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16 juin 2012

Le déclin de la droite

 

Oui, le déclin de la droite, même si demain elle fait un bon score aux législatives. Le déclin dont je parle est différent.

Dans un très bon papier au Monde, Olivier Ferrand (président de Terra Nova) explique les trois étapes de la fusion UMP-FN. Pour résumer les voici :

  • Convergence idéologique (du Club de l'Horloge dans les années soixante-dix à la médiatisation aujourd'hui de Rioufol, Zemmour et Elisabeth Lévy) ;
  • Convergence humaine (des gens de droite aussi bien UMP que FN, qui participent ensemble à des activités xénophobes ensemble) ;
  • Convergence institutionnelle (entre le FN, la Droite Populaire, la Droite Sociale de Wauquiez).

Comme souvent, cette progression est présentée comme l'histoire de la montée en puissance des thèses xénophobes couplée à la banalisation du Front National version Fifille. Ce qui se dit un peu moins, c'est que si la droite traditionnelle se mue en grand parti populiste et islamophobe, c'est que ses idées sont en perte de vitesse depuis l'ère Chirac.

26 mai 2012

Chers blogueurs de droite...

 

Nous les blogo-gauchistes, nous nous interrogeons beaucoup sur ce que va être cette droitosphère qui va bientôt remplacer la gauchosphère maintenant que sa cible unique est parti au Maroc. Nous nous interrogeons déjà parce que curieusement, malgré la victoire de François Hollande et la défaite quasi simultanée de Nicolas Sarkozy, il ne nous manque pas des choses à dire.

19 mai 2012

Fin des blogs de gauche ? Le cache-sexe antisarkozyste

 

Les médias s'interrogent sur la suite des blogs de gauche, prédisant leur disparition ou leur remplacement par un équivalent de droite.

Voici quelques exemples :

  • Le Monde annonce l'arrivée d'une droitosphère, Romain Pigenel réplique en expliquant la particularité galvanisante de Sarkozy en tant que sujet politique ;
  • L'Express demande : "La défaite de Sarkozy va-t-elle tuer les blogs de gauche?" ; Nicolas J. réplique : "Les blogs de gauche ont un bel avenir devant eux : ce sont les derniers – les seuls ! – à faire de la politique."
  • Le Figaro parle d'une reconversion délicate et Juan met des bons bémols.

Pour résumer, les journalistes voudraient que les choses suivent une logique naturelle et équilibrée : anti-hollandisme et anti-sarkozysme sont symétriques, l'alternance concerne aussi les blogs. Mais surtout, ils ne voient dans les blogs de gauche que leur antisarkozysme, et la conclusion s'impose toute seule : sans Sarkozy, pas de blogs antisarkozyste, pas de blogs de gauche.

18 mai 2012

La droite se droitise

 

Repartons de cette citation, de Rioufol, que j'ai mentionnée dans un billet précédent :

En réalité, le scrutin était gagnable, dans une société convertie majoritairement aux valeurs de la droite. Mais deux millions de Français ont préféré voter nul ou blanc, souvent dans le but de sanctionner un président ayant redécouvert trop tardivement son intérêt pour la nation.

Rioufol voit dans la victoire de François Hollande la preuve que la société "se droitise", puisque les gens qui auraient pu voter droite ont préféré voter blanc. La logique est imparable, vous en conviendrez. Seule une victoire de Mélenchon aurait pu signifier un plus radical virage à droite.

Dans le même billet, j'ai essayé de réfuter cette affirmation, elle-même fondée sur la supposition que La Droite puisse réunir le spectre allant des bayroutistes qui ont voté blanc (et non Hollande comme Bayrou) au sarkozysme libéré de la croisade héroïque des quinze derniers jours de sa campagne, en passant par le Front National et la Droite Populaire. La question mérite qu'on y retourne.

7 février 2012

La guerre des classes et la guerre des civilisations

C'est un titre un peu marxisant, je sais. Il ne faut pas s'affoler, ce n'est pas mon sur-moi marxiste-léniniste qui prend le contrôle de mon clavier. Je m'explique.

