11 janvier 2009

La pyramide

Trois actualités sans rapport évident entre elles, sauf, bien sûr, le lien avec le Président de la République.

  • La suppression du juge d'instruction.
  • La soumission de la recherche au pouvoir politique et à l'économie.
  • L'idée de faire de Jean Sarkozy (fils de...) l'adjoint du chef de l'UMP.

On sait que Nicolas Sarkozy n'aime pas les sachants. Il n'aime pas non plus le fait qu'il existe quelque chose qui s'appelle La Princesse de Clèves quelque chose qui lui échappe totalement, et qui lui a fait "tant souffir".

Que le même Nicolas Sarkozy n'apprécie pas non plus les juges est une autre histoire, plus complexe et ambiguë comme l'affaire Clearstream. On sent que là, c'est plutôt sa caste qui est menacé par ces gêneurs.

Et puis, il y a Jean S. (Juan nous rappelle qu'il faut signer la pétition) dont le bel avenir ne fait plus aucun doute, qui, en refusant ce poste d'adjoint a fait un grand pas vers un rôle national de premier plan dans le dispositif sarkozyën.

Sur la recherche, le TGH a dit récemment, (c'est ici, dans France Soir!) :

« qu'il faut en finir avec cette distinction entre recherche fondamentale et appliquée. Il n'y a pas de barrière entre les deux ».

Oui, d'accord : c'est la même science. Mais supprimer la distinction entre recherche fondamentale et recherche appliquée, c'est tout simplement supprimer la recherche fondamentale qui n'existe que grâce à cette terrible "barrière". Pourquoi la supprimer, d'ailleurs? C'est une barrière contre la pression du marché, contre la pression politique. Le principe de la recherche fondamentale est qu'on laisse faire la science, on laisse les scientifiques poursuivre leurs propres interrogations.

Qu'est-ce qui gêne, dans l'indépendance des chercheurs ? Bien sûr, comme le rappelle fidèlement Les Echos, les chercheurs français sont des fonctionnaires fainéants ("la léthargie des chercheurs hexagonaux anesthésiés par le doux oreiller du fonctionnariat") qui ont besoin du marché, de la pression et même de la précarisation pour se mettre en marche.

J'ai quand même le sentiment que ça va plus loin, du moins dans l'inconscient politique du Président de la R. De même que les juges d'instruction seraient bien plus "efficaces" (disons) s'ils dépendaient plus directement de la Garde des Sceaux, les chercheurs, gêneurs d'une autre espèce, seraient plus rentables si l'on pouvait les soumettre à des instances extérieures.

Ce qui est indépendant gène. Je pense que l'on peut inclure ce principe dans le bréviaire de la pensée sarkozyste. Que ce soit des médias, des juges, des chercheurs, les blogueurs (Marc Vasseur se demandait se matin pour combien de temps encore on va nous laisser sévir impunément), les différentes poches de résistance sont les ennemis du sarkozysme.

"Ensemble tout devient possible". Je n'avais pas pensé jusqu'à présent que ce "ensemble" n'était pas dit dans le vide : "ensemble", dans le sarkozysme, veut dire : tous dans le même réseau de pouvoir et d'influences, tous dans la même pyramide. Mais pas tous à la même place. Car une pyramide n'a qu'un sommet et je n'ai pas besoin d'indiquer l'identité de celui qui l'occupe. Des considérations vieux-jeu et abstraites comme "justice", "vérité", "le Bien" (oui, on peut rigoler un petit peu) n'ont pas de place dans la pyramide et sont donc éliminées petit à petit. De telles considérations sont, oui, gênantes, car elles n'ont rien à voir avec l'ordre pyramidal et la question essentielle de "qui est au-dessus de qui ?"

