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19 mars 2008

Princen est un message aux non-internautes

Maintenant qu'il n'y a plus de visites à gratter en postant sur l'affaire Princen "l'oeil de Sarkozy sur le web", qui a donné un peu de célébrité inattendue à des blogs méritants et a fait exploser quelques sitemeters, sans même essayer imaginer ce qui a dû arriver à ceux de Dagrouik et Peuples, maintenant que la fièvre est retombée un peu, on peut se demander ce qu'il en est de la comm' élyséenne.

Le flicage du Net paraît inefficace, plus ou moins impossible. Sarkozy n'arrive même pas à faire condamner le Nouvel'Obs pour l'histoire du SMS et s'en trouve réduit à envoyer son épouse à le défendre au Monde dans une tribune maladroite et naïve. On imagine mal comment il pourrait espérer mieux s'en tirer en s'attaquant aux rois du "buzz" que sont nos Boulets. Ou avec toute autre forme de "contre-attaque". Mais là c'était le sujet du billet d'hier.

Les pros de la veille signalent une énorme erreur de communication : il ne faut pas dire que l'on surveille si l'on veut surveiller efficacement. C'est la thèse d'un billet de Nick Carraway, billet halluciant par son érudition, qui suggère de voir, avec un peu d'ironie, dans la maladresse sarkozyënne une "révolution copernicienne dans l'épistémologie de l'observation". Il ne cite pas le principe d'incertitude de Heisenberg mais il ne manque pas grand'chose d'autre. (Enfin, si : la relation sujet-objet a quand même une certaine histoire...)

Nouveau cafouillage, alors ? Observation inefficace ou contradictoire ? Pourquoi en effet dévoiler ses intentions aussi visiblement. Juan se demande si la nomination de Princen est ridicule ou hypocrite. Sûrement les deux. Mais je me demande si le problème dans l'interprétation de ce geste maladroit n'est pas dû au fait que le message (car Princen est, à ce stade, essentiellement un message) n'est destiné ni aux internautes, ni à l'ensemble des téléspectateurs, mais essentiellement à des fidèles sarkozystes, notamment cette tranche de la population au-dessus de 65 ans qui commence à douter, plus à cause de Carla que du Paquet (Fiscal), et au-delà à toute cette population de conservateurs qui voudraient aimer Sarkozy mais qui n'y arrive plus, à ces populations pour qui l'internet est une chose étrange et effrayante.

La défense de Sarkozy en ce moment est : on adore ma politique, mais on déteste mon style. Et c'est aussi : je suis la victime d'attaques inadmissibles. En provenance de l'internet. Donc, cher électeur UMP, cher député UMP venant de perdre votre mairie, j'ai un type qui va arranger tout ça. Un pro, un jeune (car il n'y a que les jeunes à comprendre l'informatique, mon Jean, il fait toutes sortes de choses, tandis que moi, l'informatique...). Ce Princen va nous règler cette histoire, remettre ces gens-là à leur place. Ça va me libérer, je pourrais revenir comme avant. La tête haute.

Comme souvent, il est difficile de distinguer dans ce scénario ce qui relève de l'optimisme et du fantasme présidentiel, et ce qui relève de la stratégie communicationnelle proprement dite. Sarkozy est fort quand les deux coïncident ; il est nul quand il faut vraiment réfléchir. Il est possible que ce message ait atteint sa cible véritable. Il est tout aussi possible que les dommages collatéraux soient importants. En termes de com', bien sûr. Et de buzz.

20 février 2008

Vous avez dit "lynchage"?

L'UMPétosphère sait désormais s'organiser, tant bien que mal, pour répandre des mots qui sont répétés à volonté par tous les fidèles. C'est de bonne guerre, même si parfois les ficelles sont un peu grosse. J'en parlais l'autre jour à propos du statut de victime que revendique Nicolas Sarkozy, qui, ne voulant pas faire dans la demi-mesure, cherche à s'imposer comme une victime hors norme, hyper-victime peut-être, se permettant donc la comparaison (indirecte, bien sûr) avec les juifs sous l'Occupation. Mais revenons à l'idée de lynchage, ou plutôt à ce mot, que l'on voit désormais partout, mais surtout dans ce très bon, très utile et très amusant billet de Juan.

