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22 mars 2008

PS : stratégie ou réflexion?

Ce matin je disais que les réussites électorales semblaient attiser les rivalités à l'intérieur des partis. C'est également vrai pour les défaites, comme on peut le constater à l'UMP. C'est l'ordinaire de la politique.

Ainsi, déjà, les coûteaux sortent pour préparer le nouveau round qui commence. Ce sera sans gants, car le principe de ne rien dire avant les municipales ne tient plus. C'est dans des moments comme celui-ci que l'on peut s'attendre à ce que Lionel Jospin prenne sa plume pour donner des leçons aux autres tout en essayant de nuire à Ségolène Royal. Ce qui est fait.

Jospin lance quelques piques assez pertinentes contre Sarkozy :

En s'attribuant tout l'espace, en court-circuitant ses ministres, en prétendant être la mesure de toute chose, le président a déstabilisé l'exécutif et démobilisé sa majorité parlementaire. Il a aussi désorienté les Français.

[...] Le président a altéré sa fonction en prétendant incarner toutes les autres et, par son comportement insolite, il est devenu le symbole d'une politique confuse. Lui qui se voulait tout-puissant se retrouve affaibli. Le premier ministre, qu'il avait marginalisé, s'est redressé : en agissant normalement, il a bénéficié d'un effet de contraste.

Evidemment, écrire cela aujourd'hui n'est pas franchement un acte de courage politique. Il était possible de faire exactement la même analyse il y huit ou neuf mois. Voici ce que j'écrivais, blogueur débutant, le 23 mai 2007:

Le pouvoir sarkozien sera unifié. C'est-à-dire que les distinctions sur lesquelles sont fondées l'état de droit (mais pas l'Etat de Droite, apparamment) vont progressivement s'éffriter. Et c'est déjà parti : confusion entre le rôle du président et celui du premier ministre, entre les pouvoirs de l'Elysée et ceux du gouvernement et des ministères [...], confusion entre l'Etat et les grandes entreprises [...], confusion entre l'Etat et l'UMP [...], confusion entre le pouvoir et la presse [...], confusion des responsabilités des administrations avec un découpage ministériel inédit, et même confusion entre la droite et la gauche avec un gouvernement d'"ouverture" qui brouille les cartes (et la perception populaire de l'action gouvernmentale) encore plus.

[...]

Mais à cette image-là, il faut ajouter celle d'un bloc de pouvoir qui s'étend à tous les aspects de la vie publique. Sarkozy sera dans tout, et tout se ramenera à Sarkozy.

A ce stade taper sur Sarkozy est donc pour Jospin un exercice obligatoire, une mise en bouche avant d'arriver à son véritable sujet, Celle que l'on ne nomme plus mais qu'il faut à tout prix empêcher de s'emparer du PS:

Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politiques indiscutables. Qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays.

La culture et l'expérience politique de Ségolène Royal ne seraient pas, aux yeux de Jospin, "indiscutables". Bon. Nous sommes habitués à ce point de vue.

Curieusement, pour Jospin, la question de la direction du PS est son unique faiblesse :

Le second déséquilibre du PS concerne l'écart entre son potentiel collectif et sa panne de leadership. Les difficultés ne sont ici ni programmatiques ni stratégiques : un programme se mûrit et une stratégie s'affine. Mais il faut pour cela un chef de file reconnu qui mette chacun au travail.

C'est surprenant d'entendre cela, car depuis dix mois les différents refondateurs du PS n'ont eu de cesse de décrier précisément les difficultés "programmatiques" du PS, entre le sarko-socialisme de Manuel Valls, les querelles autour du TCE, les DSKïstes qui veulent rabibocher le socialisme et le marché (alors que c'est déjà fait depuis à peu près l'origine du socialisme) il est difficile de comprendre que le programme soit si "mûr" que cela. L'écart entre les défaites nationales du PS et ses victoires locales s'explique, en partie du moins, par l'extrême difficulté actuelle de formuler un programme national, tandis que l'espace local permet au contraire aux candidats de formuler un socialisme cohérent. Bref, dire aujourd'hui que le PS n'a pas besoin d'une réflexion sur son programme ou sur sa stratégie, c'est sans doute irresponsable, et, sous la plume de Jospin, c'est très certainement stratégique, justement.

