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2 octobre 2008

Sarkozy à gauche, Omelette à droite

L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, cette idée de la toute puissance du marché était une idée folle.

L'idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle.

Ce n'est pas Arlette. Ce n'est pas Olivier Besancenot. C'est notre Très Grand Homme (TGH). Je préviens quand même.

L'économie de marché c'est un marché régulé, le marché mis au service du développement, au service de la société, au service de tous. Ce n'est pas la loi de la jungle, ce n'est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres. L'économie de marché c'est la concurrence qui réduit les prix, qui élimine les rentes et qui profite à tous les consommateurs.

L'économie de marché élimine les rentes ? Je croyais que le but du marché était justement de se faire des rentes. Qu'on m'explique comment l'économie de marché élimine les rentes. Vraiment.

Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, le capitalisme c'est la récompense du travail, de l'effort et de l'initiative.

J'y reviens à la fin du billet, mais au cas où vous décrocherez avant (car la route est longue), je préviens que je n'ai pas compris. L'entrepreneur entreprend pour augmenter son capital. Investir son capital (spéculer ou même se faire des rentes), c'est un peu le but. Me voilà perplexe. Mais ce n'est pas la première fois.

Ensuite Sarkozy découvre le socialisme :

Je veux le dire aux Français : l'anticapitalisme n'offre aucune solution à la crise actuelle. Renouer avec le collectivisme qui a provoqué dans le passé tant de désastres serait une erreur historique. Mais à l'inverse ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s'il ne s'était rien passé serait également une erreur historique.

[...]

La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme, le refonder sur une éthique, celle de l'effort et celle du travail, elle doit nous inciter à retrouver un équilibre entre la liberté nécessaire et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle.

Il nous faut trouver un nouvel équilibre entre l'Etat et le marché, alors que partout dans le monde les pouvoirs publics sont obligés d'intervenir pour sauver le système bancaire de l'effondrement. Un nouveau rapport doit s'instaurer entre l'économie et la politique à travers la mise en chantier de nouvelles réglementations.

Jusqu'à Toulon, la crise n'existait pas ou n'allait pas toucher nos banques françaises si impeccablement gérées. Et maintenant, c'est déjà fini. Ouf!

Il faut tirer les leçons de la crise pour que la crise ne se reproduise pas. Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe, le monde est passé à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer.

Je ne cite même pas les élucubrations sur les vilains patrons et les parachutes d'orés. Non que je veuille défendre les uns ou les autres, mais dans la bouche de Nicolas Sarkozy, les ficelles sont comme d'habitude trop grosses : il faut des coupables isolés et de préférence inconnus des téléspectateurs. Et moi qui avais compris que c'était le système qui était en cause... En somme, il faut distraire. Juan appelle ça le vacarme.

La monnaie est au coeur de la crise financière comme elle est au coeur des distorsions qui affectent les échanges mondiaux. Et si l'on n'y prend pas garde le dumping monétaire finira par engendrer des guerres commerciales extrêmement violentes et ouvrira ainsi la voie au pire des protectionnismes. Le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu'il veut ou qu'il peut. Il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois, mais il ne peut pas compenser la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Notre industrie aéronautique peut être aussi performante que possible, elle ne peut pas lutter contre l'avantage de compétitivité que la sous-évaluation chronique du dollar donne aux constructeurs américains. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Attendez que je détache les phrases qui sont peut-être les plus hilarantes de ce discours :

Le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu'il veut ou qu'il peut. Il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois, mais il ne peut pas compenser la sous-évaluation de la monnaie chinoise.

Le rêve de la droite et du MEDEF : le salaire des ouvriers français ramené à sa juste valeur, celle des "bas salaires des ouvriers chinois", mais, comble de l'injustice!, même si la France devait atteindre ce noble objectif - qui consisterait à diviser les salaires par combien ? dix ou vingt ? - même alors ces chinois qui trichent avec leur monnaie auraient un avantage sur nous. (Tiens, c'est bizarre, on dirait que notre monarque élu n'a plus peur de fâcher les chinois. Car je crois que le sujet de la monnaie chinoise est assez sensible...).

