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24 mai 2008

Les dix-sept

Juste quand le PS se réveillait un peu de la torpeur d'une opposition sous la Ve pour s'opposer un peu à la révision à la fois majeure et faiblarde de la Constitution, un groupe de 17 députés socialistes croient bon de publier une tribune dans Le Monde pour annoncer leur décision de voter pour cette admirable réforme, contre l'avis de leur parti. Pour ne pas les oublier, voici les noms :

  • Patricia Adam, députée du Finistère;
  • Patrick Bloche, député de Paris;
  • Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris;
  • Christophe Caresche, député de Paris;
  • René Dosière, député de l'Aisne;
  • Paul Giacobbi, député de Haute-Corse;
  • Guillaume Garot, député de la Mayenne;
  • Jean-Patrick Gille, député d'Indre-et-Loire;
  • Gaëtan Gorce, député de la Nièvre;
  • Danièle Hoffman-Rispal, députée de Paris;
  • Jean-Marie Le Guen, député de Paris;
  • Armand Jung, député du Bas-Rhin;
  • Sandrine Mazetier, députée de Paris;
  • Didier Migaud, député de l'Isère;
  • Dominique Raimbourg, député de Loire-Atlantique;
  • Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère;
  • Manuel Valls, député de l'Essonne.

Que du beau monde, n'est-ce pas? Six députés parisiens, dont Cambadélis. Et aussi Gaëtan Gorce, et évidemment le sarkozyste de gauche, Manuel Valls.

On peut admettre certains des arguments de ces 17 députés : la "réforme" n'est pas si mauvais, la plupart des points importants ont déjà été supprimés en commission, et il y en effet quelques avancées importantes : le référendum populaire est peut-être le seul qui soit incontestable, même si on ne peut pas du tout savoir ce qu'il donnerait en pratique. Pour les autres, pas encore dégommées en commission, c'est toujours l'ambiguïté et la timidité qui règnent : suppression du 49-3, oui, mais pas pour les lois de finances, et avec un joker par session parlementaire ; une vague reconnaissance d'une opposition (contestée par François Bayrou car cela l'empêcherait de se placer délicatement entre deux chaises) qui concerne la gestion des partis mais ne confère pas de pouvoir politique ; un partage de l'ordre du jour entre le gouvernement et sa majorité à l'Assemblée, de quoi mettre un peu plus de pression sur Jean-François Copé, mais guère plus ; l'encadrement des nominations présidentielles sera également sans effet puisqu'il faudrait les trois cinquièmes de l'Assemblée pour aller contre le Président, ce qui, sauf en cas de cohabitation, impliquerait une étrange complicité entre majorité et opposition contre le Président. Même la possibilité d'une saisine du Conseil Constitutionnel par de vulgaires citoyens n'est pas encore assez nettement définie pour qu'on puisse supposer qu'il s'agisse d'un véritable progrès. Bref, essentiellement des miettes, auxquelles il faut encore soustraire deux éléments effrayants : le Président qui s'addresse au parlement, et une modification des procédures parlementaires qui transfère une partie importante du travail de l'Assemblée vers les commissions et qui aboutit à un "encadrement" du droit d'amendement. "L'encadrement" d'un droit est une manière de dire sa "réduction", ou sa suppression. En l'occurence, il semblerait que l'UMP souhaite supprimer l'une des seules armes de l'opposition, la possibilité, au nom de la nuisance générale, de proposer des centaines d'amendements.

L'argument évoqué par nos dix-sept braves, selon lequel cette révision serait un progrès important que l'on ne devrait pas laisser tomber même s'il est imparfaite, ne me semble pas recevable. Au mieux, il y a quelques améliorations légères, mais, toujours au mieux, rien qui ne va changer le cours des choses. Et surtout, on peut s'interroger sur l'opportunité de cette démarche, de cette tribune publiée au moment même où leurs camarades font, vraisemblablement, de leur mieux à l'Assemblée pour tirer de l'UMP au moins quelques concessions.

Gaëtan Gorce explique sur son blog :

J'ajoute, et ma conviction n'a pas changée, que le gauche reconquerra la confiance de l'opinion non en menant une opposition frontale, mais en faisant preuve d'un véritable esprit de responsabilité. La désinvolture de Sarkozy, son cynisme aussi, le manque de professionnalisme de son équipe et de sa majorité, ont créé un trouble profond. Faut-il en rajouter? La gauche l'emportera, et marquera des points , en témoignant de sa sagesse, de son sens de l'intérêt général, de sa maîtrise des sujets, bref, en jouant une partition symétriquement différente de celle de l'UMP.

