3 juillet 2007

Lang roule...

Et j'ajoute au billet précédent, ces paroles d'un Jack Lang qui s'aligne sur une VIe République ultra-présidentielle, et s'empresse de relayer, sans même qu'on lui pose la question, tous les arguments possibles en faveur de Sarkozy:

Mais sur la forme, il faut bien reconnaître que Nicolas Sarkozy dirige le pays avec un sens aigu de l'action au service d'une idéologie qui n'est pas la mienne. On va dire que c'est de l'hyperprésidentialisme. Oui, et alors ? On redécouvre une réalité en France : le président concentre tous les pouvoirs. La logique ne serait-elle pas d'instaurer un véritable régime présidentiel : un pouvoir exécutif contrôlé par un vrai Parlement, doté de réels pouvoirs. Puisque Nicolas Sarkozy dit qu'il a le sens de l'audace, alors, qu'il nous surprenne et qu'il propose une démocratisation profonde du système !

On dirait quelqu'un qui aimerait bien faire partie de l'ouverture.

UPDATE: Mais c'est déjà fait! (via partageons mon avis).

6 = 5, mais en pire

Ca continue. Je sais qu'il ne faut plus avoir l'air surpris, ni même indigné... Voici Fillon.

"Pour avoir une VIeRépublique, il faudrait que le président soit responsable devant le Parlement. Nous sommes dans une Ve République rénovée", explique M. Fillon.

Le Très Grand Homme (TGH) avait pourtant dit, lors de son débat avec la candidate socialiste, qu'il n'était pas en faveur d'une VIe République.

Et maintenant on voit que la Sixième sera comme la Cinquième, mais avec un renforcement du pouvoir présidentiel...

Quand je disais que Sarkozy est une caricature des défauts de la Constitution actuelle...

La Très Grande Eponge

En passant, je vois, sur le site de TF1, ceci:

Prenant comme exemple le cas de quelques heures supplémentaires par mois, il a souligné qu'ouvrier gagnant 1 500 euros pourra augmenter son salaire de 10 à 15%, donc favoriser la consommation, et donc la croissance. "C'est un système gagnant-gagnant. On gagnera plus, on consommera plus, et ça donnera du travail aux autres", a-t-il affirmé, critiquant "le partage du temps de travail, synonyme d'échec". (C'est moi qui souligne, o16o.)

Il ose reprendre le « gagnant-gagnant » ? Non que ce soit sacrilège, mais Ségolène Royal l'a tellement répété qu'il est difficile d'imaginer que le bon peuple ne détecte pas ce nouveau couper-coller sarkozyën.

Enfin, c'est moi qui dis ça. Si Sarkozy le fait, c'est qu'il est sûr que cela passera. Et il aura raison.

2 juillet 2007

Le PS et les univers parallèles

L'autre jour, après la réunion du Conseil national du PS que Ségolène Royal a magistralement séchée, on lisait, dans un article du Monde, parmi les commentaires des uns et des autres, ceci, qui m'avait fait rire au moment:

Benoît Hamon dénonce la "présidentialisation du PS"

Quelques jour plus tard, nous lisons dans un Rebond chez Libé, un édito d'Alain Duhamel qui se félicite d'avoir trouvé la formule imbattable pour décrire désormais Ségolène Royal : « bonapartiste de gauche ». Il est tellement plaisant de remettre la gauche devant ses propres contradictions, genre « Hollande paie l'ISF, il ne doit pas s'aimer lui-même », que Monsieur Duhamel répète quatre fois ce terme (sans compter le titre), toujours en fin de phrase, comme une conclusion sans appel : « blah blah blah. Bonapartiste de gauche », « Logique ostensiblement populiste et plébiscitaire : bonapartiste de gauche. » Et ainsi de suite. On a suffisamment comparé Sarkozy à Napoléon qu'il est sûrement très habile de renverser la vapeur de temps en temps. Mais très sérieusement, je ne crois pas trahir les mots de Duhamel en les résumant ainsi : c'est une bonapartiste de gauche parce que, primo, elle fait appel à sa popularité plutôt que de passer par les instances du PS; et, secondo, de toute façon il n'y en a que pour elle. Bref, une femme (oui, je persiste) ne doit pas manoeuvrer au sein du PS, même si elle est très populaire avec les militants.

