25 septembre 2012

Absence de gauche

 

La pression à gauche monte sur François Hollande. Dagrouik l'exprime très bien :

[Hollande] passe donc de AAA en AA- , AA- avec perspective négative. Pourquoi donc ? Bien sur on observera quand les textes de lois seront votés, les décrets.. Les fameux détails que personne ne veut voir. Par exemple, le principe de la taxe à 75% est garanti, mais on regardera les détails techniques. ..

Sur le fond les premiers signaux ne rassurent pas : rien sur le statut de la BCE (cf déclaration de campagne: elle doit financer les états au lieu des banques), le TSCG qui devait être rénégocié (et soumis à referendum selon les députés PS) et quel fut le message envoyé aux grecs sur le perron de l’Elysée avec Merkel a coté: “faites des efforts”.

Qu’on le veuille ou non c’était sur le fond le même message que Sarkozy. Seule la forme change, y’a moins de coups de menton et moins d’agressivité dans le propos, mais celui-ci reste identique. les resultats de tout ça sont connus en Grèce.

En plus de la règle d'or qu'il va falloir avaler, on savait déjà que les 120 milliards de croissance n'étaient plus ou moins que symboliques. Le 75% a du mal à émerger.

C'est décevant, mais inévitable.

Pourquoi ?

 

Raison numéro un : le PS.

Le PS n'a jamais été un parti révolutionnaire. Le PS post-mittérandien ou, si l'on veut, post-tournant-mittérandien, et surtout le PS depuis Jospin, a accepté la lecture dominante de l'économie, lecture "libérale" peut-être, lecture surtout délestée de la référence marxiste. Le rôle du PS, de ce PS là, est d'apporter des nuances, d'arrondir les angles. Son rôle n'est pas de modifier en profondeur le terrain de jeu.

Le PS était comme ça avant l'élection de François Hollande. François Hollande était comme ça avant son élection. Il a été élu, mais lui et le PS restent à peu près les mêmes.

Raison numéro 1,1 : Lionel Jospin

François Hollande ne représente pas la rupture avec le jospinisme. Lionel Jospin n'a pas joué un grand rôle pendant la campagne présidentielle, et il n'a pas été beaucoup question de l'héritage jospiniste. A la différence du Jospin de 1997, cependant, Hollande n'a pas revendiqué un droit d'inventaire sur son prédecesseur.

Le jospinisme représentait une modernisation du socialisme, mais qui vite virer vers la complaisance vis-à-vis du CAC 40 et, surtout, sous l'influence surtout de DSK, vers une acceptation totale de la loi et la logique de la finance. Pour finir, en 2002, avec "mon programme n'est pas socialiste".

Raison numéro 2 : Mélenchon (etc.)

Après cette critique d'un PS qui s'accomode très bien du grand consensus financier des années 1990 et 2000, vous vous dites : "ah, il va sortir du bon vieux gauchisme maintenant, du Mélenchon ou assimilé".

Eh bien, non.

Mélenchon et ceux à sa gauche ne disent pas que des bêtises, ont souvent des analyses intéressantes, mais, pour ce qui est de l'action politique réelle, ce n'est qu'une sorte de numéro de catharsis collective. En réalité, la pensée politique de la gauche-gauche ou extrême-gauche traditionnelle est morte, en termes d'action politique, c'est-à-dire : comment aller du point où nous en sommes aujourd'hui, avec les innombrables contraintes de notre situation, vers une situation B qui sera en accord avec nos idées de gauchistes. (En version boutade : Hollande n'a jamais dit qu'il serait Chavez ; Mélenchon ne sera jamais Chavez ; Chavez ne serait pas Chavez s'il ne pouvait pas tout financer avec le pétrole.)

Cette "option" n'en est plus une, mais sert seulement, au mieux, à animer une position critique, au mieux à occuper un terrain, s'occuper d'un groupe de consommateurs du gauchisme labélisé 100 % pur.

Raison numéro 3 : Oui et non

Habituellement, nos journalistes voudraient, pour expliquer ce qui se passe à gauche, tout ramener au référendum sur le TCE, avec ses ouïstes et nonistes. La crise actuelle montre bien à quel point cette analyse n'a plus de sens, alors que la question de l'existence même de l'Euro a failli vraiment être posée, et qu'un "non" effectif et véritable a failli frapper la Grèce.

Raison numéro 4 : que reste-t-il ?

Après avoir brûlé à peu près tous les points à gauche, on constate que le point de vue, de gauche, qui pourrait s'opposer au conformisme moribond sans partir dans des fantasmes néo-marxistes, politiquement parlant, n'existe pas. Bien sûr, il ne manque pas d'individus avec des perspectives intéressantes, de choses à dire sur le sujet. Roosevelt 2012 est l'une des tentatives les plus abouties, et affiche une volonté réelle de passer du stade des analyses et des idées à l'action concrète. Mais, malheureusement, combien de divisions médiatiques ?

