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6 février 2009

Éloge de la bourde

Les trolls sarkozystes, comme celui-ci qui sévit depuis longtemps chez Dagrouik, aiment parler de compétence et de resultats, comme si le fait d'avoir une Rolex, ou encore, pardon, un Philippe Patek, prouvait quelque part l'efficacité des gesticulations. C'est vrai qu'avec une grosse montre, les gesticulations sont plus lourdes ou plus chères. Les résultats de Sarkozy sont loin d'être évidents, cependant, sauf à parler en termes de reconduites à la frontière, ce qu'un vrai troll sarkozyste n'hésiterait pas à signaler. Le vrai troll sarkozyste croit aussi, bien sûr, que la crise financière serait bien plus grave si la belle France n'était pas préalablement protégée par son magnifique bouclier fiscal et son tout aussi magnifique Paquet.

Alors, il faut, chers trolls, comprendre que les gauchistes inefficaces que nous sommes ont du mal à ne pas rigoler un peu quand on voit que le Super-Héros qui a généreusement accepté d'être Président de la R. ne peut pas parler de sa propre politique économique sans créer un incident diplomatique. Voici ce que nous dit notre Monde :

"Dans un entretien de 90 minutes diffusé simultanément sur trois chaînes de télévision hier soir, rapporte vendredi le quotidien britannique, le président français a déclaré qu'il ne répéterait pas les 'erreurs' économiques de la Grande-Bretagne, avant d'ajouter que la baisse de la TVA du premier ministre n'avait pas marché du tout." L'Elysée aurait aussitôt tenté d'éteindre le début d'incendie diplomatique en s'entretenant au téléphone avec le 10 Downing Street, mais les services de Gordon Brown cachent mal leur irritation : "l'Elysée nous a assurés [vendredi] matin que ces remarques ne constituaient pas des critiques de la politique économique britannique – c'est sympathique", a lâché un porte-parole du gouvernement à Londres.

Reuteurs est un peu plus clair :

French President Nicolas Sarkozy angered the Czech Republic, which holds the EU presidency, and drew a frosty response from Britain on Friday over disparaging comments about two key European partners.

[...]
And his jibe about British tax measures to combat the financial crisis achieving "absolutely nothing" struck a nerve that has had British officials privately fuming.

Un manager hyper-compétent qui maîtrise tous ses dossiers ainsi que sa propre parole sait ce qu'il fait. Quand on tape sur les Anglais, il faut mesurer ce que l'on gagne et ce que l'on perd. Côté passif, il y a le fait d'attiser l'euroscepticisme dans un pays qui aurait surtout besoin d'être rassuré que les Continentals ne vont pas venir chez eux leur dire comment conduire leur politique économique. Et pour l'actif ? Eh bien... notre Très Grand Homme (TGH) a réussi à s'en sortir à la télé avec une pirouette de plus. Il faut dire que ça vaut son pesant de Patek Philippe. Tant pis pour les British.

C'est à croire que la réalité télévisuelle prime sur toutes les autres. Devant la caméra, le TGH devient cette créature en empathie avec ces Français qu'il imagine "moyens" et dont il suppose qu'ils se fichent royalement des Anglais et de Gordon Brown, qui n'est même pas Tony Blair. La téléréalité prime sur les autres réalités. Peu importe les conséquences. Quand on est président de la R., on a bien mérité le droit de dire n'importe quoi pour sauver la figure.

S'il était permis de douter, même un tant soit peu, de la compétence de notre Hypermonarque, certains n'hésiteraient pas à qualifier la petite phrase de Sarkozy de bourde, à inscrire dans une longue liste de bourdes.

7 février 2008

Jouer perso : Sarkozy, le Tchad et la pipolisation

Nicolas J. a raison d'insister sur le fait que la dégringolade de Sarkozy dans les sondages n'est pas due à sa liaison avec Carla Bruni, mais qu'elle est bien politique. Tout expliquer par l'effet de la pipolisation revient, finalement, à excuser la politique en minimisant son importance, pour, encore une fois, concentrer toute notre attention sur la vie privée du Très Grand Homme (TGH) et, peut-être plus encore, sur sa capacité à communiquer, voire à manipuler l'information. Pour dire, en somme : Sarkozy fait tout bien, mais il s'est planté avec son marriage. Merci, donc, à Nicolas (J., pas S.) de mettre les points sur les i : la chute, elle est politique. Point.

