10 décembre 2012

Compétitivité vs. compétitivité

 

Ce qui est bien quand on croit à l'austérité, c'est que quand tout va mal, c'est le signe que tout va bien. L'austérautiste s'en retrouve conforté dans sa croyance, et il a même le sentiment d'avoir affronté ses idées au monde réel. Tout va vraiment bien, donc.

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder l'Espagne, comme cette jouraliste des Echos qui s'écris : "la sortie de crise n'est plus une utopie" :

Imperceptiblement, l'Espagne se redresse. Oui, le pays est toujours en récession et le sera l'année prochaine. Oui, le chômage atteint des sommets inimaginables, à 25 % de la population active. Oui, le déficit public est promis à un nouveau dérapage. Mais des signaux sont là, preuve, peut-être, que le pays a touché le fond et remonte, lentement, vers la surface.

Ouf. Les 25 % qui sont au chômage doivent sauter de joie. Voici pourquoi :

 

Premier signal : la « dévaluation interne ». Cette expression barbare désigne ce que tous les pays qui ont vu leur compétitivité s'éroder depuis l'entrée dans la zone euro sont condamnés à faire, faute de pouvoir dévaluer une monnaie qu'ils ne maîtrisent plus. Auparavant, l'Espagne pouvait redevenir compétitive du jour au lendemain, presque de façon indolore pour les salariés, en dévaluant la peseta. La dévaluation interne est bien plus douloureuse puisque les travailleurs la subissent à travers la baisse de leur salaire. La destruction massive d'emplois depuis 2008, puis une réforme visant à rendre plus flexible le marché du travail en début d'année ont fait baisser les coûts unitaires du travail. Résultat : « la main-d'oeuvre espagnole est actuellement 30 % moins chère que la moyenne de la zone euro, pour une productivité moindre de seulement 10 % », explique Ignacio de la Torre, économiste chez Arcano, une petite banque d'investissement espagnole.

Tout va bien donc : le travail en Espagne est "30 % moins chère que la moyenne de la zone euro", l'argent va venir !

Et les robinets sont déjà ouverts :

Forcément, un tel avantage comparatif finit par se voir. L'impressionnante progression des exportations espagnoles depuis 2008 (+17 % contre +12 % en Allemagne et +5 % en France) en est un exemple - la France en a fait les frais en perdant récemment le surplus commercial qu'elle avait avec l'Espagne. La semaine dernière, la décision de Renault de créer 1.300 emplois en Espagne - en échange d'un accord salarial prévoyant notamment une nouvelle grille pour les salaires d'embauche, démarrant à 72,5 % du salaire d'un agent qualifié - en est un autre. […] « L'Espagne peut aspirer à devenir l'usine de l'Europe », résume Ignacio de la Torre.

Et c'est là où l'on en vient au véritable problème européen, ou du moins l'un de ses aspects : ce qui bénéficie à l'Espagne nuit à la France. Soudain la France se retrouve déficitaire vis-à-vis de l'Espagne, et Renault préfère l'Espagne à l'Héxagone. Jusqu'au jour où les ouvriers français auront le bon sens d'aligner leurs salaires sur la nouvelle norme espagnole.

Si l'Espagne devient "l'usine de l'Europe", c'est d'autres pays ne vont plus l'être. Il va y avoir une concurrence entre les pays pour fournir les ouvriers les moins chers. Une nouvelle forme de dumping… C'est ce que je voulais dire l'autre jour quand je parlais d'agression économique entre voisins européens.

L'optimiste dira : oui, mais si toute cette compétitivité relance l'économie, ce sera bien pour tout le monde. Après une période certes un peu douloureuse… Vous reconnaissez la vision austérautiste. Le problème avec ce nouveau jeu, c'est que pour gagner, il faut appauvrir vos salariés. Pas seulement pour la courte période douloureuse, mais définitivement. Sinon la « dévaluation interne » ne marche plus. Et comme les autres pays de l'Union auront fait la même chose, il ne reste plus personne pour acheter ce que vous produisez.

L'Union Européenne avait démarré comme une zone de libre échange, mais elle risque de n'avoir d'autre horizon que l'exportation en dehors de l'Europe, vers des pays qui ont encore des consommateurs avec quelques sous.

 

Vraiment, tout va bien. Du moins, pour très bientôt. Ça va être super.

4 commentaires:

Politeeks a dit…

REtiens ce que je t'ai dit en IRC : le but est de créer une vaste zone a faible salaires dans le sud et l'est de l'UE. Vu que les salaires chinois grimpent, ça deviendra facile de faire du profit sur place à portée de NDDL par exemple.

Omelette Seizeoeufs a dit…

Exactement, sauf que le sud et l'est ne suffiront pas. D'ailleurs, à leur façon, les allemands sont en tête dans la course à l'échalotte. Mais le but est d'homogénéiser la zone, avec travail pas cher partout, y compris en France.

Juan Sarkofrance a dit…

je suis découragé camarade. Pas par Hollande. Par le reste/

omelette16oeufs a dit…

Juan,

Oui. La situation est trop compliquée et la gauche n'a pas la même facilité avec les mises en récit creuses du TGH.

Courage...