Et c'est là qu'intervient dans le scénario le jeune et tellement prometteur Jean Sarkozy, celui qui "n'intégrera pas la direction de l'UMP" (pensez: un mois sans citer le Figaro, c'était long). Jean Sarkozy est le contraire d'un juge d'instruction ou d'un chercheur qui ferait de la recherche fondamentale. Jean Sarkozy, sorte d'ombre blonde qui plane désormais au-dessus des destins des Xavier Bertrand, Jean-François Copé et Patrick Devedjian, représente l'essence même de la logique pyramidale : un garçon qui n'a rien pour lui sauf un père ultra-puissant. Autrement dit, son seul mérite est sa capacité à occuper une place dans la pyramide. C'est déjà beaucoup. Un jour, ce sera tout.

Un billet

Un mois sans billets, sans même laisser un mot. Normalement, il faudrait laisser un mot pour dire que l'on fait une pause, mais en général, moi, je sais que j'ai fait une pause seulement à la fin de la pause. Le reste du temps je me dis sans cesse, "il faudrait faire un billet sur ça". Ou ça. Ou ça.

Il faut dire que le PS m'a déçu. Déjà que nous avons une Ve République qui vérouille le pouvoir, on constate qu'au PS c'est à peu près pareil. Une alternative crédible à l'UMP sera nécessaire en 2012. Pire, seule une altérnative crédible rendra utiles nos résistances au Pouvoir. On a beau taper sur Sarkozy, il a raison en ce moment de n'avoir peur de rien. De son point de vue, évidemment.

Pourtant, je tiens à ce principe qu'il ne faut pas être déçu en politique, que la politique se fait dans le présent avec les forces disponibles, et qu'attendre une meilleure configuration, ou une configuration idéale, c'est laisser faire les autres. La configuration actuelle ne me plaît pas, et je cherche encore un angle pour écrire. On s'en fiche pas mal, sans doute. Moustique parmi les moustiques, j'ai quand même besoin de me créer au moins l'illusion d'agir ou de servir à quelque chose.

Le temps passe et je n'ai pas particulièrement envie de me taire. Bref...

7 décembre 2008

L'empereur nu dans ses vêtements trop grands, ou l'art d'agacer

"Je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda".

Dans le contexte, il s'agit d'être "libre" vis-à-vis de la Chine. Laissons l'essentiel de côté, pour se focaliser sur la petite bête. C'est ainsi que l'on reconnaît l'anti-sarkozysme primaire.

"Je suis libre [...] de mon agenda." Je fais ce que je veux. Pas si libre que cela, puisque le Très Grand Homme (TGH) a mis assez longtemps à se décider s'entretenir avec le Dalaï Lama autrement que par Bruni-Sarkozy interposée. Mais non, oublions tout cela : "je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda". Le petit garçon qui ne cesse d'affirmer qu'il est "grand", qu'il fait ce qu'il veut, que t'as pas le droit de dire qu'il ne peut pas avoir encore un bon bon, etc.

"... en tant que président de la République française..." On l'aurait oublié, ça ? Si seulement c'était quelque chose qu'on pouvait oublier de temps en temps. Le TGH doit constamment nous le rappeler, explicitement, en mettant les points sur les "i" : République française, et non République populaire de Chine par exemple, malgré son admiration pour les politiques salariales de cette autre république.

Pourtant, il y a autre chose qui cloche dans cette phrase. "Je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda". C'est peut-être lui. Il a eu tort, il semblerait, d'avoir fait l'impasse sur le monastère Corse où il devait apprendre à habiter la fonction. Il "l'habite" comme un garçon (petit garçon) porte un vêtement trop grand. J'étais comme ça, moi, petit : soucieux d'être plus grand, voulant toujours la taille au-dessus comme si ça me rendrait plus grand. J'avais 8 ans. J'ai changé depuis.

Ce qui cloche, donc, c'est ce "je" qui est accessoirement Président de la R. Accessoirement, comme le Philippe Patek est un accessoire. Il n'a pas compris qu'être Président n'est pas une liberté mais une responsabilité, une contrainte. Pas parce qu'il y a beaucoup de boulot, mais parce que, en tant que monarque élu, il est censé incarner cette République. Ce n'est pas malin de laisser supposer sans cesse qu'il ne serait pas à la hauteur.

