13 juillet 2009

Karachigate, même sans l'attentat

Petit à petit, Karachigate s'impose. Je prends pour preuve le fait que l'ancien journal de référence a enfin fait un papier sur l'enquête en cours, sans se cacher à chaque phrase derrière des "Mediapart dit que..." ou des "Bakchich dit que...", comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps. Non, cette fois-ci il y aurait des éléments dignes d'un journal véspéral.

Qui sont les véritables auteurs de l'attentat commis le 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan, dans lequel onze Français de la direction des constructions navales (DCN) ont trouvé la mort ? Cette question se pose avec une force nouvelle depuis que le juge d'instruction chargé de l'enquête à Paris, Marc Trévidic, a écarté soudainement, fin juin, la piste Al-Qaida, et qualifié de "logique" celle liée au non-versement de commissions dans un contrat de sous-marins de la DCN à Islamabad.

Et on admet même qu'il pourrait y avoir une implication chiraco-balladurienne :

Cette autre piste pourrait potentiellement avoir des implications politiques explosives si elle mettait au jour un financement lié à la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy, actuel chef de l'Etat, était proche.

Mais...

la justice ne dispose à ce jour que de peu d'éléments, que ce soit dans le volet terroriste ou financier, pour soutenir une quelconque accusation. Seule réelle avancée des magistrats : la mise en lumière des dessous des grands contrats internationaux de la DCN (devenue DCNS après sa fusion en 2007 avec Thales) en matière de pots-de-vin [...]

À prendre avec des pincettes quand même, donc.

En tant que misérable blogueur, agent du « tout-à-l'égoût de la démocratie » (ne l'oublions pas), on ne peut pas espérer apporter des informations, mais il reste possible, et même utile, d'en commenter l'encadrement médiatique et politique. Et sur ce plan, il devient de plus en plus clair qu'il ne faut pas se laisser obnubiler par l'attentat et la responsabilité de l'attentat. Je m'explique.

Même sans l'attentat contre les ingénieurs français, le principe de rétrocommissions au bénéfice d'une campagne présidentielle est un problème en soi. Tout de même. La véritable « affaire d'État » est . Aucun niveau de pourriture dans la politique française ne saurait justifier un tel acte. Il ne s'agira jamais d'accuser les balladuriens ou les chiraquiens d'être directement responsables de l'attentat. Et comme je disais, même si l'attentat n'avait jamais eu lieu, cela n'enleverait rien à la gravité de l'accusation de rétrocommissions.

Quand Denis Olivennes interrogait le Très Grand Homme (TGH) sur la question du journaliste (courageux, soit dit en passant) de l'AFP qui lui a demandé s'il était au courant de rétrocommissions, le TGH avait dit que la question à laquelle il voulait répondre était celle là : quelle était la cause de l'attentat ? Pourquoi voulait-il cette question là ? Parce que c'est une question stupide. Même avec ses super-pouvoirs, le Président de la R. n'est pas censé savoir lire dans la pensée des terroristes, d'autant moins qu'on ne sait pas qui ils sont. L'identité des auteurs de l'attentat reste une question importante, mais désormais il y a deux questions indépendantes : celle de l'attentat et celle des rétrocommissions. Vous pouvez être certain que le camp des « balladuriens » préférera parler de l'attentat plutôt que des rétrocommissions.

Et c'est le sens du papier du Monde, qui démarre sur cette question :

Qui sont les véritables auteurs de l'attentat commis le 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan [...] ?

La réponse à cette question là risque de rester obscure. Elle risque aussi d'être complexe :

S'agirait-il d'une mesure de rétorsion d'une frange de l'ISI contre les Français qui ont vendu, en juin 2001, six sous-marins à l'Inde, l'ennemi juré, comme l'a suggéré Le Canard enchaîné ? Ou d'un réel attentat islamiste commis par des extrémistes pakistanais dénonçant le lâchage des talibans afghans par leur gouvernement et son alliance avec les Occidentaux ? Ou encore de règlements de comptes au sein de l'appareil militaire pakistanais, qui connaîtra même un volet judiciaire après la poursuite de généraux de la marine pour corruption ? Faute de preuves, aucune thèse ne l'emporte.

On peut toujours imaginer toutes sortes de manipulations qui auraient permis de combiner plusieurs de ces pistes dans l'organisation d'un attentat.

En revanche, la réponse à la question des rétrocommissions risque d'être très simple.

6 commentaires:

Juan a dit…

bravo. La vigilance continue...

rébus a dit…

Bien, ça commence à percer, faut juste que ça perce dans l'indifférence estivale

Monsieur Poireau a dit…

Je trouve l'article du Monde carrément mensonger. Si j'ai bien lu ce qu'on dit ici et là sur le net, que ce soit des blogueurs ou des organes de presse en ligne, on dispose maintenant d'une piste sérieuse quant à l'existence d'un contrat de rétrocommission et donc d'une cause à l'attentat quand il est apparu que le solde de cet argent "au noir" ne serait pas payé. Des noms d'intermédiaires véreux ont été cité, ils ont plus ou moins confirmé, bref, ça commence sérieusement à être étayé par les faits cette hypothèse. Je rappelle d'ailleurs qu'à l'origine de cette thèse, on a deux juges en charge de l'affaire ! Ce n'est quand même pas rien.
Le Monde fait un beau travail de replatrage, à vrai dire !
Bien sûr, à force d'en parler sur les blog, ça finira par remonter, je n'en doute pas !

[Pour le côté pollution moral, j'en avais parlé ainsi…(autopromo !) :-)) ].

Bob a dit…

C'est pas un secret d'état non plus les rétrocommissions.

JMA a posé des questions sur l'affaire à Balladur au mois de juin, celui-ci n'a pas nié que les rétro commissions existaient et qu'elles ont été interdites en 1995 par Chi-chi (déjà 1995 → attentat en 2002, le lien n'est pas évident).
Deuxio celui-ci nie tout lien avec le financement de sa campagne : il soutient ques les comptes de sa campagne ont été audités comme pour tous les autres candidats, et que s'il y avait eu le moindre problème de ce côté, cela aurait été détecté.

Monsieur Poireau a dit…

Bob : vaste blague que l'audit des comptes de campagne !
Par exemple, les compte de Chirac ont été validés parce qu'ils sont tombés juste au centime prêt, qu'est ce que c'est beau la précision comptable !!!

Et bien sûr, vous imaginez que Balladur va nous dire : Oui, j'ai piqué des rétrocommissions sur les ventes d'armes et j'assume !
Naïf, n'est-il pas ?
:-))

omelette16oeufs a dit…

Juan : oui!

rébus : de toute façon, ça va être très lent. Le fait que le secret défense sera levé qu'en septembre fait qu'on va se retrouver dans une nouvelle saison télévisuelle, ce qui peut avoir une importance médiatique.

Monsieur P : oui, quand on regarde le papier du Monde, ils ont tendance à tout minimiser, même si effectivement nous dispons déjà d'un scénario qui semble relativement complet. Mais voilà, le lien "rétrocommissions-attentat" ne pourra jamais vraiment être prouvé, et ça permet aux journalistes et aux balladuriens de biaiser.

bob,

Je ne vois pas comment on peut justifier le fait d'utiliser des rétrocommissions pour financer une campagne électorale, secret ou pas. D'abord il s'agit de l'argent public, ensuite d'une façon terriblement malhonnête pour se le procurer. S'il y a un scandale, il est là.