Certains (via betapolitique) disent que «Le comité Balladur s’inscrit dans la logique du régime du prince président Napoléon III». Mais voici la vraie logique de la « réforme institutionnelle » souhaitée par notre Président, du moins pour ce qui concerne le droit d'aller parler à l'Assemblée:
3 novembre 2007
L'origine du régime présidentiel
2 novembre 2007
Sarkozy et The West Wing
Depuis les premiers jours après l'élection de notre Très Grand Homme (TGH), j'avais un sentiment, même pas encore un soupçon à vrai dire, mais l'idée, qui ne pouvait pas être tout à fait formulée, que Nicolas Sarkozy devait regarder la série américaine The West Wing, A la Maison Blanche en français, mais quand on est vraiment fan, comme moi, on le dit en anglais. Et puis, tout à fait par hasard, à propos de l'interview du Président chez 60 minutes, j'apprends (ici (en) et ici (fr)) que je partage avec Sarkozy cette admiration pour la série. Un point commun. Etrange.
Etrange, surtout, parce que, pour moi en tout cas, West Wing est, politiquement, tout le contraire du sarkozyzme, de tout ce qui touche, de près ou de loin, à notre Little Big Man à nous. Pour ceux qui ne connaissent pas bien la série, elle raconte les deux mandats d'un Président Bartlet, démocrate, prix Nobel en économie... l'opposé des néo-conservateurs que Sarkozy semble admirer par ailleurs. Bartlet est constamment frustré de ne pas pouvoir faire des mesures suffisamment à gauche, car le Congrès est contrôlé par les républicains. Presque chaque épisode est une illustration de la nécessité des compromises, souvent difficiles. Bref, c'est loin d'être le portrait de Monsieur Sarkozy. On n'imagine pas Bartlet en train de traiter publiquement sa Press Secretary d'"imbécile", par exemple.
Comment avais-je fait pour deviner que Sarkozy s'inspirait de cette émission pour construire sa présidence ? Plusieurs signes : les points presse à l'Elysée de Martinon (l'"imbécile") est peut-être le plus voyant, mais il y avait aussi l'augmentation du nombre de gardes-du-corps (la sécurité du Président est l'une des obsesssions dans West Wing), la création d'un Conseil National de Sécurité qui ressemblerait vaguement au National Security Council américain, et cette obsession avec l'idée de pouvoir s'adresser directement à l'Assemblée. Car, dans West Wing, le discours sur le State of the Nation est toujours l'un des grands moments de chaque saison. On voit toujours les hommes du président en train de se creuser pour fabriquer le discours, puis l'organisation matérielle du discours avec limousines, girophares des voitures de police, les applaudissements du Congrès devant le grand homme. Quelle autre raison pourrait-il y avoir pour pousser Sarkozy, depuis si longtemps, à parler devant l'Assemblée ?
Je me rends compte, en essayant d'imaginer ce que voit Nicolas Sarkozy quand il visionne le West Wing, que la série pourrait l'exciter, malgré son orientation à gauche. L'un des grands thèmes est l'énorme responsabilité du Président et de ceux qui travaillent pour lui, responsabilité qui fait qu'ils sont prêts à tout sacrifier : santé, vie privée, sommeil, carrière. Les hommes et femmes de Bartlet se surpassent constamment parce qu'ils croient si fermement en leur devoir. Et l'origine de ce devoir, c'est l'immense pouvoir du Président. Avec le pouvoir, on a des devoirs. Donc quand la série insiste sur le pouvoir et le prestige du président, c'est toujours pour mettre en balance les sacrifices de ceux qui incarnent et entourent le pouvoir. Mais il est tout à fait possible d'ignorer ces subtilités, et de n'y voir que le clinquant et les signes extérieur de ce qui fait un grand homme.
(PS: je n'ai pas encore vu la 7e saison, ne me dites rien là-dessus, s'il vous plaît!)