Sarkozy, s'il avait compris cette distinction, aurait pu éviter certaines erreurs qui lui avaient, à l'époque, coûté assez cher en termes de popularité : le yacht, les escapades un peu trop voyantes avec une ex-top model. Il pensait qu'être Président était simplement un boulot où l'on pouvait décider de son propre salaire, mais qu'il pouvait exister, en tant que personnalité publique, à côté de ce métier. Cette phrase que cloche montre qu'il n'a pas vraiment changé. Sauf qu'aujourd'hui, le système a un peu évolué. Le "personnage" sert à distraire. Vous n'êtes plus obligé d'aimer Sarkozy. Car pendant que ses manières vous énervent, vous ne regardez pas l'essentiel, c'est-à-dire les actions réelles qu'il entreprend. Hortefeux sévit discrètement ; Darcos et Pécresse cassent, pour toujours, l'enseignement et la recherche, et ainsi de suite. Les aiguilles dans la poupée ne changeront rien. C'est jouissif, mais cela distrait du politique.

Sarkozy sait profiter du fait qu'il nous agace. S'il n'hésite pas à se rendre ridicule, en faisant appel contre la poupée par exemple, c'est que même ce ridicule lui sert de bouclier communicationnel, pour nous faire parler de lui plutôt que de ce qu'il fait.

2 décembre 2008

C'est pourtant pour ton bien

Lefebvre :

"Cela a été dans beaucoup de rapports. On dit qu'il faut le faire dès l'âge de 3 ans pour être efficace", a déclaré M. Lefebvre sur Europe 1. "Je ne suis pas un spécialiste, donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire", mais "quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile que de mettre en place une politique de prévention tout de suite", a-t-il ajouté.

Je vais tenter de ne pas trop me moquer de Lefebvre, parce que c'est trop grave et trop triste. Mais quand même. "Cela a été dans beaucoup de rapports" : c'est donc vrai. "Je ne suis pas spécialiste" : on s'en doute. "...donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire" : ah ? ce n'est donc pas le porte-parole de l'UMP qui décide comment il faut élever les enfants ?

Et surtout : "...il faut le faire..." Faire quoi ? "...mettre en place une politique de prévention..." Une "politique de prévention" ? Le gamin turbulent à la garderie va donc se retrouver nez-à-nez avec une "politique de prévention", concocté par l'UMP en plus, une politique rien que pour lui. Oui, une politique : du grec Polis, "la cité".

Avec pour but d'exclure le môme de la Cité, en le mettant en tôle dès 12 ans. (C'est pour son bien, il remerciera Lefebvre à sa sortie de prison.) Ou encore de garder les "enfants difficiles" pour toujours dans leurs cités.

Donc une politique de prévention, sur mesure, pour l'enfant de trois ans. Et qu'on ne se trompe pas, c'est beaucoup plus bâton que carrotte, aimer bien en châtiant bien. Eh, gamin, c'est pour ton bien. La souffrance de l'enfant ne sera pas pris en compte, son comportement ne sera pas vu comme un symptôme. Non, à trois ans, le gamin va être déjà responsable. A trois ans. Une bonne paire de claques et puis mange ta soupe.

Finalement, trois ans, ce n'est pas grand'chose. Lefebvre veut aller déjà plus loin.

"Moi je souhaite qu'on aille même sans doute un peu plus loin", sur "la question de la détection précoce des comportements", a-t-il ajouté.

Se rapprocher encore plus de la naissance. Faut-il y voir une quête de la mère ? L'UMP qui cherche à retourner dans l'utérus, avec une compagnie de CRS cette fois ? Avec des tazers ? Avec une politique de prévention ?

28 novembre 2008

La guerre contre les sachants

Nicolas Sarkozy n'aime pas les "sachants". Juan a le clip d'un TGH triomphant. C'était au mois de mai. Les derniers chiffres sur la croissance et le chômage étaient légèrement moins mauvais que prévus. Sarkozy s'exulte et s'en prend au "sachants".

