Affichage des articles dont le libellé est municipales. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est municipales. Afficher tous les articles

23 juillet 2012

Le non-cumul fait-il perdre des élections ?

 

Réponse rapide : on ne sait pas, personne n'a jamais essayé.

Pourtant, c'est une inquiétude réelle, dans la classe politique : François Patriat, sénateur (Côte-d'Or) et Président de Conseil Régional de Bourgogne, voit un danger :

"La droite souhaite reconquérir le pouvoir grâce aux municipales. Alors, ce n'est pas le moment de retirer tous nos élus compétents. Ca serait se tirer une balle dans le pied!"

Finalement, c'est pratique : quand un homme politique est dans l'opposition, il est contre le cumul, ou du moins il ne dit rien ; quand son parti est au pouvoir, son sens du devoir le pousse à changer d'avis, pour protéger sa majorité. Je caricature un peu, car les sénateurs PS n'ont jamais été de féroces critiques du cumul.

Nous ne sommes plus sur le plan des grands principes démocratiques, comme avec Gérard Collomb (sénateur, maire, président de communauté urbaine), hier, mais plutôt dans les tranchées et l'esprit collectif.

22 mars 2008

PS : stratégie ou réflexion?

Ce matin je disais que les réussites électorales semblaient attiser les rivalités à l'intérieur des partis. C'est également vrai pour les défaites, comme on peut le constater à l'UMP. C'est l'ordinaire de la politique.

Ainsi, déjà, les coûteaux sortent pour préparer le nouveau round qui commence. Ce sera sans gants, car le principe de ne rien dire avant les municipales ne tient plus. C'est dans des moments comme celui-ci que l'on peut s'attendre à ce que Lionel Jospin prenne sa plume pour donner des leçons aux autres tout en essayant de nuire à Ségolène Royal. Ce qui est fait.

Jospin lance quelques piques assez pertinentes contre Sarkozy :

En s'attribuant tout l'espace, en court-circuitant ses ministres, en prétendant être la mesure de toute chose, le président a déstabilisé l'exécutif et démobilisé sa majorité parlementaire. Il a aussi désorienté les Français.

[...] Le président a altéré sa fonction en prétendant incarner toutes les autres et, par son comportement insolite, il est devenu le symbole d'une politique confuse. Lui qui se voulait tout-puissant se retrouve affaibli. Le premier ministre, qu'il avait marginalisé, s'est redressé : en agissant normalement, il a bénéficié d'un effet de contraste.

Evidemment, écrire cela aujourd'hui n'est pas franchement un acte de courage politique. Il était possible de faire exactement la même analyse il y huit ou neuf mois. Voici ce que j'écrivais, blogueur débutant, le 23 mai 2007:

Le pouvoir sarkozien sera unifié. C'est-à-dire que les distinctions sur lesquelles sont fondées l'état de droit (mais pas l'Etat de Droite, apparamment) vont progressivement s'éffriter. Et c'est déjà parti : confusion entre le rôle du président et celui du premier ministre, entre les pouvoirs de l'Elysée et ceux du gouvernement et des ministères [...], confusion entre l'Etat et les grandes entreprises [...], confusion entre l'Etat et l'UMP [...], confusion entre le pouvoir et la presse [...], confusion des responsabilités des administrations avec un découpage ministériel inédit, et même confusion entre la droite et la gauche avec un gouvernement d'"ouverture" qui brouille les cartes (et la perception populaire de l'action gouvernmentale) encore plus.

[...]

Mais à cette image-là, il faut ajouter celle d'un bloc de pouvoir qui s'étend à tous les aspects de la vie publique. Sarkozy sera dans tout, et tout se ramenera à Sarkozy.

A ce stade taper sur Sarkozy est donc pour Jospin un exercice obligatoire, une mise en bouche avant d'arriver à son véritable sujet, Celle que l'on ne nomme plus mais qu'il faut à tout prix empêcher de s'emparer du PS:

Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables. Qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays.

