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28 septembre 2012

Tu comprends, c'est structurel

 

L'autre jour je me suis penché sur le cas de de l'Italie, où l'austérité bat son plein, ou son vide, ou son bide, depuis un an, avec plusieurs tours de vis consécutifs, assortis à des libéralisations censées libérer la croissance captive. Le resultat, comme on sait, est une récession bien plus dure que ce que les chantres de l'austérité – pourtant ceux qui "savent", n'est-ce pas ? – avaient prévu.

Et tout cela est bien documenté, et ne fait même pas débat. Mais ce qui est véritablement tordu, c'est que la véritable explosion des déficits italiens n'inquiète pas tellement les marchés, ni les partenaires européens (c'est-à-dire : Merkel), alors que le but de l'austérité n'est autre que d'éviter les déficits. L'Italie s'endette comme avant, voire encore davantage, mais cela n'a plus d'importance puisque elle souffre, et l'important est de souffrir, car la souffrance rassure la finance.

Voilà, donc, où nous en étions. Mais depuis ce billet, j'ai appris qu'il y avait décifit et déficit, et que cela change absolument tout.

31 mai 2012

Mesurer la précarité

 

Bruxelles continue de rappeler qu'il y aura d'autres "efforts" budgetaires et que le marché du travail français. Sur ce dernier point, la Commission fait un constat intéressant :

Elle estime par ailleurs que le marché du travail constitue un "point noir" et que "rien n'a été fait" pour remédier à une situation où il est très difficile d'obtenir un Contrat à durée indéterminée. La proportion de CDD en France est plus importante que dans la moyenne de l'UE et les salariés restent "trop longtemps" en CDD, précise cette source.

Donc le précariat à tout va n'est pas la solution à tous nos problèmes. C'est déjà une bonne nouvelle, mais à portée limitée.

11 février 2012

Les chômeurs du village

L'un des fondements du sarkozyzme, ou plutôt de la communication sarkozyzte, consiste à profiter du fait que les gens ont du mal à imaginer 65.350.000.000 personnes en même temps. Il est préférable d'imaginer la France comme une sorte de petit village idéal habité. Dans ce village, il se trouve :

  • deux pédophiles, dont un récidiviste ;
  • des "Arabes" ;
  • des chômeurs (dont beaucoup, la plupart en fait, trichent pour prolonger leurs allocations) ;
  • des braves gens qui travaillent ;
  • des enfants ;
  • des parents ;
  • des usagers.

Il y a des écoles, mais pas vraiment d'institueurs, des églises, des pratiquants mais pas de prêtres. Pas de banquiers, aucun membre d'une quelconque élite. Les patrons sont eux aussi dans la catégorie des "braves gens qui travaillent". C'est comme un petit théâtre, une scène où tous les problèmes de la France peut être réglés en mettant chacun à sa place, en faisant respecter l'ordre, et ainsi de suite.

De toutes parts, on nous annonce que la campagne de Nicolas Sarkozy sera centré autour des "valeurs". C'est bien sûr la technique traditionnelle et éprouvée des droites pour faire voter la majorité contre son propre intérêt. Le petit village que je viens de mentionner est très utile pour y arriver, car il permet de réduire des réalités qui concernent la société dans son ensemble (65 mégaoctets d'habitants) à des cas individuels. Ceux-ci :

  • sont plus faciles à comprendre,
  • peuvent être jugés avec des termes moraux (fainéant, etc.), voire carrément raciaux (xénophobie, les "Arabes", etc.),
  • sucscitent des réactions émotionnelles immédiates.

Le chômage et, plus général, "l'assistanat", terme figarotiste pour "État providence", ne l'oublions pas, seraient en quelque sorte responsables des échecs économiques répétés du Très Grand Homme (TGH), et serviront donc de victimes expiatoire. Car, évidemment, le chômeur (celui donc du village) est chômeur par choix, faiblesse ou paresse… Car la volonté hors normes du TGH aurait dû, depuis le temps, depuis 2007 quand même, la volonté et l'énergie de ce Grand Président aurait dû les convaincre des mérites du travail.

Ben non, ils sont mêmes plus nombreux aujourd'hui qu'en 2007. Faute à qui ? Je vous le demande.

Le fait qu'il serait parfaitement impossible, et terriblement cher, de fournir des formations à tous ces paresseux et incompétents n'est d'aucune importance, puisque, dans le village ils ne sont pas plus de vingt ou trente. Dans le village, c'est parfaitement gérable.

