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28 juin 2012

Pauvre NKM...

 

À droite, les regrets laissés par la campagne de Nicolas Sarkozy s'expriment en fonction des vues des uns et des autres sur la tête de l'UMP et l'élection présidentielle de 2017. Nathalie Kosciusko-Morizet a sans doute dépassé la plupart de ses camarades en souplesse, ce qui est une qualité essentielle en politique. Déjà, dans son rôle de porte-parole, elle avait signé des performances qui ne méritent pas l'oubli dans lequel elles sont déjà tombées. Ma préférée, au tout début de la campagne de Sarkozy, était quand elle disait :

"Je peux faire la liste des sujets sur lesquels on ne sait pas aujourd'hui ce que pense ou ce que propose François Hollande. La vraie violence, elle est là"

C'est une sorte de trouvaille dans la langue de bois trop enthousiaste de quelqu'un qui n'a pas encore acquis le vernis un peu luisant d'un Jean-François Copé, pour qui respirer la mauvaise foi n'entrave l'apparence de logique.

16 juin 2012

Le déclin de la droite

 

Oui, le déclin de la droite, même si demain elle fait un bon score aux législatives. Le déclin dont je parle est différent.

Dans un très bon papier au Monde, Olivier Ferrand (président de Terra Nova) explique les trois étapes de la fusion UMP-FN. Pour résumer les voici :

  • Convergence idéologique (du Club de l'Horloge dans les années soixante-dix à la médiatisation aujourd'hui de Rioufol, Zemmour et Elisabeth Lévy) ;
  • Convergence humaine (des gens de droite aussi bien UMP que FN, qui participent ensemble à des activités xénophobes ensemble) ;
  • Convergence institutionnelle (entre le FN, la Droite Populaire, la Droite Sociale de Wauquiez).

Comme souvent, cette progression est présentée comme l'histoire de la montée en puissance des thèses xénophobes couplée à la banalisation du Front National version Fifille. Ce qui se dit un peu moins, c'est que si la droite traditionnelle se mue en grand parti populiste et islamophobe, c'est que ses idées sont en perte de vitesse depuis l'ère Chirac.

26 mai 2012

Chers blogueurs de droite...

 

Nous les blogo-gauchistes, nous nous interrogeons beaucoup sur ce que va être cette droitosphère qui va bientôt remplacer la gauchosphère maintenant que sa cible unique est parti au Maroc. Nous nous interrogeons déjà parce que curieusement, malgré la victoire de François Hollande et la défaite quasi simultanée de Nicolas Sarkozy, il ne nous manque pas des choses à dire.

24 mai 2012

Exploiter la xénophobie

 

L'autre jour je parlais du problème que nous avons aujourd'hui pour communiquer ce pour quoi la xénophobie politique n'est pas acceptable. Jusqu'à la prise de fonction de Nicolas Sarkozy en 2007, il y avait Les repères historique et moraux qui servaient encore récemment pour fonder un consensus qui plaçait le Front National et ses idées dans un hors champ politique. Depuis le fameux "siphonnage" des électeurs du Front National, et la poursuite d'une politique xénophobe censée garder ces électeurs dans le giron de l'UMP, et depuis que Marine Le Pen a mis en sourdine l'antisémitisme et négationisme qui étaient les marques de fabrique de son parti, ce n'est plus une évidence, pour une partie significative des hommes politiques de droite, ainsi que pour une partie signficative de l'électorat, qu'il est repréhensible d'exploiter politiquement et de valider la xénophobie.

21 mai 2012

L'UMP accepte enfin l'islamophobie

 

Marine Le Pen dit : "je suis la chef de l'opposition au système".

Marine Le Pen dit : "l'immense majorité des électeurs de l'UMP se sentent beaucoup plus proches de nous que de leurs dirigeants qui tendent à gauche."

Il y a seulement quelques mois, devant de tels propos, on aurait conclu à l'hyberbole habituelle de la famille Le Pen. Aujourd'hui, alors que Le Pen fait un score, certes impressionnant, mais seulement un peu mieux que son père en 2002, nous sommes obligés de la prendre un peu plus au sérieux.

La première phrase vise Mélenchon d'abord, l'UMP ensuite. La seconde explique, à propos de l'UMP, que Madame Le Pen est déjà, idéologiquement, à la pointe, à la tête, du sentiment populaire de la droititude.

18 mai 2012

La droite se droitise

 

Repartons de cette citation, de Rioufol, que j'ai mentionnée dans un billet précédent :

En réalité, le scrutin était gagnable, dans une société convertie majoritairement aux valeurs de la droite. Mais deux millions de Français ont préféré voter nul ou blanc, souvent dans le but de sanctionner un président ayant redécouvert trop tardivement son intérêt pour la nation.