La culture et l'expérience politique de Ségolène Royal ne seraient pas, aux yeux de Jospin, "indiscutables". Bon. Nous sommes habitués à ce point de vue.

Curieusement, pour Jospin, la question de la direction du PS est son unique faiblesse :

Le second déséquilibre du PS concerne l'écart entre son potentiel collectif et sa panne de leadership. Les difficultés ne sont ici ni programmatiques ni stratégiques : un programme se mûrit et une stratégie s'affine. Mais il faut pour cela un chef de file reconnu qui mette chacun au travail.

C'est surprenant d'entendre cela, car depuis dix mois les différents refondateurs du PS n'ont eu de cesse de décrier précisément les difficultés "programmatiques" du PS, entre le sarko-socialisme de Manuel Valls, les querelles autour du TCE, les DSKïstes qui veulent rabibocher le socialisme et le marché (alors que c'est déjà fait depuis à peu près l'origine du socialisme) il est difficile de comprendre que le programme soit si "mûr" que cela. L'écart entre les défaites nationales du PS et ses victoires locales s'explique, en partie du moins, par l'extrême difficulté actuelle de formuler un programme national, tandis que l'espace local permet au contraire aux candidats de formuler un socialisme cohérent. Bref, dire aujourd'hui que le PS n'a pas besoin d'une réflexion sur son programme ou sur sa stratégie, c'est sans doute irresponsable, et, sous la plume de Jospin, c'est très certainement stratégique, justement.

Car ce qui se prépare - les signes sont déjà visibles - c'est un grand mouvement chez les ténors du PS contre la réflexion. Cambadélis annonce que son groupe de "reconstructeurs", initialement prévu pour protéger le parti des dégâts d'une compétition Royal-Delanoë, va peut-être accueillir Delanoë aussi, pour devenir en réalité un front anti-Ségolène, défini surtout par des considérations stratégiques. Car on conçoit mal ce qui, sur le plan "programmatique", ce qui pourrait unir strauss-kahniens, fabusiens et montebourgeois.

Même son de cloche du côté de Fabius, d'ailleurs :

"Nous allons devoir préparer un projet différent de celui de notre candidate puisque celui-ci a été rejeté."

Pris à la lettre, il est permis de penser que même la candidate pourrait être d'accord : il n'est pas question de repartir avec exactement le même projet qu'en 2007. Mais la formulation de Fabius, qui met l'accent sur la différence vis-à-vis de Royal, laisse entendre clairement un Tout Sauf Ségolène latent. Ou pas si latent que ça, au fait.

L'ennui avec ces considérations stratégiques à l'intérieur du PS, c'est qu'encore une fois elles risquent d'occulter le débat. Les grandes synthèses molles de l'après TCE que tout le monde mettaient au compte de François Hollande vont, au nom d'un barrage contre Ségolène Royal, se refaire cette fois sans Hollande. Malheureusement, Ségolène Royal est devenue le nouveau prétexte à un immobilisme. Curieusement nous sommes passé des appels à répétition, à peu près vides de sens, en faveur d'une réfondation impossible à décrire, à un satisfecit jospinien, à l'éloge du statut quo et à des alliances tactiques qui permettront à certains de sourire côte-à-côte sur les photos de famille sans pour autant avancer la réflexion.

Marc Vasseur s'inquiétait (mais je ne retrouve pas le billet), avant les municipales, de la perspective d'une victoire qui arrêterait tout processus de rénovation au PS. Nous y sommes.

Update: voir le billet d'intox2007 sur la tribune de Jospin et nos stratèges au PS.

21 mars 2008

"Que du bonheur!" ou La Camaraderie UMP

C'est sans doute une loi immuable de la politique (du moins en France) : dès qu'un parti politique connaît une quelconque succès, le lendemain du triomphe doit être occupé à se battre avec ses camarades.