Je suis même allé voir l'article « Bonapartisme » de la Wikipédia (assez mauvais d'ailleurs, car visiblement écrit par un pratiquant), qui confirme l'aspect populiste du mouvement, mais qui insiste beaucoup sur l'idée d'un Etat centralisé très fort. Le mélange sarkozyzte de populisme et d'autorité se conforme mieux, bien sûr, à cette définition du bonapartisme, mais de toute façon toute la Ve République en est imbibée.

Ce qui nous amène donc à la citation de Benoît Hamon par laquelle j'ai commencé. Voici l'extrait de son discours au Conseil national:

Et je termine sur ce point : je n’ai pas combattu depuis quatre ans, et je remercie Arnaud Montebourg de m’avoir éclairé sur ces questions démocratiques-là, je n’ai pas combattu depuis quatre ans la présidentialisation de la Ve République, observé dans quels excès elle nous conduit aujourd’hui pour être de ceux qui iront achever la présidentialisation du Parti socialiste en substituant le scrutin majoritaire au scrutin proportionnel.

J'avoue ne pas très bien comprendre sa « blague » sur les scrutins majoritaire et proportionnel, mais le message sur la présidentialisation est très clair.

Il y aurait des bonnes vannes à faire sur cette façon de s'exprimer. Je n'arrive pas à les formuler, mais ce sont elles qui me faisaient rire. Effectivement, pas de présidentialisation du PS : ça ne risque pas, après trois défaites consécutives ! (Gros rires gras.)

Plus grave, je trouve, est cette volonté, que l'on aperçoit également dans le papier d'Alain Duhamel, de faire d'abord du PS une sorte de modèle réduit, mais idéal, de toute la République. Vous êtes contre la présidentialisation de la Ve République ? Eh bien, soyez contre la présidentialisation du PS! Finalement, il serait presque plus grave d'être présidentiel dans le Parti, que dans l'Etat.

Je ne trouve pas cette idée grave parce que je suis pour la présidentialisation du PS, mais parce qu'elle montre que pour un fabiuso-aubryste (et non-iste, voilà pour l'esprit collectif et démocratique!) comme Hamon, la guerre à l'intérieur du parti est aussi importante, voir plus importante, que celle à l'extérieur (je veux dire celle qui oppose la gauche et la majorité présidentielle).

Nous sommes dans une présidentialisation du pouvoir en France. C'est un fait. On peut imaginer que la victoire de Ségolène Royal aurait pu renverser cette tendance, mais Sarkozy a gagné, en partie sans doute parce qu'il incarne, jusqu'à la caricature, avec son vocabulaire méssianique de la hauteur et de la grandeur, les défauts du système présidentiel. Tant que quelque chose ou quelqu'un ne réussit pas à renverser ces tendances, nous resterons dans cette image là du pouvoir, dans son exercice et dans les façons de l'acquérir.

La défaite de 2002 est en large partie la conséquence de cette volonté de faire comme si l'élection présidentielle était une élection législative. La Gauche Plurielle n'a pas résisté à la consolidation du pouvoir qu'exige le système actuel. Un premier tour où chacun s'exprime avant de se rassembler au second tour, cela ne marche pas. Méconnaître cette réalité, c'est préparer les défaites de demain. Se plaindre de la présidentialisation du PS, ou du bonapartisme de Ségolène Royal, vouloir d'abord faire du PS un univers parallèle dépourvu des défauts du monde réel, c'est s'ôter toutes les possiblités d'arriver à accéder au pouvoir pour agir réellement dans la société.

Dati : aimer les enfants, c'est les incarcérer comme des adultes

Rachida Dati déclare

"Quand un mineur se comporte comme un majeur, il faut qu'il sache qu'il encourt en théorie une peine du même ordre que celle encourue par un majeur. Refuser de le comprendre, c'est refuser de les aider à devenir adultes".

Ces phrases sont le signe d'un manque de... comment dire ? ... subtilité théorique. Le problème posé par les crimes des mineurs n'est pas qu'ils sont d'une autre nature que les crimes des adultes. Il n'y a pas d'un côté des crimes d'enfant (voler des bonbons, cracher sur le trottoir), et de l'autre des crimes d'adulte. Quand les mineurs commettent des crimes, ce sont toujours des crimes d'adultes. Evidemment. Sinon ce ne seraient pas des crimes du tout.