Voilà donc pour la responsabilité individuelle et le gagner-plus.

Je suis convaincu que le mal est profond et qu'il faut remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton-Woods après la Seconde Guerre Mondiale. Cela nous permettra de créer les outils d'une régulation mondiale que la globalisation et la mondialisation des échanges rendent indispensables. On ne peut pas continuer de gérer l'économie du XXIème siècle avec les instruments de l'économie du XXème. On ne peut pas davantage penser le monde de demain avec les idées d'hier.

Hah! Je ris encore. Ant s'est déjà moqué de ce nouveau Bretton-Woods que Sarkozy a pris dans la contribution Urgence Sociale. Comme visiblement je me place désormais à droite de Nicolas Sarko-Trotsky, je renvoie à mon billet assez critique de ce nouveau Bretton-Woods, qui reste tout à fait compréhensible d'un point de vue de gauche, mais carrément risible en provenance de la droite-qui-fut-dure.

Je passe sur les élucubrations sur l'Europe, pour m'arrêter sur ce qui est peut-être un petit bijou :

En tant que Président de l'Union, je proposerai des initiatives en ce sens dès le prochain conseil européen du 15 octobre.

Il est vraiment, lui-même, Président de l'Union ? Je sais que c'est la "Présidence Française", mais je n'étais pas au courant de l'existence d'un poste "Président de l'Union". Dites-moi si je me trompe. François Fillon est-il du coup "Premier ministre de l'Union" aussi ?

Je le dis avec la même détermination : si les difficultés actuelles devaient entraîner une restriction du crédit qui priverait les Français et les entreprises, en particulier les PME, des moyens de financer leurs investissements ou d'assurer leur trésorerie, l'Etat interviendrait pour que ces financements puissent être assurés. Il le ferait par des cautions, par des garanties, par des apports en capital ou par une modification de la réglementation bancaire, mais il le ferait pour éviter que par un engrenage fatal l'économie privée de financements s'enfonce durablement dans une récession que nous n'accepterons pas.

Je ne veux pas être le défenseur de la Main Invisible, mais après tout, maintenant que je suis de droite, ça va devenir une seconde nature. En "soutenant" ainsi les PME, n'est-ce pas un signe d'encouragement envers les banques : faites des mauvais prêts, l'État est là!

J'y ajouterai des mesures fortes pour que les programmes immobiliers en cours puissent être menés à bien et pour que des terrains appartenant au secteur public soient libérés pour y construire de nouveaux logements, ce qui contribuera à la baisse des prix qui avaient atteint des niveaux parfaitement excessifs.

Idem. Allons-y, on va tous être des propriétaires endettés, c'est la solution. Dedalus nous rappelle d'ailleurs qu'il n'y a pas si longtemps, le "candidat Sarkozy" rêvait de subprimes à la française...

Face au ralentissement de l'activité se pose naturellement la question de la relance de notre économie. Cette relance nous l'avons engagée, bien avant tous les autres, avec les mesures prises il y a un an sur les heures supplémentaires, la possibilité de déduire les intérêts de ses emprunts immobiliers, la suppression des droits de succession, le crédit d'impôt recherche, auxquels se sont ajoutées d'autres mesures comme le déblocage de la participation.

Ce soutien apporté à l'activité nous a permis de mieux résister à la crise.

Là, c'est presque aussi drôle que le morceau sur les salaires franco-chinois. Une seule interprétation possible de cette défense du Paquet : la dette, c'est bien. Les 10 et 15 milliards perdus par an pour rien, c'est bon pour le moral. On ressent un peu mieux ce que c'est d'être une grande banque en ce moment.

L'argent de l'Etat, c'est l'argent des Français. Ils ont travaillé trop dur pour le gagner pour que l'on ait le droit de le gaspiller. On a gaspillé l'argent des Français lorsqu'on l'a dépensé pour financer les 35 heures avec les résultats catastrophiques au plan économique et social que l'on connaît.