Rioufol voit dans la victoire de François Hollande la preuve que la société "se droitise", puisque les gens qui auraient pu voter droite ont préféré voter blanc. La logique est imparable, vous en conviendrez. Seule une victoire de Mélenchon aurait pu signifier un plus radical virage à droite.

Dans le même billet, j'ai essayé de réfuter cette affirmation, elle-même fondée sur la supposition que La Droite puisse réunir le spectre allant des bayroutistes qui ont voté blanc (et non Hollande comme Bayrou) au sarkozysme libéré de la croisade héroïque des quinze derniers jours de sa campagne, en passant par le Front National et la Droite Populaire. La question mérite qu'on y retourne.

9 mai 2012

Une majorité UMP-Droite Populaire : quand on y réfléchit, c'est Sarkozy

 
Jean-François Copé, qui n'a aucune difficulté avec les idées du Front National si cela peut servir une campagne présidentielle, ne veut pas du Front National dans des alliances pour les législatives. Il met les points sur les i.
La ligne de l'UMP "est très claire, il n'y aura pas d'alliance électorale ni de discussion avec les dirigeants du Front national" et si localement, certains engagent de telles démarches, "on en tirera toutes les conséquences au niveau national, car ce sera contraire à la ligne de l'UMP", déclare le secrétaire général de l'UMP.
Il y a pourtant la Droite Populaire, sorte de Front National interne à l'UMP. Et à la Droite Populaire, on ne comprend pas cette logique, surtout depuis Marine Le Pen a lâché l'antisémitisme (hors Autriche). Jean-Paul Garraud, député Droite Populaire (Gironde) se demande s'il ne faut pas être "pragmatique" plutôt que de rester "dans les blocages idéologiques".

7 avril 2012

"Je comprends votre souffrance"

Les petits gestes, les clins d'oeil, les sourires en coin, les mots doux discrètement lâchés, du pied sous la table… tout cela ne suffit plus. Nicolas Sarkozy se décide enfin de déclarer sa flamme aux électeurs du Front National :

«Aux électeurs du Front national, je dis que je comprends votre souffrance mais le vote FN ne résoudra aucun des problèmes» pour lesquels «vous voulez une solution», a affirmé le président-candidat, ajoutant que «chaque vote FN profitera à la gauche».

C'est vrai que Claude Guéant est parfois un peu trop subtile pour des électeurs habitués au style beaucoup plus direct de la famille Le Pen. Alors le courageux Très Grand Homme (TGH) doit mettre les points sur les "i".

"J-16. Sarkozy appelle les électeurs du FN à voter utile. Jusqu'ici,/ /tout va bien", touittait Brave Patrie. C'est très drôle, et très pertinent, car s'il y a un électorat qui ne vote pas "utile", c'est bien celui du Front National.

Quelle souffrance est-ce qu'il comprend, notre Chef d'État ? Il fait comme si l'on votait Front National parce qu'on s'inquiétait tout particulièrement des effets néfastes des populations juives et Arabes sur la Nation Française, un peu comme d'autres électeurs s'inquiètent pour l'école, leurs retraites ou les déficits.

Pourtant, depuis le temps que Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant agitent des chiffons rouges de toutes les couleurs (sans beaucoup de succès, j'ajoute), ils auraient dû comprendre que la xénophobie n'est pas un sujet politique rationel. On parle d'"immigrés", par exemple, quand on veut dire "citoyens français issus de l'immigration maghrebine des années cinquante et soixante", et on expluse les uns parce qu'on ne peut pas supporter de voir les autres. La xénophobie ressemble plus à une maladie mentale qu'à une cause, ou à un "problème" auquel un Président pourrait chercher une "solution".

Sarkozy a réussi à "siphonner" l'extrême droite en 2007 parce qu'il promettait de tout faire péter s'il était élu : "tout devient possible". En promenant Hortefeux devant les électeurs FN, Sarkozy a réussi à leur suggérer sans vraiment le dire que, élu, la grande ratonnade pourrait enfin avoir lieu.

Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible, d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots : "venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout faire péter, comme toujours.

Sarkozy s'abaisse, et nous rabaisse en même temps (il est encore Président de la R.). Ce serait comique, surtout l'appel simultané aux centristes, qui normalement n'ont pas la même idée que lui sur les "problèmes" et leurs "solutions", si ce n'était pas si grave. Nous nous rapprochons du "moment Millon", quand on décide qu'il vaut mieux pactiser que perdre sa place. Ce qui rassure, c'est que pour en être là, c'est que les choses ne vont pas très bien.