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16 juillet 2012

Subtilités de la CSG, suivies de nos exigences

 

Françoise Fressoz sur Hollande et le CSG est assez dure :

Le candidat socialiste s'en tenait à un seul discours, un rien simpliste : les riches paieront, les classes moyennes seront épargnées. C'était bien trop beau pour être vrai : la hausse de la CSG qui se profile touchera évidemment tout le monde : les riches mais aussi les classes moyennes et populaires, les actifs et les retraités.

Elle s'annonce d'autant plus conséquente que le gouvernement n'a pas qu'un problème de transfert de charges à régler. Il doit aussi boucher le trou conséquent de la sécurité sociale.

La CSG était l'impôt caché de François Hollande. C'est ce non dit qui, d'emblée, fragilise la réforme.

Elle ne va pas jusqu'à rendre "quand il y a du flou, il y a un loup", mais c'est presque pareil. Marc Vasseur est également décu :

Alors, on ne manquera pas de nous présenter la CSG comme une TVA sociale de gauche… A un taux d’1,1 %, c’était probablement encore défendable dans son approche puisqu’elle touche tous les revenus, aujourd’hui alors que nous en sommes à 7,5% du salaire brut, elle s’apparente de plus en plus à une flat tax d’inspiration fort libérale, plus encore si nous passons à 9,5 voire 11,5….

Pour conclure :

Je le disais, il y a quelques jours à propos du sommet européen ; je le redis et on pourra y mettre tous les enrobages qu’on veut… le gouvernement Ayrault prend une pente social libérale…. je n’ai pas voté pour ça en mai 2012.

(Juste avant de lâcher sa bombe, le terme "blogueurs de gouvernement", qui a rapidement fait le tour de la blogosphère de gauche. Mais cette question-là, nous en avons parlé l'autre jour.)

Et pour finir, voici quelques salves supplémentaires tirées par Rue89 :

« Je ne viens pas annoncer aujourd’hui de prélèvement supplémentaire pour une grande majorité de Français », a déclaré Hollande. Pourtant, si comme on le suppose, c’est une hausse de deux à quatre points de CSG qui se profile, la grande majorité des Français seront touchés, pas seulement la petite minorité des plus riches.

La vérité, c’est que le gouvernement s’apprête à troquer une hausse de 11 milliards de la TVA pour une hausse de la CSG de plus du double.

Alors, qu'en est-il ? La CSG qu'on nous prépare, est-ce une flat tax ultra-libérale déguisé en Rocard ?

5 février 2012

La TVA de confort

Dans mon billet de l'autre jour, je n'ai pas assez insisté sur le caractère proprement hallucinant de la tentative élyséenne de nous vendre, simultanément :

  1. L'idée que Hollande et les socialistes feraient grimper les impôts, faisant subir un "matraquage fiscal" aux classes moyennes ;
  2. La hausse de la TVA.

Cela ne vient pas directement de la bouche présidentielle, mais ce petit résumé dans le Monde exprime bien la contradiction :

Que ce soit le 31 décembre 2011, lors de ses voeux télévisés, quand il a relancé cette vieille idée ; le 18 janvier, quand il a réuni, à l'Elysée, les partenaires sociaux ; et enfin dimanche, quand il a annoncé la mesure, lors de son intervention télévisée. Son objectif : ne pas laisser entendre que la mesure pourrait augmenter les impôts mais au contraire affirmer qu'elle va permettre de "réduire le coût du travail et doper la compétitivité", comme il l'a dit dimanche.

Vous avez bien lu : "ne pas laisser entendre que la mesure pourrait augmenter les impôts". Alors que c'est un impôt. Ou du moins une taxe, qui, en plus, coûte le plus cher à ceux qui gagnent le moins. Ceux qui finissent leurs mois avec le compte bancaire vide, ou presque, sont ceux qui vont sentir le plus cet 1,6% supplémentaire. Ceux qui ne dépensent pas tout ce qu'il gagnent (mais peuvent le placer d'une manière ou d'une autre), ne remarqueront pas cette hausse.

Comment peuvent-ils croire qu'on gobera ça cette fois ?

L'explication libéro-technocratique est que les employeurs, toujours aussi déintéressés, même en période de crise, passeront la baisse des charges sur les salaires. Génial : tout le monde paie moins, tout le monde gagne plus. Sauf que… Comme un ami blogueur (mais lequel, j'ai oublié…) le souligné, ce sera comme l'effet sur les prix de la baisse de la TVA dans la restauration. A vrai dire, je ne reprocherais pas à une entreprise de profiter de ce type d'aubaine ; chacun fait en fonctoin de son propre intérêt, et c'est bien pour cela que nous avons une économie encadrée avec même une semblance de redistribution.

La véritable explication, c'est que la TVA reste invisible. Ce n'est pas un impôt qui vous tombe dessus à tel ou tel moment de l'année, tant d'euros à envoyer d'un coup au Trésor Public. Finalement ce ne sera pas pire que les changements de prix lors du passage à l'euro. Donc, la TVA, qu'elle soit "sociale" ou "Sarkozy", finira pas passer inaperçu. Les pauvres un peu plus pauvres, les riches un peu plus riches. Comme cela se doit.