Après l'élection présidentielle, Sarkozy a réussi, en s'imposant avec sa magnifique personnalité d'homme providentiel et, au départ au moins, avec son statut de président, à tenir les siens pendant quelques mois. C'est fini maintenant, car les cadres de l'UMP n'est pas contents d'avoir perdu autant de mairies. Ainsi avons-nous le plaisir de lire chez MediaPart des choses comme ce compte-rendu de la réunion du groupe UMP à l'Assemble, où l'on tonne par exemple contre "l'ouverture" :

Claude Goasguen, vainqueur quant à lui à Paris, a regretté la main tendue à des mammouths socialistes, s'inquiétant que le nom de Claude Allègre, ancien ministre de Lionel Jospin, ait pu circuler pour un poste ministériel. « Tant qu'on n'invite pas des diplodocus ou des tyrex, ça va !» a relativisé l'un des vice-présidents du groupe, Bernard Deflesselles, à la sortie de la réunion.

Ou encore sur le fond et la méthode :

Plusieurs députés ont toutefois cogné sur le contenu même des politiques engagées par le gouvernement. Ainsi Jean-Luc Reitzer (Haut-Rhin) a osé trois reproches : « Sur le pouvoir d'achat, j'ai expliqué qu'avec 0,8% d'augmentation pour le traitement des fonctionnaires et environ 1% pour les retraites, fallait pas s'étonner qu'une part de l'électorat ait décroché, racontait-il mardi après-midi par téléphone. Par ailleurs, je suis pour les réformes, mais pas opérées à la hache, comme ça a été le cas sur la carte judiciaire. J'ai aussi regretté à voix haute la mise en place de franchises médicales, payées par les malades ; on aurait mieux fait d'augmenter les cotisations, comme en Allemagne ! »

Pour enfin chercher, eux, à ressembler au PS:

Une part non négligeable du groupe penche ainsi pour un rapprochement avec le centre, et l'expression d'accents plus sociaux.

Je parle de tout cela pour rappeler que, contrairement à ce que l'on a tendance à dire souvent depuis quelques temps, il n'y a pas qu'au PS que l'on s'entredéchire, où la vie quotidienne est faite de rivalités et coups tordus. Et si ces exemples ne suffisent pas à vous remonter le moral, prenez le temps de penser à l'attaque des Balkany contre Devedjian entre les deux tours des municipales.

Je reviens tout à l'heure pour parler du PS.

17 mars 2008

La droite interprète la claque qu'elle n'a pas reçue

"Locale!" dit la droite. "Nationale!" dit la gauche. Il est de bonne guerre, je suppose, d'essayer de minimiser la claque électorale en insistant sur sa dimension locale.

Il faudrait quand même prendre les gens pour des imbéciles - mais ce ne serait pas la première fois - que de prétendre que le resultat d'hier soir est simplement dû au hasard : simultanément, dans un très grand nombre de communes, les électeurs auraient tous décidé que leur équipe, ou le programme de telle liste de gauche étaient mieux pour leur ville. Le fait que ça se passe partout pareil, c'est le hasard. Mais quand il s'agit de prendre les gens pour des imbéciles, François Fillon est très fort :

"Chaque commune, chaque canton présente des spécificités. Il est donc malvenu de tirer de ce scrutin des leçons nationales. Le vote des Français ne doit pas être instrumentalisé par des considérations partisanes. Il ne faut pas tout mélanger"

Bizarre que toutes ces spécificités se soient alignées à gauche cette fois, non? C'est peut-être l'effet de la lune, qui sera pleine le 21 mars, jour de l'équinoxe. La claque de la droite n'était donc pas tout à fait dû au hasard alors.

Bizarre aussi qu'individuellement, les candidats battus expliquent leurs défaites par "le contexte".

Françoise de Panafieu a relativisé sa défaite au second tour des municipales de Paris en expliquant que «malgré le contexte difficile», la droite «maintenait ses positions». Et de conclure : «Paris résiste!»

