et les pays qu'elle considére incapables de produire des documents fiable d'état civil. Ce symbole, en France, entre en conflit avec des siècles de catholicisme et de cartésianisme qui ont privilégié l'esprit au dépens du corps, ce qui explique pourquoi faire tester son corps pour prouver sa légitimité ressemble trop à une soumission, quelque chose que l'on ferait à du bétail... D'autant plus que l'on se refuse de pratiquer pareille chose sur des Français...

Ce qui nous amène à l'autre point essentiel qui est, dans un sens, un peu masqué par le fait que tout cela arrive dans le contexte du débat, déjà bien chaud, sur l'immigration, à savoir la question de l'usage des informations génétiques. On savait que la génétique était très utile, notamment pour récupérer les Piaggio volés. Vont-ils se banaliser chaque fois qu'ils pourraient faciliter une procédure administrative ? Ce n'est pas l'intention, aujourd'hui, de Hortefeux ou même de Mariani, mais la première exception à une règle est toujours la plus dangereuse.

10 octobre 2007

Hortefeux, la radio, Sarkozy, le Front National

Lundi soir j'écoutais un peu par hasard l'ignoble Brice Hortefeux, pardon, Colonel Hortefeux, comme Olivier Bonnet nous le rappelle, sur France Inter, dans l'émission Le franc parler. (On peut même encore l'écouter, mais pour l'instant je n'ai ni le temps ni le courage.)

Bref, Hortefeux parle à la radio. Je ne l'avais pas encore entendu parler et, ayant manqué le début de l'émission, je suis surpris d'apprendre que la voix que j'écoute appartient à notre Ministre de la Haine, du Racisme et du Codéveloppement.

Hortefeux, est, en réalité, une sorte de Sarkozy bis, du moins dans la parole. Il a exactement les mêmes tics que le Très Grand Homme (TGH), les mêmes astuces verbales pour prendre le dessus sur ses intervieweurs : appeler les journalistes par leurs noms, un peu comme les innombrables "Madame Royal" du débat; les tournures faussement pédagogiques, surtout "premier élément"; un ton où se mélangent le mieleux et l'autoritaire; et surtout des renversements démagogo-rhétoriques qui font appel aux bons sentiments et au bon sens, genre vous pouvez dire ça, mais ce n'est pas du tout ma conception de la démocratie. (Cela n'est pas une citation.) Il faudrait sortir toute l'histoire des relations entre les deux hommes pour savoir qui a été à le maître et qui l'élève, mais il est évident qu'il y a une sorte de fusion entre le TGH et celui qu'on appellait naguère son "porte-flingue".

Sur le fond, je n'ai pas entendu grand'chose de nouveau. Là où les choses se sont un peu corsées, c'était lorsque l'intervieweur a attaqué, et assez franchement, sur la question des électeurs Front National. Pourquoi risquer la polématique avec le test génétique, si ce n'est qu'un "détail" et ne va servir que dans très peu de cas (18 mois d'expérimentation, seulement quelques pays, etc.). Hortefeux monte sur ses grands chevaux démocratique pour d'abord féliciter Sarkozy d'avoir réduit le score du FN (comme si le mal était le parti lui-même, et non les idées du parti), et ensuite pour faire l'éloge des électeurs ex-FN, dont les voix comptent autant que les autres.

Hortefeux ne pouvait pas dire "oui, bien sûr, on monte ce machin génétique pour récompenser nos électeurs d'extrême droite" évidemment. Son éloge des électeurs de l'extrême droite était une manière de le dire sans le dire, et de signifier qu'en effet Sarkozy soigne ses relations avec l'extrême droite. Hortefeux, malgré toutes ses prétentions, est chargé d'être ignoble afin de préserver ces voix ignobles qui resteront l'une des clefs d'une éventuelle réélection en 2012.