Les protestations de Roger Karoutchi continuent et sont toujours aussi incroyables. Dagrouik nous rappelle, à propos de la première série d'élucubrations, que ce Karoutchi n'est pas censé ignorer l'histoire, ce qui rend son discours encore plus tragique et comique :

Ce pénible second couté rouillé de l'UMP doit être nul en histoire me direz vous. Détrompez-vous, il est agrégé en Histoire. Quand un homme cultivé comme lui commet une saloperie de ce genre, c'est clair: Il agit sur ordre. La cellule de spin doctors de L'Élysée a du se torturer le neurone et pondre un projet innovant: il fallait victimiser Sarkozy.

Maintenant, n'étant pas allé assez loin dans l'énorme et le ridicule, ce grand "cultivé" nous sort un argument qui, par ses exaggérations, en dit long sur l'état du sarkozysme. Sans hésiter, Karoutchi commence par reprendre à son compte tout simplement l'argument de l'appel Républicain qui a dû faire beaucoup de mal à Sarkozy. En somme, contester le Très Grand Homme (TGH), c'est un danger pour la République et pour la démocratie :

Parce que la République et la démocratie doivent être constamment confortées et ne sont pas naturellement éternelles ;

Voilà : il faut sauver la démocratie.

Parce qu'il est dangereux pour la démocratie d'utiliser et de multiplier les attaques personnelles contre le chef de l'Etat pour essayer de déstabiliser son action politique ;

C'était judicieux de mettre cet alinéa en deuxième position : le lecteur le voit moins que le premier, et a hâte de lire les suivants, donc ne prend pas le temps de réfléchir à son sens. Pourquoi serait-ce dangereux pour la démocratie, en fait ? En réalité, c'est ce qu'il veut démontrer par dessus tout, que les "attaques", le "lynchage", sont nuisibles à la démocratie ; mais plutôt de le démontrer, il le cite en raison : "parce que..." Tout le monde est censé le savoir, de le penser déjà, à condition de ne pas trop s'arrêter sur la phrase.

En gros, Sarkozy, c'est la démocratie elle-même. Être contre Sarkozy, c'est être contre la démocratie, contre la stabilité de nos sacro-sanctes institutions. Car, parce que...

Parce qu'il faut respecter l'expression récente du suffrage universel, source et origine des pouvoirs du Président de la République, du Parlement et du Gouvernement ;

C'est un peu le clou du pestacle : le suffrage universel contre toutes les objections possibles, contre les institutions, la Constitution s'il le faut, contre le gouvernement si jamais il devait se rebiffer, contre la liberté de presse, contre les libertés individuelles, contre l'idée même d'une opposition.

Souvenez-vous de ces paroles de Rachida Dati (que j'avais commenté ici) :

La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu (Nicolas Sarkozy NDLR) pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême.

Même la Justice, que je croyais juste parce qu'elle était la Justice, justement, est l'extension des urnes. La légitimité du suffrage universel est bonne à toutes les sauces. C'est à penser que les UMPistes à tendance sarkozaïque ont fini par croire à l'institutionalisation de leur propre adulation pour le TGH, et maintenant ne savent plus quoi penser quand leur superhéros en talonettes se heurte à une vraie résistance populaire.

Parce qu'il y a urgence à revenir à la confrontation des idées, des propositions et des projets, seule capable de faire prospérer la démocratie et seule à même de provoquer une mobilisation citoyenne quelle qu'en soit la sensibilité ;

La "confrontation des idées" ? Eh bien, là, vous l'avez, votre confrontation des idées sur ce que doit être une démocratie. Une bonne partie de la population semble avoir comme idée que la personnalisation extrême de la présidence et donc du pouvoir présidentiel n'est pas bénéfique, n'est pas démocratique, ne va pas dans le sens des valeurs républicaines. Quelle idée!