Là, je cite juste pour le plaisir. Comme tout le monde sait, le désastre économique n'était pas les subprimes, mais les 35 heures. C'est là où l'on commence à comprendre pourquoi Sarkozy, Lagarde et Cie étaient si lents à reconnaître l'existence d'une crise économique et financière internationale : il n'y avait aucun lien avec leurs ennemis héréditaires, les socialistes. Maintenant que Sarkozy est lui-même socialiste, ça va être plus compliqué. L'aveuglement de la guerre des clans a mal servi la France pour le coup.

La référence aux 35 heures n'était pas un hasard, même si c'est un réflexe. (Guaino et les autres doivent tester leurs Waterman en écrivant "c'est la faute des 35 heures".) Cette référence annonce le véritable message de Toulon, une fois débarrassé de toute l'hypocrisie altermondialiste : on ne change pas une stratégie qui ne marche pas. Ainsi :

Alors pour retrouver des marges de manoeuvre et pour préparer l'avenir, les dépenses de fonctionnement de l'Etat doivent diminuer. L'année prochaine, c'est donc un total sans précédent de 30 600 emplois publics qui seront supprimés dans la fonction publique. La révision des politiques publiques sera menée avec beaucoup de célérité. La réforme de l'hôpital permettra d'améliorer l'accès aux soins tout en supprimant des dépenses inutiles. Les agents hospitaliers seront intéressés à l'équilibre de leur budget et partout les fonctionnaires seront associés aux gains de productivité dans la fonction publique. C'est une véritable révolution culturelle que nous mettons en place et qui va modifier en profondeur les comportements.

"Révolution culturelle"...

Mais là aussi, je vous dois la vérité : dans la situation où se trouve l'économie, je ne conduirai pas une politique d'austérité parce que l'austérité aggraverait la récession. Je n'accepterai donc pas de hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Car notre objectif, c'est de leur rendre du pouvoir d'achat et non de leur en prendre.

La dette, libérons nous par la dette ! Les 30 600 postes supprimés dans la fonction publique auront bon dos...

Comme une telle conclusion pourrait laisser un goût un peu aigre dans les oreilles de certains, Sarkozy revient au Grand N'Importe Quoi pour finir la séquence.

Il faut opposer l'effort du travailleur à l'argent facile de la spéculation, il faut opposer l'engagement de l'entrepreneur qui risque tout dans son entreprise à l'anonymat des marchés financiers, il faut opposer un capitalisme de production à un capitalisme de court terme, il faut accorder une priorité à l'industrie au moment où l'étau de la finance se desserre, voilà tout le sens de la politique économique que nous voulons conduire.

Quelqu'un pourrait-il expliquer au Très Grand Homme (TGH) que dans "capitalisme" il y a "capital", et que la spéculation qui est source de tous les maux n'est autre chose que l'une des manières de profiter de son capital (quand on en a).

6 janvier 2008

Quatrième de couverture

Bref retour sur la "politique de la civilisation" dont je parlais avant-hier. C'est un cas d'école de la formulation idéologiquement glissante si chère à Sarkozy et aux siens. Le mois dernier j'avais lu l'histoire de l'organisation idéologique de sa campagne présidentielle, et j'avais écris ceci:

Et c'est là où apparaît toute la subtilité et la perversité du sarkozysme : tout en restant fondamentalement de droite, SarkoCorp réussi à recadrer l'ensemble des questions politiques de son temps de façon à laisser croire à une partie signifiante de la gauche que sa "réponse" n'est pas à droite, car elle n'est pas celle de la droite traditionnelle. Du coup, la critique habituelle de la gauche n'est plus adaptée.