Sarkozy est bien plus habile en communication électorale qu'en macroéconomie. Et avec ces fameuses "valeurs" qui arrivent dans la campagne, ce ne sont pas seulement des valeurs, mais le passage du réel vers un plan symbolique. Va falloir s'occuper des symboles, tout en essayant de noyer toutes ces sottises.

26 février 2009

Y a-t-il des RTT pour sauver l'économie ?

Le problème, en France, c'est qu'on ne travaille pas assez. Vous le saviez déjà, mais avec 90.200 fainéants de plus en un mois, l'analyse de notre Très Grand Homme (TGH) n'a jamais paru aussi pertinente.

Sur la deuxième page des Échos de ce matin, il y a un petit entretien avec Xavier Lacoste, "Directeur général du cabinet Altedia". Je n'ai pas d'accès internet en ce moment, et ne peut pas aller voir qui est Xavier Lacoste, mais je vais supposer qu'Altedia n'est pas une boîte de conseil pour chômeurs et autres démunis.

Quelques extraits:

Pour l'instant, le changement de conjoncture n'a pas modifié [le] comportement [des entreprises].: les DRH n'ont pratiquement pas recours aux dispositifs d'amortissement interne, qui permettraient de limiter les licenciements. Hormis quelques secteurs [...], les entreprises n'envisagent pas encore de réduire leur temps de travail pour limiter les licenciements. Les accords de RTT défensifs étaient largement utilisés à la fin des années 1990, pour amortir le ralentissement de l'emploi. Mais pour une partie du Medef ou de la CGPME, ils semblent constituer un péché abominable.

Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ? Les 35 heures et les RTT pourraient sauver l'économie (en sauvant un certain nombre de salariés du chômage), mais ont été tellement diabolisées par Sarkozy, le MEDEF et l'UMP que les entreprises préfèrent licencier... "Les 35 heures, ça a été une catastrophe..." Ne l'oubliez pas.

Mais pire encore, Xavier Lacoste s'en prend carrément au "Travailler plus pour...":

En période de crise, il serait pourtant légitime de mettre en oeuvre des solutions de crise. Le gouvernement pourrait renoncer aux heures supplémentaires défiscalisées, mises en oeuvre en 2007 dans un contexte d'expansion économique, au profit d'exonérations de charges liées à la réduction du temps de travail. Tout doit être fait pour que les licenciements économiques constituent un dernier recours.

Là vous êtes en train de vous dire : l'Omelette se trompe, sa marchande de journaux communiste a mis un feuillet de l'Huma dans les Échos. Eh non, les marchands de journaux ne sont pas des anciens communistes, mais des petits chefs d'entreprises. Xavier Lacoste n'est pas Robert Hue.

Non, nous sommes bien dans l'efficacité de l'entreprise. Le signe qui ne se trompe pas : "heures supplémentaires défiscalisées, mises en oeuvre en 2007 dans un contexte d'expansion économique". Xavier Lacoste est simplement dans la logique de l'intérêt des entreprises, et l'intérêt général : trop de licenciements font rétrécir l'économie, suscitant d'autres licenciements et ainsi de suite.

C'est donc la révolution, même dans les pages des Échos. Je n'arrive pas à penser à un désaveu plus complet du sarkozysme. Mine de rien.

(Update après avoir trouvé un hotspot : Altedia a peut-être une petite orientation "sociale". Pourtant, ce cabinet de conseil se dit simplement : "groupe de conseil en management, ressources humaines et communication". Ce même Xavier Lacoste aurait osé dire au Figaro : "Certains plans sociaux ne sont pas rationnels". Intéressant.)

14 novembre 2008

Marché du travail (2) : désordre dynamique

Avant hier, j'ai commencé à parler du travail, en mettant un petit "(1)" à côté du titre, comme si j'allais revenir. Autant dire les choses tout de suite : j'ai le sentiment que la question du rapport capital-profit-travail va être, ou devrait être, l'une des grosses questions socialistes des années à venir.

Je ne veux pas dire pour autant que c'est ainsi qu'il faille poser la question, avec ces mots : "capital", "profit", "travail", mais en tout cas c'est avec eux que nous commençons à comprendre le problème.

