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17 mai 2011

Post-DSK

Deux choses sur la fin (avant le début) de la candidature de Strauss-Kahn :

  1. Une aubaine pour… le centre.
  2. Le PS devra s'éloigner rapidement de Strauss-Kahn si son procès s'enlise et s'il est jugé coupable.

Pour ce qui est du centre en 2012, ce n'est pas un scoop, mais c'est important. Nous risquons d'avoir un hybride étrange entre 2002 et 2007 : 2007, sauf que le FN prend aussi 20% et s'impose au second tour. Avec Sarkozy affaibli par son bilan et par Marine Le Pen, un candidat centriste peut espérer s'imposer devant lui et devant un candidat PS affaibli par des divisions à gauche (candidat écologiste, Front de Gauche ; il ne manque plus que Chévenement et Taubira).

Autrement dit : François Hollande a beau remonter dans les sondages, il ne sera pas la réincarnation de DSK, et son emprise sur l'ensemble de la gauche et du centre sera beaucoup plus contestable. Si les centristes arrivent à se mettre d'accord sur un candidat, ce qui n'est pas évident, celui-ci sera très dangereux pour la gauche. Et s'ils restent divisés, ils peuvent grignoter des voix au candidat PS et/ou de gauche, voix qui seront peut-être nécessaires pour passer devant Sarkozy ou Le Pen.

Sur le plan rhétorique et symbolique, il va être important, aussi crucial que difficile, pour le PS de prendre ses distances avec DSK. Si ses embrouilles judiciaires se prolongent sans donner de réponse définitive, le PS va être de plus en plus embarassé, va vouloir montrer sa solidarité avec le pauvre Dominique et va être de plus en plus embêté d'avoir l'air de défendre quelqu'un qui paraîtra comme coupable aux yeux du public.

20 mai 2008

La Constitution, nouveau vecteur de comm'

Deux thèmes essentiels que l'on ne doit jamais perdre de vu lorsqu'il s'agit des propositions ou des agissements de Sarkozy :

  1. Tout est communication.
  2. Le but de la communication est la consolidation du pouvoir.

A partir de ces deux principes, revenons à la "réforme" de la Constitution. Le premier point, je l'ai déjà abordé dans mon dernier billet sur la Rolex "Constitution" : la "réforme" est un moyen de marquer son temps, mais est peu efficace quant à ses buts annoncés.

Depuis, j'ai lu cet excellent papier dans le Contre-Journal de Libé (merci à jon et à Monsieur Poireau), la première partie d'une analyse de la proposition de révision par Marie-Anne Cohendet, professeur de droit constitutionnel à l'Université Paris I. Je recommande vivement la lecture de cette analyse, car l'auteur met le doigt sur les véritables dangers de cette réforme. En somme, il s'agit, par petites touches inefficaces juridiquement mais symboliquement importants, d'établir le Président en pouvoir sans contre-pouvoir.

L'article concerne surtout des questions de défense, c'est-à-dire la modification de l'Article 21.

Par exemple, si le Président prend une décision que les parlementaires jugent inacceptable, ils auront beau renverser les gouvernements, le Président pourra leur répondre que le Premier ministre est seulement un exécutant dans ce domaine du fait des nouveaux termes de l'article 21. Le Premier Ministre pourrait refuser de signer les actes présidentiels, mais il risque de se sentir obligé de se soumettre, en raison de ce nouvel article. Ni le peuple ni les parlementaires ne pourront arrêter le Président, sauf à provoquer une crise grave. Les risques d'abus de pouvoirs et de crise institutionnelle (pas seulement en période de cohabitation) sont donc considérablement accrus.

Ce qui apparaît, surtout, (mais là c'est moi qui interprète), c'est que les cadeaux faits aux parlementaires, des miettes en plus, sont faits au détriment du gouvernement. Le Président, lui, ne lâche rien. Au contraire. Et le texte de Madame Cohendet nous rappelle que, malgré les apparances créées notamment par l'hyperprésidence, la légitimité du Premier Ministre est une émanation de l'Assemblée. Il est révocable, lui, et par le Président, et par la législature. Le Président, lui, n'est révocable par personne, et le Très Grand Homme (TGH) entend bien ne pas toucher à ce privilège.

Et si tout cela ne suffisait pas, ce que l'on soupçonnait déjà devient certain : cette révision est floue, mal conçue, mal faite :

Cette réforme en matière de défense est tout d'abord profondément incohérente en droit. Ce pouvoir reste en effet soumis à contreseing, il n'y a heureusement pas de révision sur ce point. Juridiquement, ce ne sera donc pas le Président qui dirigera seul la politique de défense, contrairement à ce que laisse entendre le futur article 21.

De peur de laisser prise à l'adversaire, le TGH, en général, rend ses propositions suffisamment floues. C'est dommage quand il s'agit de la Constitution, devenue un vecteur de communication comme un autre. Le vacarme constitutionnel est un concept qui n'existait pas avant lui. Il peut en être fier.