Ce qui ne veut pas dire que l'énervement suscité par la surexposition de la vie privée n'ait pas eu l'effet de cristalliser l'opinion contre lui. Une grande partie du succès électoral de Nicolas Sarkozy était due à sa capacité d'incarner pour chacun de ses électeurs (je suppose, ou presque) Celui qui pourrait tout remettre comme il faut dans ce beau pays. Sa personnalité politique a donc beaucoup joué, voilà qu'elle est abîmée, bousillée après huit mois. La bulle spéculative sarkozyste vient de se dégonfler.

Mais concrètement, pourquoi la peoplisation à la sauce sarkozyste est-elle néfaste? Les récents événements au Tchad fournissent une démonstration que je trouve assez spectaculaire. Hier, Juan a publié un billet très fort sur le rôle de la France au Tchad, avec cette perle:

"Chacun doit bien y réfléchir, il faut laisser le gouvernement légitime faire son travail" a-t-il [le TGH] déclaré en condamnant l'attaque rebelle.

On dirait même que c'est un gouvernement qui se lève tôt pour faire son boulot. Pas de fainéants dans le gouvernement de Deby!

Les rebelles accusent la France d'être intervenu militairement et de façon offensive:

Le principal chef de la rébellion tchadienne, le général Mahamat Nouri, a affirmé mardi que l'aviation française avait "bombardé" les positions des rebelles pour protéger le régime du président Idriss Deby Itno.

"L'aviation nous a bombardés depuis hier matin jusqu'à ce matin une heure du matin", a affirmé le général Nouri sur Europe 1.

Je n'ai aucune idée s'il faut croire les rebelles. Admettons, pour l'instant en tout cas, que ce qu'ils affirment est faux et que l'aviation française n'est pas intervenue de la sorte. Il s'agirait alors de simple propagande.

Le problème créé par Sarkozy, c'est que son intervention éclair pour sauver les hôtesses de l'air et les journalistes arrêtés en même temps que les Arche de Zoé, qui laissait supposer un arrangement quelconque entre les deux chefs d'état, rend beaucoup plus crédible le récit des rebelles.

En voulant agir directement, prendre les choses en main, Sarkozy a sûrement renforcer son image et peut-être sa popularité dans l'immédiat. Le prix de cette envie d'être à la fois Président, Roi, sex-symbol et super-héros, ce sont des situations comme celle-ci. Au long terme, sa crédibilité s'évapore, on encore il crée des situations diplomatiques inextricables et beaucoup plus graves.

Finalement, la personnalisation de la politique se heurte à un problème : être Président de la R., c'est malgré tout représenter un collectif. Jouer perso est une stratégie qui a des limites de toutes sortes.

UPDATE: Je suis un peu en retard sur l'info. Le fait que Deby maintenant cherche à grâcier les Arche de Zoé devrait nous dire quelque chose sur le contenu de sa discussion avec Sarkozy au mois de novembre.

2 janvier 2008

Sarkozozo ou l'action décomplexée

Un consensus se forme dans ce qu'il faudrait peut-être appeler l'espace public et médiatique. Désormais, pour exister réellement, une opinion doit s'imposer simultanément chez un grand nombre de personnes, ce qui a toujours été le cas, et dans les médias, qui ont leurs propres raisons de relayer une idée.

Un consensus se forme autour de l'Arche de Zoé quant à l'amateurisme des "Zozos", amateurisme qui est à la fois l'excuse qui justifie l'expression d'un mépris tout colonial de la justice tchadienne, et l'explication ultime des agissements. Ainsi, le nouveau journal de droite, Le Monde, écrit :

Ces quatre hommes et ces deux femmes n'en ont pas moins péché par irresponsabilité, mépris des Tchadiens aussi, ignorance de ce qu'est l'Afrique assurément. Mais il y a encore plus grave peut-être : ils ont porté un coup à la réputation de l'engagement humanitaire. Ils ont agi avec désinvolture. Ils ont mené leur mission sans même vérifier si les enfants qu'ils entendaient secourir venaient bien de la province soudanaise du Darfour et étaient bien orphelins. Les bonnes intentions font de la mauvaise assistance : l'humanitaire n'a pas besoin d'amateurisme ; il requiert des professionnels.