Les attaques contre Sarkozy ne sont pas personnelles. Qu'un quidam aille en Égypte avec un ex-mannequin n'a aucune espèce d'importance. Mais Sarkozy cherche à gouverner en faisant constamment appel à sa propre personne, et du coup institue un mode de pouvoir beaucoup plus personnel, individuel que ce qui est prévu dans l'équilibre des institutions. C'est la concentration du pouvoir sur lui, sur sa petite personne, qui est l'origine du problème. Carla Bruni n'est qu'une conséquence de cette transgression initiale. La réaction contre le comportement "privé" du TGH n'est que la cristallisation dans l'imaginaire public de la réaction à cette concentration du pouvoir.

Et donc, pour revenir au lynchage, il faut dire qu'il est normal que la réaction contre la personnalisation du pouvoir soit dirigée essentiellement sur la personne qui en est responsable et qui en est l'unique bénéficiaire.

(Voir aussi le billet de Julien Tolédano sur la réaction des sarkozystes sur Facebook.

17 février 2008

L'horreur dans le vacarme

Quelque chose d'étrange est en train de se passer...

Les sarkozystes pensent que soudain la presse veut les lyncher. Enfin, lyncher le sarkozyste numero uno, surtout. Juan réagit à cette nouvelle saloperie, prononcée cette fois par Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement. Il dit, à propos de nos chers journalistes et de nos encore plus chers médias :

On a l'impression d'un vent de folie qui respire les années 30 avec ce que cela a de plus nauséabond. (Source.)

Cette semaine, Carla Bruni établit également le lien entre le NouvelObs et les Français qui dénonçaient les juifs pendant l'Occupation. Au départ, ça passe pour la gaffe de notre nouvelle Première Cruche...

Ensuite, Sarkozy sort une nouvelle énormité, typique de sa technique du vacarme : un enfant victime de la Shoah pour chaque écolier. Typique, également, de sa capacité à mobiliser des sujets très graves et porteurs d'émotions très fortes, pour des manoeuvres à très court terme, dont la finalité ne va pas plus loin que l'espoir (mince) de distraire quelques minutes les téléspectateurs et grappiller un point ou deux dans les sondages. La souffrance des autres au service toujours du même Très Grand Homme (TGH).

Mais, au delà du vacarme, ou peut-être plus précisément dans son coeur même, on commence à déceler la logique d'une analogie proprement grotesque : pour établir son statut de victime, Sarkozy doit comparer son sort à celui des victimes de l'Holocauste. En tapant ces mots, je suis quand même horrifié par le déséquilibre entre les deux parties de ma phrase, entre la bassesse d'un homme politique qui cherche par absolument tous les moyens à se rendre sympathique, et un événement historique qui le dépasse très évidemment.

7 février 2008

Jouer perso : Sarkozy, le Tchad et la pipolisation

Nicolas J. a raison d'insister sur le fait que la dégringolade de Sarkozy dans les sondages n'est pas due à sa liaison avec Carla Bruni, mais qu'elle est bien politique. Tout expliquer par l'effet de la pipolisation revient, finalement, à excuser la politique en minimisant son importance, pour, encore une fois, concentrer toute notre attention sur la vie privée du Très Grand Homme (TGH) et, peut-être plus encore, sur sa capacité à communiquer, voire à manipuler l'information. Pour dire, en somme : Sarkozy fait tout bien, mais il s'est planté avec son marriage. Merci, donc, à Nicolas (J., pas S.) de mettre les points sur les i : la chute, elle est politique. Point.

Ce qui ne veut pas dire que l'énervement suscité par la surexposition de la vie privée n'ait pas eu l'effet de cristalliser l'opinion contre lui. Une grande partie du succès électoral de Nicolas Sarkozy était due à sa capacité d'incarner pour chacun de ses électeurs (je suppose, ou presque) Celui qui pourrait tout remettre comme il faut dans ce beau pays. Sa personnalité politique a donc beaucoup joué, voilà qu'elle est abîmée, bousillée après huit mois. La bulle spéculative sarkozyste vient de se dégonfler.

Mais concrètement, pourquoi la peoplisation à la sauce sarkozyste est-elle néfaste? Les récents événements au Tchad fournissent une démonstration que je trouve assez spectaculaire. Hier, Juan a publié un billet très fort sur le rôle de la France au Tchad, avec cette perle:

"Chacun doit bien y réfléchir, il faut laisser le gouvernement légitime faire son travail" a-t-il [le TGH] déclaré en condamnant l'attaque rebelle.