1 novembre 2007
Nationalisme creux
L'épisode Guy Môquet, avec en arrière plan les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, a cristallisé beaucoup de ce qu'il y a de détestable et délétère dans le sarkozysme. Il a, en même temps, montré l'une des limites du système de communication sarkozyzte, car, pour la première fois, de nombreuses personnes ont osé dire qu'ils n'étaient pas d'accord pour être manipulées ainsi. Le sarkozyzme n'aime pas que ses opposants soient visibles ou audibles, et de ce point de vue l'exercice était un échec pour le Pouvoir, comme je le disais l'autre jour.
L'utilisation UMPiste de Guy Môquet nous vient directement du cerveau de Henri Guaino, et c'est lui qui s'est montré le plus indigné par les réticences des enseignants à qui Nicolas Sarkozy avait confié la tâche d'instaurer une identité nationale tout en larmes et paillettes. Du coup, Guaino a parlé de l'identité nationale et du nationalisme, ce qui nous donne l'occasion d'y revenir.
Commençons par sa sortie la plus bêtement emblématique :
« Cela amène à s'interroger sur ce que doivent être les devoirs d'un professeur dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire et auquel la nation confie ses enfants», avait avancé Henri Guaino.
Ce serait donc la Nation qui aurait payé les études des professeurs, qui payerait leurs salaires ? Voilà une confusion qui passe très bien, qui ressemble suffisamment à du bon sens pour tromper pas mal de monde. La Nation, au sens des nationalistes ne paie ni études, ni salaires, car c'est une abstraction qui s'oppose à d'autres manières d'organiser, d'imaginer et de symboliser la collectivité. La Nation ne sait pas comment écrire des chèques. Dire que les enseignants, ou quiconque aurait bénéficier de l'enseignement supérieur, ou même de la maternelle, soyons rigoureux, ont une sorte de dette envers la Nation, ou plutôt, envers la cause nationaliste, c'est franchement se foutre du monde.
Pourquoi parler, en effet, de Nation ? On peut aussi regarder à gauche pour trouver une réponse. Je pense vaguement aux chévénementistes, mais aussi à cet article de Raphaël Anglade, paru il y a quelques semaines sur Betapolitique : Les socialistes ont-ils perdu la Nation? L'idée n'est pas neuve, mais l'article a au moins le mérite de poser la question clairement:
Pendant tout le XIXe Siècle, la revendication nationale, dans toute l'Europe, est un combat d'émancipation. Un combat de gauche, une lutte contre la vision patrimoniale, monarchiste, réactionnaire du pouvoir et du fait politique. En fait, derrière la Nation se cachent deux combats essentiels :
- l'instauration de la citoyenneté,
- et la construction d'une manière d'être ensemble conventionnelle, culturelle, (la Nation, ethnicité fictive, disait Vidal Naquet, me semble-t-il) et par là même non biologique.
On pourrait se féliciter de cette « ethnicité fictive » et de son caractère « non biologique », s'il n'y avait pas des gens comme l'ignoble Brice Hortefeux pour ramener la Nation à une ethnicité bien biologique. De ce point de vue, on comprend bien, il est vrai, la signification nationaliste de la biologie de Thierry Mariani et ses amis.
Mais surtout, on comprend qu'au XIXe siècle, la Nation, avec sa majuscule, pouvait bien être de gauche, puisqu'il s'agissait d'asseoir la légitimité politique du peuple, devenu propriétaire en quelque sorte de son pays. Faut-il alors regretter, comme Raphaël Anglade, la perte, par la gauche, de la Nation en tant que thème? Faut-il que la gauche se dote d'une réponse nationale au Front National?
Aujourd'hui fragile dans son rapport à la Nation, la gauche manque de balises face aux provocations d'extrême droite, aux turpitudes sarkozystes, à la question européenne... et même au mondial de Rugby !
Je l'ai déjà dit ici, la plus grande erreur politique de Ségolène Royal pendant la campagne était sa dérive chévénementiste, surtout avec la fierté des drapeaux. Et c'est là où l'on revient à Henri Guaino et à la lettre de Guy Môquet.
