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11 janvier 2008

PS: Le candidat 100% naturel

Vite fait, pour s'échauffer, les commentaires de Julien Dray sur la candidature de Ségolène Royal au poste de Premier Secretaire (Libé):

Selon le porte-parole du PS, «il y avait une mayonnaise qui pouvait prendre après l'élection présidentielle, parce que c'était une forme de logique : la candidate devenait la patronne du Parti socialiste. Mais à partir du moment où elle a donné une lecture extrêmement critique de sa campagne, où elle a désigné un certain nombre de responsables au parti socialiste (pas forcément à tort d'ailleurs), il y a forcément une situation qui est nouvelle, explique Julien Dray. La situation nouvelle, c'est qu'aujourd'hui la candidature de Ségolène Royal à la tête du Parti socialiste n'est plus naturelle. La question qui est posée : est-ce que cette candidature va rouvrir une crise au Parti socialiste ou est-ce qu'elle va la résorber ? Mon sentiment, c'est qu'elle va la rouvrir».

Il y a quelque chose de très bizarre là-dedans. Dray est en train d'expliquer pour il retourne sa veste, sans le dire évidemment. Ce non-dit influe sur sa façon de s'exprimer. Prenons les choses point par point:

il y avait une mayonnaise qui pouvait prendre après l'élection présidentielle, parce que c'était une forme de logique : la candidate devenait la patronne du Parti socialiste.

Pour quelqu'un qui aurait tout oublié de l'après 6 mai du côté socialiste, cette lecture pourrait paraître cohérente : Royal avait toutes les clés en main, c'était le moment de prendre le contrôle du Parti. C'est oublier un peu vite que c'était précisément à ce moment que la candidate était le plus férocement contestée par les autres "chefs de file". La possibilité de devenir "patronne" tout de suite après l'élection est une pure fiction, qui sert uniquement à rejeter toute la faute sur Royal elle-même :

Mais à partir du moment où elle a donné une lecture extrêmement critique de sa campagne, où elle a désigné un certain nombre de responsables au parti socialiste (pas forcément à tort d'ailleurs), il y a forcément une situation qui est nouvelle

Oublié DSK qui regarder passer les secondes sur son Blackberry pour pouvoir lâcher sa bombe sur Ségolène Royal. Oublié l'aigreur mal contenue des jospiniens. Enfin, pas tout à fait oublié, car Dray admet que certaines des critiques lancées envers le Parti étaient justifiées ("pas forcément à tort...").

La situation nouvelle, c'est qu'aujourd'hui la candidature de Ségolène Royal à la tête du Parti socialiste n'est plus naturelle. La question qui est posée : est-ce que cette candidature va rouvrir une crise au Parti socialiste ou est-ce qu'elle va la résorber ? Mon sentiment, c'est qu'elle va la rouvrir».

Sa candidature n'est plus naturelle? C'est là où j'ai le sentiment que Julien Dray se trompe de mot. La candidature de Ségolène Royal, est-elle moins naturelle que celle de Pierre Moscovici ? Déclarer une candidature, c'est entrer en concurence avec d'autres. Une candidature n'a pas besoin d'être "naturelle". C'est le vote qui décide si elle est justifiée. Ségolène Royal est-elle devenue si insignifiante au PS que sa candidature n'a aucune importance? J'ai dû mal à penser que Dray le pense.

De quoi parle-t-il, donc, notre Julien Dray? Ce qu'il veut dire (sans le dire) c'est que ce ne serait pas "naturel", ce n'est pas la candidature de Royal, mais la victoire de Royal. Qu'il doit redouter au point d'intégrer ce lapsus dans sa pensée.

Je ne serai jamais un grand défenseur de François Hollande. Il est devenu, néanmoins, le bouc-émissaire du PS. On aime tellement le rendre responsable des grandes "synthèses à la con", qui furent acceptées parce qu'elles arrangeaient quand même tout le monde. On voit que "l'esprit Hollande" est toujous en forme chez Dray, qui souhaite un candidat capable de "résorber" les crises du PS. Quelqu'un de mou, de consensuel. Ségolène Royal est dangereuse parce qu'elle oblige tout le monde à faire de la politique, de se prononcer. Si on demandait plutôt à Hollande de rester pour un mandat de plus?

14 novembre 2007

Déficit de communication

En commençant leur grève reconductible hier soir, les syndicats des cheminots sont-ils tombés dans un piège? Juan se pose la question depuis plusieurs jours. Effectivement, le durcissement du gouvernement la semaine dernière, l'impression partagée par tous les syndicats concernés que le pouvoir "cherchait la grève", tout cela a des allures de piège, de traquenard politique. En somme, plutôt que de trouver des cheminots-traîtres pour remplacer les cheminots, comme l'aurait fait Reagan par exemple, Sarkozy entendrait anéantir la crédibilité politique des syndicats en les isolant dans l'opinion.