On dirait même que c'est un gouvernement qui se lève tôt pour faire son boulot. Pas de fainéants dans le gouvernement de Deby!

Les rebelles accusent la France d'être intervenu militairement et de façon offensive:

Le principal chef de la rébellion tchadienne, le général Mahamat Nouri, a affirmé mardi que l'aviation française avait "bombardé" les positions des rebelles pour protéger le régime du président Idriss Deby Itno.

"L'aviation nous a bombardés depuis hier matin jusqu'à ce matin une heure du matin", a affirmé le général Nouri sur Europe 1.

Je n'ai aucune idée s'il faut croire les rebelles. Admettons, pour l'instant en tout cas, que ce qu'ils affirment est faux et que l'aviation française n'est pas intervenue de la sorte. Il s'agirait alors de simple propagande.

Le problème créé par Sarkozy, c'est que son intervention éclair pour sauver les hôtesses de l'air et les journalistes arrêtés en même temps que les Arche de Zoé, qui laissait supposer un arrangement quelconque entre les deux chefs d'état, rend beaucoup plus crédible le récit des rebelles.

En voulant agir directement, prendre les choses en main, Sarkozy a sûrement renforcer son image et peut-être sa popularité dans l'immédiat. Le prix de cette envie d'être à la fois Président, Roi, sex-symbol et super-héros, ce sont des situations comme celle-ci. Au long terme, sa crédibilité s'évapore, on encore il crée des situations diplomatiques inextricables et beaucoup plus graves.

Finalement, la personnalisation de la politique se heurte à un problème : être Président de la R., c'est malgré tout représenter un collectif. Jouer perso est une stratégie qui a des limites de toutes sortes.

UPDATE: Je suis un peu en retard sur l'info. Le fait que Deby maintenant cherche à grâcier les Arche de Zoé devrait nous dire quelque chose sur le contenu de sa discussion avec Sarkozy au mois de novembre.

Carla Bruni à poil (où l'on essaie quelque chose)

Ceci est un test.

Suite à un billet de nea, on se demande si la formule "Carla Bruni à poil" en titre d'un billet est plus ou moins efficace que d'autres formules pour attrapper l'innocent qui cherche ces mots (ou plutôt une photo) sur Google sans le moindre intention d'atterrir sur un blog comme celui-ci.

Carla Bruni nue (où l'on essaie quelque chose)

Ceci est un test.

Suite à un billet de nea, on se demande si la formule "Carla Bruni nue" en titre d'un billet est plus ou moins efficace que d'autres formules pour attrapper l'innocent qui cherche ces mots (ou plutôt une photo) sur Google sans la moindre intention d'atterrir sur un blog comme celui-ci.

6 février 2008

Lisez PMA!

Nicolas (J., pas S., justement) est en forme en ce moment! Puisque je n'ai pas le temps d'écrire ces jours-ci, allez voir ses excellents billets des deux derniers jours sur la déroute de l'UMP: celui-ci, qui concerne indirectement Carla Bruni (pas nue) et celui-ci, qui concerne les maires UMP.

19 janvier 2008

La religion : le parafoudre de Dieu

Sarkozy continue à parler religion, et j'allais (re)dire ce que j'en pense, en somme qu'il s'agit de rétablir un ordre colonial sans colonies, dans lequel les colonisés (anciennement : "immigrés"; anciennement : "jeunesse issue de l'immigration"; bientôt : "vieux et jeunes issus de l'immigration"...) n'ont qu'à bien se tenir : ils ne partagent pas les "racines chrétiennes" de la classe coloniale, ne pourront jamais être des vrais français, et ainsi de suite. On comprend de mieux en mieux comment la politique de l'Identité Raciale de Brice Hortefeux n'est pas ni un détail, ni un accident, ni une concession à l'extrême droite, mais la pièce maîtresse dans le symbolisme idéologique de Nicolas Sarkozy. Enlever le racisme et la xénophobie et tout s'écroule.

Voilà donc le billet auquel vous avez échappé. Pour le moment en tout cas.