"Je le dis à tous ceux qui m'expliquaient que tout était foutu et qu'on serait à moins de 2%", lance le président. "2,2% je ne m'en satisfais pas, il n'y a pas que quoi faire de l'autosatisfaction. Mais enfin, à tous ceux qui, à longueur d'articles et de commentaires, expliquaient que rien n'était possible, j'envoie ce chiffre", ajoute-t-il.

[...]

Dans sa démonstration, Nicolas Sarkozy ne s'est pas privé de dénoncer "le consensus des économistes, ceux qu'on appelle des sachants", en évoquant les chiffres de la croissance au premier trimestre 2008. "Il disaient que ça serait 0,3%, circulez il n'y a plus rien à voir. On a eu 0,64%", a-t-il relevé.

C'était seulement quelques mois avant qu'il ne se rende compte, avec quand même du retard sur certains des sachants, qu'il vivait alors les derniers jours d'une bulle dont l'éclatement allait faire de lui le grand critique des abus du capitalisme financier. Il avait raison d'en profiter pour pavaner un peu, lui qui aime tant pavaner.

Si je parle de cette journée à Melun, c'est à cause de ce mot : "sachants". Sarkozy s'en prend aux sachants. Les sachants étaient pessimistes, le Très Grand Homme avec son énergie légendaire et son Paquet invincible pensait avoir établi sa supériorité. L'ennemi, ce sont les sachants. Et j'en viens à la question du jour : pourquoi Sarkozy s'en prend-t-il à la recherche ?

Sous Raffarin, Les Inrockuptibles avait lancé une pétition pour dénoncer la "guerre contre l'intelligence". C'était un peu prétentieux, mais l'analyse n'était pas si erronée : la droite "décomplexée" reconnaît avoir perdu la guerre de la culture. Cette méfiance, inaugurée avec Raffarin, devient une déferlante avec Sarkozy, l'ennemi juré de la Princesse de Clèves (voir ici également). On n'imagine pas chez le TGH une passion pour quelque chose comme l'art japonais. La culture se limite à la télé, et encore.

Mais la recherche, c'est quand même pas pareil que les Scènes Nationales. La recherche, c'est censé être utile. Elle est même censée être une source de richesse pour un pays. Nicolas Sarkozy a même dit : "Si la France gagne la bataille de la recherche, elle gagnera la bataille de la croissance et la bataille de l'emploi". Alors pourquoi tant de haine ? Pourquoi obliger les chercheurs à descendre dans la rue, alors que ce sont justement eux qui devraient être les fantassins dans la "bataille de la recherche". Faut-il gagner la guerre contre les chercheurs pour ne pas perdre la bataille de la recherche ?

Si on regarde ce que les chercheurs reprochent à la réforme, on relève, entre autres, ceci :

Ils s'opposent notamment: [...]

à une modulation des services qui se traduira par un alourdissement des services d'enseignement pour la plupart des enseignants chercheurs

à la dépossession du CNU de tout rôle de gestion nationale des carrières des enseignants chercheurs (promotions, congés sabbatiques).

Autrement dit, on précarise les chercheurs et on leur enlève leur autonomie.

Par ailleurs, on voit qu'il s'agit de soumettre les chercheurs non seulement au "pilotage" gouvernemental mais aux lois du marché. Et on ne crée aucun poste :

Le projet de budget 2008 prévoit 6 millions d'euros supplémentaires (moins que l'inflation) pour la recherche universitaire, et aucun emploi nouveau permettant de favoriser l'activité de recherche, d'améliorer l'encadrement pédagogique et de faire face aux nouvelles missions dévolues à l'enseignement supérieur (orientation, professionnalisation).