L'humanitaire demande de la rigueur, des institutions, une démarche structurée pour éviter les manipulations, les instrumentalisations, les politisations. Les Arche de Zoé ont manqué à ces exigences en voulant s'affranchir de tous les garde-fous, voulant aller vite, faire dans l'urgence, agir directement sur le problème. En somme, être "efficaces". Un mélange de bonnes intentions et d'ignorance de la complexité des réalités.

Si ce consensus a pu se faire petit à petit, de semaine en semaine, on peut se demander si la même logique pourrait s'appliquer, un jour, à l'action de notre Président et Très Grand Homme (TGH). Car, lorsque Sarkozy part "secourir" des hôtesses de l'air, lorsqu'il envoie Cécilia (et Claude Guéant) en Libye, lorsqu'il diffuse des messages pleins de larmes et de compassions aux FARC, lorsqu'il débarque parmi les pêcheurs en les tutoyant et en annonçant que s'il ne venait pas, rien ne serait fait, dans tous ces cas Sarkozy valorise ses interventions par sa volonté d'aller vite, agir directement sans s'embarrasser des instances, des démarches ordinaires. Il est le président extraordinaire qui plane au-dessus de tout cela, à qui les réstrictions ne s'appliquent pas.

Cette façon de faire rappelle celle des Zoé : seule l'action compte, les règles sont pour les cons. Sauf qu'il y a inévitablement un contre-coup, et un coût élévé pour tout le monde. Sarkozy dilapide peu à peu la crédibilité diplomatique de la France, à chaque fois pour des gains immédiats qui servent surtout son narcissisme d'Etat.

Comment faire comprendre au plus grand nombre, ou même aux médias, que ce que l'éditorialiste du Monde appelait "La faute de Zoé" est aussi l'un des défauts principaux de l'action présidentielle, que chacune de ses interventions aura un coût à long terme qui sera supporté par la France tout entière? L'action immédiate, "décomplexée" est celle qui passe le mieux à la télé, qui se résume en une histoire simple avec des jolies images. Elle n'est pas celle qui résoud de véritables problèmes. Pourtant, il est difficile de mettre à la mode les contraintes administratives, les protocoles et les précautions.

5 décembre 2007

Univers parallèle

Dans un univers parallèle, Ségolène Royal a battu Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007. Aussi, le référendum laissant Hugo Chavez se représenter aux élections est approuvé, de justesse. Aussitôt, la Présidente Royal décroche son téléphone pour féliciter Chavez. Réaction unanime de la presse et de la droite (dans la mesure où ces deux entités ne coïncident pas tout à fait) : "Ségo Lagaffe récidive, on savait bien qu'elle n'était pas à la hauteur en affaires étrangères, voilà le résultat quand on confie l'Elysée à une gonzesse".

Sauf que dans cette histoire, il y a une invraisemblance.

Ségolène Royal n'aurait pas appelé Chavez.

4 décembre 2007

Sarkozy en Colombie

Et les choses se précisent : comme les FARC la Colombie veut Sarkozy aussi. Ça se complique. La Colombie aurait-elle aussi quelque chose à gagner, quelque chose que Sarkozy pourrait lui donner, lui qui ne cherche qu'à être le sauveur d'une victime?

Attention, quand même. Sur France Inter, l'excellent Daniel Mermet propose cette semaine une série d'émissions sur la guerre civile en Colombie. Aujourd'hui (RealMedia) (j'écoutais en voiture, j'ai peut-être manqué des bouts), il parlait d'un village qui tourne le dos aux deux côtés. Ils en ont marre des militaires qui se rapprochent d'eux, non pour les protéger des FARC, mais pour se servir d'eux comme bouclier humain, entraînant tout une spirale d'ennuis qui coûtent souvent la vie à des innocents.

Bref. Je suis très loin d'être un expert sur la situation en Colombie, mais je ne vois pas pourquoi un chef d'état français irait là-bas parler avec des spécialistes de l'enlèvement. La réaction (attention, c'est encore le Fig) de l'Elysée est ambiguë, cependant:

Peu de temps après, un haut responsable de la présidence a indiqué que toute réponse demandait «un peu de réflexion».