Il n'y a pas d'émotion associée à la TVA. Les impôts à émotion, ce sont des impôts des socialos. (Alerte rime.) L'impôt UMP est indolore. Et, mieux encore, elle inverse la petite courbe progressive de l'impôt sur le révenu. Chacun à sa place.

23 juin 2007

La puissance industrielle pour vos amis

En réfléchissant un peu plus, à la suite de ce que j'écrivais tout à l'heure, j'en viens petit à petit à penser qu'effectivement Sarkozy est prenable sur la question de l'économie, en termes justement de sa compétence personnelle.

Le saga de la TVA sociale montre qu'il sait à peu près ce qu'il faut dire pour plaire au bon peuple et se faire comprendre d'eux, ce qui n'est pas négligeable. Mais "au fond" (comme il aime tant dire, le Très Grand Homme (TGH)), il est lui-même assez brouillon dans ce domaine. La confusion dans la communication autour de cette question ne vient pas de Borloo, mais du Grand Lider Maximo lui-même.

En évoquant à plusieurs reprises, depuis quelque temps, l'idée de taxer les importations, et même de le faire grâce à la TVA sociale, Sarkozy conforte ses supporters dans leur peur de la puissance économique de la Chine, bouc émissaire des délocalisations. Ce type de déclaration montre que Sarkozy est resté dans une vision économique essentiellement industrielle -- nos usines contre les usines chinoises -- qui concerne encore peut-être PSA et Renault, mais qui est obsolète pour une partie croissante de l'économie.

Sarkozy n'est donc pas un moderne. Et il n'est pas un vrai libéral. Comme pour beaucoup d'autres domaines, en économie Sarkozy semble s'enfermer dans la logique d'une lutte pour son camp, contre l'ennemi gauchiste.

TVA: Faire ce qu'il doit dire pour avoir l'air de faire ce qu'il dit

Petit à petit, je visionne l'entretien du Très Grand Homme (TGH) sur TF1. C'est plus digeste si on n'avale que des petits bouts. (J'en ai déjà parlé ici.)

Encore une fois, Nicolas Sarkozy se sent obligé de répondre aux critiques de Ségolène Royal, ce qui est, malgré tout, une forme de reconnaissance : la seule opposante qui compte, c'est elle.

Plus précisément, le TGH répondait au problème d'une "TVA sociale anti-délocalisation" par expérimentation. En effet, comment savoir si une TVA va réduire ou pas le pouvoir d'achat? Donc, on essaye (maintenant dans des domaines précis), pour voir.

La position de la "TVA sociale par expérimentation" n'est pas le résultat d'une mûre réflexion économique, mais la conséquence d'une série de prises de position.

"Au fond", comme le TGH aime commencer ses phrases, Sarkozy reprend l'intégralité de l'analyse de Jean Arthuis sur la TVA sociale: le rapport entre la TVA et les charges salariales, celui entre la TVA et la délocalisation, et l'idée d'une absence d'inflation dans l'espoir que les entreprises baissent leurs prix. Voici ce qu'Arthuis n'a de cesse de proclamer:

Le président de la commission des Finances du Sénat Jean Arthuis a prôné mardi une hausse du taux de TVA allant "jusqu'à cinq points", tout en assurant qu'"il n'y aura pas de supplément de prix". "Je suis désolé de voir les socialistes se livrer à un exercice de désinformation", car "la TVA sociale, c'est (...) constater que nous finançons la santé et les politiques familiales par des cotisations assises sur les salaires", a-t-il expliqué sur RTL, confirmant son souhait de voir une réforme "forte". L'ancien ministre de l'Economie et sénateur (UC-UDF) de la Mayenne a souligné que les choses fonctionnaient "bien lorsque l'économie nationale était relativement étanche. Aujourd'hui, nous sommes dans un économie mondialisée". "L'idée, c'est de retrouver la compétitivité pour recréer du travail en France, et donc d'alléger les charges sociales et compenser par un supplément de TVA", a-t-il précisé. Mais "il ne s'agit pas d'accroître les prélèvements obligatoires". Pour Jean Arthuis, "la TVA sera la même sur les produits, mais l'exonération des cotisations sociales permettra de baisser le prix hors taxe et le supplément de TVA n'entraînera pas un supplément de prix". Et d'assurer: "Il n'y aura pas d'inflation". (Je souligne, o16o)

C'est là l'essence du paquet idéologique que Sarkozy peine à vendre aux Français, qui, allez savoir pourquoi, ne croient pas que les vertueuses entreprises vont automatiquement baisser leurs prix à la réception du cadeau fiscal qu'on leur offre. Sentant que cela ne passe pas, Sarkozy fait ce qu'il fait toujours quand les arguments commencent à lui manquer, il s'engage.

On observe cette façon de faire des pirouettes à maintes reprises pendant l'entretien (pourtant avec des questions très complaisantes), avec des conclusions dans le style : "je fais pas ça pour perdre, je fais ça pour gagner"; "j'ai pas été élu pour échouer, mais pour réussir". Cette technique ne marchera pas très longtemps, mais convient à cette période post-campagne.