Dans une démocratie, pour se faire élire, la droite qui représente les intérêts économiques d'une minorité puissante. Celle-ci doit trouver le moyen d'utiliser sa supériorité économique et sociale pour convaincre une grande partie de la population, qui ne fait pas partie de cette élite, de voter contre ses propres intérêts. On penserait que c'est difficile de le faire, mais les succès répétés des droites dans les démocraties du monde montrent bien que c'est presque plus difficile de faire voter les gens pour leur propre intérêt.

Rien de bien neuf, là, bien sûr. Mais les événements récents montrent que le même tour de passe-passe est en train de se préparer. Pouvait-il en être autrement ? Les choses pourraient être un peu moins claires, sans doute, mais sarkozyzme ne rime pas avec subtilité, donc on y va.

Le TGH veut augmenter la TVA. On trouve même le moyen d'augmenter les impôts des pauvres tout en ayant l'air de combattre les impôts. Concrètement, la droite RPR-UMP n'a, historiquement, pas d'autre véritable programme que de transférer les charges de l'État providence vers les classes moyennes et et les classes populaires, en allégeant celles qui pèsent sur les riches et les entreprises, notamment les très grandes entreprises. (Les PME, bof.) Hollande, dans son projet, propose de rétablir un peu de la progressivité dans la fiscalité. A droite, il y a la droite ; à gauche, il y a la gauche.

La promesse de la droite, et l'un de leurs arguments principaux depuis vingt ou trente ans maintenant, c'est que les intérêts du prolétariat (voilà, je l'ai dit) et du capital sont liés : si vous faites la grève, on ferme l'usine et c'est les chinois qui feront votre boulot… mais, si on s'arrange, et si vous acceptez des concessions, vous pourriez travailler encore pendant six mois, au moins. Bien sûr, le socialisme jospiniste n'est pas étranger à ce type de raisonnement : socialisme d'accompagnement, etc. Et les dominés d'aujourd'hui sont moins misérables que ceux du XIXe, et ont un peu plus que leurs chaînes à perdre. Les contours deviennent flous, et surtout il devient difficile de fonder une idéologie politique forte, fondée sur une opposition facile à saisir.

Les gauches, fût-elles timides et pâles, continuent à élaborer un discours fondé plus ou moins dans la réalité des intérêts économiques. Mais c'est compliqué, les gens ne suivent pas vraiment. Les droites, qui doivent dissimuler la réalité des intérêts pour que la majorité vote contre le sien, a une facilité naturelle à détourner l'attention. C'est comme dans les tours de magie : il faut attirer le regard sur une main (la gauche ? la droite ?) qui ne fait rien, pendant que l'autre agit. C'est peut-être encore plus comme les pickpockets, qui inventent une ruse pour que vous regardiez ailleurs pendant qu'ils vident vos poches.

Aujourd'hui, la ruse, la main que tout le monde regarde, c'est Claude Guéant. La main qui vous fait les poches, vous savez bien à qui elle appartient. L'offensive dans les mois à venir va être sur le plan des valeurs. Ce sont elles qui font voter les masses contre elles-mêmes, et Sarkozy, inquiet, ne va pas s'en priver.

La guerre des civilisations cache la guerre des classes. L'enjeu, jusqu'au 6 mai, est de ne pas se laisser distraire.

24 juin 2009

Flux tendu

La droite a toujours eu un rapport émotionnel avec la dette. Des conservateurs, avec leur image de "bon père de famille", on était habitués à cette grande méfiance vis-à-vis de la dette. Le célèbre "les caisses sont vides" du malheureux François Fillon est dans la droite lignée de cette vieille logique. Les gauchistes sont irresponsables, ils dépensent les sous de nos petits enfants pour le donner à des fonctionnaires paresseux. Sur toute proposition sociale pesait le menace de la dette, ou encore le fameux "trou de la sécu" dans lequel on allait tomber un jour ou l'autre.