Heureusement, notre célèbre plume Nationale a le mérite de s'expliquer clairement là-dessus:
Dans un pays où elle s'impose avec évidence, la nation n'est pas un sujet politique. Lors de l'élection de 1974, les Français ne s'intéressaient pas à ce que racontaient Malraux et les gaullistes sur la nation et la résistance. Mais aujourd'hui, avec l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire. La nation est redevenue un sujet fondamental de la politique.
Voilà, le problème identitaire. Car, que la Nation soit définie sur des critères ethno-biologique, ou sur des critères simplement culturels, voire, comme on dit souvent, républicains (et je pense à cette épreuve de "citoyenneté" que les futurs candidats à l'immigration vont devoir subir), il reste que la Nation définit un nous qui est à opposer à un eux, que ce soit des immigrés venus nous piquer nos boulots et nos allocations (dans la version FN de ce mythe), ou même les plombiers polonais venus réparer nos lavabos.
En rugby, il n'y a pas trop de problèmes avec une telle opposition, car quand ce n'est pas la France contre l'Argentine, c'est Toulouse contre Perpignan. La distinction entre les camps est intégrer dans le symbolique du sport.
Le problème, à l'heure des fléaux que cite Guaino, "l'immigration, la mondialisation, la désintégration du travail", c'est que le seul nationalisme que ces êtres inspirés arrivent à définir, c'est un nationalisme complètement vidé de sens, un nationalisme purement autoréférentiel. La lettre de Guy Môquet n'est pas, bien sûr, vide de sens, ni lorsqu'il l'a écrite, ni aujourd'hui. Évidemment. Mais le sens de la lettre est simplement celui du sacrifice et du courage. Le choix de cette lettre par Guaino et Sarkozy est surtout significatif, car il s'agit d'un texte dépourvu de signification politique. Dans l'utilisation que l'Etat-UMP cherche à en faire aujourd'hui, seule compte l'émotion de la lettre. Et je renvoie aux excellents analyses d'Eric Fassin (ici et ici) de l'instrumentalisation de l'émotion chez Sarkozy.
Si il y une leçon dans cette histoire de Guy Môquet, c'est qu'aujourd'hui le nationalisme, que ce soit avec les drapeaux, le sport ou les commémorations, ne peut que conduire à quelque chose de vide, et, je dirais, fondamentalement réactionnaire. Deux bonnes raisons pour la gauche d'éviter de rivaliser avec les sarkozystes et le Front National sur ce terrain qui conduit inévitablement à une insincérité que la gauche doit éviter.
29 octobre 2007
Sarkozy l'amerloque et le New Yorker
Ce matin, après avoir regardé le clip de Sarkozy en train de faire une colère devant les journalistes américains (merci Juan et Dagrouik), je suis tombé sur un article de la très respectée revue américaine The New Yorker, un article sur notre cher petit Très Grand Homme (TGH), Nicolas Sarkozy. Il date du 27 août mais il est assez perspicace et assez drôle.
Ma phrase préférée:
Bonapartism does not mean simply the possession of power by a short, ambitious man.
Et sur l'américanisme de Sarkozy, quelques intuitions intéressantes. Pour le journaliste, Sarkozy n'est pas tant pro-Américain, qu'un "américain manqué", un immigré dont le destin était d'aller jusqu'au bout, jusqu'aux Etats-Unis, mais que le hasard a fait aterrir en France.
But an American manqué is not at all the same thing as someone who is pro-American. He is not reflexively opposed to American interests, as Mitterrand was and as Chirac became. The point of his so-called Americanness, though, is to be able to act the way an American would if he were running France. He is surrounded by people who admire and understand America, but what they have taken from it is the habit of high-spirited enterprise and self-assertion. Sarkozy is a statist, unrepentant and unreformed, and determined to use the levers of government for its own good. By "reform" Sarkozy means growth and a crash course in modernization. By reform, he means, in a nutshell, anything to catch up with London. (C'est moi qui souligne, o16o.)
J'essaie de traduire la phrase que j'ai soulignée :
Le but du style américain de Sarkozy est de pouvoir se comporter comme un Américain à qui on aurait confié la France. Il est entouré de gens qui admirent et comprennent l'Amérique, mais ils en ont retenu avant tout une culture de l'entreprise et une habitude d'affirmation de soi.