Donc le problème posé par les mineurs, c'est qu'ils ne sont pas (ou n'étaient pas) considérés comme étant responsables de la même façon qu'un adulte pour leurs crimes. Si on veut être logique, la nature de l'acte ne devrait pas changer la nature de la responsabilité.

Je ne dis là que des banalités, mais des banalités qui sont en train de se démoder apparamment.

Ce que je trouve dommage, c'est que Mademoiselle Dati semble chercher à éviter la réflexion sur la responsabilité. La déclaration plus haut est une pirouette qui cache le vrai problème. D'où cette impression d'une défaillance philosophique.

Update: ai mis le bon lien.

30 juin 2007

Ca va mieux en l'écrivant

Suivre à la trace, en la démystifiant, la logique du pouvoir sarkozyen est un travail essentiel, et on ne peut que se réjouir de l'arrivée de ce réseau de bloggeurs, spontané et ad hoc des SarkoWatch. Je suis très content de voir que cet humble blog figure dans les listes que Juan publie de temps en temps. Au passage, je salue le travail de veille que fait Juan: plus de 600 billets depuis le 6 mai 2007, c'est énorme, c'est même épuisant. Surtout, ces billets, au fil du temps, vont devenir une ressource précieuse. Milan Kundera disait, au début du Livre du rire et de l'oubli que « la lutte de l'homme contre le pouvoir, c'est la lutte de la mémoire contre l'oubli ». Grâce à Sarkofrance, nous n'allons pas oublier grand'chose.

C'est peut-être aussi l'occasion pour moi de préciser un peu plus ce que j'entends ici, au Pire Racaille. Comme beaucoup des « blogs du 6 mai », celui-ci a démarrer dans l'émotion et la précipitation. Au fil des jours et des semaines, et surtout au fil des billets, le bloggeur découvre petit à petit comment il entend « blogger ».

Malgré le degré auquel notre société est devenue télévisuelle, je suis persuadé que les mots jouent un très grand rôle dans la formation de l'opinion, et que la réflexion critique sur les discours politiques est une forme d'action qui est tout sauf vaine. Démonter les hypocrisies de la droite sarkozyste, ainsi que celles des médias qui les relaient, c'est là où les blogs peuvent, collectivement mais sans concertation, jouer un rôle non négligeable. Si je peux participer, même sur une échelle microscopique, ma goutte d'eau un peu salée dans la mer, à changer la saveur de la grande soupe médiatique, j'estimerai que le temps passé à tapoter ici n'aura pas été perdu.

(Ce temps n'est pas de toute façon perdu, tellement le fait d'écrire, d'affûter, de préciser ses idées est, en soi, un grand bonheur.)

En plus d'essayer de décrypter les faits et gestes de notre Lider et de ses médias, je voudrais, très modèstement, tenter de réfléchir sur des discours qui pourraient, un jour, être efficaces contre la droite. Le souci de l'efficacité politique me semble primordial. Si je défends Ségolène Royal, c'est que, à mon avis, qui, mieux que quiconque parmi ses rivaux de gauche, elle a compris qu'il ne faut pas hésiter à employer son image à des fins politiques, devenir soi-même une « people » afin de lutter à armes égales avec Sarkozy, et généralement jouer le jeu politico-médiatique qui est la réalité du monde d'aujourd'hui. Car on peut dénoncer la peopleisation de la politique et la superficialité des débats, mais il est politiquement suicidaire de se comporter, au nom d'un purisme politique, socialiste ou simplement de gauche, comme si cette transformation de la société ne concernait pas la sphère politique, comme si elle n'a pas eu lieu, comme si Loft Story et la Star Ac' n'étaient pas passés par là.

Est-ce se corrompre, d'agir ainsi ? Peut-être, mais toute la pureté politique de l'univers ne servira à rien si elle empêche d'occuper le pouvoir. Et bien sûr, je ne propose pas d'aller aussi loin que Sarkozy dans la démagogie et l'illusionisme. Ni même d'emprunter ces techniques du tout. Simplement, il faut savoir, pour un(e) candidat(e) de gauche, exister sur ce terrain, qui n'est plus du tout celui des débats idéologiques du passé. Même si pour cela il faut abandonner les arguments traditionnels du socialisme, même s'il faut parler d'autre chose que solidarité, justice sociale et le rôle du capital dans la société. Je sais que cela peut paraître choquant, de la part de quelqu'un qui se considère férocement à gauche.