Car ce qui se prépare - les signes sont déjà visibles - c'est un grand mouvement chez les ténors du PS contre la réflexion. Cambadélis annonce que son groupe de "reconstructeurs", initialement prévu pour protéger le parti des dégâts d'une compétition Royal-Delanoë, va peut-être accueillir Delanoë aussi, pour devenir en réalité un front anti-Ségolène, défini surtout par des considérations stratégiques. Car on conçoit mal ce qui, sur le plan "programmatique", ce qui pourrait unir strauss-kahniens, fabusiens et montebourgeois.

Même son de cloche du côté de Fabius, d'ailleurs :

"Nous allons devoir préparer un projet différent de celui de notre candidate puisque celui-ci a été rejeté."

Pris à la lettre, il est permis de penser que même la candidate pourrait être d'accord : il n'est pas question de repartir avec exactement le même projet qu'en 2007. Mais la formulation de Fabius, qui met l'accent sur la différence vis-à-vis de Royal, laisse entendre clairement un Tout Sauf Ségolène latent. Ou pas si latent que ça, au fait.

L'ennui avec ces considérations stratégiques à l'intérieur du PS, c'est qu'encore une fois elles risquent d'occulter le débat. Les grandes synthèses molles de l'après TCE que tout le monde mettaient au compte de François Hollande vont, au nom d'un barrage contre Ségolène Royal, se refaire cette fois sans Hollande. Malheureusement, Ségolène Royal est devenue le nouveau prétexte à un immobilisme. Curieusement nous sommes passé des appels à répétition, à peu près vides de sens, en faveur d'une réfondation impossible à décrire, à un satisfecit jospinien, à l'éloge du statut quo et à des alliances tactiques qui permettront à certains de sourire côte-à-côte sur les photos de famille sans pour autant avancer la réflexion.

Marc Vasseur s'inquiétait (mais je ne retrouve pas le billet), avant les municipales, de la perspective d'une victoire qui arrêterait tout processus de rénovation au PS. Nous y sommes.

Update: voir le billet d'intox2007 sur la tribune de Jospin et nos stratèges au PS.

2 juillet 2007

Le PS et les univers parallèles

L'autre jour, après la réunion du Conseil national du PS que Ségolène Royal a magistralement séchée, on lisait, dans un article du Monde, parmi les commentaires des uns et des autres, ceci, qui m'avait fait rire au moment:

Benoît Hamon dénonce la "présidentialisation du PS"

Quelques jour plus tard, nous lisons dans un Rebond chez Libé, un édito d'Alain Duhamel qui se félicite d'avoir trouvé la formule imbattable pour décrire désormais Ségolène Royal : « bonapartiste de gauche ». Il est tellement plaisant de remettre la gauche devant ses propres contradictions, genre « Hollande paie l'ISF, il ne doit pas s'aimer lui-même », que Monsieur Duhamel répète quatre fois ce terme (sans compter le titre), toujours en fin de phrase, comme une conclusion sans appel : « blah blah blah. Bonapartiste de gauche », « Logique ostensiblement populiste et plébiscitaire : bonapartiste de gauche. » Et ainsi de suite. On a suffisamment comparé Sarkozy à Napoléon qu'il est sûrement très habile de renverser la vapeur de temps en temps. Mais très sérieusement, je ne crois pas trahir les mots de Duhamel en les résumant ainsi : c'est une bonapartiste de gauche parce que, primo, elle fait appel à sa popularité plutôt que de passer par les instances du PS; et, secondo, de toute façon il n'y en a que pour elle. Bref, une femme (oui, je persiste) ne doit pas manoeuvrer au sein du PS, même si elle est très populaire avec les militants.

Je suis même allé voir l'article « Bonapartisme » de la Wikipédia (assez mauvais d'ailleurs, car visiblement écrit par un pratiquant), qui confirme l'aspect populiste du mouvement, mais qui insiste beaucoup sur l'idée d'un Etat centralisé très fort. Le mélange sarkozyzte de populisme et d'autorité se conforme mieux, bien sûr, à cette définition du bonapartisme, mais de toute façon toute la Ve République en est imbibée.