Autrement dit, il faut bien dire des tests génétiques, de la chasse aux clandestins, qu'ils sont le contrepoids de l'ouverture, la garantie d'un ancrage bien, bien à droite qu'une petite partie de l'électorat ne manquera pas de comprendre.

30 septembre 2007

Immigration : une inquiétude

Toujours pas le temps de bloguer pour de vrai. Et pourtant, il se passe des choses...

La décision de la Commission des lois du Sénat de supprimer l'amendement Mariani pour les tests génétiques étaient très clairement une bonne chose, car, au minimum elle oblige l'Assemblée UMP à refaire tous les mêmes arguments et donc, on peut espérer en tout cas, repayer un certain prix politique.

Pourtant, pendant que je ne bloguais pas, j'en arrivais à penser que cette histoire de tests ADN n'était qu'un leurre, ou un paratonnerre, qui a fait que, finalement, la bataille sur la législation Hortefeux (l'ignoble, abominable Hortefeux) a concerné essentiellement cet amendement. Le coeur même de la loi n'a pas attiré l'attention qu'elle mérite.

Les tests génétiques ont une valeur symbolique qui permet de mobiliser les gens et cette proposition mérite largément toutes les critiques qu'elle a reçues, et d'autre encore. Toutefois, l'obligation de parler français risque d'être un problème beaucoup plus grave et plus difficile à gérer pour des immigrants futurs. Avec plus de temps je developperais d'autres arguments, mais l'essentiel semble être ceci : avec des tests de langue et de « citoyenneté », il devient évident que la France recherche des immigrés qui ne sont pas différents de nous.

16 septembre 2007

Kouchner et l'épreuve génétique

Kouchner se rebiffe?

Interrogé sur les tests génétiques comme préalable à une demande de regroupement familial, l'ancien ministre socialiste a déclaré: "cela ne me plaît pas, mais ne m'indigne pas".

"Le jour où je m'indignerai vraiment, je partirai", a-t-il ajouté, précisant que la procédure existe déjà dans de nombreux pays européens. "Je pense que ce n'est pas comme cela qu'on règlera le problème de l'immigration".

Sur le fond, c'est assez mou: Ca ne me plaît pas, mais au fond ça m'est égal. Cette petite pique est néanmoins intéressante : je pourrais partir quand même.

Kouchner sent-il que Sarkozy est moins fort qu'il y a quelques semaines? Sachant que le Très Grand Homme (TGH) ne peut pas se permettre d'autres querelles avec son gouvernement, Kouchner ose s'affirmer, en laissant entendre que sa présence au gouvernement est conditionnelle?

15 septembre 2007

Quel Hortefeux?

Jusqu'à présent, je me contentais d'écrire la plupart du temps l'ignoble Brice Hortefeux quand je me référais à notre ministre de la Haine de l'autre, des Expulsions, et du Codéveloppement.

Mais voilà qu'Olivier Bonnet écrit "l'abominable Brice Hortefeux". Et je dois avouer qu'abominable, c'est pas mal non plus. Mais que faire maintenant? Cette question risque de diviser la blogosphère.

Pour l'instant, ignoble est largement en tête.

Mais demain?

14 septembre 2007

De la culture du résultat, du rendement et des chiffres

Nous sommes, semble-t-il, désormais dans la culture du résultat. C'est le Très Grand Homme (TGH), Nicolas Sarkozy, qui a fait advenir cette chose en France. Auparavant, ce n'était pas la culture du résultat.

La référence est très clairement au monde des affaires. Cette idée de "résultat" correspond à peu près à l'exigeance de résultat pour la direction d'une grosse boîte qui doit répondre aux actionnaires. Le rendement serait à peu près l'équivalent des dividendes que ces mêmes actionnaires entendent empocher. Je devine que "faire du chiffre" doit être issu du vocabulaire des commerciaux censés réussir beaucoup de ventes.

L'idée de gérer l'Etat comme une entreprise est aussi vieille que les droites modernes, en France et ailleurs, et le fait que Sarkozy et les siens empruntent ce vocabulaire n'est pas si surprenant. Cela va de paire avec un style "chef de boîte" que le TGH affectionne.