Bref, Sarkozy n'est "américain" que dans l'image, quand il chausse ses Nike. L'Amérique pour lui est simplement une attitude que le pouvoir lui permet d'adopter.
27 octobre 2007
La Fédé
Ça mérite un billet : massi13 crée une page référençant de nombreux blogs anti-sarko, les Surveilleurs de Sarkozy, ou encore La Fédération des blogueurs vigilants.
On ne peut qu'applaudir de toutes nos mains.
Oeufs durs
La droite qui a voulu imposer la lecture d'une lettre de communiste fusillé finira-t-elle, un jour, par s'en mordre les doigts? Sarkozy est courageuesement trop occupé pour assister à la lecture de cette lettre en compagnie des élèves en colère du lycée Carnot; Dati est chahutée; Darcos est chahuté. Surtout, par le jeu du calendrier, l'anniversaire de la mort de Guy Môquet tombe presque en même temps que le vote de l'Assemblée National en faveur des tests génétiques destinés à nous protéger de ces étrangers qui seraient tentés de faire appel à leur droit de regroupement familial tout en remboursant la "dette" de notre président envers ses électeurs xénophobes. Bref, ils commencent à devenir un peu lourd. Si cette lecture serait passée sans trop de mal un mois ou deux après l'élection glorieuse de Nicolas Sarkozy (TGH), aujourd'hui les ficelles deviennent un peu trop grosses, un peu trop visibles.
Je continue de penser que ce genre de chose va au moins avoir pour effet de tuer dans l'oeuf toute prolongation de l'ouverture sarkozyenne. Tout se durcit : le ton de Sarkozy après l'annonce maladroit de son divorce (et surtout quand on ose en parler devant lui) en même temps que les relations sociales. La lecture imposée de la lettre de Guy Môquet arrive, perçue comme la grossière manipulation qu'elle est, est arrivée pour jetter un peu plus de huile sur le feu. L'illusion du sarkozysme comme étant (incroyablement) politiquement neutre - seule la compétence compte -, un grand rassemblement de réformisateurs sans boussole politique, a vécu.
La personalité de notre Président est binaire : d'un côté, le grand séducteur, qui a réussit à convaincre peu à peu, ralliement par ralliement, toute l'UMP qu'il en est l'avenir ; de l'autre, le "volontarisme" autoritaire de quelqu'un qui est persuadé que sa hargne est suffisante pour triompher dans toutes les situations. Si l'ouverture était le produit du Sarkozy souriant, l'immonde Hortefeux est une créature du Sarkozy au front plissé et au regard sombre. C'est facile d'être sympa quand tout va bien, tandis que tout indique que dans une confrontation (syndicale?) plus rude, c'est le bad cop qui referait surface.
24 octobre 2007
Merci Noël Mamère
La place de l'opposition dans la Ve République lui laisse peu de possibilités pour empêcher l'adoption même des lois honteuses telles que celle de l'ignoble Colonel Brice Hortefeux. Et pourtant, la majorité n'était pas si loin de craquer cette fois.
Tout ce qu'on peut espérer, à ce stade, hormis une surprise en provenance du Conseil Constitutionnel, c'est que la Majorité Invicible de notre Lider Autoritarismo, Nicolas Sarkozy, le Très Grand Homme (TGH) paie le prix politique de ses actions, et que le pays n'oublie pas qui a fait voter cette loi. Sarkozy nous promet depuis quelques temps d'aller « plus loin dans l'ouverture », mais on peut se demander si l'ouverture n'est désormais plus possible, hormis des types comme Bockel, à propos de qui on peut se demander s'il y a même un sens de parler d'ouverture.