Retour vers l'avenir

Les deux derniers billets que je viens de publier (celui-ci et celui-ci), ainsi, sans doute, que deux autres à venir, sont publiés avec plus de deux jours de retard, en raison d'un routeur qui ne routait plus.

Je vivais dans la France d'il y a deux jours. Je me rattrappe.

Le Monde roule pour qui ?

Depuis deux jours, mon routeur me ferme l'internet. Par conséquent, ceci arrive un peu tard, mais je ne pouvais pas laisser passer ce petit article dans Le Monde du 27 juin, intitulé « Nicolas Sarkozy embarrasse l'opposition en lui offrant un statut ».

Si l'on met de côté le titre pour l'instant, l'article lui-même est assez anodin. Il raconte les réunions du TGH avec divers membres de l'opposition, ainsi qu'avec Balladur et Le Pen. Ne pouvant aller s'adresser lui-même à l'Assemblée nationale, Sarkozy fait venir l'opposition chez lui. L'article souligne que cette démarche va de pair avec la présidentialisation du pouvoir.

Est raconté notamment un échange entre François Hollande et le TGH : Hollande dit qu'il ne veut pas être « complice » de cet exercice du pouvoir, et Sarkozy lui répond : « Je ne vous ai rien demandé. Je ne vous raconte pas ça pour savoir ce que vous en pensez ». Vive le dialogue !

Bref, rien d'extraordinaire. Le problème, c'est le titre, qui n'a rien à voir avec le contenu de l'article. Tout d'abord, Sarkozy n'offre aucun statut, hormis l'invitation à l'Elysée, et la promesse de continuer avec ce type d'entretien. Le seul « statut de l'opposition » en vue est celui sur lequel Jean-François Copé est censé plancher, et qui sera rendu public début juillet. Ce statut n'était pas discuté, apparamment, par Sarkozy et ses invités, et il est seulement évoqué en toute fin d'article. Par ailleurs, l'article précise même que les propositions de Sarkozy en termes de « rééquilibrage des pouvoirs » sont très en-deçà de celles de Royal et Bayrou. Si l'opposition a un « statut », c'est qu'elle l'a gagné aux législatives.

Et, deuxième chose, l'opposition n'est pas du tout embarrassée. Hollande flaire bien la manipulation sarkozyzte et en fait la remarque. Si quelqu'un est embarrassé, c'est le TGH lui-même, qui s'énerve lorsqu'on ose critiquer son petit jeu.

Je ne sais pas comment les choses se passent au Monde. Toutefois, le décalage entre ce papier et son titre laisse supposer que ce ne sont pas les auteurs de l'article, Philippe Ridet et Patrick Roger, qui ont écrit le titre, mais plutôt un éditeur qui se conforme à une ligne beaucoup plus pro-UMP, selon laquelle « l'ouverture » sarkozyzte serait un énorme problème pour le PS.

Ce n'est pas la première fois que je remarque cela. J'ai déjà parlé d'un article d'Ariane Chemin (co-auteure de Femme fatale), paru quelques jours après l'élection présidentielle, qui était beaucoup plus nuancé que son titre, nettement anti-Royal. Je donnerais les liens si mon routeur le voulait bien, mais je crois que le titre était « Ségolène Royal : l'ambition insatiable ».

Est-ce Alain Minc qui passe dans la salle de rédaction pour apporter sa petite touche ? Le coupable pourrait tout aussi bien être cet esprit de conformisme aux stéréotypes dominants qui fait qu'un titre apparaît plus accrocheur, plus vendeur lorsqu'il caresse le lecteur dans le sens de ses idées reçues.

C'est quand même déspespérant, quand le démenti du titre est dans l'article lui-même.

Update: Je viens de tomber sur une très bonne analyse d'un autre papier par Philippe Ridet.