C'est ce que j'allais écrire avant de lire ce matin le billet de Juan concernant les dernières élucubrations mystiques de notre Très Grand Chanoine (TGC). Juan conclut son billet ainsi :

J'ai tendance à penser qu'il faut réserver les combats aux "causes réelles et sérieuses" d'inquiétudes. La laïcité, aujourd'hui, est-elle menacée par une décision du gouvernement Sarkozy ? Non. La sécurité sociale, oui. L'intégration, oui. La démocratie parlementaire, oui. Le pouvoir d'achat des plus pauvres, oui.

Au contraire, ne s'agit il pas d'un "vacarme" supplémentaire ? Il est toujours plus facile pour la gauche de pousser des cries effrayés sur la laïcité (qui leur reprochera ?), que de se mettre d'accord sur des contre-propositions contre les mesures de destructions sociales ou le mini Traité Européen. Cela n'empêche pas la vigilance, bien au contraire. Mais on a l'habitude.

Voilà ce qui fait "Tilt!" Chez moi en tout cas. N'oublions pas l'un des fondements essentiels du sarkozysme : les mots ne coûtent rien, le pognon est pour les amis. Il y a deux Sarkozy (je sais : un suffit largement, mais c'est pour les besoins de la démonstration) : l'un a un complexe identitaire qui le pouse à affirmer ses racines chrétiennes, à proclamer qu'il y a trop de musulmans en Europe, à montrer Bigard au Pape ; l'autre ne pense qu'à solidifier son pouvoir et à en profiter, en faisant profiter ses copains, les membres de sa caste par la même occasion. Celui-ci est prêt à dire n'importe quoi si d'aventure cela peut l'arranger : pleurer la lettre de Guy Môquet, pratiquer "l'ouverture", promettre de revaloriser le pouvoir d'achat et les petites retraites.

Bien sûr, quand Sarkozy met en cause la laïcité, oublie qu'il existe en France encore quelques athées, ce sont les deux Sarkozy qui parlent en même temps. Je ne sais pas grand'chose de ses convictions intimes (à la rigueur je m'en fous), mais j'ai le soupçon qu'avec ce thème nous ne sommes pas loin de ce que le bonhomme pense vraiment. Mais peu importe. Car l'autre Sarkozy, le narcissique qui est prêt à raconter n'importe quoi du moment que ça lui est utile, parle en même temps. Et celui-ci ne pense qu'en termes tactiques.

Quel intérêt y a-t-il à émeuter les défenseurs de la laïcité ? Comme le dit Juan, il faut créer du "vacarme". La religion est le paratonnerre du moment, comme les tests ADN avaient servi de chiffon rouge au moment de la loi Hortefeux (l'ignoble, l'infâme, l'abominable...). Il faut bien que les gauchistes aient des sujets de polémique, laissons-les dépenser leurs forces et leur salive pour des conneries, pour quelque chose qui de toute façon ne mange pas de pain. Tout est bon, en fait, qui remet la gauche en position de "donneur de leçon", tout en donnant des gages à la bonne vieille droite.

Carla Bruni est une diversion, la religion l'est aussi. Je pense. Mais c'est une diversion plus grave et plus perverse que sa vie de flambeur avec Carla B. Car s'il ne recontrait pas de résistance sur ce chemin, il est certain qu'il ne se priverait pas d'aller plus loin, avec des conséquences que l'on peut trop facilement imaginer. Comme le dit encore Juan, il faut rester vigilants.

UPDATE: je rajoute le tag "vacarme" après avoir lu ceci.

12 janvier 2008

Carla dans les pattes

Dans les commentaires à mon billet de l'autre jour, Carla Bruni toute nue, Flo Py posait la question essentielle sur la réaction de la gauche en général, et de la blogosphère gauche en particulier, à la pipolisation à tout va entreprise par notre Très Grand Homme (TGH). Pour donner un peu de contexte et vous éviter de revenir à ce billet qui, grâce à (ou à cause de) son titre racolleur, a fait explosé mes statistiques (enfin, un peu : rien à voir avec les prouesses de PMA, qui restera la référence absolue dans le domaine), voici le point culminant de mon argument :

S'il fallait, pour établir une sorte de contre-pouvoir médiatique, que nous autres blogueurs passent le reste du mandat de Sarkozy à discuter de la marque des petites culottes de Carla Bruni, eh bien, je serais partant, même si le sujet est, malgré tout, extrêmemnt lassant, surtout au bout d'une année ou deux.