Ce qui nous amène donc à la citation de Benoît Hamon par laquelle j'ai commencé. Voici l'extrait de son discours au Conseil national:

Et je termine sur ce point : je n’ai pas combattu depuis quatre ans, et je remercie Arnaud Montebourg de m’avoir éclairé sur ces questions démocratiques-là, je n’ai pas combattu depuis quatre ans la présidentialisation de la Ve République, observé dans quels excès elle nous conduit aujourd’hui pour être de ceux qui iront achever la présidentialisation du Parti socialiste en substituant le scrutin majoritaire au scrutin proportionnel.

J'avoue ne pas très bien comprendre sa « blague » sur les scrutins majoritaire et proportionnel, mais le message sur la présidentialisation est très clair.

Il y aurait des bonnes vannes à faire sur cette façon de s'exprimer. Je n'arrive pas à les formuler, mais ce sont elles qui me faisaient rire. Effectivement, pas de présidentialisation du PS : ça ne risque pas, après trois défaites consécutives ! (Gros rires gras.)

Plus grave, je trouve, est cette volonté, que l'on aperçoit également dans le papier d'Alain Duhamel, de faire d'abord du PS une sorte de modèle réduit, mais idéal, de toute la République. Vous êtes contre la présidentialisation de la Ve République ? Eh bien, soyez contre la présidentialisation du PS! Finalement, il serait presque plus grave d'être présidentiel dans le Parti, que dans l'Etat.

Je ne trouve pas cette idée grave parce que je suis pour la présidentialisation du PS, mais parce qu'elle montre que pour un fabiuso-aubryste (et non-iste, voilà pour l'esprit collectif et démocratique!) comme Hamon, la guerre à l'intérieur du parti est aussi importante, voir plus importante, que celle à l'extérieur (je veux dire celle qui oppose la gauche et la majorité présidentielle).

Nous sommes dans une présidentialisation du pouvoir en France. C'est un fait. On peut imaginer que la victoire de Ségolène Royal aurait pu renverser cette tendance, mais Sarkozy a gagné, en partie sans doute parce qu'il incarne, jusqu'à la caricature, avec son vocabulaire méssianique de la hauteur et de la grandeur, les défauts du système présidentiel. Tant que quelque chose ou quelqu'un ne réussit pas à renverser ces tendances, nous resterons dans cette image là du pouvoir, dans son exercice et dans les façons de l'acquérir.

La défaite de 2002 est en large partie la conséquence de cette volonté de faire comme si l'élection présidentielle était une élection législative. La Gauche Plurielle n'a pas résisté à la consolidation du pouvoir qu'exige le système actuel. Un premier tour où chacun s'exprime avant de se rassembler au second tour, cela ne marche pas. Méconnaître cette réalité, c'est préparer les défaites de demain. Se plaindre de la présidentialisation du PS, ou du bonapartisme de Ségolène Royal, vouloir d'abord faire du PS un univers parallèle dépourvu des défauts du monde réel, c'est s'ôter toutes les possiblités d'arriver à accéder au pouvoir pour agir réellement dans la société.

28 juin 2007

Quelques réflexions sur la stratégie de Ségolène Royal

Au PS, les choses se durcissent: annonce de la rupture conjuguale Hollande-Royal, intervention de Royal où elle parle de la crédibilité du SMIC à 1500 euros, Conseil National du PS très critique de la campagne présidentielle, absence de Royal à cette réunion, énervement général, Fabius qui rend Ségolène Royal responsable d'une défaite que le PS aurait pu éviter... Qu'est-ce que j'ai oublié ? Cette série d'événements devrait sans doute remonter jusqu'au fameux message téléphonique que Royal laisse sur le répondeur de Bayrou entre les deux tours des législatives, malgré l'avis du Premier Secretaire du PS. La série commence avec le premier cas de "désobéissance" de l'ex-candidate vis-à-vis des hauts responsables de son Parti.