Ça, c'était la droite traditionnelle. Elle existe d'ailleurs encore. Je citais Fillon tout à l'heure, par exemple. C'est une droite rassurante, utile pour les inquiétudes des nantis qui, avant toute autre chose, ne veulent pas voir leur capital partir en fumée, dans les narines des mêmes fonctionnaires (toujours eux), ou même celles, encore plus gourmandes en fumée, des RMIstes.

À côté de cette bonne vieille droite, existe donc, avec Sarkozy, une droite des managers. On disait longtemps droite bling bling à propos de Sarkozy. C'est un peu la même chose : le bourgeois convservateur n'avait pas besoin de Rolex, ou s'il en avait une il la portait correctement sans ostentation, car sa richesse était de famille, ancienne, acquise, évidente. La richesse du manager, en revanche, doit être visible car elle est neuve. Le manager doit marquer le coup, comme tout bon nouveau riche. Surtout, sa richesse n'est pas structurée comme celle du bourgeois. Le manager vit dans le flux, peut-être même dans la dette, dette qui lui est permise parce qu'il ne fait aucun doute qu'il est déjà trop puissant (chef de rayon chez Carrefour, directeur d'agence chez BNP-Paribas, etc. etc.) pour être pauvre. La pèse du mois prochain sera inévitablement supérieure à celle de ce mois-ci. Pas de souci.

Bien sûr, ces deux droites se croisent et s'entrecroisent, s'aiment et se détestent. Elles partagent la conviction que le but de la politique est de supprimer les systèmes de partage, tant ils sont convaincus d'être en permanence les perdants dans les partages. Au-delà de ce socle idéologique, cependant, leurs analyses sont divergentes.

Le manager ne peut pas faire le dos rond. Il vit en flux tendu, au mois le mois. S'arrêter, c'est rendre la Rolex, la 535i. Le bourgeois n'aime pas voir baisser ses rentes, va même serrer la ceinture un peu pour protéger ses intérêts, mais il n'a pas peur. Il sait que lui et les siens se retrouvent toujours. Le manager a la trouille et applique les principes qui lui ont réussi jusque-là : foncer avec aplomb.

Dagrouik nous fait un topo sur les politiques d'endettement que la droite nous prépare. On savait déjà de quelle droite on avait affaire.

20 février 2009

L'offre dont personne ne veut

Sauvons d'abord les entreprises, on verra plus tard pour le reste. Telle est, sans même exagérer beaucoup, l'image du plan de "relance" de Nicolas Sarkozy. Non, je n'exagère pas, car il suffit d'écouter Laurence Parisot, qui s'exprime très clairement sur le sujet :

"La priorité des priorités aujourd'hui, c'est de sauver des emplois" donc "des entreprises", a affirmé mercredi la présidente du Medef Laurence Parisot, quelques heures avant une réunion avec les syndicats autour du chef de l'Etat pour rechercher un accord face à la crise.

Et elle reprend l'argument contre la relance de la consommation que l'UMP sert vraiment à tout les sauces depuis quinze jours :

Elle a également dit "souhaiter que la consommation tienne bon en France". "Mais il y a un ordre des facteurs", selon elle, et "la priorité c'est maintenir l'investissement" et non relancer la consommation, ce qui va stimuler les importations et "relancer l'économie en Chine, en Asie ou hors de France".

C'est la ligne. On a beau démystifier, réfuter, rien n'y fait. Il suffit de renchérir sur la crainte des importations (déjà invoquée lors du débat sur la "TVA sociale" - souvenez-vous de la TVA "anti-délocalisation") auprès de consommateurs qui savent bien que désormais tout est "made in China".

Voir les choses ainsi, c'est les voir uniquement du point de vue industriel. "Nos usines" contre les leurs : usines chinoises, coréennes, indonésiennes. On sait bien, pourtant, que, lorsque le consommateur achète son écran plat, la fnac se prend une grosse part. Et je suppose des fournisseurs, transporteurs et autre intermédiaires dont on devine bien l'existence. Sans parler des presque 20 % de TVA qui part directement au Trésor Public.