 

Et voilà le vrai problème de la gauche molle comme on l'aime, et pas seulement française : pendant dix ans nous sommes restés dans l'idée d'une modulation, forcément mineure, du consensus financier mondial. Aujourd'hui que ce consensus se fissure, on ne peut qu'être frappé par l'absence de propositions des gauches, acceptant timidement le dogme de l'austérité.

8 commentaires:

ZapPow a dit…

Il est très bien cet article, encore que je ne partage pas votre opinion sur la "gauche de la gauche", que je ne crois pas morte parce qu'elle n'a aucune prise sur la politique réelle : c'est le cas de tous les partis minoritaires, qui ont le choix entre garder leur personnalité sans avoir de réel pouvoir, en travaillant à en avoir un un jour (qui peut ne jamais arriver), soit perdre leur personnalité en se faisant les alliés d'un autre parti qui lui a un réel pouvoir (voir les centristes avec l'UMP, EELV avec le PS — les développements actuels ne sont que soubresauts).

Omelette Seizeoeufs a dit…

ZapPow,

Merci. Je n'aime pas critiquer la "gauche de la gauche" car je m'y reconnais pas mal, du moins sur un plan un peu affectif. Et c'est bien d'avoir des partis minoritaires, évidemment. Mais justement, il faudrait que ces partis minoritaires soient la source de nouvelles idées pour secouer le PS qui a besoin d'être secoué depuis bien longtemps. Or, quelqu'un comme Mélenchon ne fait, finalement, que de confirmer l'idée qu'il n'y a que le choix entre le business et la nostalgie un peu marxiste.

Le seul parti minoritaire qui apporte du neuf (et encore), c'est EELV, mais ils réussissent à se rendre parfaitement hors de propos aussi, surtout sur l'économie...

Bref.

Rosa Elle a dit…

très bon billet, merci!
Contente de ton retour, tu m'as manqué:-)

Nicolas du Comptoir de la Comète a dit…

Bof.

Je suis d'accord avec chacun de tes arguments (ou presque mais peu importe).

Par contre, je ne vois pas l'alternative. Mon côté social démocrate, peut-être...

Je ne vois pas non plus l'alternative électoraliste (ce qui permet d'être élu pour appliquer un programme).

Omelette Seizeoeufs a dit…

Rosa Elle,

Merci! ça fait du bien de se dégourdir la rhétorique.

Nicolas,

L'absence d'alternative est effectivement le problème. On se rend compte aujourd'hui que baisser les dépenses finit par augmenter des déficits (en Italie), mais on reste dans une logique de nuancer l'austérité.

Pour qu'il y ait une alternative avec une certaine crédibilité politique, il aurait fallu commencer à y réfléchir il y a dix ans. On est en train de payer ces années de paresse intellectuelle de la part du PS.

Lionel a dit…

Article intéressant mais , invariablement , le discours de personnalisation de trop de blogueurs : Hollande par ci , Mélenchon par là , etc...conduit à occulter la réalité car ces représentants de partis ou factions , à eux seuls , ne rendent pas compte des idées et courants d'opinions de la BASE de leurs partis et de plus , traversant le pays . Je trouve plus juste d'utiliser les références : FDG , PC , PS , EELV etc... plutôt que faire de leurs leaders un culte de la personnalité réducteur et pervertissant largement exploité en son temps par l'orgueilleux bourgeois/aristo De Gaule s'inspirant du dictateur assassin Napoléon pour créer la misérable et écrasante constitution de 1958 , dont nous souffrons tellement aujourd’hui et que les successeurs du charlot ont allègrement reconduite...jusqu'au PS à qui , dans sa large majorité , çà ne pose aucun problème ( photo de Hollande devant l’Élisée , symbole royaliste s'il en est ) . J'eusse et de loin préféré qu'il pose par exemple devant la statue de la République . AU SECOURS JAURES , ils sont devenus fous !

Omelette Seizeoeufs a dit…

Lionel,

Pour le choix entre les noms des leaders politiques et les noms des partis, le problème, c'est que pour un parti comme le PS ou l'UMP, il y a trop courants plus ou moins contradictoires. Dire "Hollande", c'est plus précis, même si je regrette aussi la personalisation à outrance de la vie politique. Et plus globalement, je pense qu'on ne peut vivre dans le déni de sa nature ultrapersonalisée. Aujourd'hui, c'est ainsi que la vie politique s'organise. Pour le pire, bien sûr.

Lionel a dit…

O.K. Omelette..., mais cela ne signifie pas qu'il faut continuer à servir sinon singer inconsciemment l'idéologie dominante et ses " éléments de langage " lourds de ses chaines captivantes passées dans le sens commun qui seraient assimilables à une nature intrinsèque sous-tendue et présentée comme indiscutable mais , en réalité , parfaitement perverse et aliénante au point que ses adversaires n'en on guère conscience...et , c'est lourd de conséquences . A tel point que les sociaux-libéraux intègrent parfaitement ce courant de pensée , cela sans complexes ( comme disait chichi : çà m'en touche une sans faire bouger l'autre ) . Etienne Chouard et Frank Lepage en font la démonstration magistrale lors de leurs conférences pour l'un et spectacles pour l'autre .