Le but est visiblement de dompter les chercheurs, les gérer comme on gère le personnel d'un hypermarché, en essayant d'en sortir le maximum de bénéfices ou moindre coût : précarisation, concurrence, perte d'autonomie, absence de postes. Que des nouveautés pour endiguer la fameuse fuite des jeunes cerveaux ! Comme si le problème véritable était la paresse des enseignants-chercheurs. Or, je ne sais pas s'il y a une catégorie professionnelle où l'on se met, tout seul, autant la pression, où l'on passe autant d'heures "sup'" le soir devant son ordinateur, où il y a autant de concurrence pour si peu de gain personnel. Mais le pouvoir se méfie de l'intelligence, de l'autonomie. Le pouvoir préfère le pouvoir, la mise sous tutelle. Le pouvoir préfère affaiblir ses interlocuteurs plutôt que de les renforcer.

Il faut écraser les sachants. Tant pis pour la recherche après tout.

26 novembre 2008

Malaise

Martine Aubry est "élue" au poste de Première Secretaire ; la foire médiatique arrive à sa fin.

J'éprouve un étrange malaise, en tant que blogueur de gauche, blogueur d'opposition au sarkozysme triomphant. Permettez-moi quelques lignes de nombrilisme.

Au départ je pensais que le rôle des blogs politiques de gauche serait de seconder le PS dans sa lutte contre le sarkozyzme. Je constate maintenant combien j'étais naïf. Après une première année passée dans la critique quotidienne du Très Grand Homme (TGH), il m'est apparu que, dans cette Vème République quinquenassée où l'opposition n'a en général pas mieux à faire que de se quereller de toute façon, l'opposition des mots n'était utile qu'en présence d'une véritable et viable opposition politique.

C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à essayer de réfléchir, avec une forte dose de naïveté, sur ce que pouvait être une pensée de gauche un peu renouvellée. Depuis la désignation de Martine Aubry hier soir, je suis un coupé dans mon élan. Pas envie d'être une opposition à l'intérieur de l'opposition. Ce n'est pas la peine de tirer sur sa propre ambulance. Pas envie de simplement rallier cet appareil, la machine, que je fustige depuis longtemps. Pas envie de rejoindre le jospinisme qui a réussi à se survivre encore. François Hollande va nous manquer, parce qu'au moins avec lui rien ne se passait, on pouvait donc tout espérer.

Alors qu'est-ce qu'il faut faire ? Le traître anti-aubryste parmi les socialo-traîtres ? Je ne sais pas encore. D'où le malaise. Je sais seulement que cette designation me pousse vers un nouveau virage. Vers des réflexions un peu plus détachées du PS, vers une sorte de gauchitude plus abstraite. Peut-être. Je réfléchis.

25 novembre 2008

Rage against the machine

AFP :

"Il y aura une première secrétaire mardi soir, un nouveau vote est exclu", prédisait un haut responsable du Parti pour qui la décision sera "politique". Il ne se prononçait cependant pas sur l'issue de l'épreuve de force engagée par les royalistes. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Chouette. Bravo le PS. La décision sera "politique".

J'espère que ces "responsables" mesurent les conséquences de ce qu'ils sont en train de fabriquer. Et la première victime sera Martine Aubry. Un doute permanent planera sur sa légitimité. Et elle sera plus que jamais reconnue comme une femme d'appareil, la représentante et le symbole d'une machine politique aux méthodes douteuse.

Seconde victime collatérale : le PS dans son affrontement avec la droite. Préparons-nous à des moqueries incessantes : qui êtes-vous, pauvre imbécile socialiste, à venir nous faire des leçons, alors que vous n'êtes pas capables de faire une simple élection chez vous ? L'argument fonctionne à toutes les sauces imaginables, dès que la moindre question morale se présentera.

Je suis sûr que Lefebvre a déjà une équipe au travail pour développer l'argumentaire. J'imagine Brice Hortefeux qui s'entraîne déjà à l'utiliser par écrit, à la radio et à la télé.