Bien sûr, on est un peu plus choqués quand une expression comme "faire du chiffre" est associée à la justice, notamment les expulsions de sans-papiers. Pourtant, ce n'est pas l'invention de l'ignoble Brice Hortefeux, mais plutôt celle du Très Grand Homme lui-même quand il n'était que Ministre de l'Intérieur, qui alors exigeait du chiffre de ses policiers. Voir à ce sujet Ruptures, le livre de Serge Pontelli.

Le problème avec cette "culture du résultat" ou cette course aux chiffres, dès lors qu'il s'agit de la justice, et non la production de Nike ou d'armes pour la Libye, c'est qu'elle donne à la justice une orientation guerrière, qui la réduit à une lutte contre un camp, contre les délinquants, contre les clandestins, comme si ces "camps" pouvaient de toute façon fournir une quantité infinie de "soldats" ennemis. Cet esprit clanique est omniprésent chez Sarkozy, dans tous les domaines de la réflexion sociale. Le but de la justice n'est plus la justice, mais de marquer des points dans le "conflit des civilisations" supposé exister à l'intérieur même de la France.

Comme le dit très bien Serge Portelli,

la mission de l'Etat n'est pas de "produire" des gardes à vue, des expulsions ou toute autre mesure de contrainte. L'Etat a au contraire, parce que nous sommes en démocratie, l'obligation de limiter l'emploi de la force à ce qui est strictement nécessaire. La Déclaration des Droits de l'Homme n'est pas soluble dans la statistique.

En poussant jusqu'à l'absurde, on peut imaginer une société parfaitement juste, sans crime, sans délinquants, sans clandestins, où la justice aurait réussit son oeuvre. Pourrait-elle alors continuer sur le chemin du chiffre, même s'il fallait trouver des coupables chez les innocents? Serait-ce encore juste?

Voilà l'un des aspects les plus sombres de cette histoire : faire du chiffre suppose l'existence des crimes et des coupables avant même qu'ils existent. Et même si, faute de criminels réels, on doit multiplier des gardes à vue bidons simplement pour plaire au patron.

Il semblerait, de plus, que cette prétendue "culture" du résultat ait pour finalité non pas davantage de justice, par exemple, mais de rendre palpable -- et je veux dire : médiatiquement palpable -- l'action d'un homme politique. Le bonheur ou la justice présents dans une société sont difficiles à mesurer. En comptant les gardes à vue, Sarkozy rend visible sa propre activité, quel qu'en soit le résultat réel. Autrement dit, dans la culture du résultat, le résultat n'est pas ce que l'on prétend. Le vrai résultat est celui que l'on mesure en unités de bruit médiatique, et en votes.

13 septembre 2007

Rapprochement

UPDATE: Voilà ce qui se passe quand, trop fatigué, on blogue en n'écoutant que France Info: j'ai systématiquement écrit "rapprochement" à la place de "regroupement". Un lapsus à analyser sûrement, mais que je vais quand même corriger...

Réduit ces derniers jours à m'informer presque uniquement grâce à France Info, j'entends que l'UMP propose un test génétique pour étayer des dossiers de rapprochement regroupement familial. Bien sûr c'est grotesque, c'est traiter les immigrés comme étant d'emblée des criminels, leur proposant une technologie dont on entend parler surtout dans des cas de viol ou de vol de scooter.