En néophyte je suis en train de lire Adam Smith, La Richesse des nations, l'origine de la fameuse "main invisible". Il paraît que ce sont les les néo-classiques qui ont fait de cette main celle du libéralisme bienfaisant, le chaos économique devant être magiquement bénéfique à tous. Smith lui-même ne l'aurait utilisé trois fois dans toute son oeuvre. Ce qui ne m'étonne pas beaucoup : Smith me paraît étrangement conscient des souffrances des uns et des autres. Quand il parle des écossaises qui mettent une vingtaine d'enfants au monde pour en voir deux atteindre l'âge adulte, et qu'il y voit une conséquence du marché du travail, on se dit qu'il n'est pas si optimiste sur les intentions de la Main qu'il a inventée. On était en 1776 quand même.

Mais ce qui est intéressant chez Smith, et là malheureusement je n'ai pas le bouquin sous la main pour donner des citations, c'est que son analyse de la rémunération du travail insiste bien sur le fait que c'est un marché, et qu'un salaire ne reflète pas nécessairement la valeur produite par le travail du salarié, mais simplement ce que cela coûte d'acheter ce travail sur le marché, ce que cela coûte pour trouver quelqu'un pour faire tel ou tel travail. Et ainsi, la valeur du travail n'est pas directement liée à la valeur de ce que le travail produit. Naturellement, l'employeur a tout intérêt à payer le moins possible.

C'est en lisant cette représentation assez simple du marché du travail que j'ai compris, soudain, que m'est apparue comme une supercherie l'idée selon laquelle une augmentation de la productivité est la condition nécessaire pour une hausse des salaires. Si l'augmentation ne transforme pas le marché du travail, elle n'aura d'effet que sur les profits, l'intérêt de l'employeur étant encore une fois de payer le moins cher.

Qu'est-ce qui détermine la nature du marché du travail ? Par exemple, si on ne paie pas ses ouvriers assez pour qu'ils puissent se reproduire (voir plus haut l'exemple des mères écossaises), leur nombre diminuera, ce qui rendra plus cher leur travail, entraînant une hausse de leur rémunération, un taux de survie un peu plus élevé, mais pas trop.

Plus intéressante encore, est la relation entre le caractère statique ou dynamique d'une économie et la valeur du travail. Dans une économie très statique comme celle de l'Angleterre du XVIIe siècle, même si beaucoup de richesse est produite, les salaires sont assez bas par comparaison avec les colonies de l'Amérique du Nord, où l'expansion économique permanente crée une demande sans cesse croissante de main d'oeuvre avec une augmentation spectaculaire des rémunérations.

Quand je réinterpréte tout cela dans des termes qui me sont familiers, il me semble que le risque pour l'emploi, c'est le figement des structures de l'économie. Une économie dominée par des grosses entreprises, toujours les mêmes, toujours à la recherche d'économies par la réduction du nombre de postes, se fige. Même si des richesses sont produites, le marché du travail ne sera pas favorables aux salariés.

L'une des solutions au problème c'est bien sûr le syndicalisme. On objectera que la Main Invisible n'aime pas le syndicalisme, qui pourrait fausser la libre concurrence. Curieusement, Adam Smith fait remarquer que les arrangements entre patrons sont bien réels et que, en 1776, personne n'en parlait, tandis que toute forme de syndicalisme était interdite.

Plus profondément, il me semble qu'au moins une partie de la solution est dans l'organisation de l'économie. Je me place à nouveau du côté des petites structures : les PME contre les grands groupes, les logiques de proximité contre la centralisation capitaliste. Dans une économie où les initiatives de plus faible échelle ont leur chance, on peut espérer retrouver un marché de travail en mutation permanente.

C'est là où l'on pourrait espérer des innovations de la part du Parti Socialiste. La concentration du pouvoir économique n'est pas favorable au salarié. Un peu de désordre innovant pourrait être propice.

9 novembre 2008

Le marché du travail (1)

Avec chaque nouveau plan social qui se présente, avec chaque série de licenciements, ceux qui ont soutenu Nicolas Sarkozy en 2007 doivent se demander comment il est possible qu'en ce temps de crise, le nombre de fainéants et d'assistés augmente, alors que justement la pauvreté et la précarité généralisées devraient leur donner plutôt envie de se lever tôt et de bosser dur.

Etrange comment le rétrecissement du marché du travail va de paire avec une expansion de la fainéantise. C'est de la psychologie économique. Il faudrait créer une nouvelle branche de la science pour expliquer comment l'envie de rester dormir le matin est motivée par d'obscures réalités économiques. C'est peut-être un peu comme la relation entre les planètes et la vie des hommes...