Le problème, du point de vue de l'industriel français, c'est toutes ces thunes ne reviennent pas directement au producteur, elles se diffusent dans la nature. Pas directement dans le portefeuille du capitaliste chinois, mais simplement dans l'économie.

Sans entrer de plein pied dans le débat économique, l'accent que l'UMP-MEDEF met sur l'investissement côté offre traduit une vision de la société où ce qui compte ce sont les producteurs, les gens étant dérisoire, de l'argent mal dépensé. De l'argent à la poubelle.

En revanche, sponsoriser l'industrie, "sauver" les entreprises, comme le dit Laurence Parisot, ces entreprises qui n'ont pas de commandes parce que personne ne veut consommer leurs produits, ces entreprises à la rigueur ne peuvent pas investir. Sans commandes, elles ont quand même tout intérêt à se débarrasser de tous ces ouvriers en surnombre, payés pour ne rien produire puisque personne ne veut rien acheté. Avec les aides de l'État, ces entreprises ont surtout intérêt à garder tranquillement l'oseille.

J'ai l'air un "gaucho" ? Prenez le dernier exemple en date : la BNP et la SocGen qui donnent tranquillement et respectivement 912 millions 700 millions d'euros à leurs actionnaires. C'est comme pour le Paquet et le Bouclier : donnons de l'argent à ceux qui en ont déjà, pour qu'ils puissent investir... à l'étranger, si ça leur chante. En Chine même.

En somme, nous allons traverser une grave crise économique. L'État soutiendra les très grandes entreprises qui pourront maintenir leurs cours en bourse et leurs trésoreries. L'industrie pourra faire le dos rond. Le peuple se débrouillera pour survivre.

6 octobre 2008

Des subprimes, de l'écran de fumée sarkozyste et de la lutte à venir

Encore du rattrapage, et toujours à propos de cette "crise" qui a fait de notre Très Grand Homme (TGH) un grand anticapitaliste, ce qui est le seul moyen de sauver le capitalisme.

Que faire donc de cette nouvelle pousse dans la rhétorique sarkozyënne, cette idée de fabriquer un nouveau capitalisme qui sera juste, éthique, qui supprimera la rente, qui fera en sorte que tout le monde sera content, que le travail sera récompensé, la fainéantise sera punie, et tout le reste ? Évidemment, notre anti-sarkozysme, tout aussi primaire que le premier jour, nous dit que ces nouveaux sentiments carrément socialistes ("marché régulé" et tout ça) sont forcément mauvais signe, cachent quelque chose, des funestes manoeuvres à venir. Et, bien sûr, Sarkozy lui-même nous poussent vers cette interprétation, puisque son discours de Toulon aboutit à une Défense du Paquet, un coup sur les trente-cinq heures, la promesse de continuer de nous accabler de ses réformes. Beaucoup de bruit pour rien, comme d'habitude.

On a finit par comprendre, depuis le temps de "l'ouverture" dont on ne parle plus du tout, que chaque coup "à gauche" du TGH dissimule, plus ou moins bien, la subversion de la valeur au nom de laquelle la mesure est prise. Tout porte à croire que ce scénario familier va se répéter une nouvelle fois. La grande lutte contre le capitalisme va se traduire par une aide aux banques. Les contribuables paieront et les banques resteront intactes. Le monde de la finance continuera comme avant, avec, éventuellement, quelques inflexions réglementaires. Mais au fond, nous allons donner des sous aux banques. Quelle meilleure façon d'habiller une mesure qui videra la caisses déjà vides, qui va transférer la dette des banques vers la dette Nationale, qu'en disant que l'on va tout faire péter, que plus rien sera comme avant, que les traders seront fouettés en public. Que de plus économique que de payer ce bon peuple de mots.

