6 juillet 2009

Drôle d'Epok

Dans mon dernier billet, j'ai mentionné le célèbre entretien du Chef de l'État avec Denis Olivennes, l'ancien PDG de la Fnac, reconverti, paraît-il, dans le journalisme. Les confrères blogueurs n'ont pas apprécié que ce même Olivennes considère que "internet" est le "tout-à-l'égout de la démocratie". Après avoir détruit l'art et la culture, l'internet vise donc la démocratie elle-même, donc. On peut s'interroger sur cet usage du mot même d'"internet" dans ce contexte, comme si c'était une simple chose, ou un produit unique, comme l'iPod par exemple, vendu à la Fnac. Monsieur Olivennes, l'ancien "agitateur depuis...", devrait savoir, pourtant, que l'internet n'est plus vraiment une chose, mais est devenu l'air que respire une certaine société moderne et occidentale. C'est cette même attitude qui a produit des abérrations comme Hadopi, les subventions pour la presse écrite payées par les fournisseurs d'accès, et fnac.com.

Denis Olivennes publie donc dans Epok, pardon, dans le Nouvel'Obs cet entretien qui a déjà reçu, quand même, un certain nombre d'attaques bien mérités, en commençant par les rédacteurs eux-mêmes du Nouvel'Obs, mais aussi (et surtout!) les blogueurs : Juan, Dagrouik, entre autres, et surtout Vogelsong qui nous livre un réquisitoire méchant juste comme il faut, auquel je n'ai pas grand'chose à ajouter.

Qu'est-ce qu'il y de si insidieux dans cet entretien, hormis le fait qu'il n'est pas paru dans Figaro Magazine ? Là où Olivennes passe véritablement les plats, c'est dans le détournement permanent du politique vers la "personnalité" du TGH. Souvenez-vous de ce "je ne suis pas narcissique" ou de cette magnifique explication du bling-bling :

Ces critiques avaient commencé bien avant le Fouquet’s. Cela correspondait à une époque de ma vie personnelle qui n’était pas facile et où j’avais à me battre sur plusieurs fronts.

Bon à savoir. Si j'ai des difficultés côté perso, je n'hésiterai pas à compenser par la multiplication des signes extérieurs de richesse. Se battre sur plusieurs fronts. Le pauvre.

Et pendant que nous nous appitoyons sur le pauvre petit Très Grand Homme, nous nous détournons du politique. Et c'est peut-être là où est le secret de l'alchimie Olivennes-Sarkozy : tout peut se réduire à du personnel, à des facettes de cette personalité insondable. Karachigate ? La question du journaliste ne me plaisait pas. Conception monarchique de la présidence ? Euh, j'ai grandi.

Eh bien, ici à la Pire Racaille, on s'en fout de la personalité du Président de la R., on s'en fout s'il grandit ou au contraire se rapetisse. Mais on n'est pas pour autant indifférent devant la compromission de la presse. Pourtant, cela ne devrait pas nous surprendre. (À ce propos, David Desgouilles fournit des intuitions importantes sur les liens entre Sarkozy et les « libéraux de gauche » comme Minc et Olivennes.)

Pendant les dernières semaines de la campagne présidentielle, j'entendais sans cesse : « il ne faut pas diaboliser Sarkozy ». Je ne me souviens pas de l'origine de ce thème, mais il est évident qu'aujourd'hui, déjà, après deux ans seulement, tout ce qu'on pouvait craindre est déjà en place. Sans parler des libertés individuelles, du Ministère de la Haine et de l'Identité Raciale, nous sommes effectivement arrivés à ce bloc de pouvoir médiatico-politique qu'il était déjà logique, en 2007, de redouter. L'« ouverture » est une bide politique qui ne sert qu'à maintenir la pression sur les cadres UMP. L'« ouverture » idéologique qui permet à cet homme de réseaux à peser sur presque tous les médias traditionnels est bien plus dangereuse.

2 commentaires:

Monsieur Poireau a dit…

Toute l'Histoire ramenée à son destin personnel, n'est ce pas ? La France avait besoin de lui et il s'y sacrifie, il s'y conforte… Quelle outrecuidance !
:-)

omelette16oeufs a dit…

Et s'il avait décidé d'aller dans la monastère pour apprendre tout de suite à habiter sa fonction, on aurait gagné deux ans! voire plus...