De la délicate situation de nos ministres

Les tout premiers signes donnés par Nicolas S., encore fraîchement bronzé par le soleil malto-méditerranéen, indiquaient déjà que le vrai pouvoir allait être, définitivement, à l'Elysée.

Le désaveu de Valérieu Pécresse (merci à Juan pour le lien) ne fait que confirmer ce que pensaient les mauvaises langues du tout début du mandat : les ministres ne sont plus ou moins que des porte-parole.

L'épisode Borloo-TVA-sociale suit le même schéma, tout en étant moins schématique. Sous l'énorme pression du « Le Très Grand Homme (TGH) fait toujours ce qu'il dit, toujours, toujours, toujours », Borloo n'ose pas « mentir » (sur TF1, en plus) au sujet d'une hausse de la TVA, d'autant plus qu'il sait que le TGH songe déjà à cette hausse. La vraie confusion sur cette question ne vient pas de Borloo, ni même de Fillon, mais de Sarkozy lui-même. Et paf! Borloo se retrouve écologiste.

Il y a donc une faiblesse dans le système sarkozyen : l'existence même de ces ministres. La presse continue à leur poser des questions, malgré tout, et les ministres continuent à faire semblant d'être des ministres (ils sont quand même fiers), et d'y répondre, au risque d'être désavoués, ou remplacés, à leur tour. Pour finir, ce sera un problème pour Sarkozy lui-même, car à force d'affaiblir, désavouer ou même virer ses ministres, c'est son pouvoir à lui, le TGH, qui sera menacé. (Toutes proportions gardées, évidemment.) Pourquoi avez-vous nommé tant d'incompétents qui vous obligent à faire tout le travail? Bref, c'est un piège qui peut se refermer sur lui, s'il ne fait pas attention.

Sarkozy avait conseillé aux ministres débutants de ne pas faire d'entretien : « Un ministre n'a jamais perdu son job parce qu'il a refusé un interview. L'inverse... » Après Woerth, Borloo, Pécresse, Morin et les hésitations sur le deuxième porte-avions, tous les membres du gouvernement doivent trembler dès qu'ils devinent la présence d'un micro ou d'une caméra. A la place de Fillon, je me rendrais discret aussi. La question deviendra alors : Sarkozy peut-il survivre politiquement sans un gouvernement ? ou malgré la perception d'un gouvernement faible ?

Je me rassure (un peu) de voir, ou d'espérer, que l'exercice du pouvoir est plus complexe que ce qui peut être géré par les rapports de force qu'instaure le TGH. Son obsession de tout focaliser sur lui-même sera sûrement sa principale faiblesse au cours des années à venir.

Le vrai test viendra quand il faudra que Sarkozy discipline l'un ou l'autre des ministres de « l'ouverture ». Heureusement qu'il ne leur a rien confié de très important.

28 juin 2007

Quelques réflexions sur la stratégie de Ségolène Royal

Au PS, les choses se durcissent: annonce de la rupture conjuguale Hollande-Royal, intervention de Royal où elle parle de la crédibilité du SMIC à 1500 euros, Conseil National du PS très critique de la campagne présidentielle, absence de Royal à cette réunion, énervement général, Fabius qui rend Ségolène Royal responsable d'une défaite que le PS aurait pu éviter... Qu'est-ce que j'ai oublié ? Cette série d'événements devrait sans doute remonter jusqu'au fameux message téléphonique que Royal laisse sur le répondeur de Bayrou entre les deux tours des législatives, malgré l'avis du Premier Secretaire du PS. La série commence avec le premier cas de "désobéissance" de l'ex-candidate vis-à-vis des hauts responsables de son Parti.

Visiblement, Ségolène Royal cherche la bagarre, et il faudra réfléchir sur sa stratégie. On trouve une bonne analyse chez Papito, selon laquelle il y aurait plusieurs objectifs à ces manoeuvres:

  • "Eviter toute autocritique";
  • Preparer "sa prise de pouvoir au PS";
  • "Déclencher le débat";
  • "s'installer comme véritable force d'opposition au gouvernement";
  • "capitaliser sur sa 'marque'"
  • "provoque[r] ou tout au moins anticipe[r] la scission"

Il est clair que Ségolène Royal compte agir vite pour profiter de la visibilité conférée par la campagne pour solidifier sa position de grande figure du PS, et apparaître comme celle qui serait la mieux placée pour rénover et/ou refonder le parti. De plus, elle cherche apparamment à provoquer une durcissement des positions au sein du PS. C'est la finalité de ses déclarations sur le SMIC : concrétiser l'opposition; obliger la résistance anti-Ségo, plus ou moins latente jusque-là, à se cristaliser, à devenir plus rigide et donc plus fragile. Son absence au Conseil National confirme cette stratégie : laisser (ou force) ses ennemis à se montrer, à prendre position. Avant de... avant quoi ? Avant de trouver le moyen de donner la parole aux militants.