Je ne suis peut-être pas d'accord sur le refus de "l'opposition frontale", mais là où je décroche vraiment, c'est entre l'esprit de responsabilité et le constat de la "désinvolture" et du "cynisme" de Sarkozy. Si le Président fait mal son travail, si son équipe et sa majorité ont des problèmes de "professionnalisme", en quoi est-ce "responsable" de les suivre gentiment dans leur échec? C'est comme ça que la gauche va "marquer des points"? C'est ça la sagesse? Lorsque le Très Grand Homme (TGH) annoncera son succès historique, la France prendra-t-elle le temps d'avoir une petite pensée pour le PS qui a su si bien jouer son rôle? (Lire, à ce sujet, sur le blog de Gorce, le commentaire laissé par l'intrépide Martin P.)

Cette stratégie qui est en somme celle de Valls pouvait paraître logique il y a douze mois, quand Sarkozy parvenait encore à incarner, aux yeux d'une majorité de Français en tout cas, la modernité politique. Aujourd'hui, alors que le TGH est désavoué par les sondages, et que nous avons vu à quel point les promesses étaient vides, je ne comprends plus du tout l'intérêt d'une telle stratégie, si ce n'est simplement le refus de dire qu'ils avaient eu tort.

28 novembre 2007

Valls, Gorce : réfonder pour ne rien dire

Sur les mouvements sociaux, le PS a été inaudible, invisible. On a du mal a ne pas être d'accord avec Julien Toledano, contre la position molle de François Hollande et donc du PS. En disant que le PS fut "inaudible", je ne fais que reprendre Manu Valls, qui disait l'autre jour dans Libé :

On vient encore de le constater face au dossier des régimes spéciaux de retraite sur lesquels nous sommes inaudibles. Le PS crève de ses fausses synthèses au nom de l'unité.

Inaudibles, tiens! Et Valls, l'a-t-on entendu, sur ces régimes spéciaux? Voici ce qu'il avait à en dire, ce grand réfondateur:

Le député PS Manuel Valls a dit dimanche 18 novembre être favorable à l'alignement des régimes spéciaux de retraite sur ceux de la fonction publique. Alors qu'il était interrogé par France 2, le député de l'Essonne a déclaré: "oui, il faut harmoniser les régimes spéciaux sur les 40 années de cotisation de la fonction publique". Il a également affirmé que le PS "aurait dû être plus clair" sur ce sujet pendant la campagne présidentielles.

Quel courage, qu'est-ce qu'il est audible! Tout en reprenant la ligne du parti, et donc celle de Hollande, il trouve le moyen d'en faire une critique du PS, plutôt qu'avec, par exemple, du Président de la R. Non, le plus grave, c'est que le PS aurait dû être "plus clair" là-dessus.

Ainsi, les appels à la réfondation sonnent de plus en plus creux. Que Hollande ait une grande part de responsabilité dans la situation actuelle, c'est une évidence. Encore que... comme une famille classiquement dysfonctionnelle, c'est peut-être moins la faute de celui qui a maintenu ce que Valls appelle les "fausses synthèses", que celle, collective, de tous ceux qui étaient plus confortable dans un statu quo consensuel mais pleins de non-dits, que dans le danger d'un réel changement de cap. L'ironie de l'histoire, c'est que celle qui a osé brisé le consensus, c'était quand même Ségolène Royal, qui avait des relations familiales d'une autre sorte avec le Premier Secretaire.

Mais revenons à Valls, et aussi à Gorce, qui dressait, il n'y a que quelques jours, "l'acte de décès du socialisme traditionnel":

"De l'autre, a-t-il poursuivi, les rénovateurs qui pensent au contraire que nous sommes entrés dans un monde radicalement nouveau et que la fidélité à nos valeurs doit s'accompagner d'une révision complète et sans tabou de notre projet politique."

[...]

Il a dénoncé "l'attentisme" qui «trouve toujours de nouveaux prétextes pour ne rien changer" et ce qu'il a appelé "l'arrangisme".

Cette attitude, selon lui, "se donne aujourd'hui libre cours" dans le parti. Elle "consiste à opérer les recompositions, les alliances, les futures synthèses, sans aucun rapport avec les questions de fond, sans souci de l'orientation politique commune, en continuant à brouiller les repères et les enjeux".

Ce sont les mêmes thèmes que Valls : mauvaise "synthèse" hollandaise, modernisation dont on ignore le contenu véritable. Quand je parlais de la stratégie Valls, en septembre, il était clair que la modernisation à laquelle il faisait sans cesse appel, c'était en réalité le sarkozysme, tout simplement. Cette analyse tient encore, à mon avis. Mais maintenant que les choses se précisent davantage, on s'aperçoit que le discours de ces "réfondateurs" est tout simplement une manière de profiter de la faiblesse du PS pour s'imposer comme une alternative, sans rien proposer.

Combien de fois faut-il que Dagrouik nous rappelle que le PS n'a pas besoin de se réfonder pour reconnaître le marché ? La "réfondation", telle qu'elle se présente, est simplement une manière de prendre le pouvoir, et en quelque sorte de prolonger le jeu des personnes qui a si bien réussi jusqu'à présent.