Donc, Sarkozy s'engage sur la TVA: il n'y aura pas de hausse de la TVA si cela pourrait réduire le pouvoir d'achat. Il l'a dit, donc c'est vrai, car il fait toujours ce qu'il dit. Du moins, il dit toujours qu'il fait ce qu'il dit. On verra.

Mais avec cet engagement perso-présidentiel, il y a un gros problème: comment savoir ce qui va se passer ? En fait, Sarkozy se heurte à un problème de fond dans la science économique. Une économie est quelque chose d'extrêment complexe, il est difficile, même pour des économistes, de prévoir tout ce qui va se passer. Les interactions sont multiples, concernent des acteurs assez divers, etc. Sarkozy n'est pas un économiste, et on commence à comprendre que, malgré son passage à Bercy, qu'il ne maîtrise pas si bien que cela les questions économiques. Ce que montre le papier dans le Canard Enchaîné de cette semaine, qui révèle que l'actuel directeur de cabinet d'Eric Woerth, avait, sous le règne de Thierry Breton, rédigé une petite étude qui, dans les termes du Canard, "flinguait" les deux mesures sarkozyztes phares : les heures sup' et la réduction des impôts sur les intérêts des prêts immobiliers.

Sarkozy n'a pas la tête théorique -- il le dit pendant l'entretien d'ailleurs. Il veut de l'action, de l'action et toujours de l'action. Donc, enfin on y arrive, il va expérimenter la TVA sociale avant de l'appliquer. Mais c'est encore ignorer la complexité de la question. Dans le meilleur des cas, les véritables effets d'une telle modification ne seraient visibles qu'au bout de plusieurs années, le temps de comprendre l'effet de cette politique sur le comportement des consommateurs, sur les budgets des entreprises, sur leurs pratiques salariales, et sur d'éventuelles délocalisations qui dépendent de bien d'autres facteurs encore.

Quand on ignore la théorie économique, on fait des expériences "concrètes". Surtout, le TGH laisse ses prises de position succèssives l'oblige à suivre une ligne très peu sage, et surtout, très peu praticable. Il m'étonnerait beaucoup de voir Sarkozy attendre trois, quature, cinq ans pour évaluer les effets de son expérimentation, lui qui affectionne tant l'action.

Plutôt que de ressembler à un "rouleau compresseur", la politique de Sarkozy évolue rapidement en fonction d'une série de prises de position tactiques : je dis ceci pour river le clou à un tel (ou une telle, plutôt), et je dis cela pour répondre à un autre. Et au fil des ces prises de position, son projet se modifie, au point de devenir ridicule et impraticable. La qualité de la politique est bien à l'image de la qualité du discours qui sert à vendre tout cela aux pauvres Français.

Update: Suite du feuilleton.

19 juin 2007

Borloo et la phrase assassine

La question de la TVA "sociale-anti-délocalisation" a joué un grand rôle dans le vote de dimanche qui a permis à la gauche de reprendre une quarantaine de sièges à l'Assemblée, alors même que le seul inconnu devait être l'ampleur de l'invincible "Vague bleue". En elle-même, la hausse de la TVA est impopulaire, mais surtout, cet épisode a montré un nouveau visage du gouvernement Sarkozy, un gouvernement qui cafouille, et qui cherche à dissimuler ses véritables projets pour après l'élection. Dans un sens, la "TVA sociale" a fourni un exemple de ce que pourrait être une droite sans contre-pouvoir. (Même si nous n'avons toujours pas de véritable contre-pouvoir.)

Et c'est Laurent Fabius qui a posé la question par laquelle tout a commencé.

Ce soir-là, le soir de la seule "Vague bleue" qu'on aura vue, finalement, la droite triomphait, et ne s'est pas méfiée de la petite question de Fabius. Borloo, en particulier, avait en permanence un grand sourire goguenard, si content d'avoir atomisé le PS. Aujourd'hui il est devenu le bouc-emissaire de l'UMP, au point même où Sarkozy le punirait en lui donnant l'ancien siège de super-ministre d'Alain Juppé... (On n'était pas dupes, mais ce n'est pas bon signe pour l'écologisme UMP, que ce soit une punition pour un ministre de s'en occuper.) Et, surtout, sur TF1, après le second tour, Borloo n'avait plus son gros sourire de vainqueur.

Selon le journaliste Christophe Jakubyszyn, dans un tchat au Monde, "c'est presque un cas d'école d'erreur de communication politique." C'est surtout une démonstration de comment, avec une simple phrase, on peut faire de l'opposition efficace, surtout face à une droite qui, en dépit de toutes les ouvertures et toutes les consultations, se croit invincible.

16 juin 2007

TVA-euphémisme

François Fillon estime que "TVA sociale", ce n'est pas un euphémisme assez fort, alors il faut préférer TVA anti-délocalisation.

Je trouve que même "anti-délocalisation" est insuffisant. Je propose : TVA-pour-sauver-les-gentils-lapins.