Je ne prétends pas comprendre toute la mécanique des subprimes et leurs suites. Pas trader pour un sous, moi. Et je me méfie un peu des mondes parallèles que l'on pourrait imaginer pour remplacer le système actuel, qui seront irréalistes non parce qu'ils seraient moins bien faits que celui-ci, mais simplement parce que le présent système est déjà en place et que toute solution, si on imagine un consensus international sur la question, ce qui est déjà plus que douteux, toute solution doit non seulement marcher, mais pouvoir gérer la fin du présent système. Les interventions étatiques en train de se faire actuellement n'ont d'autre but que d'éviter le véritable cataclysme qui remettrait véritablement en cause les méthodes actuelles.

Mais en tout cas, il y aura cette négociation, ce jeu pour déterminer la part des états dans le gâteau à venir. Et la droite, une fois débarrassée de son sur-moi libéral (qu'il est doux d'écrire ces mots!) va lutter pour que l'État, et donc les contribuables présents et futurs, paient plus, pour que les banques et autre intérêts financiers paient moins. Nicolas Sarkozy, toujours aussi subtile, est déjà en train de créer l'écran de fumée pour permettre cette opération, pour foncer dans la dette - "c'est la faute à la crise" - afin soutenir nos pauvres banques françaises, victimes de... d'elles-mêmes.

Edit : Flûte! Un bout du billet de demain s'était imposé dans celui-ci. Mais ça y est, il est rentré dans son brouillon.

2 octobre 2008

Sarkozy à gauche, Omelette à droite

L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, cette idée de la toute puissance du marché était une idée folle.

L'idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle.

Ce n'est pas Arlette. Ce n'est pas Olivier Besancenot. C'est notre Très Grand Homme (TGH). Je préviens quand même.

L'économie de marché c'est un marché régulé, le marché mis au service du développement, au service de la société, au service de tous. Ce n'est pas la loi de la jungle, ce n'est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres. L'économie de marché c'est la concurrence qui réduit les prix, qui élimine les rentes et qui profite à tous les consommateurs.

L'économie de marché élimine les rentes ? Je croyais que le but du marché était justement de se faire des rentes. Qu'on m'explique comment l'économie de marché élimine les rentes. Vraiment.

Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, le capitalisme c'est la récompense du travail, de l'effort et de l'initiative.

J'y reviens à la fin du billet, mais au cas où vous décrocherez avant (car la route est longue), je préviens que je n'ai pas compris. L'entrepreneur entreprend pour augmenter son capital. Investir son capital (spéculer ou même se faire des rentes), c'est un peu le but. Me voilà perplexe. Mais ce n'est pas la première fois.

Ensuite Sarkozy découvre le socialisme :

Je veux le dire aux Français : l'anticapitalisme n'offre aucune solution à la crise actuelle. Renouer avec le collectivisme qui a provoqué dans le passé tant de désastres serait une erreur historique. Mais à l'inverse ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s'il ne s'était rien passé serait également une erreur historique.

[...]

La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme, le refonder sur une éthique, celle de l'effort et celle du travail, elle doit nous inciter à retrouver un équilibre entre la liberté nécessaire et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle.

Il nous faut trouver un nouvel équilibre entre l'Etat et le marché, alors que partout dans le monde les pouvoirs publics sont obligés d'intervenir pour sauver le système bancaire de l'effondrement. Un nouveau rapport doit s'instaurer entre l'économie et la politique à travers la mise en chantier de nouvelles réglementations.

Jusqu'à Toulon, la crise n'existait pas ou n'allait pas toucher nos banques françaises si impeccablement gérées. Et maintenant, c'est déjà fini. Ouf!

Il faut tirer les leçons de la crise pour que la crise ne se reproduise pas. Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe, le monde est passé à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer.

Je ne cite même pas les élucubrations sur les vilains patrons et les parachutes d'orés. Non que je veuille défendre les uns ou les autres, mais dans la bouche de Nicolas Sarkozy, les ficelles sont comme d'habitude trop grosses : il faut des coupables isolés et de préférence inconnus des téléspectateurs. Et moi qui avais compris que c'était le système qui était en cause... En somme, il faut distraire. Juan appelle ça le vacarme.