Même Jean-Marie Bockel, qui n'a même pas perdu, voit l'ombre du contexte

a estimé que des «éléments de politique nationale» avaient pesé sur les élections municipales. «Tout le monde a pu observer que nous étions dans un contexte particulier» qui a «impacté le débat, y compris localement», a-t-il commenté.

Et Nadine Morano ose même parler de "vote sanction" pour expliquer sa troisième place.

«Vote sanction». L'expression est de Nadine Morano, porte-parole de l'UMP, arrivée troisième à Toul avec 26.26%. «Je paye une petite part du vote sanction au niveau national» explique-t-elle sur France Info. (Source des trois citations)

Pour les locaux, c'est un problème national. Et inversement. Le caractère national ou local du scrutin dépend largement de l'endroit où l'on se place, surtout si on se place à droite.

16 mars 2008

C'est quoi, "claque", en novlang?

Il paraît que notre Très Grand Homme (TGH) n'aime plus Patrick Devedjian. Quant à moi, je serais triste si Devedjian devait quitter la direction de l'UMP, tellement ce personnage antipathique incarne l'esprit de son parti.

Je le regarde là en train d'arugmenter... Je résume son explication de la claque que lui et les siens viennent de prendre.

  1. Notre électorat a été plus abstentioniste que les autres
  2. Nos électeurs sont restés chez eux parce qu'ils sont tellement impatients que les réformes aillent vite qu'ils n'arrivent même pas à aller jusqu'au bureau de vote.
  3. Comme quoi, il faut aller vite, "plus fort, plus loin, plus haut dans les réformes".

Super. C'est hyper logique. S'ils avaient été encore plus abstentionnistes, ces fervents sarkozystes brimés par la lenteur des réformes, ç'aurait été la démonstration absolue que Nicolas Sarkozy bénéficiait du soutien de la France entière.

Et maintenant on sait, grâce au lancement de Médiapart, à quoi ressemblent ces "réformes". Ce n'est pas joli-joli. Wildo reprend les points essentiels.

L'effort de déni collectif et massif est lancé.

14 mars 2008

Bayrou drague l'UMP

François Bayrou, comme Ségolène Royal et Dominique de Villepin, avait signé l'appel républicain de Marianne. François Bayrou passait pour être l'un des seuls capables de porter la contradiction à Nicolas Sarkozy.

Mais soudain, il lui faut des voix de droite, des voix de l'UMP, pour gagner à Pau. Du coup, il devient beaucoup plus soft:

L'objectif est clair : convaincre l'électorat de M. Urieta que, s'il veut empêcher Mme Lignières-Cassou et "la liste d'union de la gauche version années 1980-années 1970" de l'emporter, le seul vote utile est celui en sa faveur. "Je n'ignore pas que j'ai pu en exaspérer certains quand j'ai exprimé mes différences, au plan national, avec la manière dont s'exerçait le pouvoir, concède M. Bayrou. Mais il faut que nous nous retrouvions ensemble sur l'essentiel. Dimanche soir, le nouveau maire de Pau s'appellera Martine Lignières-Cassou ou François Bayrou, fermeture ou pluralisme. C'est vous qui avez les clés du destin de la ville."

Ah, il en a "exaspéré certains" avec ses critiques du pouvoir ? C'est oublié. Car il faut s'entendre sur l'essentiel. Un peu plus et la candidate de gauche serait carrément une stalinienne, tandis que les différends avec le Très Grand Homme (TGH) ne seraient que des petites chamailleries entre copains. Pour être centriste, il faut être souple.

Si j'en parle, ce n'est que pour retenir le geste de Bayrou, pour plus tard quand il fera les yeux doux à la gauche. Eric Mainville a raison de dire que ces histoires de MoDem ou encore de rivalité Royal-Delanoë ne sont que des leurres pour distraire les téléspectateurs du véritablement événement du premier tour : la claque.

Edit: J'ai un peu transformé le billet d'Eric dans ma lecture. Voir les commentaires pour le fin mot de l'histoire.

