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7 mai 2008

Comment gruger les vieux

Le chômage, c'est la faute des chômeurs. C'est connu. "On ne travaille pas assez en France." Pire encore, on empêche les gens de travailler, "Il faut laisser les gens bosser" dit notre Très Grand Homme (TGH) (source). Et quelle meilleure façon de les en empêcher, que de leur fournir des allocations chômage ?

Supprimer donc les allocations est une façon de supprimer le chômage. La dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs ayant au moins 57 ans est traitée maintenant carrément comme une interdiction pour nos pauvres séniors de chercher du boulot. Ils voudraient bosser, mais l'Etat-Providence ne veut pas. Du coup ils restent chez eux et dépriment.

Christine Lagarde avait bien appris sa leçon de com':

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a confirmé, jeudi 17 avril, sa volonté de lever la dispense de recherche d'emploi (DRE) pour les chômeurs de plus de 57 ans et demi, estimant que ceux-ci "doivent pouvoir chercher du travail".

"...doivent pouvoir chercher du travail." Comme si aujourd'hui il leur était impossible de chercher du travail s'ils n'en avaient l'obligation.

Encore une fois, on tartine la vérité de stupidités - ici des "vieux qu'on ne laisse pas bosser" - pour escamoter la véritable question, celle d'une dévalorisation des retraites. Oui : dévalorisation des retraites. Allez vendre ça à ceux qui vous ont élu, Monsieur Président.

Ainsi, le TGH dénonçe le "racisme de l'âge" :

Lors d'une table ronde sur le travail des seniors, le chef de l'Etat a dit vouloir dénoncer le "gâchis" et le "racisme de l'âge" que constitue, en France, la mise à l'écart d'actifs de plus de 50 ans.

Avec un taux d'activité des 55-65 ans à 38%, la France est loin de la moyenne européenne de 43,5% et d'un taux de 58% au Royaume Uni, de 62% aux Etats-Unis, de près 70% en Suède ou de 48% en Allemagne.

Fabien-Pierre Nicolas nous rappelle que c'était là l'un des thèmes de Ségolène Royal :

Le Parti Socialiste et sa candidate avaient ainsi estimé qu'il s'agissait d'un dossier plus crucial que celui de la durée de cotisation vu qu'on parle d'un différentiel pour les 55-65 ans de 20% par rapport à l'Angleterre, de 25% par rapport aux Etats Unis et de 32% par rapport à la Suède.

Faison un peu de calcul. Le taux d'emploi des 55-60 était, en 2005, de 54% (source, pdf). Suppons que cela signfie que les 46% ne travaillant pas ne pourront pas bénéficier d'une retraite à taux plein. Et supposons encore qu'une partie, faible peut-être, je n'en sais rien, des 54% travaillant à ces âges là n'ira pas non plus jusqu'aux 40 ou 41 années des cotisation. Supposons donc que la moitié de la population ne travaille pas jusqu'au bout. Cela veut dire que le fait de passer de 40 à 41 se traduit, pour au moins la moitié de la population, par une simple diminution de leur retraite. Celui ou celle qui n'a pu cotiser que pendant 37 ans aura une retraite déficitaire de quatre années plutôt que de seulemnet trois. Donc pour la moitié de la population, une fois éliminé tout le blablah sur la volonté de travailler, ce qui est en jeu est une dévalorisation franche de leurs retraites. Tout simplement.

Or, pour imposer cela aux Français, il faudrait avoir le courage de le dire.

(Voir aussi Sarkofrance.)

(Et voir aussi aussi PMA.)

5 mai 2008

Subtilisons vos retraites

La subtilité est pénible. Impossible à communiquer à grande échelle. Les exemples ne manquent pas, mais prenons un des plus tièdes du moment, la modification de la durée des cotisations pour l'assurance vieillesse.

La logique selon laquelle l'allongement de la durée de vie doit conduire à un allongement de la durée de cotisation n'est pas, en soi, une abomination. Dans un monde idéal, où la durée réelle du travail pourrait être décretée, décidée par la collectivité, passer de 40 à 41 ou 42 ans pourrait ne pas poser de problème majeur.

Les arguments fillonesques sont basés sur cette image d'Epinal, où d'ailleurs chacun va jusqu'au bout de ses 40 ou 41 ans, sauf, évidemment, les fainéants qui eux auront ce qu'ils méritent. Dans ce monde parfait, les femmes, par exemple, n'ont aucun mal à faire des enfants, s'en occuper, et aller jusqu'au bout de leur travail. Idem pour ceux qui font des études longues. Les 41 années de travail seront toujours simplement une question de volonté et de mérite.