Et voici donc la réponse de Flo Py :

d'un point de vue collectif, je suis d'accord avec tout.

Sauf que... Sauf que, d'un point de vue individuel, non pas du tout.

Je me refuse à utiliser les mêmes armes que mon adversaire politique (en l'occurence, on parle de la vulgarité, voire carrément l'obscénité, la pipolisation). Pas parce que je veux me démarquer à tout prix ; mais parce que ces armes-là, je les exècre. Je ne sais plus qui a dit grosso modo que ce n'est pas l'arrivée qui importe, mais le chemin que l'on parcourt pour arriver (ou pas). On peut aussi dire que la fin ne justifie jamais les moyens. Je veux pouvoir me regarder dans une glace en tant qu'individu, quoi que soit le devenir collectif de notre pays. Lutter certes, résister, évidemment, mais sans compromis ni concession. Sinon, comment être sûr que l'on est vraiment différent de celui que l'on prétend combattre ?

En fait, je suis d'accord avec cette position : la gauche doit continuer à se distinguer de la droite en ne pas tombant dans cette dérive ; la gauche doit être le camp de ceux qui se préoccupent des vrais problèmes, pas seulement des histoires d'alcove à l'Elysée. Pendant la campagne, il était devenu courant de dire que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy mettaient en scène leurs vies privées à peu près au même degré. Je pense qu'aujourd'hui, on commence à voir la différence d'approche : si Ségolène Royal cherche à exister en tant que personnage, ou personnalité, public, sa démarche n'a rien du narcissisme officiel, enragé et dérapant du TGH. (Même François Bayrou joue le jeu, grâce à son tracteur.)

Où est donc la ligne entre ce qui est une occupation justifiée d'une partie frivole mais, malheureusement, de plus en plus central de l'espace médiatique, et l'abus sarkozyste?

En fait, je ne suis pas certain qu'il faille théoriser cette distinction. Sarkozy est en train de payer cash ses excès médiatiques. S'il faut, pour nuire aux politiques de Sarkozy, d'Hortefeux, de Dati, de Lagarde, enfoncer le clou médiatique et tenter d'aliéner un peu plus les électeurs rétraités choqués par cette extravagance et cette vulgarité, soit.

Pourtant, la stratégie consistant à ne plus parler que des culottes de Madame Bruni mène également vers une impasse, vers un discrédit certain. En somme, du point de vue cette fois des blogueurs de gauche, des blogueurs Vigilants par exemple, le fait d'insister sur la vulgarité et la frivolité du TGH, ce n'est pas tant se salir en utilisant les armes de l'adversaire, qu'utiliser contre l'adversaire ses propres armes. C'est comme le ju-jitsu : ne pas contrer la force de l'attaquant, mais transformer son aggression en chute, retourner sa force contre lui.

Et la meilleure démonstration d'une telle transformation, c'est la manière dont Juan, au fil des billets, effectue ce glissement qui va des dérives de la vie privée du Président de la R. jusqu'à la question essentielle : Sarkozy est-il apte à gouverner? Nous revoilà de retour dans la politique, en train de bousiller l'aura d'invicibilité du Président-Sauteur.

8 janvier 2008

Carla Bruni nue (la modernité politique)

La polémique qui déchire la blogosphère gauche en ce moment, c'est : "faut-il, ou pas, que Juan publie systématiquement des photos de Carla Bruni toute nue, ou au moins les seins à l'air?" Juan n'est pas le seul à instrumentaliser le passé de notre Première Maîtresse à des fins politiques : Nicolas avait fait assez fort aussi.

C'est Wildo qui balance un pavé dans la mare dans un commentaire chez Sarkofrance:

Sinon, une remarque qui n'engage que moi, c'est obligé d'avoir Carla Bruni toujours nue en vignette ?

