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30 avril 2008

Bricoles

Deux bricoles.

  1. Couac (n. m.) : Bruit produit par la collision entre une promesse politique et la réalité. (C'est un peu ce que je disais hier.)
  2. L'idée de gérer l'Etat comme une entreprise plaît à ceux qui n'y réfléchissent pas : faire travailler tous ces fonctionnaires fainéants, arrêter de gaspiller des milliards, etc. Il faut un manager fort pour mettre de l'ordre là dedans, que dis-je ?, un Très Grand Manager.

    Ceux à qui cette idée plaît si bien, s'imaginent comme les clients de cette entreprise hypothétique. Après tout ils paient des impôts et reçoivent des "services". En serrant les vis à cette boîte, ils paieraient moins et recevraient plus.

    Le problème, c'est que la relation à l'Etat n'est pas si simple. Il est difficile, pour un simple citoyen, de faire jouer la concurrence entre états, par exemple. L'individu se retrouve non dans le rôle du client, mais dans celui du salarié de cette grande boîte qu'il ne peut pas quitter. Et quand il vote pour "serrer les vis", le piège se referme sur lui.

29 avril 2008

Il y aura toujours les couacs

Le gouvernement va avoir un spécialiste de l'anti-couac, Thierry Saussez. Mais cela ne suffira pas. Les "couacs" ne sont pas des accidents, dûs au manque de discipline des troupes gouvernmentales. Les "couacs" sont la conséquence inévitable du système Sarkozy.

Pourquoi ?

Le système Sarkozy, qui est d'abord un système de communication, consiste à vendre du bonheur au kilo, du moins sous forme de promesses. Chacun s'y retrouve. Ceux qui trouvent qu'ils travaillent trop, que la vie est trop dure ne sont pas choqués quand le Très Grand Homme (TGH) dit que "le problème de la France c'est qu'on ne travaille pas assez" (Libé), ne se sentent pas visés. Dans le système Sarkozy, chacun trouve son compte : pour les gauchisants, il y a l'ouverture ; pour les gaullistes, Sarkozy est pour le patriotisme économique ; pour les DL, Sarkozy est un libéral ; pour l'extrême droite Sarkozy est... je ne sais pas au juste : comme eux ? Bien sûr, tout cela relève d'une démarche de campagne : des promesses, de l'image, de la com' qui n'est pas censée rencontrer la réalité.

Or, finalement, ce sont les ministres qui doivent s'occuper du concret, qui doivent annoncer des mesures réelles, véritablement sociales, économiques, politiques, et c'est à ce moment là que le flou sarkozyën entre en conflit avec le précis. La droite n'a pas encore oublié les effets néfastes du rapport Attali, qui, lui aussi, était bien trop concret, donnait prise à toutes sortes de critiques, laissait les chauffeurs de taxi se plaindre... Pour fonctionner, le sarkozysme doit éviter les détails. Sauf que l'un des points supposés forts chez le TGH, c'est justement son appétit pour le boulot, faire bouger les choses. "Je suis là pour agir".

C'est là où ça couaque : le pauvre ministre qui doit annoncer sa petite mesure se trouve trop facilement en contradiction avec les grands principes du sarkozysme.

La tâche de Thierry Saussez est doublement faussée. Est-ce une question de com' interne (coordonner annonces ministérielles et com' élyséenne) ou une question de com' externe (refaire l'image du TGH) ? La véritable question n'est pas là, malheureusement pour Saussez. Pour éviter les couacs, il faudrait revoir les fondements de l'exercice du pouvoir sarkozyste. Mission impossible.

Edit: quelques fautes corrigées grâce à l'intervention de Nicolas J. (pas S.).