La politique de civilisation en est un très bon exemple. D'abord, Sarkozy emprunte, en le vidant de son contenu, la formule d'Edgar Morin. (Peuples a raison de dire que le TGH préfère Carla Bruni à Edgar Morin. Entre Edgar et Hervé, en revanche, son coeur balance.) Prendre une idée marquée à gauche et considérée comme moderne, s'en servir pour enrober des idées, toujours les mêmes, d'une droite primitive et quasi-éternelle (comme le suggérait un autre edgar dans les commentaires de l'autre billet), quand ce n'est pas carrément l'intégrisme catholique.

Mais comme pour tout le reste, on dirait que ça passe moins bien. Cette fois, Sarkozy, ou plutôt Guaino, a l'air de quelqu'un qui vient de lire le quatrième de couverture d'un bouquin de socio qu'il laisse sur le présentoir de la FNAC.

1 novembre 2007

Nationalisme creux

L'épisode Guy Môquet, avec en arrière plan les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, a cristallisé beaucoup de ce qu'il y a de détestable et délétère dans le sarkozysme. Il a, en même temps, montré l'une des limites du système de communication sarkozyzte, car, pour la première fois, de nombreuses personnes ont osé dire qu'ils n'étaient pas d'accord pour être manipulées ainsi. Le sarkozyzme n'aime pas que ses opposants soient visibles ou audibles, et de ce point de vue l'exercice était un échec pour le Pouvoir, comme je le disais l'autre jour.

L'utilisation UMPiste de Guy Môquet nous vient directement du cerveau de Henri Guaino, et c'est lui qui s'est montré le plus indigné par les réticences des enseignants à qui Nicolas Sarkozy avait confié la tâche d'instaurer une identité nationale tout en larmes et paillettes. Du coup, Guaino a parlé de l'identité nationale et du nationalisme, ce qui nous donne l'occasion d'y revenir.

Commençons par sa sortie la plus bêtement emblématique :

« Cela amène à s'interroger sur ce que doivent être les devoirs d'un professeur dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire et auquel la nation confie ses enfants», avait avancé Henri Guaino.

Ce serait donc la Nation qui aurait payé les études des professeurs, qui payerait leurs salaires ? Voilà une confusion qui passe très bien, qui ressemble suffisamment à du bon sens pour tromper pas mal de monde. La Nation, au sens des nationalistes ne paie ni études, ni salaires, car c'est une abstraction qui s'oppose à d'autres manières d'organiser, d'imaginer et de symboliser la collectivité. La Nation ne sait pas comment écrire des chèques. Dire que les enseignants, ou quiconque aurait bénéficier de l'enseignement supérieur, ou même de la maternelle, soyons rigoureux, ont une sorte de dette envers la Nation, ou plutôt, envers la cause nationaliste, c'est franchement se foutre du monde.

Pourquoi parler, en effet, de Nation ? On peut aussi regarder à gauche pour trouver une réponse. Je pense vaguement aux chévénementistes, mais aussi à cet article de Raphaël Anglade, paru il y a quelques semaines sur Betapolitique : Les socialistes ont-ils perdu la Nation? L'idée n'est pas neuve, mais l'article a au moins le mérite de poser la question clairement:

Pendant tout le XIXe Siècle, la revendication nationale, dans toute l'Europe, est un combat d'émancipation. Un combat de gauche, une lutte contre la vision patrimoniale, monarchiste, réactionnaire du pouvoir et du fait politique. En fait, derrière la Nation se cachent deux combats essentiels :

  • l'instauration de la citoyenneté,
  • et la construction d'une manière d'être ensemble conventionnelle, culturelle, (la Nation, ethnicité fictive, disait Vidal Naquet, me semble-t-il) et par là même non biologique.

On pourrait se féliciter de cette « ethnicité fictive » et de son caractère « non biologique », s'il n'y avait pas des gens comme l'ignoble Brice Hortefeux pour ramener la Nation à une ethnicité bien biologique. De ce point de vue, on comprend bien, il est vrai, la signification nationaliste de la biologie de Thierry Mariani et ses amis.