Visiblement, Ségolène Royal cherche la bagarre, et il faudra réfléchir sur sa stratégie. On trouve une bonne analyse chez Papito, selon laquelle il y aurait plusieurs objectifs à ces manoeuvres:

  • "Eviter toute autocritique";
  • Preparer "sa prise de pouvoir au PS";
  • "Déclencher le débat";
  • "s'installer comme véritable force d'opposition au gouvernement";
  • "capitaliser sur sa 'marque'"
  • "provoque[r] ou tout au moins anticipe[r] la scission"

Il est clair que Ségolène Royal compte agir vite pour profiter de la visibilité conférée par la campagne pour solidifier sa position de grande figure du PS, et apparaître comme celle qui serait la mieux placée pour rénover et/ou refonder le parti. De plus, elle cherche apparamment à provoquer une durcissement des positions au sein du PS. C'est la finalité de ses déclarations sur le SMIC : concrétiser l'opposition; obliger la résistance anti-Ségo, plus ou moins latente jusque-là, à se cristaliser, à devenir plus rigide et donc plus fragile. Son absence au Conseil National confirme cette stratégie : laisser (ou force) ses ennemis à se montrer, à prendre position. Avant de... avant quoi ? Avant de trouver le moyen de donner la parole aux militants.

"Je ne laisserai s'installer l'idée qu'il y aurait d'un côté les responsables du parti, de l'autre les militants" disait François Hollande après le Conseil national. Pourtant, les deux dernières consultations signifiantes des militants, qui ont choisi le "oui" à la Constitution européenne et Royal comme candidat à la présidentielle, ont suscité des mouvements de fronde dans les échelons supérieurs du parti, chez les hauts responsables qui ne se sont pas sentis concernés. On objectera que François Hollande n'est pas celui qui a trahi les militants, mais c'est bien lui qui a décidé de ne pas virer Laurent Fabius (ou Montebourg!), et de rabibocher le parti malgré une différence politique énorme, mille fois plus grave que le manque de crédibilité du SMIC. Hollande écoute les militants, mais ce qu'ils disent n'est pas forcément respecté par les huiles du parti, qui agissent en fonction de leur conscience (Fabius, l'européen).

Si la stratégie de Royal est d'accentuer le conflit au PS jusqu'à la crise, pour forcer une consultation des militants qui solidifierait sa place dans le parti, sans doute comme Première Secretaire, c'est effectivement un jeu dangereux. Est-ce l'électrochoc qui pourrait faire sortir le PS de sa torpeur habituelle, où l'on épilogue sur les manières de décider comment aborder la mise en place des préalables à une urgente rénovation ?

Sur le plan psychologique, tout se passe comme dans une famille où l'on évite les sujets qui fâche. Ségolène est-elle en train de préparer le grand déballage?

19 juin 2007

Borloo et la phrase assassine

La question de la TVA "sociale-anti-délocalisation" a joué un grand rôle dans le vote de dimanche qui a permis à la gauche de reprendre une quarantaine de sièges à l'Assemblée, alors même que le seul inconnu devait être l'ampleur de l'invincible "Vague bleue". En elle-même, la hausse de la TVA est impopulaire, mais surtout, cet épisode a montré un nouveau visage du gouvernement Sarkozy, un gouvernement qui cafouille, et qui cherche à dissimuler ses véritables projets pour après l'élection. Dans un sens, la "TVA sociale" a fourni un exemple de ce que pourrait être une droite sans contre-pouvoir. (Même si nous n'avons toujours pas de véritable contre-pouvoir.)

Et c'est Laurent Fabius qui a posé la question par laquelle tout a commencé.

Ce soir-là, le soir de la seule "Vague bleue" qu'on aura vue, finalement, la droite triomphait, et ne s'est pas méfiée de la petite question de Fabius. Borloo, en particulier, avait en permanence un grand sourire goguenard, si content d'avoir atomisé le PS. Aujourd'hui il est devenu le bouc-emissaire de l'UMP, au point même où Sarkozy le punirait en lui donnant l'ancien siège de super-ministre d'Alain Juppé... (On n'était pas dupes, mais ce n'est pas bon signe pour l'écologisme UMP, que ce soit une punition pour un ministre de s'en occuper.) Et, surtout, sur TF1, après le second tour, Borloo n'avait plus son gros sourire de vainqueur.

Selon le journaliste Christophe Jakubyszyn, dans un tchat au Monde, "c'est presque un cas d'école d'erreur de communication politique." C'est surtout une démonstration de comment, avec une simple phrase, on peut faire de l'opposition efficace, surtout face à une droite qui, en dépit de toutes les ouvertures et toutes les consultations, se croit invincible.

31 mai 2007

Et pendant ce temps-là, à gauche...