Il faut qu'il y ait un prix politique. A nous, et même aux blogueurs provisoirement découragés, donc, de ne pas laisser oublier ce prix politique. J'en avais déjà parlé, d'ailleurs, à propos de l'élection. Ce qui m'amène aux remerciements que j'étends à Noël Mamère (via Juan), qui a dit les choses comme elles sont:
L’atmosphère est devenue particulièrement houleuse avec l’envolée de Noël Mamère (Verts), qui a accusé le gouvernement de vouloir «rembourser la part de la dette à l’extrême droite qui a permis au président de la République d’être élu à l’Elysée».
Traitant les tests ADN de «peste biologique» qui institue «la xénophobie d’Etat», Noël Mamère a aussi critiqué l’instauration d’un test d’évaluation, dans le pays d’origine, de la langue française et des valeurs républicaines.
«Si on avait demandé aux parents ou aux grands-parents du président de la République, à ceux d’Edouard Balladur, de Fadela Amara ou Rachida Dati de parler français, croyez-vous qu’ils pourraient vivre dans ce pays et être membres du gouvernement?», a-t-il lancé.
20 octobre 2007
Comment faire des éditos pour Le Monde
Et si notre journal vespéral de référence décidait de mettre des publicités pleine page à la place du contenu habituel de sa « page deux » ? Ou encore, si cette page pouvait rester blanche, espace libre de coloriage et/ou de gribouillage pour les enfants? Ou, si on tient absolument à quelque chose d'utile pour le lecteur adulte, celui qui débourse les 1,30 euros, pourquoi pas des listes, du style « Vingt choses intéressantes à savoir sur la Constitution du Ve République »? Aucune de ces options ne nuiraient, je crois, beaucoup au contenu actuel de cette page, devenu tellement mou que l'on peut se demander pourquoi cette grande institution journalistique se donne le mal d'y mettre quelque chose chaque jour.
Je me souviens encore d'un Monde où l'on pouvait trouver un esprit critique dans les éditos, mais apparemment c'est fini : on ne trouve désormais plus qu'un faux-semblant d'esprit critique, une pâle imitation destinée à faire croire au lecteur peu vigilant qu'il a bien lu autre chose que des thèses sarkozystes réchauffées et badigeonnées à la sauce vespérale.
Quelques exemples de cette semaine.
Le 16 octobre, Le Monde publie une « Analyse » de Bertrand Le Gendre, l'un des rédac'chefs au Monde, intitulée « Ingénierie constitutionnelle ». Ce n'est pas un mauvais article, il fournit une assez bonne mise en perspective historique sur certaines des questions centrales autour de la présidentialisation. Toutefois, le but du papier est, finalement, d'arguer en faveur du statut quo (hors cohabitation, tous les régimes ont été présidentiels) et d'espérer que le comité Lang-Balladur fera quelque chose de bien pour augmenter le pouvoir de l'Assemblée, sans trop savoir quoi. Le salut viendra, paraît-il, du non-cumul des mandats, du moins de celui de député et d'un rôle exécutif sur le plan local :
Avec pour point d'ancrage - pourvu que cela ne reste pas un voeu pieux - l'interdiction de cumuler un mandat de député avec une fonction locale de premier plan. Face à un exécutif omnipotent, on ne peut pas être membre de l'Assemblée nationale à mi-temps.
Si c'est cela « le point d'ancrage » de cette réforme, ce n'est pas la peine d'être ingénieur. On ne s'ancre pas là, on s'accroche à ce qu'on peut. Mais surtout, rien n'inquiète l'auteur, qui a une confiance sans faille en notre Très Grand Homme (TGH). En tout cas, il n'y a rien dans ce papier qui risquerait d'ébranler la confiance des lecteurs du Monde en les super-pouvoirs du Président.
Sur cette même « page deux », l'Edito en face nous parle des malettes de Gautier-Sauvagnac, non pas pour traiter des méchants patrons qui s'en mettent plein les poches, mais pour étendre le scandale à l'ensemble du syndicalisme:
A la différence du Medef, qui a des comptes certifiés, l'UIMM relève, comme les syndicats de salariés, de cette fameuse et historique loi de 1884 : elle dispose simplement, dans son article 6, que les syndicats de patrons et d'ouvriers "pourront employer les sommes provenant des cotisations". En d'autres termes, les syndicats qui n'ont jamais réussi à vivre de leurs seules ressources n'ont ni à être transparents ni à rendre des comptes. Il en est résulté "une assez grande opacité" [...].