La présidence française a ajouté «n’avoir pas l’impression d’être instrumentalisée par quiconque» et ne pas souhaiter «se précipiter sur chaque porte qui s’ouvre».

Pourquoi pas "non" tout de suite? "Un peu de réflexion" ? C'est dans le vocabulaire sarkozyen? J'aime tout particulièrement : "n’avoir pas l’impression d’être instrumentalisée par quiconque". En général, quand on est instrumentalisé, on n'en a pas l'impression, justement.

Encore une fois, Sarkozy devient une cible pour ce genre d'opération, en raison de cette réputation qu'il a si rapidement acquise, non pas la réputation d'un héros qui sort les pauvres de leurs situations, mais celle d'un type qui est prêt à lâcher beaucoup d'argent, pouvoir, crédibilité, pour étayer son propre narcissisme.

3 décembre 2007

Ne pas confondre les mots et le pognon

Comment définir le sarkozysme? Dans la blogosphère proche, il y avait il y a presque trois mois une rafale de billets qui ont essayé de le définir : Eric, Nicolas, Juan et CSP s'y sont mis. J'étais trop occupé à l'époque pour pondre ma contribution, même si évidemment le sujet m'est très cher.

La visite du Très Grand Homme (TGH) en Algérie donne l'occasion de formuler l'un des aspects essentiel de ce qui n'est pas une pensée politique, mais une pensée communicationnelle (l'un des premiers préceptes du sarkozyzme, c'est que, dans toute circonstance, la communication prime sur n'importe quelle autre considération).

Voici, donc : les mots ne coûtent rien, le pognon est pour les amis.

Cela veut dire, en somme, que les déclarations sont faciles : facile de se choper des voix chez Le Pen, il suffit de dire des conneries ; facile de neutraliser les écologistes, on fait un Grenelle pour rien pour laisser tout le monde s'exprimer. En revanche, dès que l'argent entre en jeu, il faut servir les siens.

La visite en Algérie, donc. Juan écrit :

A-t-il eu peur, Nicolas Sarkozy ? Toujours est-il qu'il a bien vite oublié ses grands discours de campagne sur les bienfaits de la colonisation et contre la "repentance" une fois arrivé sur le sol algérien: "Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République: liberté, égalité, fraternité."

Pourquoi ce revirement? Sarkozy devient-il tout doux? Oui, car il va signer des contrats, se montrer à nouveau dans le rôle du VRP national, montrer que pour ça il est aussi fort que l'était Chirac. Il fallait dire des conneries pour se faire élire, maintenant il faut en dire d'autres, aux algériens, pour faire du fric. Ce n'est pas grave, tout cela, c'est juste des mots, ça ne coûte rien.

L'émotion et le principe de réalité

En pensant un peu plus à ce que je disas hier sur Sarkozy et les FARC, je réfléchissais un peu plus sur ce que disais Nicolas vendredi dernier:

Il parait qu’Ingrid Betancourt est vivante. Je suis bien content pour la famille mais je m’en fous à peu près autant que de la vie sexuelle de Leonid Brejnev. Ca fait des années qu'on nous parle de cette dame que je ne connais pas. Pourquoi m'en parle-t-on ? Elle a choisi de vivre dans un pays où la coutume veut qu'on enlève les gens. Elle s'est faite enlever : c'est son problème.

Si elle avait choisi de vivre en France où la coutume est de picoler au bistro avec les copains, elle n'en serait pas là. Elle aurait peut-être une cirrhose du foie et on n'en parlerait pas.

A première vue, on est tenté de penser que Nicolas est un peu sévère avec quelqu'un qui est réellement une ôtage, à la différence des fameux usagers des transports publics en France. Les FARC ne sont pas des enfants de choeur, et c'est difficile de dire qu'il n'est pas si grave s'ils prennent des ôtages de la sorte.