La monnaie est au coeur de la crise financière comme elle est au coeur des distorsions qui affectent les échanges mondiaux. Et si l'on n'y prend pas garde le dumping monétaire finira par engendrer des guerres commerciales extrêmement violentes et ouvrira ainsi la voie au pire des protectionnismes. Le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu'il veut ou qu'il peut. Il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois, mais il ne peut pas compenser la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Notre industrie aéronautique peut être aussi performante que possible, elle ne peut pas lutter contre l'avantage de compétitivité que la sous-évaluation chronique du dollar donne aux constructeurs américains. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Attendez que je détache les phrases qui sont peut-être les plus hilarantes de ce discours :

Le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu'il veut ou qu'il peut. Il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois, mais il ne peut pas compenser la sous-évaluation de la monnaie chinoise.

Le rêve de la droite et du MEDEF : le salaire des ouvriers français ramené à sa juste valeur, celle des "bas salaires des ouvriers chinois", mais, comble de l'injustice!, même si la France devait atteindre ce noble objectif - qui consisterait à diviser les salaires par combien ? dix ou vingt ? - même alors ces chinois qui trichent avec leur monnaie auraient un avantage sur nous. (Tiens, c'est bizarre, on dirait que notre monarque élu n'a plus peur de fâcher les chinois. Car je crois que le sujet de la monnaie chinoise est assez sensible...).

Voilà donc pour la responsabilité individuelle et le gagner-plus.

Je suis convaincu que le mal est profond et qu'il faut remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton-Woods après la Seconde Guerre Mondiale. Cela nous permettra de créer les outils d'une régulation mondiale que la globalisation et la mondialisation des échanges rendent indispensables. On ne peut pas continuer de gérer l'économie du XXIème siècle avec les instruments de l'économie du XXème. On ne peut pas davantage penser le monde de demain avec les idées d'hier.

Hah! Je ris encore. Ant s'est déjà moqué de ce nouveau Bretton-Woods que Sarkozy a pris dans la contribution Urgence Sociale. Comme visiblement je me place désormais à droite de Nicolas Sarko-Trotsky, je renvoie à mon billet assez critique de ce nouveau Bretton-Woods, qui reste tout à fait compréhensible d'un point de vue de gauche, mais carrément risible en provenance de la droite-qui-fut-dure.

Je passe sur les élucubrations sur l'Europe, pour m'arrêter sur ce qui est peut-être un petit bijou :

En tant que Président de l'Union, je proposerai des initiatives en ce sens dès le prochain conseil européen du 15 octobre.

Il est vraiment, lui-même, Président de l'Union ? Je sais que c'est la "Présidence Française", mais je n'étais pas au courant de l'existence d'un poste "Président de l'Union". Dites-moi si je me trompe. François Fillon est-il du coup "Premier ministre de l'Union" aussi ?

Je le dis avec la même détermination : si les difficultés actuelles devaient entraîner une restriction du crédit qui priverait les Français et les entreprises, en particulier les PME, des moyens de financer leurs investissements ou d'assurer leur trésorerie, l'Etat interviendrait pour que ces financements puissent être assurés. Il le ferait par des cautions, par des garanties, par des apports en capital ou par une modification de la réglementation bancaire, mais il le ferait pour éviter que par un engrenage fatal l'économie privée de financements s'enfonce durablement dans une récession que nous n'accepterons pas.

Je ne veux pas être le défenseur de la Main Invisible, mais après tout, maintenant que je suis de droite, ça va devenir une seconde nature. En "soutenant" ainsi les PME, n'est-ce pas un signe d'encouragement envers les banques : faites des mauvais prêts, l'État est là!

J'y ajouterai des mesures fortes pour que les programmes immobiliers en cours puissent être menés à bien et pour que des terrains appartenant au secteur public soient libérés pour y construire de nouveaux logements, ce qui contribuera à la baisse des prix qui avaient atteint des niveaux parfaitement excessifs.