"Je ne laisserai s'installer l'idée qu'il y aurait d'un côté les responsables du parti, de l'autre les militants" disait François Hollande après le Conseil national. Pourtant, les deux dernières consultations signifiantes des militants, qui ont choisi le "oui" à la Constitution européenne et Royal comme candidat à la présidentielle, ont suscité des mouvements de fronde dans les échelons supérieurs du parti, chez les hauts responsables qui ne se sont pas sentis concernés. On objectera que François Hollande n'est pas celui qui a trahi les militants, mais c'est bien lui qui a décidé de ne pas virer Laurent Fabius (ou Montebourg!), et de rabibocher le parti malgré une différence politique énorme, mille fois plus grave que le manque de crédibilité du SMIC. Hollande écoute les militants, mais ce qu'ils disent n'est pas forcément respecté par les huiles du parti, qui agissent en fonction de leur conscience (Fabius, l'européen).

Si la stratégie de Royal est d'accentuer le conflit au PS jusqu'à la crise, pour forcer une consultation des militants qui solidifierait sa place dans le parti, sans doute comme Première Secretaire, c'est effectivement un jeu dangereux. Est-ce l'électrochoc qui pourrait faire sortir le PS de sa torpeur habituelle, où l'on épilogue sur les manières de décider comment aborder la mise en place des préalables à une urgente rénovation ?

Sur le plan psychologique, tout se passe comme dans une famille où l'on évite les sujets qui fâche. Ségolène est-elle en train de préparer le grand déballage?

26 juin 2007

Le SMIC, le SMIC, le SMIC

L'énervement socialo-socialiste contre les remarques de Ségolène Royal sur le SMIC à 1500 euros continue. Il y a même une pétition pour envoyer l'ex-candidate directement en prison, sans empocher les 1500 euros brut.

J'avais manqué ce billet de Dragouik, qui remet les pendules à l'heure. Ou du moins quelques pendules, car il y en a tant en ce moment...

25 juin 2007

Ministère du petit blanc

En plus de tout le reste, de toutes les autres raisons d'être horrifiés, en colère, outrés par l'existence de l'ignoble Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, il a y quelques autres raisons pour le trouver inepte et odieux.

Tout d'abord, l'existence même de ce ministère confère une grande crédibilité institutionnelle à l'idée que l'immigration est une menace à l'identité nationale, en gros une menace identitaire pour la France. Sarkozy n'est pas si loin que ça de ces apologistes du colonialisme qui croient que la France est sur le point de devenir une république islamique, ou d'autres salades.

Pire encore, à mon avis, ce ministère de la police et de la propagande (identité nationale) existe pour des fausses raisons, et est appelé à accomplir un travail qui relève plus du fantasme que de la réalité. « L'immigration » dont il s'agit, dans le réflexe identitaire que Sarkozy a réussi à reprendre pendant la campagne, au dépens du FN (mais pas de ses idées), est une sorte de fantasme d'une France post-coloniale qui ne veut pas assumer son passé. Même dans les médias les plus mainstream, on entend souvent cette formule hypocrite issus de l'immigration, pour désigner des citoyens français dont les parents et grand-parents sont aussi des citoyens français. L'immigration tant redoutée par ceux à qui plaît ce nouveau ministère n'est pas celle de 2007 ou 2008, mais celle des cinquante dernières années. Dans une ancienne version de son programme, Jean-Marie Le Pen proposait de revenir sur les naturalisations faites depuis, je crois me souvenir, 1973! Sarkzoy et Hortefeux ne feront pas cela, mais leurs gestes sont destinés à ceux qui aimeraient bien pouvoir le faire.