Mais, d'un autre côté, Nicolas a raison (comme souvent). Car si on peut regretter et même dénoncer sévèrement ce qui arrive à Ingrid Betancourt, il faut mettre les choses en perspective. Est-ce le sort d'une personne une raison suffisante pour faire dévier la politique étrangère d'un pays de premier plan comme la France? Habituellement les chefs d'état qui veulent se montrer forts ne cessent de répéter qu'ils négocieront jamais avec des preneurs d'ôtages, avec des terroristes, etc. Habituellement, tout en disant cela, ils négocient quand même avec les terroristes ou les preneurs d'ôtages, mais toujours en off. Il y a des bonnes raisons de procéder ainsi : éviter, avant tout, d'encourager d'autres groupes à faire la même chose; maintenir l'image d'un grand état qui ne se laisse pas influencer pour des broutilles, qu'on ne peut pas faire chanter.

Pourtant, Nicolas Sarkozy a déjà reçu Chavez, ce qui n'est pas forcément une mauvaise en soi, seulement cette visite n'avait d'autre but que d'avancer sur le chemin d'une éventuelle libération d'Ingrid Betancourt. Autrement dit, sans son enlèvement, Sarkozy n'aurait jamais reçu Chavez. Autrement dit, les FARC ont déjà réussi à faire dévier la politique d'un grand pays européen.

Et pourquoi tout cela, en fait? La raison profonde, qui n'est pas justement si profonde, c'est que le Très Grand Homme, dans son désir irrépressible d'être à la fois Père Fouettard et Père Noël, a donné aux victimes à statut quasi divine. Il reçoit sans arrêt à l'Elysée, parce qu'être victime, c'est, pour lui, une véritable affaire d'état. Rien ne peut s'opposer aux souffrances des victimes, quitte à condamner les irresponsables s'il le faut.

Du coup, la politique étrangère se trouve coincée dans le discours émotionnel du président. Nea disait l'autre jour dans un commentaire ici que Sarkozy

n'a aucune stratégie de communication, il ne pense pas, il se laisse porter par ses émotions.

A mon avis il pense un peu, quand même, et que sa force électorale est, ou fut, de pouvoir canaliser l'émotion publique, mais Nea a sûrement raison. Voici, avec Chavez et les FARC, que ce discours sentimental se heurte à la dure réalité du monde. Et comme d'hab', c'est la comm' qui domine et qui fait tout basculer.

2 décembre 2007

Diplomatie des choux farcis : narcissisme, Sarkozy et les FARC

Alors, comme ça, les FARC veulent parler directement avec Sarkozy. C'est bien non? Cela montre que notre Très Grand Homme (TGH) est bien une figure nationale. Tout le monde le réclame, même les FARC. C'est qu'il est puissant, c'est qu'il est grand, ce Sarkozy.

Mais attendez là, j'ai comme un doute. Et si les FARC n'étaient pas tout à fait des imbéciles... N'ont-ils pas reconnu en Sarkozy une sorte de pigeon ? Un président qui s'implique toujours personnellement et qui par conséquent n'a aucune protection hiérarchique. Ne pas secourir Ingrid Betancourt finira par être perçu comme un échec personnel du TGH, il sera donc personnellement obligé de faire ce qu'il fait toujours, à chaque fois que ça commence à être difficile pour lui personnellement. Il va sortir notre chéquier encore une fois.

Les FARC n'ont pas encore dit ce qu'ils vont exiger de Sarkozy pour qu'il puisse sauver la face dans le piège qu'il s'est tendu pour lui-même, mais je suis certain qu'ils sont en train d'y réfléchir très sérieusement. N'étant pas cons, les FARC ont vu un super coup à jouer. Ils ont compris que de Sarkozy ils pourraient obtenir plus de n'importe quel autre chef d'état. Et d'une manière ou d'une autre, Sarkozy va se laisser faire.

Ce piège, c'est quelque chose qui va accompagner Sarkozy partout. Le piège d'un narcissisme, j'allais dire d'Etat, sauf que ce n'est pas un "narcissisme d'Etat", mais l'Etat au service d'un narcissisme.

Mais évidemment, il y a pire. Car si pour les FARC Sarkozy a le rôle du pigeon, ce n'est pas ainsi que Sarkozy voit les choses. Non, pour lui, le pigeon, c'est vous, c'est nous. Car c'est la crédibilité de la France qui servira à payer le narcissisme de son Lider Maximo.