Et j'en viens à la question : pourquoi s'attaquer autant au rapprochement regroupement familial? Je connais les arguments du Très Grand Homme (TGH) : préférer une immigration économique, etc. Introduire des tests génétiques, toutefois, c'est une manière d'augmenter le soupçon porté sur les candidats au rapprochement regroupement familial. Car on connaît bien le mythe (raciste) des Africains polygames qui font venir toute la population de leur village grâce à ce droit de rapprochement regroupement, toujours considéré comme une faille dans les défenses frontalières du pays. Il ne manque plus que de dire que c'est la faute à Bruxelles, puisque la Cour Européenne des Droits de l'Homme risque de s'en mêler à tout moment. Puisqu'on ne peut pas supprimer le rapprochement regroupement familial, on le rend plus difficile afin de décourager le plus de monde possible. Même si ces tests génétiques sont "facultatifs" (pour l'instant), leur existence même signifie que l'on sera désormais beaucoup plus exigeant dans les vérifications.

Déjà que cette pratique est mesquine, je trouve qu'elle dissimule quelque chose d'autre. Quand on considère que le rapprochement familial n'est pas légitime, c'est que l'on estime que les nouveaux immigrés ne sont pas, eux-mêmes, légitimes, et qu'ils ne méritent pas ce droit qui leur est accordé.

4 septembre 2007

Ministère de la Haine, de la Peur et du Codéveloppement

Via Sarkofrance, cet article sur le site de Marianne, où est confirmé ce que l'on soupçonnait déjà, à savoir que Brice Hortefeux n'arrive pas à tenir les promesses de son Président en termes de reconduites à la frontière des clandestins. Selon Marianne:

en réalité, les services de police ont expulsé environ 1300 personnes au 31 aout alors que l'objectif est de 3580 reconduites sur l'année entière. En réalité, la « base » policière renâcle à appliquer les consignes du ministère dans la mesure où la complexité de la règlementation, la multiplication des recours et la guérilla juridique menée par les associations rendent très difficiles les reconduites effectives. Du coup, bien des policiers préfèrent relâcher les sans papiers interpelés que de les enfermer dans des centres de détention déjà bien garnis.

D'abord que ce n'est pas facile, et en plus c'est compliqué. Pire encore, des associations de gauchistes s'en mêlent. Mais le vrai problème, en termes de rendement et de chiffres, semble venir d'en haut.

alors que la responsabilité du dossier de l'immigration clandestine revient à Brice Hortefeux, l'expérience et les compétences, elles, se situent plutôt place Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur. Tandis que le cabinet de Brice Hortefeux espère voir le boss « piquer » son poste à MAM (notamment lors du rebondissement du dossier Clearstream), les hauts fonctionnaires se moquent souvent de l'ignorance manifestée par les membres du cabinet Hortefeux sur le sujet de l'immigration clandestine.

Le Très Grand Homme (TGH) voulait casser les administrations lorsqu'il a créé son gouvernement. Du coup, le Ministère de Hortefeux se retrouve avec une charge policière alors que la police dépend encore de MAM. Problème de gestion, ça peut arriver à tout le monde.

Le problème dans cette triste histoire, c'est que ce Ministère n'existe que pour répondre à des fantasmes qui, selon la conjoncture, sont partagés par une partie plus ou moins grande de la population, plus ou moins proche de l'Extrême droite, mais certainement pas limitée aux électeurs de Le Pen. Ce dernier a construit sa carrière politique en rendant l'immigration (légale et illégale) responsable du chômage, et, de façon beaucoup plus perverse encore, immigration et les déficits publics. Notre gouvernement actuel ne va pas jusqu'à dire des choses pareilles, et rien n'indique que Sarkozy et sa bande pensent selon ces axes. Cela ne les a pas empêchés d'instrumentaliser ces fantasmes, et de rendre l'immigration responsable d'un éffritement de la sacrosancte Identité Nationale, analogue aux entorses à l'Autorité Nationale qu'ils imputent à la génération Mai 68.

Le problème avec une politique fondée sur un fantasme, c'est que quand on commence à donner des ordres à des policiers, on se heurte assez rapidement à la réalité des choses. L'immigration du fantasme, ce ne sont pas ces 300.000 personnes que l'on estime présentes, clandestinement, sur le territoire français. Les "clandestins" qui sont visés véritablement, dans le fantasme, ce sont ces jeunes dits, hypocritement, "issus de l'immigration", citoyens français, nés en France de parents souvent citoyens français eux-mêmes. L'"immigration" que l'on voudrait arrêter, dans le fantasme, c'est celle des Trente Glorieuses; c'est en fait tout un pan de l'histoire du postcolonialisme français que l'on voudrait exorcer. Puisqu'il est impossible de revenir dans le temps, on cherche une victime expiatoire, une victime symbolique.