Mais surtout, on comprend qu'au XIXe siècle, la Nation, avec sa majuscule, pouvait bien être de gauche, puisqu'il s'agissait d'asseoir la légitimité politique du peuple, devenu propriétaire en quelque sorte de son pays. Faut-il alors regretter, comme Raphaël Anglade, la perte, par la gauche, de la Nation en tant que thème? Faut-il que la gauche se dote d'une réponse nationale au Front National?

Aujourd'hui fragile dans son rapport à la Nation, la gauche manque de balises face aux provocations d'extrême droite, aux turpitudes sarkozystes, à la question européenne... et même au mondial de Rugby !

Je l'ai déjà dit ici, la plus grande erreur politique de Ségolène Royal pendant la campagne était sa dérive chévénementiste, surtout avec la fierté des drapeaux. Et c'est là où l'on revient à Henri Guaino et à la lettre de Guy Môquet.

Heureusement, notre célèbre plume Nationale a le mérite de s'expliquer clairement là-dessus:

Dans un pays où elle s'impose avec évidence, la nation n'est pas un sujet politique. Lors de l'élection de 1974, les Français ne s'intéressaient pas à ce que racontaient Malraux et les gaullistes sur la nation et la résistance. Mais aujourd'hui, avec l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire. La nation est redevenue un sujet fondamental de la politique.

Voilà, le problème identitaire. Car, que la Nation soit définie sur des critères ethno-biologique, ou sur des critères simplement culturels, voire, comme on dit souvent, républicains (et je pense à cette épreuve de "citoyenneté" que les futurs candidats à l'immigration vont devoir subir), il reste que la Nation définit un nous qui est à opposer à un eux, que ce soit des immigrés venus nous piquer nos boulots et nos allocations (dans la version FN de ce mythe), ou même les plombiers polonais venus réparer nos lavabos.

En rugby, il n'y a pas trop de problèmes avec une telle opposition, car quand ce n'est pas la France contre l'Argentine, c'est Toulouse contre Perpignan. La distinction entre les camps est intégrer dans le symbolique du sport.

Le problème, à l'heure des fléaux que cite Guaino, "l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail", c'est que le seul nationalisme que ces êtres inspirés arrivent à définir, c'est un nationalisme complètement vidé de sens, un nationalisme purement autoréférentiel. La lettre de Guy Môquet n'est pas, bien sûr, vide de sens, ni lorsqu'il l'a écrite, ni aujourd'hui. Évidemment. Mais le sens de la lettre est simplement celui du sacrifice et du courage. Le choix de cette lettre par Guaino et Sarkozy est surtout significatif, car il s'agit d'un texte dépourvu de signification politique. Dans l'utilisation que l'Etat-UMP cherche à en faire aujourd'hui, seule compte l'émotion de la lettre. Et je renvoie aux excellents analyses d'Eric Fassin (ici et ici) de l'instrumentalisation de l'émotion chez Sarkozy.

Si il y une leçon dans cette histoire de Guy Môquet, c'est qu'aujourd'hui le nationalisme, que ce soit avec les drapeaux, le sport ou les commémorations, ne peut que conduire à quelque chose de vide, et, je dirais, fondamentalement réactionnaire. Deux bonnes raisons pour la gauche d'éviter de rivaliser avec les sarkozystes et le Front National sur ce terrain qui conduit inévitablement à une insincérité que la gauche doit éviter.

11 octobre 2007

Sacré BHL!

BHL est malin.

Plutôt que de s'attaquer directement à Sarkozy, ils'en prend à Guaino (via Sarkofrance):

"C'est quoi l'extrême-droite en France?", s'était interrogé Bernard-Henri Lévy. "C'est le maurrassisme. Jean-Pierre Chevènement, c'est un maurassien". Or, selon lui, "on a deux maurassiens en France qui ont une importance politique considérable, (...) c'est Chevènement, et puis (...) Henri Guaino. C'est le mec qui fait le discours de Nicolas Sarkozy."