Le terrain a été bien préparé, et le coup de "génie" était de focaliser l'attention sur le caractère spécial des régimes spéciaux et dénonçant une situation "indigne", contraire aux principes Républicains d'égalité et/ou d'équité qui sont si chers à ce Très Grand Homme (TGH). J'ai bien le soupçon que ce sera plus ou moins la dernière fois que le TGH fera ainsi appel à l'égalité économique. Ce qui m'amène à un argument simple à proposer dans les débats informels :

Si les systèmes de cotisation et de retraite doivent être pareil pour tout le monde, ne faudrait-il pas uniformiser aussi les salaires entre le public et le privé? Les écarts actuels ne sont-ils pas tout autant indignes.

Ce n'est pas nouveau comme argument, bien sûr, mais ce qui est navrant c'est qu'il est, aujourd'hui, à peu près impossible d'entendre dans nos chers médias quelque chose de ce genre.

Donc, s'il y a un piège, son seul mécanisme (pour l'instant en tout cas), c'est la communication politique. Et c'est là où l'on comprend l'énorme désavantage des syndicats. Non seulement Sarkozy continue à bénéficier d'un très large soutien dans les médias, mais lui et ses comparses sont quand même très doués pour expliquer au public leur position. L'arsenal médiatique des syndicats est pire que limité. Et le timide PS (genre Dray) ne va pas leur prêter main forte.

Cela dit, tout est très loin d'être joué : la popularité de Sarkozy est en baisse, les anti-sarkozysmes primaires et autres montent, la grève est très suivie, ce qui indique que, du moins pour une certaine catégorie de la population, le message est bien arrivé. De plus, il n'est pas impossible que l'attention médiatique donne aux syndicats la possibilité, justement, de s'exprimer et peut-être de convaincre.

30 juillet 2007

Bockel

Libération résume un entretien de Jean-Marie Bockel publié dans Marianne. Je n'ai pas trouvé l'entretien sur le site de Marianne et je n'ai pas la version papier; je dois me contenter de ce qu'en dit Libé.

De toute façon, il n'y a rien de neuf. Ou presque.

Bockel nous sert le même plat que nous avons déjà eu tant de mal à digérer. La réforme pour la réforme, l'action pour l'action. Peu importe l'orientation politique, si ça bouge. Bockel, Besson, Lang semblent s'être concertés.

Voici la version Bockel:

Il est «nécessaire d'avoir un chef de l'Etat engagé qui donne une ligne claire à la politique gouvernementale».

Ou encore:

L'ex-responsable socialiste estime qu'«il faut qu'il se crée (en France, ndlr) un sentiment d'adhésion à quelque chose, sinon nous risquons de stagner dans l'autocritique à force de répéter que nous sommes de mauvais élèves».

« Adhésion à quelque chose ». A quelque chose ? Peu importe la chose? C'est admirable, comme vision politique. Effectivement, le style Sarkozy est en train de remplacer absolument tout, car il y a plus de gésticulation que de « réformes » réelles. Peu importe où on va, à condition de rouler en BM.

Le papier de Libé termine sur une note étrange, toutefois:

Il indique que le chef de l'Etat est «un démocrate ; des personnalités du PS, comme Julien Dray ou Manuel Valls, en sont aussi convaincues que moi».

Primo, ce n'est jamais bon signe quand il faut indiquer qu'un chef d'Etat « est un démocrate », car en général on le dit que s'il y a un doute. « Vladimir Poutine est un vrai démocrate », « Berlusconi est un démocrate ».

Secundo, Bockel implique nommément Dray et Valls. Valls a déjà dit plusieurs bêtises censées montrer sa pugnacité mais qui confirmaient en fait la suprématie du Très Grand Homme (TGH), et j'ai déjà vu des rumeurs sur la complicité de Dray. Est-ce là une nouvelle variante sur la kouchnerture : on ne débauche pas les responsables PS, mais on les impllique. Et s'il y avait une sorte d'accord, ou mini-débauchage de Valls ou de Dray, quelle serait pour eux la contre-partie ?

Et, dernière question : cette ligne de la réforme pour la réforme, l'action pour l'action, le bruit pour le bruit, est-ce celle-là que Sarkozy a vendue à ses débauchés ? Est-ce cette idée là qui leur paraissait si séduisante ? (Je dis cela comme s'il y avait forcément une explication politique.)