Car les 300.000 clandestins ne sont pas un problème réel (pour le reste de la société, j'entends; je ne parle pas de la difficulté, pour eux, de leur situation), ne sont pas une menace à une quelconque identité nationale. Juan écrit:

Toutes les polices de l'air et des frontières ont été mobilisées; un Ministère de l'Identité Nationale a été créé; le Président a été 4 ans durant Ministère de l'Intérieur; les instructions et les moyens ont été donnés pour que les interpellations et les reconduites aux frontières soient massives.

Et pourtant, cette politique est un échec au regard de ses propres objectifs.

Si l'Etat Français est incapable de les débusquer les sans-papier, quels problèmes représentent ils vraiment ?

Jettez un coup d'oeil sur ce tableau qui figure dans un rapport du Sénat sur l'immigration clandestine. (C'est là où je prends aussi ce chiffre de 300.000 clandestins. Il est important de noter que dans cette population, il y en a beaucoup qui rentrent au pays spontanément, ce que le Ministre Sarkozy ne prenait pas en compte dans ses calculs à lui.) En faisant un petit calcul, pour savoir le pourcentage de clandestins en France, j'en arrive à 0,5% de la population, ce qui place la France très confortablement dans le bas du tableau européen : les Pays-Bas (1,1%), la Suisse, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce (3,7%), ont tous, proportionnellement, beaucoup plus de clandestins que nous, sans parler des Etats-Unis, avec 3,6%.

Les clandestins en France sont une toute petite population, pauvre, qui souffre beaucoup, mais qui ne représente qu'une menace symbolique, un rappel de l'immigration de la décolonisation. Faire du chiffre sur leur dos, pour les besoins de la communication politique, pour des besoins d'image, relève d'un cynisme indigne. On ne peut que se féliciter de l'échec d'Hortefeux, et lui en souhaiter d'autres.

25 juin 2007

Ministère du petit blanc

En plus de tout le reste, de toutes les autres raisons d'être horrifiés, en colère, outrés par l'existence de l'ignoble Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, il a y quelques autres raisons pour le trouver inepte et odieux.

Tout d'abord, l'existence même de ce ministère confère une grande crédibilité institutionnelle à l'idée que l'immigration est une menace à l'identité nationale, en gros une menace identitaire pour la France. Sarkozy n'est pas si loin que ça de ces apologistes du colonialisme qui croient que la France est sur le point de devenir une république islamique, ou d'autres salades.

Pire encore, à mon avis, ce ministère de la police et de la propagande (identité nationale) existe pour des fausses raisons, et est appelé à accomplir un travail qui relève plus du fantasme que de la réalité. « L'immigration » dont il s'agit, dans le réflexe identitaire que Sarkozy a réussi à reprendre pendant la campagne, au dépens du FN (mais pas de ses idées), est une sorte de fantasme d'une France post-coloniale qui ne veut pas assumer son passé. Même dans les médias les plus mainstream, on entend souvent cette formule hypocrite issus de l'immigration, pour désigner des citoyens français dont les parents et grand-parents sont aussi des citoyens français. L'immigration tant redoutée par ceux à qui plaît ce nouveau ministère n'est pas celle de 2007 ou 2008, mais celle des cinquante dernières années. Dans une ancienne version de son programme, Jean-Marie Le Pen proposait de revenir sur les naturalisations faites depuis, je crois me souvenir, 1973! Sarkzoy et Hortefeux ne feront pas cela, mais leurs gestes sont destinés à ceux qui aimeraient bien pouvoir le faire.