Pire encore, les militants PS seront une nouvelle fois les victimes de leurs instances. Et là je ne parle pas d'une moitié ou de l'autre, mais de tous. Si notre "haut responsable du Parti" a raison, et que la décision sera en fait "politique", ce sont tous les militants qui auront été privés de leur voix, puisque finalement aucune voix n'aura compté.

Martine Aubry sera donc une première secretaire affaiblie. Et elle aura à gérer la colère des militants que l'on n'aura pas écoutés. La rage contre la machine en est sans doute à ses débuts...

(La lecture de ce document devrait faire rager d'ailleurs tout le monde.)

23 novembre 2008

La démocratie n'est pas légère

La démocratie n'est pas quelque chose de légère. C'est tout ou rien.

Et l'UMP ?

En cette période trouble, on lit à peu près partout que l'UMP se délecte, se gausse. Lefèbvre sort un communiqué à peu près toutes les heures. On ne va pas leur en vouloir, c'est même le cadet des soucis de la gauche.

J'aimerais pourtant voir une vraie élection à l'UMP. Car quand ils veulent, nos responsables de droite sont assez forts pour le crêpage de chignon et autres méchancetés. Quand on dit que c'est la droite qui a dénoncé le HLM parisien de Juppé pendant qu'il était premier ministre...

Donc une vraie élection à l'UMP, Devedjian contre Copé, par exemple. Pas un vote soviétique :

En novembre 2004, Nicolas Sarkozy avait été élu président de l'UMP avec 85,1% des voix, contre 9,10% au député souverainiste de l'Essonne Nicolas Dupont-Aigna et 5,82% à la député des Yvelines Christine Boutin.

Ou encore Sarkozy désigné candidat avec 98,1 % des suffrages. Voilà qui est beau, qui est fort. 50%, c'est un score de gonzesse. 98,1% c'est la démocratie en marche.

Le problème

Le problème, c'est que la démocratie ne se résume pas à glisser un bout de papier dans l'urne. Il faut aussi une certaine culture, des institutions.

Personne ne semble contester le fait qu'au PS, il n'y a pas si longtemps, les pratiques n'étaient pas particulièrement démocratiques. Sans parler du non-respect fabiusien du vote sur le TCE, les pratiques électorales suivaient en général les rapports de force plutôt féodaux. Les militants étaient là pour donner une légitimité à des décisions prises par les seigneurs.

Cette fois-ci, ce n'est pas pareil. Comme pour la designation de la candidate de 2007, vendredi soir le choix était vraiment laissé aux militants. En soi, vu de loin, c'est une très bonne chose. Un progrès. De l'avance sur l'UMP.

Seulement, par malheur, le vote est très serré. Bien trop, car nous arrivons aux limites de la précision électorale dont le PS est capable. C'est sûr qu'à 98,1 %, on peut oublier une section ou deux. A 42 voix, une pression énorme est mise sur chaque acte de chaque responsable dans le décompte du scrutin de vendredi soir. La machine n'est pas assez fiable, tout simplement. Jamais dans l'histoire du PS il n'a été nécessaire d'avoir une précision à la centième d'un pourcent.

Et là je ne parle que des "erreurs". Car l'autre problème avec la démocratie, ce que l'on constate dans les "démocraties émergentes" (catégorie dans laquelle il faudrait désormais inclure le PS), c'est qu'il est compliqué de protéger le processus des intérêts des uns et des autres. Ceux qui organisent l'élection ont des intérêts quant à l'issue. Le soupçon n'est jamais très loin.

Ainsi, quand on commence à être démocratique, il faut l'être jusqu'au bout. Il faut compter toutes les voix, il faut être rigoureux.

Pourquoi il est important d'avoir une vraie élection et pourquoi l'unité n'est pas tout ce qu'on dit

Il faut compter toutes les voix. Et il faut respecter le resultat. Il suffit d'une majorité d'une voix. Si toutes les parties sont confiantes que la voix qui sépare les deux camps est en réalité une voix. Sans cette confiance, tout est au mieux aléatoire, au pire truqué.