13 mars 2008

Lire le MoDem, élire le PS

Je ne suis pas contre l'existence du MoDem. A la différence de l'UDF traditionelle, le MoDem est malgré tout beaucoup plus critique vis-à-vis de l'UMP et de la droite en général, et de ce point de vue, au moins, le MoDem présente quelques avantages. Le problème du MoDem, cependant, c'est son ambiguïté.

Dans un de ces billets d'une clairevoyance directe dont il garde précieusement le secret et qui lui a valu d'être cité, encore, par notre cher quotidien véspéral (en même temps qu'un autre illustre confrère), Nicolas J. écrit :

La stratégie du Modem permet juste de faire perdre toute lisibilité à la politique Française.

François Bayrou a eu beau jeu de dénoncer, depuis belle lurette maintenant, les effets néfastes du jeu des partis. On voit bien aujourd'hui que son mouvement dépend en fait de ce jeu. Comment sinon un parti faisant un score aussi faible pourrait-il devenir l'objet de toutes les convoitises ? Le rôle d'arbitre du MoDem n'est pas la conséquence de sa force politique, mais de son positionnement. On sait que le LCR ou le PCF ne vont pas s'allier à l'UMP ; au pire leurs voix disparaissent au second tour. Grâce à leur position centrale, les voix du MoDem, si elles étaient véritablement disciplinées, comptent double selon les alliances : tant de voix en moins pour les uns, autant en plus pour les autres. Difficile de dire, dans ces conditions, que le bipartisme ne profite pas à François Bayrou.

Et voilà l'autre gros inconvénient du MoDem, qui, il me semble, pèse plus lourd pour le PS que pour l'UMP : grâce à l'ambiguïté savamment entretenue, le MoDem peut paraître à gauche sans être à gauche, attirer les décus du PS finalement pour neutraliser leurs voix. Julien Tolédano a raison de dire que la plupart des nouvelles recrus du MoDem ne sont sans doute pas pleinement consciencts de la dimension démocrate-chretien de leur parti. Lors de l'élection présidentielle, je n'avais pas compris comment Bayrou pouvait promettre des réductions budgétaires très importantes sans avoir à répondre des effets (énormes) des coupes qui aurait été nécessaires. Mais encore une fois, ce rôle de réceptacle des déçus des autres partis, c'est le produit du bipartisme. Le MoDem n'a pas besoin d'avoir une ligne politique claire car il profite de sa place dans le système.

La démonstration de ce que je viens de dire va peut-être se produire à Toulouse, où l'accord MoDem-UMP semble avoir débouché aussitôt sur des excellentes nouvelles : un sondage accréditant Pierre Cohen, le candidat socialiste, de 53% des voix. Si ce chiffre peut s'expliquer, du moins, en parti, par la désobéissance (civique) des électeurs MoDem qui n'ont pas voulu jouer le jeu des alliances, cela montre en plus que ce sont bien ces électeurs plutôt de gauche qui se sont laissé "béarner" par le centrisme.

Mais ce 53%, s'il se traduit en un bon résultat, montre aussi que la politique est restée lisible, malgré tout. Car la ligne de Bayrou fonctionne lorsque la droite et la gauche sont globalement proche sur bon nombre de questions, dans un monde où la droite est incarnée par Juppé et la gauche par Jospin. Mais avec Sarkozy, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne risque plus de confondre les deux bords politiques. Du coup c'est le MoDem qui devient illisible.

10 mars 2008

Elections antidémocratiques

Du Monde du 18 février :

"un climat très malsain, antidémocratique et antirépublicain avec de très mauvais relents de la presse des années 1930" (Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement), "une utilisation de la République à des fins de règlements de comptes personnels" (Valérie Pécresse, ministre des universités).

Karoutchi et Pécresse parlaient évidemment de Sarkozy victime des médias. Mais aujourd'hui, iront-ils jusqu'à dire que les électeurs qui ont désavoué Sarkozy et l'UMP sont, eux aussi, antidémocratiques ?