Juan répond:

je comprends ta remarque - ça fait un peu macho pervers d'afficher Bruni à poil dans nombre de billets. En fait, j'ai hésité. Puis je me suis tenu le raisonnement suivant : (1) l'affichage médiatique de cette liaison est vulgaire; (2) soyons aussi vulgaire que lui. je cherche des photos de Sarkozy nu mais c'est plus difficile à trouver...

Ne t'inquiète pas, je vais bientôt arrêter faute de photos.

Est-ce un cas de machisme pervers collectif, ou bien y a-t-il la possibilité que la surexposition de la vulgarité présidentielle puisse, à la longue, nuire à notre Très Grand Homme (TGH)? Les récents sondages (Libé via Juan) indiquent que la France globalement désapprouve ce comportement (63%), et même les experts en comm', normalement pleins d'admiration pour le génie communicationnel du TGH, préviennent:

si son crédit politique s'atténuait», ju ge Miquet-Marty. «Si les impatiences sociales devenaient plus fortes, la mise en scène de sa vie privée, et le contraste avec le quotidien des Français, pourraient lui être préjudiciables.»

Surexposer Carla Bruni (y compris ses parties féminines) serait donc une manière de nuire, plus efficace que tout ce que peut faire une entité comme un parti politique d'opposition?

Il y a quelques jours, Mathieu Lindon, apparamment journaliste et très certainement imbécile, a publié une chronique inepte chez Libération sous la rubrique Vox populi dont la thèse est, en somme, que... enfin, je n'arrive pas à le résumer, j'en laisse le soin à l'auteur:

La diabolisation un peu loupée de Nicolas Sarkozy a pour effet une dédiabolisation endiablée. Avant la présidentielle, on prétendait que son élection provoquerait quelque chose comme la suspension des libertés individuelles et le pays à feu et à sang, et maintenant on lui reproche de se montrer avec sa nouvelle copine dans un parc d'attractions ou d'emmener un humoriste pas assez raffiné à notre goût visiter le Vatican. Si on n'avait trouvé que ça contre Hitler, on s'en souviendrait moins aujourd'hui.

Vous avez bien compris : la pire chose qu'on puisse reprocher à Sarkozy, c'est sa liaison avec Carla B. Avant l'élection, les anti-sarkozystes primaires prévoyaient des choses horribles, et maintenant, comble de ridicule, ils ne trouvent rien de mieux à lui reprocher que le fait de se faire photographier avec sa copine. Je ne crois pas que Mathieu Lindon lise régulièrement Sarkofrance; il a dû s'endormir pendant que la législature approuvaient les tests génétiques pour les étrangers; il doit éteindre sa radio quand on commence à parler des expulsions sauvages des clandestins; il n'a pas dû comprendre tout à fait la signification du paquet fiscal; la suppression de la durée légale du travail ne lui fait pas peur; pour lui, Kadhafi a vraiment changé depuis qu'il a libéré les infirmières bulgaures qu'il emprisonnait et faisait torturer. Non, Mathieu Lindon s'est endormi le 6 mai et a rouvert les yeux quand Sarkozy et son amante embarquaient pour Louxor.

Alors, comment est-ce possible de mettre en balance Carla Bruni et le reste de la politique de Sarkozy, l'infiniment léger et le terriblement lourd? Faut-il engueuler les Français parce qu'ils réagissent à Carla là où ils laissent passer tant d'autres choses tellement plus importantes?

J'écrivais, dans les jours qui ont précédé l'annonce de l'hyperdivorce :

Mais dans l'hypothèse d'un divorce, il est clair que beaucoup de l'avenir politique de Sarkozy se jouera sur les pages des revues de Prisma Presse, surtout Gala et VSD.

J'aurais dû ajouter Voici, je l'avoue. Mais pour le reste je n'étais pas si loin de la vérité, même si je pensais que Sarkozy allait passer beaucoup plus de temps à nous expliquer son divorce. Il a trouvé plus juste de sauter cette étape, et... (j'arrête).

