Pendant la campagne présidentielle, toutes les interrogations sur la
compétence portaient uniquement sur Madame Royal. La compétence à
gouverner du Très Grand Homme (TGH) ne faisait pas l'ombre d'un
doute. Pourtant, pendant le débat, c'était Sarkozy qui racontait des
conneries sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, tandis que Ségolène
Royal présentait une position totalement en phase avec la véritable
position diplomatique de la France.
Aujourd'hui, avec l'Affaire de la Contrepartie Libyenne, nous avons
droit au spectacle d'un président, convaincu que sa bonne mine peut
l'emporter dans n'importe quelle situation, qui se heurte à la réalité
internationale. En condensé, la méthode Sarkozy ne fonctionne pas
lorsque son interlocuteur n'a rien à foutre de l'opinion des
téléspectateurs de TF1, ou a des intérêts de communication
parfaitement opposés à ceux du TGH. Les ministres des finances de l'UE
étaient très gentils à côté.
Ainsi, Saïf Al-Islam Kadhafi assure la communication auprès non
seulement des Libyens, mais surtout auprès du reste du monde arabe,
avec un message très simple : mon père les a eus. Il est évidemment
suffisamment proche du pouvoir pour que l'on comprenne bien que ce
n'est pas une petite fuite. Tiens, cette proximité avec le pouvoir, ça
ne vous rappelle rien ? L'intervention de l'épouse du chef de l'Etat,
par exemple?
Sarkozy ne peut pas proposer un poste de ministre à Kadhafi. Kadhafi
ne fera pas partie de "l'ouverture". Il paraît qu'il n'a même pas sa
carte à l'UMP. Kadhafi veut ses armes, il s'en fout des besoins de
com' de celui avec qui il a fait son marché. D'autant plus qu'il lui
suffit de dire la vérité. Au contraire de Sarkozy.
Pire encore pour le TGH, Bernard Kouchner, malgré sa soumission totale
à l'ouverture, ne fait pas partie du petit cercle de personnes en qui
Sarkozy a confiance. Il n'est pas au courant et il n'est pas
content. Il ne joue pas le jeu en se laissant humilier, et oblige
Sarkozy à s'enfermer définitivement dans le refus de toute
contrepartie. Déjà personne n'y croit, et même Le Monde (j'allais dire
Le Minc) est monté timidement sur ses chevaux de taille moyenne:
La "République irréprochable" que veut installer M. Sarkozy est
prise en défaut de transparence, voire en flagrant délit de
manipulation de l'opinion.
Double faiblesse du système Sarkozy. Faiblesse du côté de la
kouchnerture, faiblesse surtout de l'omni-hyper-présidence. Ce n'est
pas par hasard qu'il existe des hiérarchies diplomatiques. Le principe
de toujours tout faire vite en y mettant un max d'énergie, c'est très
cool, beaucoup plus cool que des lentes négociations qui n'ont pas
l'air d'avancer. Encore une de ses fourmillères dans lesquelles il
suffit de mettre un bon coup de pied. En l'occurence un coup de
Nike. Le vieux système passait mal à la télé, était difficile à
expliquer aux téléspectateurs. Mais il avait des avantages. Dont le
moindre n'était pas la protection du chef d'Etat. Si une affaire
tournait mal, on pouvait toujours virer un diplomate ou même le
ministre. Mais Sarkozy n'installe que des fusibles grillés, car toute
la lumière doit venir de lui. Jusqu'à ce que Kadhafi coupe le courant.