15 avril 2008

Anti-social (le dos rond)

Le nouveau Sarkozy s'efforce de laisser passer de temps en temps quelques cycles d'information sans intervenir de façon fracassante. Le ton du "on va tout faire péter" semble cèder le pas à celui que François Fillon avait inauguré avec son célèbre "les caisses sont vides". Pourtant, en termes d'action politique, rien ne semble séparer le Premier Ministre du Très Grand Homme (TGH), et surtout, rien ne permet de distinguer entre la politique du Sarkozy Bling-Bling de celle du Sarkozy Post-Municipal : sous prétexte d'efficacité ou de modernité (Sarkozy I), ou encore de nécessité fiscale (Sarkozy II), on suit à peu près la même logique pour bousiller morceau par morceau le système de protection sociale française.

(J'ajoute que ma position sur la question de la protection sociale ne se résume pas à la seule défense des acquis ; malheureusement, l'approche du gouvernement se résume à une offensive contre les acquis.)

Prenons la citation (le 8 avril à Cahors) que l'on retrouve partout, dans sa version vespérale :

"La protection sociale est indispensable dans notre pays, mais si le poids des prélèvements obligatoires est tel que les emplois se délocalisent, ça crée des chômeurs en plus, donc ça fait exploser les dépenses sociales", a argumenté M. Sarkozy. "Nous reviendrons à l'équilibre de nos régimes sociaux là encore par la réforme", a-t-il promis, estimant que la réponse à ce problème se résumait "au plein emploi".

En tout cas, je n'ai pas retrouvé cette conclusion dans le discours publié sur le cite de l'Elysée, mais j'ai peut-être manqué de patience, car l'AFP dit la même chose :

"La réponse à tout ça c'est le plein emploi, c'est ce qu'on essaie de faire".

C'est le prononcé qui fait foi, n'est-ce pas? La réponse, c'est le plein emploi. Méditons cette affirmation. Ce sont les fameuses réformes qui vont nous conduire vers ce paradis du travail. (Un peu comme le TEPA devait doper notre pouvoir d'achat, je suppose.) Or, les si réformes consistent en la réduction du niveau de protection sociale, et si elles précèdent nécessairement l'arrivée du plein emploi, et si on me permet d'être scéptique sur l'efficacité de ces mesures en termes d'emploi, il est évident que, même dans le meilleur des cas, dans ce monde meilleur où il est possible de "libérer la croissance", la solution viendra bien après que les réformes auront rendu la vie plus dure, plus précaire pour toutes ces personnes que la protection sociale protège réellement. On saura quand on perdra son pouvoir d'achat, ses allocations, on ne saura pas quand on bénéficiera du plein emploi.

Sarkozy n'a pas changé son discours depuis la campagne. De la réforme naîtra la prospérité. Pourtant, il doit savoir que dans le contexte actuel, et après son échec sur le pouvoir d'achat, ses promesses ont perdu le peu de crédibilité qui leur restait. Sarkozy se fillonise et se chiraquise : plan de rigueur qui ne dit pas son nom (Fillon) ; politique du dos rond d'un président sûr de sa majorité pendant au moins cinq ans (Chirac). En somme, la même vieille politique que la droite propose depuis... depuis toujours.

Où en sommes-nous avec le sarkozysme, alors? La déclaration que je viens de citer pourrait très bien signaler la fin, tout simplement, du sarkozysme. Finie la "rupture", fini le "choc de confiance", abandonnées au bord de la routes toutes les promesses de modernisation, d'énergie, d'une révolution qui allait mettre fin à tout ce que l'on n'aimait pas dans la réalité pour le remplacer avec le pays dont tout le monde a toujours rêvé. Finie, aussi, la crédibilité de celui qui promettait à Gadrange que l'Etat pouvait tout. Ne reste du sarkozysme que ce qu'il a hérité des Juppé, Balladur et Chirac d'antan : la rigueur budgétaire, la défense de privilèges, l'assaut contre l'Etat-Providence.

C'est à croire que Sarkozy privé de son style que la France ne supporte plus, ce n'est plus Sarkozy du tout. Lui enlever son style, c'était détruire le sarkozysme, car le sarkozysme a toujours était un style et une façon de manier le pouvoir et la communication. Ce n'était pas une politique, et encore moins une pensée politique.

L'opinion a très bien compris d'ailleurs, ce changement, car la nouveauté des derniers sondages, c'est la double chute : 3% pour Sarkozy et 4% pour Fillon, plus visible, plus exposé, plus politique qu'avant. La présidentialisation de Sarkozy ne convainc plus. Le seul avantage avec sa "nouvelle" personnalité politique, c'est que Fillon n'en profite plus. Ce qui n'est sûrement pas rien.

2 commentaires:

Monsieur Poireau a dit…

Sarkozy et son gouvernement sont désormais comme un vaisseau fantôme que n'anime plus aucun esprit, aucune volonté, aucun cap.
Je pense que les ratés précédents, le choc de confiance, le retour de la croissance et la dégringolade du pouvoir d'achat ont achevé la foi des électeurs.
On n'a pas assez souligné le fort taux d'abstention aux municipales, sans report sur les extrèmes, et il conviendrait d'y être attentif !
:-)

omelette16oeufs a dit…

monsieur poireau,

Oui, c'est du Chirac en plus énervé. Le rêve.

Quant à l'abstentionnisme, je soulignerais surtout le fait que la gauche nationale n'a rien fait pour profiter de la situation. En somme, les gens doivent dire : "les hommes politiques, tous des cons".