Idem. Allons-y, on va tous être des propriétaires endettés, c'est la solution. Dedalus nous rappelle d'ailleurs qu'il n'y a pas si longtemps, le "candidat Sarkozy" rêvait de subprimes à la française...

Face au ralentissement de l'activité se pose naturellement la question de la relance de notre économie. Cette relance nous l'avons engagée, bien avant tous les autres, avec les mesures prises il y a un an sur les heures supplémentaires, la possibilité de déduire les intérêts de ses emprunts immobiliers, la suppression des droits de succession, le crédit d'impôt recherche, auxquels se sont ajoutées d'autres mesures comme le déblocage de la participation.

Ce soutien apporté à l'activité nous a permis de mieux résister à la crise.

Là, c'est presque aussi drôle que le morceau sur les salaires franco-chinois. Une seule interprétation possible de cette défense du Paquet : la dette, c'est bien. Les 10 et 15 milliards perdus par an pour rien, c'est bon pour le moral. On ressent un peu mieux ce que c'est d'être une grande banque en ce moment.

L'argent de l'Etat, c'est l'argent des Français. Ils ont travaillé trop dur pour le gagner pour que l'on ait le droit de le gaspiller. On a gaspillé l'argent des Français lorsqu'on l'a dépensé pour financer les 35 heures avec les résultats catastrophiques au plan économique et social que l'on connaît.

Là, je cite juste pour le plaisir. Comme tout le monde sait, le désastre économique n'était pas les subprimes, mais les 35 heures. C'est là où l'on commence à comprendre pourquoi Sarkozy, Lagarde et Cie étaient si lents à reconnaître l'existence d'une crise économique et financière internationale : il n'y avait aucun lien avec leurs ennemis héréditaires, les socialistes. Maintenant que Sarkozy est lui-même socialiste, ça va être plus compliqué. L'aveuglement de la guerre des clans a mal servi la France pour le coup.

La référence aux 35 heures n'était pas un hasard, même si c'est un réflexe. (Guaino et les autres doivent tester leurs Waterman en écrivant "c'est la faute des 35 heures".) Cette référence annonce le véritable message de Toulon, une fois débarrassé de toute l'hypocrisie altermondialiste : on ne change pas une stratégie qui ne marche pas. Ainsi :

Alors pour retrouver des marges de manoeuvre et pour préparer l'avenir, les dépenses de fonctionnement de l'Etat doivent diminuer. L'année prochaine, c'est donc un total sans précédent de 30 600 emplois publics qui seront supprimés dans la fonction publique. La révision des politiques publiques sera menée avec beaucoup de célérité. La réforme de l'hôpital permettra d'améliorer l'accès aux soins tout en supprimant des dépenses inutiles. Les agents hospitaliers seront intéressés à l'équilibre de leur budget et partout les fonctionnaires seront associés aux gains de productivité dans la fonction publique. C'est une véritable révolution culturelle que nous mettons en place et qui va modifier en profondeur les comportements.

"Révolution culturelle"...

Mais là aussi, je vous dois la vérité : dans la situation où se trouve l'économie, je ne conduirai pas une politique d'austérité parce que l'austérité aggraverait la récession. Je n'accepterai donc pas de hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Car notre objectif, c'est de leur rendre du pouvoir d'achat et non de leur en prendre.

La dette, libérons nous par la dette ! Les 30 600 postes supprimés dans la fonction publique auront bon dos...

Comme une telle conclusion pourrait laisser un goût un peu aigre dans les oreilles de certains, Sarkozy revient au Grand N'Importe Quoi pour finir la séquence.

Il faut opposer l'effort du travailleur à l'argent facile de la spéculation, il faut opposer l'engagement de l'entrepreneur qui risque tout dans son entreprise à l'anonymat des marchés financiers, il faut opposer un capitalisme de production à un capitalisme de court terme, il faut accorder une priorité à l'industrie au moment où l'étau de la finance se desserre, voilà tout le sens de la politique économique que nous voulons conduire.

Quelqu'un pourrait-il expliquer au Très Grand Homme (TGH) que dans "capitalisme" il y a "capital", et que la spéculation qui est source de tous les maux n'est autre chose que l'une des manières de profiter de son capital (quand on en a).

