16 novembre 2013

Pourquoi ce sera toujours la faute de François Hollande

 

Economie et austérité. Je ne change pas beaucoup de sujet, sauf quand je n'ai pas de sujet du tout. (Voir les onze derniers mois.)

Marco (Alter Oueb) écrit, à propos de la crispation générale du pays décrite dans la lettre secrète des préfets :

François Hollande est devenu clairement la cause de tous les maux et cristallise autour de lui toutes les critiques. Avec son gouvernement, il doit gérer une friche laissée par son prédécesseur et même au-delà : on ne retourne pas en quelques coups de bêche un champ aussi vaste, autant caillouteux. Confronté aux lobbys de toutes sortes, Hollande à reculé un peu sur tous les sujets, surtout ceux concernant les «possédants», et a déçu, même dans son camp. Et alors ? L’eau du bain est chaude depuis un moment. Sarkozy, pour sa part, y a mis un sérieux coup de lance-flamme en tenant chaque nouveau jour des propos plus qu’outranciers, divisant le pays en jetant à la vindicte populaire, le doigt tendu et le rictus aiguisé, telle ou telle catégorie de français, ou de moins français.

Oui, François Hollande est devenu la cause de tout. Quand l'économie va aussi mal, présidents et gouvernements sont rarement populaires. /"It's the economy, stupid."/ Et, bien sûr, le rôle de Sarkozy dans tout cela n'est pas à négliger. Mais…

Mais…

 

Concrètement la marge de manoeuvre économique est étroite, en raison de la folie austérautiste qui domine le débat. François Hollande a fait campagne, en partie, sur la possibilité de renverser le débat. La droite avait dit "on ne peut pas renégocier le traité". Euh. La droite a eu raison.

Le pays qui auraient pu aider, les plus touchés par l'austérité, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, l'Irelande : tous ont des gouvernements pro-austérité. Une grande alliance anti-Merkel et anti-austérité n'a jamais pu voir le jour, chacun (la France y compris) avait trop peur de voir sa propre dette attaquer par les marchés. Je ne mentionne pas la Grèce, car personne n'a voulu défendre la Grèce de peur, telle une invasion de zombies, d'être contaminé par son aura d'insolvabilité.

Ensuite, Mario Draghi a parlé : l'euro ne doit pas être menacé, la BCE ne peut accueillir toute la dette de l'Europe, mais elle doit assumer sa part. Et aujourd'hui, comme hier, Standard & Poor's non obstant, qui se dégradent autant qu'ils dégradent la France, les taux des obligations vendues par la France ne bougent pas, et se rapprochent même de celles de l'Allemagne :

Les investisseurs devraient cependant rester confiants, et l’écart de taux entre la France et l’Allemagne, faible – il a même été réduit des deux tiers depuis l’élection de François Hollande !

Le spectre de taux de 8 % sur la dette française semble définitivement écarté, et pourtant rien ne bouge. Le gouvernement décide seulement la manière d'arriver à un budget suffisamment rigoureux. La seule véritable originalité a été de déplacer les sacrifices de l'austérité vers les contribuables. Sur le papier l'idée pourrait avoir du mérite, en obligeant les plus aisés à supporter l'austérité ; dans les faits, la fiscalité française n'est pas devenue tellement plus progressive. Laurent Mauduit, comme d'habitude, n'y va pas par quatre chemins :

S’il faut citer une mesure qui symbolise tout à la fois les reniements de François Hollande en même temps que l’injustice de sa politique économique et sociale, c’est assurément à la hausse de la TVA que l’on pense en premier.

En somme : il n'y avait pas beaucoup de marge de manoeuvre pour commencer ; Hollande et le gouvernement n'ont pas fait grand'chose pour l'élargir, et finalement le doute s'installe : cherchent-ils vraiment à occuper toute la marge dont ils disposent ?

Pourtant, je ne crois pas que le problème soit véritablement qu'Hollande et la bande ne soient pas « assez à gauche ». (Dans une situation comme la notre, le gauchisme de principe ne serait pas assez subtile non plus.)

En même temps, il y a une raison pour laquelle tout cela est la faute de François Hollande, et ce n'est pas juste parce qu'il est Président de la R. Il y a une contradiction au coeur de son approche, et de sa pensée.

Je m'explique. Le candidat de 2012 voulait « redresser les comptes de la France », en promettant l'équilibre budgétaire pour un avenir qui semble aujourd'hui ridiculement proche, tout en pratiquant une politique de relance. Evidemment, c'est cette dernière qui a dominé l'action du gouvernement, presque exclusivement. Car François Hollande a cru, et croit encore visiblement, à l'idée de l'austérité expansionniste, selon laquelle l'austérité (celle des dépenses ou celle des recettes), l'idée que grâce à un « fiscal multiplier » favorable (en dessous de 1), les coupes budgétaires seraient plus bénéfiques à l'économie que les dépenses étatiques. (J'en avais parlé l'année dernière déjà.)

Voici le mécanisme théorique de l'expansionary austerity :

The Expansionary Fiscal Contraction (EFC) hypothesis predicts that, under certain limited circumstances, a major reduction in government spending that changes future expectations about taxes and government spending will expand private consumption, resulting in overall economic expansion.

L'idée est simplement que des grosses réductions budgétaires (avec des conséquences économiques réelles – réellement réélles, même), vont modifier les attentes des acteurs économiques qui, pensant qu'il y a aura bientôt moins d'impôts, se mettent tout de suite à se bouger, à investir. Sarkozy, entre 2007 et 2008, aurait voulu provoquer un tel sursaut, et le bide que fut le paquet fiscal, même avant la crise de 2008, sera sûrement étudié par les économistes du futur s'interrogeant à nouveau sur l'expansionary austerity. Cette confiance en des baisses futures d'impôts, ça vous paraît léger comme moteur de relance en pleine récession ? Moi c'est pareil.

 

Le problème, c'est que François Hollande y a cru. Aussi.

Cinq ans plus tard, il est clair que cela n'a pas fonctionné.

Il pensait qu'en « redressant les comptes de la France », il faisait déjà de la relance. Il était pourtant bien placé pour savoir que cela ne pouvait pas marcher…

Donc, tout sera de sa faute : l'absence de relance et l'absence de rigueur.

2 commentaires:

Rosa Elle a dit…

Très bien vu! On se demande qui le conseille, effectivement

omelette16oeufs a dit…

Merci Rosa.

Il est censé être économiste lui-même. D'ailleurs, il disait pendant la campagne qu'il n'y aurait pas d'équilibre budgétaire sans croissance. Donc il le sait. Sarkozy s'est encore plus plié à la volonté de Merkel, mais avec lui on ne s'attendait pas à autre chose.