Bien sûr, en réalité, on sait bien que les entreprises n'aiment rien plus que de virer leurs salariés quand ils sont à cinq ou six ans de la retraite et qu'ils coûtent très cher à la boîte, pour les remplacer par des jeunes qui n'en veulent. En réalité, le MEDEF se bat bec et ongle pour empêcher que l'on contraignent les entreprises. Ce qui leur importe bien plus que les 40 ou 41 années de cotisation, c'est leur droit de virer les quinquas.

Comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules, Christine Lagarde annonce la suppression de la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs en fin de carrière. Et le pouvoir va rendre beaucoup plus difficile (en principe en tout cas) le maintien des allocations de chômage. Tout va dans le sens donc d'une précarisation grandissante des seniors, qui seront ni embauchables, ni chômeurs, ni en pré-retraite, ni à la retraite, ni rien du tout. Nos quinquas risquent bien d'être pris en tenaille entre ces différentes mesures. C'est sympa quand on pense qu'ils ont voté massivement pour Sarkozy. L'essentiel est donc de dissimuler le fait qu'ils sont visés par ces "réformes".

Petit à petit, on s'éloigne du monde idéal où le niveau d'une retraite dépend de la volonté du travailleurs. Mais le pire, et c'est là où la subtilité entre en compte, c'est l'image d'un pays où chacun pourra travailler aussi longtemps qu'il le souhaitera cache le fait que le passage à 41 années de cotisation signifiera simplement, pour un grand nombre de (futurs) retraités qui, pour différentes raisons, ne pourront pas atteindre les 41 ans, une réduction franche de leurs retraites. Mais allez vendre ça aux téléspectateurs : on a décidé de réduire vos retraites de ... pourcent, et en plus, vous passerez, avant même d'y arriver une, deux, cinq ans en tant qu'RMIste. Vous avez fait des économies pendant toutes vos années de dur labeur ? Vous avez mis quelque chose de côté ? Super : ça vous permettra de vivre en attendant la retraite... réduite.

La question des retraites est subtile, difficile, compliquée. Il est tellement plus simple de tout réduire à des valeurs simples, monolithiques : pas d'accord, fainéant ?

28 novembre 2007

Valls, Gorce : réfonder pour ne rien dire

Sur les mouvements sociaux, le PS a été inaudible, invisible. On a du mal a ne pas être d'accord avec Julien Toledano, contre la position molle de François Hollande et donc du PS. En disant que le PS fut "inaudible", je ne fais que reprendre Manu Valls, qui disait l'autre jour dans Libé :

On vient encore de le constater face au dossier des régimes spéciaux de retraite sur lesquels nous sommes inaudibles. Le PS crève de ses fausses synthèses au nom de l'unité.

Inaudibles, tiens! Et Valls, l'a-t-on entendu, sur ces régimes spéciaux? Voici ce qu'il avait à en dire, ce grand réfondateur:

Le député PS Manuel Valls a dit dimanche 18 novembre être favorable à l'alignement des régimes spéciaux de retraite sur ceux de la fonction publique. Alors qu'il était interrogé par France 2, le député de l'Essonne a déclaré: "oui, il faut harmoniser les régimes spéciaux sur les 40 années de cotisation de la fonction publique". Il a également affirmé que le PS "aurait dû être plus clair" sur ce sujet pendant la campagne présidentielles.

Quel courage, qu'est-ce qu'il est audible! Tout en reprenant la ligne du parti, et donc celle de Hollande, il trouve le moyen d'en faire une critique du PS, plutôt qu'avec, par exemple, du Président de la R. Non, le plus grave, c'est que le PS aurait dû être "plus clair" là-dessus.

Ainsi, les appels à la réfondation sonnent de plus en plus creux. Que Hollande ait une grande part de responsabilité dans la situation actuelle, c'est une évidence. Encore que... comme une famille classiquement dysfonctionnelle, c'est peut-être moins la faute de celui qui a maintenu ce que Valls appelle les "fausses synthèses", que celle, collective, de tous ceux qui étaient plus confortable dans un statu quo consensuel mais pleins de non-dits, que dans le danger d'un réel changement de cap. L'ironie de l'histoire, c'est que celle qui a osé brisé le consensus, c'était quand même Ségolène Royal, qui avait des relations familiales d'une autre sorte avec le Premier Secretaire.