19 septembre 2007

Kouchner: grave

Pas le temps de bloguer sérieusement. Même pas de billet sur Jospin. Mais je ne peux pas laisser passer cet autre drame en train de se dérouler, celui d'un Bernard Kouchner en train d'appliquer la ligne Wolfeboro.

Quand Kouchner dit que l'on doit se préparer à une guerre contre l'Iran, on peut se demander s'il se rend compte de ce qu'il dit. Une fois ce mot prononcé, il est très difficile de le ravaler. Même si Fillon essaye de le ramener dans l'usine à oubli qu'est devenu Matignon. "Guerre" est sur la table.

Et je reste perplexe. Que pensent-ils gagner ainsi? N'ont-ils pas vu l'échec de cette stratégie de menaces puis de guerre en Irak? N'ont-ils pas vu la dégringolade de Tony Blair, très populaire jusqu'à ce qu'il s'associe avec Bush?

C'est très maladroit et c'est très grave. Mais je n'ai pas le temps de faire autre chose ce soir que grogner.

23 août 2007

Le partage de l'échec

Très rapidement, quelques remarques sur le voyage de Kouchner en Irak.

D'abord, on comprend que la photo-op avec la famille Bush, ainsi que le choix du lieu de vacances de notre Très Grand Homme (TGH), font partie d'une stratégie coordonnée qui est plus lourde de conséquences qu'une simple réaffirmation de l'amitié franco-américaine.

L'Irak est-il l'aboutissement de cette stratégie, ou simplement un signe de plus de la soumission française? Difficile de dire. Tout indique que Sarkozy croit que la France a une carte à jouer en Irak, comme si l'échec américain n'était pas total. Si il y a une carte à jouer en Irak, ce n'est sûrement pas la carte américaine.

15 août 2007

Dans la famille des losers...

Titre dans Le Monde daté du mardi 14 août: Nicolas Sarkozy, "adopté" par les Bush, affirme que "dans une famille, on peut avoir des désaccords".

En effet, Sarkozy a reçu le traitement familial - femme, enfants, grand-parents -, même si la souffrante Cécilia a voulu gâcher un peu le tableau (l'angine au mois d'août, ce n'est pas tout à fait impossible, mais dans ce cas pourquoi faire poireauter les Bush pendant une heure?). Le Très Grand Homme (TGH) reprend la métaphore pour affirmer justement son indépendance, et accessoirement celle de la France, à l'égard de l'ancienne hyperpuissance, en réponse aux doutes émis par le pas si loyal Raffarin (il faudrait creuser un peu ce rapport-là aussi). Bien sûr il passe à côté de l'essentiel. A dessein, bien sûr.

Le brave Raffarin avait dit au JDD:

Nous avons des valeurs communes avec les Américains, mais soyons vigilants, notre message au monde est différent.

Raffarin ne fait là que réaffirmer la politique à l'égard des Etats-Unis qui est celle de la France depuis de Gaulle, et qui, sous Mitterrand et Chirac dans l'ère post-soviétique, s'est spécialisée pour un monde unipolaire, avec la France se présentant comme interlocuteur alternatif.

Si désormais nous sommes tous dans la même "famille", la France peut-elle continuer à jouer ce rôle?

Le style flambeur

Quand il sera publié, ce billet sera déjà vieux de quelques jours. On est aujourd'hui le dimanche 12 août. Sarkozy vient de retrouver son futur vieux pôte George W. Bush. Sur la couverture du JDD, que je n'ai pas acheté, j'ai vu la photo des deux pôtes sur le bateau des Bush, avec Bush Sr. au volant.

Dans Le Monde d'hier, daté d'aujourd'hui et de demain, en couverture dans une analyse par une journaliste dont le nom m'échappe pour l'instant, on s'acharne à sonder la "rupture" diplomatique sarkozyste tout en soulignant sa continuité avec les grandes lignes de la diplomatie française. Il semblerait que la rupture est surtout dans le style. De là à dire que la rupture n'est que du style, il y un pas que Le Monde n'est pas près à franchir. Pourtant cela semble logique.

Il y a pourtant quelques petites piques. Le coup de fil de Sarkozy à Poutine à propos de l'accord Total-Gazprom qui aurait été "maladroit", par exemple. L'analyste du Monde insiste sur le refus de Chirac de rendre visite à Poutine et à Bush. En effet, Chirac tenait à cette hauteur de vieux sage que les jeunes Bush, Blair, et Poutine ne pouvaient atteindre. Sarkozy sera actif, mais, visiblement, jamais très sage.