Il me faudrait une rubrique qui s'appelerait Qu'on m'explique... Voici ma première question : lorsqu'il n'y pas assez de postes à pourvoir pour tout le monde, quel intérêt y a-t-il à rendre tel ou tel groupe plus compétitif, les jeunes, les seniors...? N'est-ce pas simplement pour prendre des postes à d'autres ? Je comprends l'intérêt de rendre plus compétitifs ceux qui sont les plus exposés à l'exclusion. Mais la formation, ou même les coups de pieds aux fesses ne peuvent jamais être une solution globale, lorsque ce sont simplement des postes qui manquent. Je pense que l'idée fondamentalement sarkozyste selon laquelle c'est le travail qui crée le travail va être mise à rude épreuve. Par contre, le chômage qui crée le chômage, peut-être.

4 février 2008

Quand Le Monde donne des conseils de comm' à l'Elysée

Notre grand quotidien de référence véspérale -- c'est-à-dire, je suppose, celui qu'on lit avant d'aller aux vêpres -- a commencé à faire de la critique de la comm' sarkozyste, non pour démasquer quelque chose ou pour en souligner les contradictions, mais pour lui donner quelques consignes pour être plus efficace. Ainsi, Sarkozy et les siens auraient oublié de faire tout un plat d'une baisse du chômage (baisse du chiffre en tout cas, mais l'important est toujours de faire du chiffre, alors). Cela lui aurait évité de voir sa popularité chuter à cause du pouvoir d'achat.

En affirmant vouloir être "le président du pouvoir d'achat", le chef de l'Etat a créé durant la campagne présidentielle et depuis son élection une attente qu'il ne peut satisfaire. Résultat : il déçoit les Français. 41 % seulement lui font désormais confiance pour résoudre les problèmes qui se posent en France, selon la Sofres.

Pourtant, il est un autre chiffre dont le gouvernement pourrait se prévaloir : la baisse du chômage. Malgré un mois de décembre médiocre, l'année 2007 a été un bon millésime pour l'emploi.

Et voici le moment venu pour l'éditorialiste d'oser donner des leçons de propagande au Maître:

Le gouvernement serait d'autant mieux inspiré de mettre en avant ces bons chiffres qu'ils pourraient ne pas durer. Du fait de la dégradation de la conjoncture économique, le chômage devrait encore baisser en 2008, mais sans doute dans des proportions moindres.

On dirait Arlette Chabot pendant l'un des entretiens avec le Très Grand Homme (TGH). Sarkozy commence à s'embrouiller avec les marges arrières, elle lui coupe la parole pour remettre en marche la machine à comm':

LE PRESIDENT - ... Qu'ils obtiennent des fournisseurs. Personne n'y comprend rien, c'est extrêmement compliqué. Les grandes surfaces discutent...

ARLETTE CHABOT - Les prix vont baisser, en clair !

En effet, c'est la responsabilité des médias de renforcer le message du pouvoir quand celui-ci n'arrive plus, tout seul, à le rendre suffisamment clair.

La seule chose véritablement intéressante dans l'édito, c'est l'observation, déjà faite par ailleurs bien entendu, que le pouvoir d'achat a remplacé le chômage comme préoccupation politique principale des "Français".

En juin 2007, le chômage était la principale préoccupation de 47 % des Français, loin devant la hausse des prix (15 %). Depuis novembre, les deux courbes se sont croisées : 34 % des Français placent aujourd'hui l'inflation en tête de leurs soucis, devant la lutte contre le chômage (28 %).

Ce que l'édito ne nous rappelle pas, c'est qu'il est tout à fait normal que Sarkozy ait cherché à réduire l'importance, dans les yeux du public, du taux de chômage, car, à l'époque où il cherchait seulement à s'imposer en tant que candidat à l'UMP, le chômage baissait légèrement, à la plus grande gloire de Dominique de Villepin.

Le virage vers le pouvoir d'achat n'était pas seulement une bonne innovation stratégique, pour se distancer vis-à-vis de la droite chiraquienne, il convient parfaitement aux valeurs sarkozyënnes : on s'en fout des losers qui ne travaillent même pas, je veux plus de pouvoir d'achat moi-même. Et en oubliant qu'en général, seule la baisse du chômage peut contribuer à revaloriser les salaires. Dans une économie de marché.