On entend beaucoup de cris en faveur du rassemblement, de l'unité. Allez, il faut oublier tout ça et commencer à bosser ensemble. Il faut protéger l'image du PS. Mais cette image est en lambeaux. Aujourd'hui il n'y a pas grand'chose à sauver en termes d'image de marque.

Depuis des années on fustige les synthèses molles à la François Hollande. L'unité que l'on nous propose aujourd'hui serait la plus molle de toutes, l'unité fabriquée dans une crise bien plus grave que le désaccord sur le TCE au Mans. Une synthèse paralysée, paralysante. Non, il faut une victoire et une défaite. Il faut une certaine clarté pour sortir de la confusion actuelle.

Car le niveau de colère produit par les récents évenements ne s'explique pas par une simple préférence de personnes. Depuis longtemps, on dit sans cesse : "au PS, il n'y a plus de débat d'idées, seulement des guerres de personnes". Si ce n'est pas entièrement faux, le vote de vendredi soir et les émotions qu'il a produites montrent à quel point nous sommes à un moment décisif, devant un choix entre deux façons de concevoir la politique et la gauche. Même les socialistes ne s'énervent pas autant pour une différence de coupe de cheveux ou couleur de tailleur. Une question de style ? Oui, mais le style est important, le style est fondamental, le style n'est pas léger.

Aujourd'hui la synthèse est impossible. Il est impossible de "se remettre au travail" puisque personne n'est en mesure de déterminer comment ou vers quoi exactement il faut travailler.

Il est essentiel de trancher. Il est tout aussi essentiel de que la décision prise cette semaine soit légitime et authentique. Chaque heure, ou presque, apporte son lot de nouvelles abérrations électorales. Nous ne pourrons pas reconstruire, même avec des techniques chirurgicales très avancées, le vote d'hier en rajoutant ici et en retranchant là. Il faut donc un vrai vote.

Tant pis si l'UMP rigole. Leur tour viendra un jour.

22 novembre 2008

42 voix

Sur l'issue du vote au PS, lisez Marc Vasseur.

Si j'étais socialiste je ne serais pas fier.

Mais je ne suis pas fier de ne pas être socialiste. A supposer que mon vote aurait compté...

21 novembre 2008

Avec le changement les choses sont différentes

Ce matin Nicolas J. (qui n'aime pas beaucoup Ségolène Royal... je crois qu'il ne m'en voudra pas de le dire ainsi), regrettait son score à peu près correct dans le vote d'hier soir :

je suis déçu car c'est une certaine idée de la gauche que j'avais en moi qui disparaît.

Une certaine idée de la gauche...

Je comprends le sentiment même si je ne le partage pas. (Son blog ne s'appelle pas "partageons mes sentiments" après tout.) Personne ne peut dire exactement ce que cela signifie d'être à gauche, de gauche, et pourtant nous avons chacun une certaine idée. Ou plutôt un ensemble assez vague d'idées, de souvenirs, de valeurs, de références historiques (Jaurès n'aurait jamais dit ça...).

Notre idée de la gauche est quelque chose d'assez flou, nécessairement. C'est tout juste ce qu'il faut pour s'y reconnaître.

Pourtant, depuis des années, et surtout depuis deux ans, il y a comme une évidence : il faut changer les choses au PS. A un moment je n'en pouvais plus d'entendre parler d'un "changement de logiciel". Même Martine Aubry promet de tout rénover (mais en gardant la même équipe). Il semble essentiel d'arrêter de perdre les élections nationales. Et voilà : le socialisme dans lequel depuis longtemps on a pris l'habitude de se reconnaître, en y croyant quand même, s'avère incapable de gagner des élections autres que locales. Certaines des analyses de la gauche ne sont plus pertinentes depuis la fin des Trente Glorieuses. Le consensus est qu'il n'est pas prudent de continuer comme ça.

Le problème avec le changement, c'est que ça change. Quand on change quelque chose, après ce n'est plus pareil. On risque de ne pas s'y reconnaître au début. Pire encore, avec le changement, on sait ce qu'on perd mais on ne sait pas ce qu'on gagne.