Utilisent-ils la République à des "fins de règlements de comptes personnels"? Oui, peut-être.

Edit: petite correction.

12 février 2008

Le retour de la fin de l'invincibilité

Hier je parlais de la fin de l'invincibilité de Sarkozy et aujourd'hui je voudrais revenir sur la question au vu des commentaires toujours aussi pertinents. Je vais revenir plus tard à la remarque de Marc (tiens, ça rime). Nicolas (qui a désormais un blog de plus), Monsieur Poireau et Circé ont tous eu raison d'insister sur le fait que :

1. Nous ne connaissons pas encore les résultats des élections

municipales et qu'il serait par conséquent imprudent de croire que l'UMP ait déjà perdu.

2. Sarkozy reste pleinement nuisible.

Je suis d'accord sur les deux points. Les élections sont toujours imprévisibles, comme l'UMP a pu le constater lors des législatives et la fameuse vague bleue qui allait nous écrabouiller tous. Et, quoi qu'il arrive, Sarkozy reste le Président d'une Cinquième République où l'impopularité (ou l'UM/popularité, comme le dirait kamizole) du chef d'état ne modifie pas son pouvoir effectif. De plus, tous les outils de communication restent à sa disposition, même si en ce moment il a du mal à s'en servir correctement.

Le sens de mon billet d'hier n'était donc pas, mais pas du tout, de crier "Victoire!" pour qu'on attende tranquillement 2012, mais plutôt de dire que, avec ses 39% d'opinions favorables, Sarkozy a perdu quelque chose qu'il ne pourrait jamais retrouver : cet air d'invulnérabilité qu'il a su si bien manié depuis l'élection. Même s'il se relève, relance la machine, mate encore un peu plus les médias, rendort les téléspectateurs, le monde saura au moins que Sarkozy n'est pas forcément l'incarnation de l'Histoire et de la Modernité Politique, ses réformes ne sont pas toujours inévitables, qu'il n'est pas la Voie et la Lumière comme on l'a si souvent entendu.

Savoir que le Très Grand Homme (TGH) peut se retrouver, de temps à autre, en mauvaise posture, ce n'est rien, et en même temps c'est beaucoup.

Je vous laisse avec ces mots laissés par Circé :

En ce qui concerne Sarkozy, je crois qu'il n'est ni plus, ni moins qu'avant . Il est tout simplement à découvert dans la plus grande obscénité qui soit,ce qu'il a toujours été. Les autres, il s'en fout, il les mâte ou il les détruit.

Le pire, c'est qu'il a fait des clônes. Ma seule consolation, c'est que les clônes ont des durées de vie moindre...

11 février 2008

La fin du mythe de l'invincibilité sarkozyënne

Les mauvais sondages, la possibilité d'un revers important aux municipales (quoique... ce n'est pas encore fait), bref le monde à l'envers, à l'envers de ce que pensait à peu près tout le monde pendant les premiers mois du règne de notre Très Grand Homme (TGH). Même la plupart des anti-sarkozystes primaires, groupe dont je suis fier d'être membre, attribuaient à Sarkozy une sorte d'invincibilité qu'il fallait combattre modestement, comme des fourmis, sans espoir autre que théorique que la terrible machine à communiquer née d'une alliance permanente entre le pouvoir, l'argent et les médias pourrait jamais être véritablement mise en cause.

Je me souviens, dans les jours précédant le 6 mai, Dominique Strauss-Kahn disait :

«Si Sarko passe, on en prend pour dix ans, peut-être quinze.»