Mais revenons à Valls, et aussi à Gorce, qui dressait, il n'y a que quelques jours, "l'acte de décès du socialisme traditionnel":

"De l'autre, a-t-il poursuivi, les rénovateurs qui pensent au contraire que nous sommes entrés dans un monde radicalement nouveau et que la fidélité à nos valeurs doit s'accompagner d'une révision complète et sans tabou de notre projet politique."

[...]

Il a dénoncé "l'attentisme" qui «trouve toujours de nouveaux prétextes pour ne rien changer" et ce qu'il a appelé "l'arrangisme".

Cette attitude, selon lui, "se donne aujourd'hui libre cours" dans le parti. Elle "consiste à opérer les recompositions, les alliances, les futures synthèses, sans aucun rapport avec les questions de fond, sans souci de l'orientation politique commune, en continuant à brouiller les repères et les enjeux".

Ce sont les mêmes thèmes que Valls : mauvaise "synthèse" hollandaise, modernisation dont on ignore le contenu véritable. Quand je parlais de la stratégie Valls, en septembre, il était clair que la modernisation à laquelle il faisait sans cesse appel, c'était en réalité le sarkozysme, tout simplement. Cette analyse tient encore, à mon avis. Mais maintenant que les choses se précisent davantage, on s'aperçoit que le discours de ces "réfondateurs" est tout simplement une manière de profiter de la faiblesse du PS pour s'imposer comme une alternative, sans rien proposer.

Combien de fois faut-il que Dagrouik nous rappelle que le PS n'a pas besoin de se réfonder pour reconnaître le marché ? La "réfondation", telle qu'elle se présente, est simplement une manière de prendre le pouvoir, et en quelque sorte de prolonger le jeu des personnes qui a si bien réussi jusqu'à présent.

11 novembre 2007

La bonne vieille droite

Quelqu'un, à l'Elysée bien sûr, a dû envoyer un couriel, ou même une touite, assez clair au gouvernement, car toute la semaine, tandis que le Président faisait des faux cadeaux aux pêcheurs tout en se faisant insulter et en profitant pour insulter les bretons à nouveau, Fillon et son gouvernement ne parlent que de leur "fermeté".

«Notre fermeté», lance le Premier ministre, «ce n'est pas une posture, c'est une exigence de justice et d'équité», lance-t-il en défense d'un «projet raisonnable». (Libé)

Xavier Bertrand dit la même chose:

«Chacun doit être conscient que le mouvement peut durer, même si j'ai demandé aux entreprises des moyens de transport de substitution et un effort sans précédent d'information», ajoute-t-il. Il rappelle qu’«il est impossible de rester à trente-sept ans et demi de cotisation tant pour des raisons de justice que pour l’équilibre financier des régimes spéciaux.» (Libé)

Alors, du bluff? Certes, mais il y plus encore. Juan parle de "relents de thatcherisme dans l'attitude de l'équipe Sarkozy face aux grèves", et l'on sent que pour la droite c'est effectivement le Grand Soir, celui où ils vont enfin "nous" débarasser des syndicats, les briser comme Thatcher et Reagan. Les paroles de Xavier B. sont révélatrices : il demande "des moyens de transport de substitution", autrement dit ils vont essayer de contourner les monopoles de la SNCF, la RATP, les bus, etc.

D'autres ont montré comment ce qu'ils cherchent à obtenir ainsi n'est pas si incroyable, en termes de comptabilité. Mais c'est symbolique. On voit le retour de cette bonne vieille droite qui veut enfin prendre sa revanche. Les cafouillages de Villepin avec son CPE, l'absence totale de concertation, étaient dûs en large partie au fait qu'il pensait pouvoir devenir le héros de la droite, au dépens de NS, s'il pouvait imposer sa mesure. Maintenant, c'est le tour de Sarkozy, le Très Grand Homme (TGH), de lui montrer, de montrer à toute la droite, de quoi il est capable. Finalement, arriver aux mêmes "réformes" sans une "putain grosse grève", comme dirait CSP, ça ne les intéresse pas. Car il faut, à cette droite, pour des raisons obscures mais liées à des traumatismes dans la petite enfance, écraser son adversaire.

Bon courage Xavier, François et Nicolas.