Tout en ayant l'air de s'offusquer des errements de DGS, l'éditorialiste anonyme réussit à mettre en cause le syndicalisme français dans son ensemble. Et ce à deux jours du « jeudi noir » de la grande prise en ôtage.
Ainsi, pas de surprise quand on arrive enfin au jeudi en question et que Le Monde annonce son soutien sans faille pour les réformes présidentielles. L'« Edito » du 18 octobre s'intitule « Réforme et équité », comme s'il s'agissait d'appeler à un équilibre entre la réforme (Sarkozy) et l'équité (ceux qu'on allait priver de leurs régimes spéciaux). On comprend vite que l'équité en question est celle entre les différentes branches; en somme une position parfaitement alignée sur celle du TGH, qui dénonçait un système « indigne ». Résumé rapide de l'Edito? Il faut réformer les régimes spéciaux, c'est inévitable, nous souhaitons bonne chance au Président, qui aura besoin de négocier soigneusement, c'est-à-dire avec un peu d'équité. L'auteur anonyme écrit :
Pour M. Sarkozy, il s'agit donc de parachever, au nom de l'équité entre tous les salariés du privé et les fonctionnaires, une réforme que la gauche aurait faite si elle était aujourd'hui aux responsabilités, et dont la plupart des syndicats ne contestent pas le principe.
Pour conclure :
Avoir défini un objectif ne dispense cependant pas M. Sarkozy d'agir avec souplesse dans les négociations d'entreprise pour tenir effectivement compte des spécificités des régimes spéciaux, où la retraite avantageuse est souvent compensée par des astreintes dures et des salaires bas. Les métiers pénibles y existent encore, et il ne faudrait pas seulement les prendre en compte dans le privé et les occulter à la SNCF ou à EDF. Enfin, il faut se garder absolument de stigmatiser les salariés de ces régimes comme s'ils étaient des nantis. L'équité ne va pas sans respect de la cohésion et de la justice sociales.
Il faut réformer, mais il faut être gentil.
Je pourrais continuer longtemps. Le 19 octobre, par exemple, c'est l'Europe et la confirmation de la nécessité du mini-traité (« L'engagement de Nicolas Sarkozy de ne pas organiser de référendum sur ce nouveau texte est un gage de succès.»)
L'art de l'Edito au Monde se réduit désormais à ceci : rappeler les faits, puis reprendre les arguments de Nicolas Sarkozy en trouvant des termes plus froids, plus sérieux, qui fassent plus « journal de référence » que ceux du TGH. Ensuite, ajouter une pincée de réserve, un léger doute pour montrer son indépendance d'esprit, doute qui doit vraiment être léger comme une plume pour éviter tout risque d'inquiéter le lecteur, qui ne doit en retenir que l'impression d'avoir lu un éditorial, c'est-à-dire une réflexion « critique ». Un esprit critique cache-misère devant l'affirmation répétée inlassablement - mais toujours très calmement - du caractère inévitable de tout ce que propose Sarkozy.
Minc va partir, mais j'ai bien l'impression qu'il n'est pas le seul qu'il faudrait virer.
19 octobre 2007
Être, c'est être people
Et déjà on parle de Sarkozy et Carole Bouquet!
Je ne peux plus suivre ce soap opera, fût-il lourd de conséquences pour la suite.
"Ils ne feront aucun commentaire"
Nous ne pourrions pas connaître avant longtemps les véritables retombées du traitement médiatique du divorce Sarkozy/Sarkozy. Pour l'instant, il semblerait que Sarkozy aurait mieux fait de faire appel à une boîte de com' spécialisée dans le disaster management. Le si habile Sarkozy était visiblement empètré dans une situation où il n'était plus maître à bord et soudain il se comporte à nouveau en Président distant, avec ses quinze mots, dont presque un tiers pour dire qu'il n'y aura pas de commentaire. "Ils ne feront aucun commentaire", oui, ça fait cinq mots.