Pour l'instant, je ne comprends pas très bien l'orientation atlantiste de Sarkozy. Mon soupçon (méchant, évidemment) va dans le sens d'un simple amour du pouvoir. Si Sarkozy veut qu'on l'aime parce qu'il est puissant, c'est qu'en même temps il partage cet amour du pouvoir; ne pouvant séduire les Américains pour en faire des fidèles sarkozystes, il s'est laissé séduire (depuis longtemps, paraît-il) par la puissance américaine. Ou encore: il est d'emblée conquis. D'après Le Monde toujours, ce rapprochement avec les Etats-Unis va augmenter l'influence de la France dans des domaines importants : Moyen-Orient, Maghreb, Afrique. Je ne vois pas en quoi, car jusqu'à présent, le principal atout de la France a été d'être une alternative à l'hyperpuissance. Être un rouage de plus dans le système diplomatique américain, alors même qu'il est au plus bas, ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus efficace.

Le "style Sarkozy" en politique étrangère, au-delà des tapes dans le dos, de la vodka de Poutine que personne n'a bue, des bises pour Merkel et des bonnes bouilles un peu partout, est finalement - c'est qui n'est guère surprenant - tout à fait semblable à son style à usage interne. L'essentiel, c'est de plaire à tout le monde, de séduire tout le monde, d'avoir tout le monde dans son camp. Comme il l'a appris (on espère en tout cas) avec l'épisode libyen, ce n'est pas toujours si facile, tant les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour la politique franco-française, il est assez facile d'utiliser le pouvoir de sa position pour séduire : tout le monde (ou presque, il y a toujours des grincheux) veut être du côté du puissant vainqueur. En politique étrangère, en revanche, les interlocuteurs n'ont pas les mêmes besoins. Ainsi, le prix à payer pour séduire peut devenir exorbitant, comme avec Kadhafi, ou même avec Poutine, avec qui Sarkozy aurait assumé, toujours d'après cette journaliste du Monde, une position de faible.

Ainsi, avec Bush Jr., Sarkozy est en train de renoncer à tous les avantages, en termes d'image, de crédibilité, acquis par Chirac, de les vendre en somme afin de s'afficher comme pôte du puissant. J'espère pour lui que Sarkozy s'en sentira grandi. Ce rapprochement des vacanciers est certes moins dramatique que l'aventure libyenne, mais il suit en profondeur le même schéma. Je disais l'autre jour que l'essentiel était de savoir quel serait le "récit" libyen définitif : "Sarkozy l'énergique qui sauve les infirmières en faisant du business en même temps" contre "Sarkozy le médiatique qui s'achète un succès diplomatique au prix fort". Je voudrais en proposer une autre version encore. Dans des négociations avec un vendeur intransigeant, Sarkozy est celui qui se vante de l'avoir fait craquer. "Je sais faire, moi, vous allez voir." Après on apprend qu'il n'a fait que sortir son chéquier. Pour l'Europe, c'était pareil. Se payer l'image de celui qui a sauvé l'Union (du moins pour les téléspectateurs TF1) en donnant à chacun tout ce qu'il veut, ou presque, et en vidant le traité de son sens.

La diplomatie est un jeu sur le long terme. Le style de Sarkozy semble être au contraire de tout claquer tout de suite. On verra plus tard combien ça nous coûtera. L'essentiel est de se hisser au niveau des grands tout de suite. Après avoir fait son tour de bateau avec George W. Bush, l'un des présidents américains les plus impopulaires de l'histoire des Etats-Unis et auteur de l'un des échecs "diplomatiques" les plus éclatants dans l'histoire de l'état moderne, Sarkozy sera-t-il encore capable de s'opposer à une invasion de l'Iran, qu'une bonne partie des néo-conservateurs américains considèrent, contre toute vraisemblance, comme aussi nécessaire et justifié que leur invasion de l'Irak? Sarkozy n'a-t-il pas tiré de leçon de la chute de Tony Blair qui avait, aussi, voulu jouer dans le club des grands?