Beaucoup de réflexions en ce moment sur le choix d'un leader de la gauche et du PS (ici et ici, pour commencer), surtout depuis que Sarkozy a tenté d'adouber Bertrand Delanoë, comme s'il n'y avait pas assez de problèmes de personnes au PS. Sans doute qu'il ne pourrait jamais y en avoir assez pour Sarkozy.

Je parlerai plus tard de la question Bayrou (j'ai plusieurs idées en tête que je n'ai pas mise dans le bon ordre), mais pour l'instant c'est peut-être plus urgent de regarder la compétition du PS avec lui-même.

François Mitterrand 2007 estime que Fabius ne peut plus être un candidat sérieux. Même si aujourd'hui il fait la morale aux ambitieux de son parti, ce n'est pour cacher le fait que c'est lui qui a largement contribué à diviser le PS en ne pas respectant le vote des militants sur la Consitution européenne. On reproche à François Hollande d'avoir cherché à étouffer les conflits internes en créant une unité de façade, mais c'est essentiellement Fabius qui est responsable de cette situation qui aurait pu (dû ?) mener à l'explosion du parti. Entre autres effets néfastes, la divergence de Fabius peut être vu maintenant comme le présage de, comment dire ?, une certaine "distance" prise par certains vis-à-vis de la victoire de Ségolène Royal à l'intérieur du PS.

Il est très difficile aujourd'hui de savoir si Hollande a eu raison de vouloir tout rabibocher pour la présidentielle, mais on peut facilement imaginer des scénarios catastrophes où les deux PS subissent des échecs bien plus lourds que celui de Ségolène Royal.

Quant à DSK, la stratégie de "disponibilité permanente" va finir par lui enlever toute allure de meneur de jeu, si ce n'est pas déjà fait. Être "disponible" n'est pas la posture de quelqu'un qui pourra devenir un chef, mais plutôt celle de quelqu'un qui espère devenir premier ministre. Et encore...

Ce qu'on oublie dans la discussion de ces personnages, c'est que désormais ce ne sera pas l'alignement politique qui va déterminer si l'un ou l'autre peut vaincre la sarkodroite. Il ne suffit pas de se dire social-démocrate et puis d'attendre que les électeurs qui eux-mêmes s'identifient comme social-démocrates viennent vous chercher. La victoire désormais n'appartiendra qu'à celui (ou celle!) qui sera capable de mobiliser un certain imaginaire, d'exister dans ce monde d'images superficielles qui est désormais le pays de merveilles habité par le seul Président de la République, ordonné par Suffrage Cosmique.

En d'autres termes, la politique ne pourra plus se conduire comme une guerre de position. Hésiter entre centre-gauche et gauche-centre, se redéfinir, comme Fabius, en antilibéral pour occuper un poste apparamment délaissé : ces stratégies, même si elles n'ont pas perdu absolumment toute pertinence ne suffiront plus pour imposer un candidat présidentiel. Ce sera désormais des guerres de mouvement, où, pour changer une nouvelle fois de métaphore, il faudra créer la demande plutôt que de simplement se conformer à elle. Et quand je parle de créer la demande, et que j'ai l'air d'être un spécialiste de marketing ou de force de vente, c'est parce que nous sommes dans l'ère de la publicité et de la communication. (Qu'on l'aime ou pas.)

Ainsi, des compétence requises pour être candidat (dans notre régime ultra-présidentiel), c'est celle de l'image qui est la plus importante. La sacrosancte "connaissance des dossiers" n'est en fait qu'un élément de plus dans le paraître : il faut avoir l'air de connaître les dossiers. Déjà les mesures proposées par l'ultra-compétent Sarkozy sont en train de se révéler impraticables ou inconstitutionnelles. Quelqu'un de véritablement compétent aurait prévu toutes ses objections, n'est-ce pas ? Ségolène Royal avait raison d'attaquer Nicolas Sarkozy sur ce terrain pendant le débat, même si l'attaque n'était pas si bien menée. Mais Sarkozy sait très bien comment avoir l'air de savoir de quoi il parle. C'est une question de communiquer par les images. La campagne de Ségolène Royal n'était pas parfaite de ce point de vue, mais il est clair qu'elle dispose de plusieurs longeurs d'avance sur ses rivaux actuels.