Tout cela pour dire que la vie politique marche davantage par des symboles, des images, des perceptions de la personnalité intime de nos hommes et femmes politiques, que par les chiffres, mêmes truqués, du chômage. S'il fallait, pour établir une sorte de contre-pouvoir médiatique, que nous autres blogueurs passent le reste du mandat de Sarkozy à discuter de la marque des petites culottes de Carla Bruni, eh bien, je serais partant, même si le sujet est, malgré tout, extrêmemnt lassant, surtout au bout d'une année ou deux.

Le mélange des plans personnel et politique est désormais un fait de la vie politique. Il faudra faire avec. C'est désolant, mais il y a de l'espoir lorsqu'on constate que la pipolisation est à double tranchant, et qu'elle peut devenir une arme de communication contre celui qui était censé si bien la maîtriser.

30 décembre 2007

Le président grenouille

Louxor, Carla Bruni... pour finir, on pourrait ne plus savoir quoi en dire : toute tentative même de modeste mise en perspective sera immanquablement requalifiée en jalousie, ringardise... Raphaël Anglade écrit:

[Sarkozy] espère peut-être renvoyer la gauche geignarde au rang de pucelle effarouchée et la droite bourgeoise au rang de bigote peine à jouir.

Toute critique, toute protestation ne fait que confirmer comment le Très Grand Homme (TGH) est Grand, au-dessus des bêtises et des vieilleries. Non seulement la vie de jet-setter lui est parfaitement naturelle, un poisson dans l'eau, mais elle est, malgré sa vulgarité, le signe incontestable de sa supériorité. Et si on pousse un peu plus loin, il n'est pas difficile de voir dans cette posture une sorte de populisme à l'envers, où le TGH se représente comme l'un des héros modernes des tabloïdes, censés être l'étoffe des rêves du petit peuple, dénigrés par les "donneurs de leçons" et autres pédants moralisateurs, mais appréciés par les "vrais gens", qui d'ailleurs savent reconnaître un tout aussi vrai patron (à ses lunettes de soleil et aux mensurations de sa maîtresse...?).

Devant un tel édifice, ce n'est pas simple de savoir où commencer pour en saper les fondations. Au PS, la différence de réaction entre la plupart des cadres et Ségolène Royal. Ceux-ci dénoncent la participation de Bolloré à ce voyage, participation qui est effectivement dangereuse sur de nombreux plans. Malheureusement, sa gravité est difficile à expliquer de façon télévisuelle, surtout quand Bolloré contrôle pas mal de ce qui se passe dans nos télés. Ségolène Royal, au contraire, est plus efficace quand elle met

« en cause l'indépendance et la dignité de la fonction présidentielle», lui demandant de cesser de «provoquer par son comportement ostentatoire» (Libé).

C'est plus efficace parce qu'elle donne une forme rationnelle à un vague sentiment de révolte (mais l'UMP dirait peut-être jalousie encore une fois) ressenti, malgré tout, chez bien de supporteurs du Président dans ces mêmes classes populaires. Sarkozy est en train de bousiller sa propre position, dégrader la présidence et donc la France avec.

Quand j'ai commencé ce billet, j'étais assez pessimiste sur la capacité de réactino de nos citoyens, car il eût fallu qu'ils réagissent non seulement contre celui qui est malgré tout leur président, mais aussi, et surtout, contre le papier-glacé, contre la nouvelle narration de ce qui est censé être une grande histoire d'amour. Et pourtant, Sarkozy s'affaiblit (via Dagrouik), car le 20 et 21 décembre l'IFUP constate "une baisse de confiance massive".

Les images de Louxor qui étaient censées boucher cette faille de l'armure du TGH, pourront-elles aggraver au contraire sa situation? L'histoire avec Carla Bruni nous est vendue comme une sorte de conte de fées. Un jour, à ce rythme, ce ne sera plus la grenouille et la princesse, mais la grenouille et le boeuf, le TGH en train de se gonfler médiatiquement jusqu'au jour où...

Mais voilà le problème : y a-t-il quelqu'un, quelque chose qui pourra faire dérailler l'histoire que Sarkozy et les médias nous préparent? Ségolène Royal, en légitimant la réaction négative aux frasques présidentielles, est sur la bonne piste, mais il faudra autre chose pour que le ridicule, l'incompétence et l'outrecuidance de Monsieur Sarkozy deviennent une évidence publique.