La même remarque vaut pour cette nouvelle idée, d'inclure dans la Constitution l'obligation de l'équilibre budgétaire, apparamment pour apaiser le Nouveau Centre, pas content d'être associé à un gouvernement qui ne fait que vider les caisses déjà vides, et qui pourrait se satisfaire d'une promesse tout à fait sarkozyënne. On se permet d'espérer que, pour une fois, le ridicule de cette proposition pourrait tuer la révision. La France a déjà tant de mal à respecter le pacte de stabilité, pourtant bien moins contraigant...

Mais c'est encore et toujours la comm' qui domine. Paul Alliès écrit sur Mediapart:

On comprendra que la dernière fantaisie sarkozyste d'inscrire l'équilibre budgétaire dans le marbre constitutionnel soit l'illustration du mépris dans lequel le chef de l'Etat pourtant chargé de « veiller au respect de la Constitution » (art. 5) tient celle-ci. Elle est une variable d'ajustement dans les combinaisons au jour le jour du microcosme politique. La France va se faire condamner par l'Union Européenne pour ses déficits mais elle aura, grâce aux transfuges du « Nouveau Centre » une Constitution qui la protège de telles sanctions. C'est bien là un art d'utiliser les restes d'une Constitution déconsidérée par ses maîtres.

C'est triste que ce soit la Constitution, malgré ses imperfections, qui devienne la nouvelle victime d'une opération de communication et de consolidation du pouvoir. Mais il ne manque pas de raisons de ne pas avoir le moral, en ce moment.

11 mars 2008

Ségostratégie et le MoDem : la théorie de la soupe

Je partais pour laisser un commentaire chez Nicolas J., qui parlait ce matin de la perspective des alliances entre le PS et le MoDem, de quand je me suis dit que la quesiton méritait un billet. Voici ce que disais le taulier de PMA :

Ces jours-ci on parle beaucoup du Modem. Il serait bon de le remettre à sa place. Il a recueilli moins de 4% des suffrages. Autant dire qu'il n'existe pas.

[...]

Le Parti Socialiste n'a pas pour vocation de sauver François Bayrou ou Marielle de Sarnez. Si le Modem se positionne dans l' opposition à l'UMP, on peut discuter. Quand il ne le fait pas : basta !

Les deux points sont parfaitement valables. Le PS est assez fort pour ne pas être obligé de faire la danse du ventre devant le MoDem ; une alliance avec le MoDem n'aurait de sens, à terme, que si ce Parti se prononçait plus clairement.

Dans ces conditions, on peut se poser la question de l'opportunité de l'appel de Ségolène Royal en faveur d'alliances "partout" avec le MoDem. Nicolas est assez sévère :

D'ailleurs Ségolène Royal semble avoir changé d'avis. Au moins, elle est fidèle à elle-même : on dit une connerie dans l'urgence et on rectifie le tir ensuite si ça ne passe pas.

L'épisode reprend presque mot pour mot le scénario de l'entre-deux-tours des législatives de 2007 : Royal qui téléphone à Bayrou, Hollande qui refuse les alliances. Est-ce encore de l'improvisation de la part de Ségolène Royal? Ne pèse-t-elle pas assez ses mots?

Je ne suis pas sûr. Voici ce que j'avais écrit lors des législatives :

Royal crée une nouvelle pression sur le MoDem, moins sur Bayrou que sur ses cadres, qui voient qu'il y a tout de même un peu de "soupe" à obtenir à gauche, et que la stratégie du "ni-ni" permanent risque de s'avérer nihiliste. Je ne connais pas assez bien les dynamiques internes du MoDem pour savoir à quel point ses nouvelles structures sont prêtes à tout sacrifier pour l'ambition présidentielle de son fondateur.

Ségolène Royal est consciente du poids de la soupe. Chaque fois que Ségolène Royal propose quelque chose au MoDem, François Bayrou doit à nouveau se prononcer. Les militants, les candidats locaux voient que ce sont encore eux qui doivent payer le prix de la grande stratégie centriste de leur chef, stratégie essentiellement présidentielle. De même, Ségolène Royal oblige, ou cherche à obliger, Bayrou de préciser davantage sa place sur l'échiquier politique : le refus des alliances à gauche signifie-t-il que le MoDem est trop à droite pour travailler avec le PS ? Alors il y a plus de pression sur les MoDemistes plutôt de gauche mais déçus par le PS. Et si Bayrou penche plutôt vers le PS, c'est tout benef pour Ségolène Royal dans ses combats internes au PS.

Sur ce dernier point, la stratégie de Royal est peut-être même cruciale, car malgré les sourires et les coups de fil, les MoDemistes de gauche sont aussi une cible électorale importante pour elle. Faire sortir Bayrou de son ambiguïté et lui arracher une partie du pouvoir "bobo" doit être un objectif non négligeable.

20 juin 2007

Le videur national (à méditer)

Via Sarkofrance, ces paroles prononcées par Nicolas Sarkozy et relatées par Antonin André sur le site de M6:

Il y aura bien un pôle de gauche dans la majorité présidentielle, Nicolas Sarkozy confie d’ailleurs avoir eu des contacts directs avec certains socialistes. « Je referai de l’ouverture, à la fin de l’année dans un autre cadre…J’ai mon idée… » Il n’en dira pas plus…Mais l’appétit du Président est loin d’être rassasié… « J’ai vidé l’extrême-droite, maintenant je vais m’occuper du centre- gauche», promet-il…

Méditons...