A l'époque, ça faisait peur, à moi le premier. Rétrospectivement, on peut supposer qu'en fait DSK préparait sa sortie sur le caractère "imperdable" de l'élection. Au moment, je pensais qu'il voulait effrayer les électeurs pour qu'ils votent Ségo. (Je sais, je serai toujours un pauvre naïf!) Mais même si "dix ou quinze ans" était purement stratégique, il est difficile d'imaginer que Strauss-Kahn ne le croyait pas, du moins un peu. Et surtout, cette idée lui était utile de toute façon justement parce qu'elle s'imposait comme une évidence : Sarkozy, une fois élu, aurait la main sur toutes les manettes, serait indéboulonnable, indéstructible, invincible.

Le mythe de l'invicibilité était en place avant le 6 mai.

Dans mes souvenirs, tout le bruit autour de la politique de l'"ouverture" a ensuite beaucoup conforté l'idée que toute opposition à Sarkozy était futile. (Voir ce que j'en disais en juillet 2007 : Sarkozy était le seul à avoir peur.) Sarkozy était censé avoir dit qu'il avait "vidé le centre" et qu'il allait "asphyxier la gauche". Il y a eu un mythe de l'ouverture aussi, largement relayé par les socialistes eux-mêmes, apparament démoralisés de voir partir des têtes bien connues mais pas essentielles au bon fonctionnement du parti. (Quand on trouvera les têtes nécessaires au bon fonctionnement du PS, on le saura...)

On voit aujourd'hui que Sarkozy n'est pas invincible, qu'il n'est pas aussi malin que l'on croyait, qu'il n'a pas su éviter la folie des grandeurs, et, après des législatives décevantes pour l'UMP et la perspective de défaites significatives aux municipales, on voit que l'ouverture n'a pas était le bouclier électoral que l'on disait.

Il sera intéressant de voir comment fera le TGH pour reconstruire son jouet. Il sera beaucoup plus difficile cette fois, du fait que plus personne ne croit à son invincibilité. Il n'est plus le rouleau-compresseur que l'on croyait.

Le problème, c'est que certains, comme Michel Rocard et autres "réfondateurs", croyaient que le PS était à l'abri pour 5, 10 peut-être 15 ans, qu'il avait devant lui une longue période de réflexion.

Dommage, c'est loupé: il va falloir être tout de suite une véritable opposition.

10 février 2008

Quels charognards?

Les médias, semblerait-il, sont en train de se retourner contre leur idole. J'allais dire : leur maître. Il serait peut-être plus exact de dire "le représentant de leur maître". Rama Yade prend sa défénse avec des mots très forts à l'égard de nos journaleux mal-aimés:

Rama Yade a eu des mots très durs contre les journalistes qui s'acharneraient contre son Président Sarkozy: "On a l'impression de voir des charognards qui ont humé l'odeur de leur proie et qui fondent sur lui" (Sarkofrance).

Et Sarkozy accuse le NouvelObs de "faux, usage de faux et recel" (voir le billet de Julien Tolédano) dans un geste anti-média très fort. Libé parle d'"un homme fragilisé".

J'ai cependant l'impression que Rama Yade aurait dû attendre avant de sortir des mots aussi forts que "charognards". Car à mon avis (mais on verra bien) le pire, pour Sarkozy, est encore de venir. Avant hier j'ai parlé un peu des remarques de J-P Raffarin qui se permettait des critiques larvées qui auraient été proprement inadmissibles quelques semaines plus tôt. C'est un signe : le pire, pour Sarkozy, est encore à venir, et ça va venir de la droite.

C'est un billet qui reste encore à faire, mais depuis longtemps j'ai le soupçon que la célèbre politique de l'ouverture a bénéficié d'un crédit qui dépasse largement la réalité. C'est l'équivalent UMP des subprimes. Sarkozy avait fâché une bonne partie de sa base en nommant des ministres de gauche, mais il leur promettait des lendemains électoraux radieux. Déjà pour les législatives, la machine n'a pas vraiment fonctionné ; si la "branlée" prévue pour la droite aux municipales se réalise, Sarkozy sera à nouveau en slip devant l'UMP. A ce moment-là, on verra l'arrivée de "charognards" d'une nouvelle espèce. C'est déjà parti à Neuilly, avec Jean "Scooter" Sarkozy qui se retourne contre le porte-parole de son papa (merci Juan).