Si on ne se reconnaît pas, socialistiquement parlant, en Ségolène Royal, c'est qu'elle représente un vrai changement. Avec les risques que cela représente. Mais si elle paraissait aujourd'hui parfaitement à gauche, au sens où l'on entend la gauche depuis quinze ou vingt ans, c'est qu'elle n'aurait qu'un plat réchauffé à proposer.

Il n'y a plus le temps de tout développer, mais je reste persuadé que le champ d'action de l'État (de gauche) et les moyens d'intervention dont disposerait un État aux intentions gauchisantes vont se modifier profondément dans les années à venir, vers un modèle bien moins centralisé et étatiste. C'est en modifiant les paramètres des acteurs économiques, notamment les entreprises, qu'une véritable politique sociale pourrait voir le jour. Cette gauche là ne va pas ressembler, à à la surface en tout cas, celle que nous avons connue.

Et c'est pour cette raison que je souhaite que les militants socialistes choisiront Ségolène Royal ce soir, contre une pensée et une pratique du socialisme qui ne sont plus d'actualité.

20 novembre 2008

Tiercé

Le Congrès était loupé, et moi j'ai loupé le Congrès. Hormis le premier soir, je n'ai pas pu le suivre du tout. Un peu frustrant ce sentiment de ne pas avoir vécu, fût-ce de loin et à travers les témoignages et analyses, lus après coup, des Left_blogueurs intrépides qui ont fait le voyage.

Ce soir les militants socialistes vont encore une fois voter et si j'ai bien compris, ils auront sans doute à voter une nouvelle fois si aucun candidat ne dépasse les 50%. Des mauvaises langues s'élèvent déjà pour dire que quelle que soit le choix des militants, aucune des deux premières secretaires potentielles ne sera légitime, et l'on nous promet encore des années de chamailleries.

Reveillez-moi en 2022. Ou pourra-t-on encore entendre des anciens au bistrot en train de dire : "... mais le vote dans les Bouches du Rhône..." ou encore : "ce n'était rien à côté du vote au canon dans la fédé du Nord" ?

Le triste spectacle de ce congrès me fait penser à une institution qui essaie de ne pas changer, qui est prêt à tout pour éviter de changer. L'alliance fabiuso-DSKïste derrière Martine Aubry montre à quel point ce ne sont plus du tout les idées, les courants, les théories du social-ci ou de l'économique-ça, ou même le positionnement plutôt à gauche-gauche ou plutôt à gauche-droite qui déterminent les alliances. Tout simplement, un clan, un caste fait de la résistance.

Enfin, pas seulement. Pas seulement un clan, mais un ensemble d'idées, une certaine culture de groupe, qui n'ont rien de détestable, mais qui ont contribué à maintenir le PS dans la situation où elle se trouve.

Juan nous demande de donner notre "tiercé" pour le vote de ce soir. C'est facile :

  1. Ségolène Royal. Elle n'est pas forcément la femme providentielle, mais elle est la seule qui bascule véritablement les choses. C'est pour cette raison que la carpe socialiste et le lapin social-démocrate se liguent contre elle.
  2. Benoît Hamon. Il représent malgré tout une nouvelle génération, son élection aurait une bonne influence sur le parti. A condition qu'Hamon résiste à sa récupération par les éléphants encore trop puissants. Sur le plan idéologique, il est regrettable en revanche qu'il ne fait qu'occuper un créneau néo-fabusien qui n'apporte rien de neuf.
  3. Martine Aubry. Loin derrière les deux autres, Aubry représente la survie du jospinisme, le maintien au pouvoir des mêmes, toujours les mêmes. Son ancrage à gauche se résume à dire que le PS continuera à faire comme il a toujours fait. Plus encore que feu Bertrand Delanoë, Aubry représente à mes yeux le système en place.

Et voilà. Faute de placer un bulletin dans l'urne, j'aurai rempli mes cases PMU.