Pour l'essayiste, "dans le cas de Guaino ce n'est même pas maurassien, Guaino il est raciste". BHL a été particulièrement choqué par le discours prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet dernier à Dakar et qui avait suscité de vives réactions chez de nombreux intellectuels.

La question s'est posée, je ne sais plus par qui, à propos de l'ignoble Brice Hortefeux : ne faudrait-il pas plutôt s'attaquer directement à Sarkozy qui est responsable de la présence du Colonel Hortefeux dans son gouvernement (je veux dire : dans celui de Fillon) ? Il y a pourtant un avantage à s'en prendre à des cibles plus faciles et moins bien protégées, médiatiquement, que le Très Grand Homme (TGH). C'est une véritable faiblesse dans la stratégie sarkozyenne qui doit s'accomoder de l'existence constitutionnelle d'un Premier Ministre dont l'outrecuidance va jusqu'à se considérer "chef" du gouvernement. Il n'est pas si facile d'avoir un chef de gouvernement faible et plus ou moins impopulaire, et un président trop-super-fort qui soit également populaire.

Revenons à BHL qui s'en prend à Guaino, auteur discours de Dakar. Il traite Guaino de raciste, mais épargne Sarkozy. Pourtant, c'est Sarkozy qui a prononcé le discours de Dakar, qui doit en assumer la responsabilité. Mais pour BHL, le problème est celui de l'"influence" sur le TGH de ses conseillers:

Plus généralement, BHL s'était inquiété de l'influence de la "plume" du président de la République, qui lui-même ne serait "pas raciste". [...]

"Les conseillers de Sarkozy, et notamment ce fameux Guaino," a déclaré Bernard-Henri Lévy, "lui ont fait dire que Vichy, fallait arrêter d'avoir honte, qu'il fallait arrêter de faire repentance, que d'ailleurs la France n'avait pas commis de crime contre l'humanité et qu'elle n'avait pas participé au génocide".

Bref : Sarkozy n'est pas raciste, mais il n'est pas fort. Il se laisse influencer et donc il fait n'importe quoi. Ce n'est pas de sa faute, mais il fréquente des types pas très bien.

BHL évite qu'on l'accuse d'antisarkozysme primaire ou d'être anti-démocratique, s'opposant à la volonté du peuple qui s'est levé en écoutant Sarkozy prononcer les discours de Guaino. Ici, on est plutôt fier d'être anti-sarkozyste primaire, mais on peut comprendre que BHL ait envie d'éviter que l'on puisse l'en accuser.

En tout cas, vu la réaction de Guaino,

"Ce petit con prétentieux ne m'intéresse pas. Qui est-il donc? Qu'a-t-il fait dans sa vie de si extraordinaire pour se permettre de juger comme ça?", s'est interrogé Henri Guaino. "Je n'ai jamais rencontré BHL. Il ne m'aime pas, moi non plus. Il n'aime pas la France, moi si. Il a la bave aux lèvres, avec la haine qui suinte de partout."

il est permis de supposer que BHL a bien atteint sa cible en plein coeur.

7 septembre 2007

Guaino, défenseur du service public

Qui aurait pu deviner que nous avions, en la personne de Henri Guaino, un grand défenseur de la tradition française du service public? Quel courage, pour défendre la République contre les actionnaires:

Conseiller spécial du chef de l'Etat, Henri Guaino plaide alors pour un rapprochement EDF-GDF. Ex-fidèle de Philippe Séguin, rallié à Jacques Chirac en 1995, il se rêve à la tête de ce géant de l'énergie. A coup d'arguments politiques et industriels, il torpille le projet GDF-Suez, assurant qu'il ferait la part trop belle aux actionnaires de Suez et créerait un sérieux concurrent à EDF. Ainsi sacrifierait-on deux fleurons du service public français sur l'autel d'intérêts particuliers, s'indigne cet homme aux fortes convictions républicaines.

Ah, oui, au fait, c'est parce qu'il pensait en devenir le chef.

Bon.