Voici ce qu'écrivait Nicolas Beytout le 20 juillet, dans une tribune triomphale dans Libé où il explique que "s'il était de gauche", il serait très heureux avec Sarkozy :

D'ailleurs, étant de gauche et donc lucide, je conviendrais que si nous nous sommes fait kidnapper quelques beaux symboles, nous sommes parvenus en retour à arracher son sobriquet à la droite pour devenir la gauche «la plus bête du monde». Si maintenant j'étais de gauche et combattant, j'essaierais de voir comment nous pourrions désormais subtiliser à nos adversaires quelques uns de leurs thèmes favoris, exactement comme ils nous ont piqué certaines de nos plus belles valeurs, à commencer par la défense du pouvoir d'achat.

Cela fait sourire aujourd'hui, n'est-ce pas? La défense du pouvoir d'achat... tiens. Ma prévision aujourd'hui : la droite va redevenir cette droite bête qu'elle n'a jamais vraiment cesser d'être, une droite divisée où les coups fourrés et tordus pleuvront. Les divisions du PS, à côté, auront l'air calmes et sages.

24 novembre 2007

Cumul et la concentration du pouvoir

Sur le blog Changer la République, dans un billet repris par Betapolitique, on lit ceci:

Dans sa lettre de mission au Premier Ministre, relative à la réforme des institutions, le Président de la République déclare « Je suis favorable à la proposition du comité consistant à interdire le cumul d’une fonction ministérielle avec tout mandat électif, à tout le moins avec tout mandat exécutif. » En clair, Monsieur Sarkosy estime comme le comité Balladur, que le travail de Ministre est un travail à temps plein et que l’on ne saurait tolérer un cumul avec un mandat dans un excécutif local.

Le billet parle surtout du fait que les ministres de ce même Nicolas Sarkozy ne semblent pas avoir compris le message, car ils préparent des campagnes municipales:

Il s’agit ainsi de Rachida Dati (Justice) dans le VIIe arrondissement de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet qui sera candidate à la mairie de Longjumeau, Jean-Marie Bockel à Mulhouse, Eric Wœrth à Chantilly (Oise) ou qui réfléchissent encore comme Xavier Darcos à Périgueux (Dordogne), Brice Hortefeux à Clermont-Ferrand ou André Santini à Issy-les-Moulineaux [...]

On ne peut pas dire que cette situation soit surprenant. Le gouvernement Fillon 2.0 était fondé sur le principe du cumul, les députations de ses ministres étant alors perçues comme des gages de "légitimité démocratique", l'une des obsessions du régime...

L'argument contre le cumul que l'on évoque le plus souvent, c'est celui du temps requis pour le poste :

Ainsi soit les ministres, n’ont pas suivi les travaux du Comité Balladur sur les institutions, n’ont pas lu la lettre de Sarkozy au Premier Ministre parce qu’ils ont trop de travail, soit ce beau monde s’en fiche et fait le pari que cette réforme sera retoquée par les partis politiques.

Et, dans un autre billet du même blog on apprend que même selon Opinionway, la majorité des français souhaite un maire à temps plein.

C'est logique. C'est le bon sens. On ne peut pas tout faire en même temps. Pourtant, ces histoires d'empoi de temps ne sont pas ce qui m'inquiète avec le cumul.

Mais ce n'est pas le vrai problème. Le vrai problème, c'est la concentration du pouvoir et l'absence de distinction entre les différents niveaux démocratique. Nous avons vu la Mairie de Paris en train de payer des salaires en Corrèze. Ce n'était pas un problème de manque de temps, à proprement parler, mais le symptôme d'une situation où la même personne a des intérêts politiques divergents, voire conflictuels.

L'effet néfaste du cumul, c'est la concentration du pouvoir, la création d'un caste de "privilégiés" politiques.