9 avril 2008

Chamailleries

Il y a quelque chose comme une idée reçue selon laquelle c'est à gauche, et surtout au PS, qu'on se chamaille le plus. Heureusement que la droite est là pour nous remettre les pendules à l'heure! En réalité, on se chamaille partout. La politique, c'est peut-être finalement une énorme chamaillerie. La chamaillerie est peut-être même la méthode de tout progrès et de toute régression en politique. Oui, je parlais de la droite, voici ce que dit une Secretaire d'Etat à propos de ses amis :

"J'appelle chacun à prendre ses responsabilités, répond-elle [Nathalie Kosciusko-Morizet] à ceux qui l'ont mise en cause. Il y a un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé, qui essaie de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le minimum. Si le travail de préparation préalable avait été fait dans le groupe, cela ne se serait pas produit. Ce n'est pas normal qu'il y ait eu si peu de députés de la majorité en séance. Manifestement, Copé n'arrive pas à tenir le groupe. Quant à Jean-Louis [Borloo], j'attends avec impatience qu'il vienne exprimer la parole unique du gouvernement dans l'Hémicycle. Quand il veut, il vient."

Ca remonte le moral, non?

22 février 2008

N'oublions pas la Stasi

Grâce à Marc Vasseur (mais aidé par Pierre Lelouche), on peut ajouter la Stasi à la liste des "choses auxquelles ressemblent ceux qui critique Sarkozy".

Vas-y Pierre!

Pauvre droite!

Les sarkozystes continuent dans la surenchère à propos des "attaques" subies par notre Très Grand Homme (TGH). Ce matin on lit chez Juan :

Nicolas Sarkozy a missionné ses prroches, ses redevables, ses débiteurs pour attaquer les attaquants. Laurent Wauquiez, "né en politique avec une cuillère en argent"(*) a parlé de "terrorisme intellectuel".

Charognards, racistes, terroristes, délateurs de juifs : tout est bon pour s'en prendre à ces critiques que la droite entend par ailleurs défoncer. Mais comme si les dérapages rhétoriques ne suffisaient pas, il a fallu qu'Yves Jégo se couvre de ridicule à nouveau avec un procès pour injure contre, Yves Poey, un blogueur. Espérons que ce procès fera du tort à celui qui a cru nécessaire de procéder à ce harcèlement judiciaire bête et méchant. Cette information mérite d'être relayée le plus possible.

Enfin, il faut dire que Monsieur Poey a dit des choses affreuses sur Monsieur Jégo. Il l'a même traité de *d'apparatchik*, l'insolent saligot!

« En écrivant « Laurent n'est pas un apparatchik de parti, comme notre porte-parole-député-maire-ump », Monsieur Yves POEY a également porté atteinte à l'honneur et à la considération de Monsieur Yves JEGO, en assimilant implicitement, par l'emploi du terme péjoratif « apparatchik » le résultat de son parcours d'homme public et de parlementaire au simple résultat de son militantisme au sein d'un parti politique. »

En effet, la démocratie est en danger avec des blogueurs capables de dire des choses pareilles. Pauvre Jégo, j'espère qu'il va se mettre en arrêt de travail pour se guérir des blessures psychiques qu'on lui a infligées.

La grande surprise pour moi, c'est qu'à droite on se montre aussi sensible à de telles attaques. Je dirais que ce sont de vraies femmelettes, mais je ne voudrais pas être attaqué à mon tour. C'est peut-être le moment propice de réaffirmer l'énorme respect que j'ai pour Yves Jégo et sa défense de la démocratie.

Le plus drôle, c'est que cette stratégie ne sera pas payante car notre TGH semble avoir oublié qu'il est désormais Président et qu'il n'est pas très intéressant de crier sur les toits sa propre faiblesse. S'il es si malin, pourquoi ne supporte-t-il pas ce terrible "lynchage"? Difficile d'être à la fois le Chef et la victime.