Pourquoi annoncer qu'il n'y aura pas de commentaire? De toute façon, dès aujourd'hui nous avons eu droit aux commentaires de Cécilia. Etait-ce pour justifier le silence gêné qui fut matérialisé par les pas de commentaire répétés de David Martinon? Par justifier, je veux dire : faire comme si le "pas de commentaire" était une politique délibérément choisie et parfaitement cohérent avec la hauteur prise par le Très Grand Homme (TGH)? Curieux qu'après 23 semaines passées à tirer tous les regards sur lui, et parfois sur son couple quand l'occasion se présentait, curieux que Sarkozy se réfugie soudain dans une réserve digne de ces prédécesseurs.
C'était tout de même malin de faire tomber l'annonce le jour de la grève, histoire de profiter, malgré tout, de sa vie privée pour encore une fois qu'on parle de lui plutôt que d'autre chose. En effet, autant concentrer les mauvaises nouvelles : élimination du XV de France, divorce, mouvement social.
On s'interroge beaucoup sur l'état d'esprit de notre divorcé national. Va-t-il "exploser en vol", comme le suggèrent Dagrouik et Chirac? Je ne vais pas me hasarder dans les méandres de la psychologie du bonhomme, c'est-à-dire la partie non-politique de la psychologie sarkozyenne, que l'on imagine tourmentée, tout de même. Je vois quand même dans ce refus de commentaires, cependant, un certain durcissement des positions, qui pourrait confirmer une tendance paranoïaque chez lui dont j'avais parlé il y a quelques mois. Le "pas de commentaire", c'est un retour sur l'autre pôle de la bipolarité présidentielle. D'un côté il y a le type affable, souriant, et de l'autre l'homme autoritaire, grave, rancunier.
Tout cela serait sans importance si on pouvait penser que ce durcissement n'allait pas contaminer le comportement politique de l'omni-homme.
17 octobre 2007
Et toi aussi, LCI ?
Visiblement, je deviens un Cécilia-junkie. Tant pis, c'est un tel défi pour un communicant politique comme Nicolas Sarkozy, notre Très Grand Homme (TGH) que la séparation entre vie privée et vie publique ne me préoccupe pas beaucoup.
Aujourd'hui, ça se corse, car les rumeurs se précisent, et l'absence de démenti commence à peser lourd. Le déroulement des événements médiatiques est assez clair, ce sont Le Nouvel Obs et LCI qui ouvrent le bal, en déballant l'info cruciale, le voyage de Cécilia non à Genève mais à Nanterre.
Mais voilà ce qui m'intéresse : LCI? LCI qui, pendant la campagne présidentielle était « l'annexe » de l'UMP ?
Comment se fait-il que c'est cette chaîne amie qui plante l'un des premiers couteaux ?
13 octobre 2007
Défaite du XV, une bonne nouvelle pour Sarkozy
Suite du post précédent, maintenant que l'Angleterre a battu la France en demi-finale de la Coupe du Monde de Rugby.
Je sais que la victoire de l'équipe de France en finale était censée aider le Très Grand Homme (TGH) à ramener ses points de croissance avec ses petits bras, et que c'est pour cette raison que Bernard Laporte fut préselectionné en tant que Secretaire d'Etat. On pourrait imaginer que cette défaite est un revers pour Sarkozy.
C'était sans compter sur Cécilia.
Tout à l'heure je disais que le resultat du match allait déterminer
comment le couple royal présidentiel allait
annoncer leur séparation. L'ennui, c'est qu'en cas de victoire des
Bleus, ce n'était pas terrible que le Président impose au pays une
sorte de deuil national (car ce sera ça, si Cécilia se
casse). C'était demander aux pauvres gens d'éprouver simultanément
dans deux émotions contradictoires.
Grâce à cette magnifique défaite, Sarkozy peut tranquillement ajouter son deuil personnel et national à celui, sportif, du pays. Il sera super en phase avec ses sujets, et tout ira pour le mieux.