15 août 2007

Le style flambeur

Quand il sera publié, ce billet sera déjà vieux de quelques jours. On est aujourd'hui le dimanche 12 août. Sarkozy vient de retrouver son futur vieux pôte George W. Bush. Sur la couverture du JDD, que je n'ai pas acheté, j'ai vu la photo des deux pôtes sur le bateau des Bush, avec Bush Sr. au volant.

Dans Le Monde d'hier, daté d'aujourd'hui et de demain, en couverture dans une analyse par une journaliste dont le nom m'échappe pour l'instant, on s'acharne à sonder la "rupture" diplomatique sarkozyste tout en soulignant sa continuité avec les grandes lignes de la diplomatie française. Il semblerait que la rupture est surtout dans le style. De là à dire que la rupture n'est que du style, il y un pas que Le Monde n'est pas près à franchir. Pourtant cela semble logique.

Il y a pourtant quelques petites piques. Le coup de fil de Sarkozy à Poutine à propos de l'accord Total-Gazprom qui aurait été "maladroit", par exemple. L'analyste du Monde insiste sur le refus de Chirac de rendre visite à Poutine et à Bush. En effet, Chirac tenait à cette hauteur de vieux sage que les jeunes Bush, Blair, et Poutine ne pouvaient atteindre. Sarkozy sera actif, mais, visiblement, jamais très sage.

Pour l'instant, je ne comprends pas très bien l'orientation atlantiste de Sarkozy. Mon soupçon (méchant, évidemment) va dans le sens d'un simple amour du pouvoir. Si Sarkozy veut qu'on l'aime parce qu'il est puissant, c'est qu'en même temps il partage cet amour du pouvoir; ne pouvant séduire les Américains pour en faire des fidèles sarkozystes, il s'est laissé séduire (depuis longtemps, paraît-il) par la puissance américaine. Ou encore: il est d'emblée conquis. D'après Le Monde toujours, ce rapprochement avec les Etats-Unis va augmenter l'influence de la France dans des domaines importants : Moyen-Orient, Maghreb, Afrique. Je ne vois pas en quoi, car jusqu'à présent, le principal atout de la France a été d'être une alternative à l'hyperpuissance. Être un rouage de plus dans le système diplomatique américain, alors même qu'il est au plus bas, ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus efficace.

Le "style Sarkozy" en politique étrangère, au-delà des tapes dans le dos, de la vodka de Poutine que personne n'a bue, des bises pour Merkel et des bonnes bouilles un peu partout, est finalement - c'est qui n'est guère surprenant - tout à fait semblable à son style à usage interne. L'essentiel, c'est de plaire à tout le monde, de séduire tout le monde, d'avoir tout le monde dans son camp. Comme il l'a appris (on espère en tout cas) avec l'épisode libyen, ce n'est pas toujours si facile, tant les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour la politique franco-française, il est assez facile d'utiliser le pouvoir de sa position pour séduire : tout le monde (ou presque, il y a toujours des grincheux) veut être du côté du puissant vainqueur. En politique étrangère, en revanche, les interlocuteurs n'ont pas les mêmes besoins. Ainsi, le prix à payer pour séduire peut devenir exorbitant, comme avec Kadhafi, ou même avec Poutine, avec qui Sarkozy aurait assumé, toujours d'après cette journaliste du Monde, une position de faible.

Ainsi, avec Bush Jr., Sarkozy est en train de renoncer à tous les avantages, en termes d'image, de crédibilité, acquis par Chirac, de les vendre en somme afin de s'afficher comme pôte du puissant. J'espère pour lui que Sarkozy s'en sentira grandi. Ce rapprochement des vacanciers est certes moins dramatique que l'aventure libyenne, mais il suit en profondeur le même schéma. Je disais l'autre jour que l'essentiel était de savoir quel serait le "récit" libyen définitif : "Sarkozy l'énergique qui sauve les infirmières en faisant du business en même temps" contre "Sarkozy le médiatique qui s'achète un succès diplomatique au prix fort". Je voudrais en proposer une autre version encore. Dans des négociations avec un vendeur intransigeant, Sarkozy est celui qui se vante de l'avoir fait craquer. "Je sais faire, moi, vous allez voir." Après on apprend qu'il n'a fait que sortir son chéquier. Pour l'Europe, c'était pareil. Se payer l'image de celui qui a sauvé l'Union (du moins pour les téléspectateurs TF1) en donnant à chacun tout ce qu'il veut, ou presque, et en vidant le traité de son sens.

La diplomatie est un jeu sur le long terme. Le style de Sarkozy semble être au contraire de tout claquer tout de suite. On verra plus tard combien ça nous coûtera. L'essentiel est de se hisser au niveau des grands tout de suite. Après avoir fait son tour de bateau avec George W. Bush, l'un des présidents américains les plus impopulaires de l'histoire des Etats-Unis et auteur de l'un des échecs "diplomatiques" les plus éclatants dans l'histoire de l'état moderne, Sarkozy sera-t-il encore capable de s'opposer à une invasion de l'Iran, qu'une bonne partie des néo-conservateurs américains considèrent, contre toute vraisemblance, comme aussi nécessaire et justifié que leur invasion de l'Irak? Sarkozy n'a-t-il pas tiré de leçon de la chute de Tony Blair qui avait, aussi, voulu jouer dans le club des grands?

1 commentaire:

Editions Filaplomb / Philippe Braye a dit…

Tiens en te lisant, je me fais cette réfexion : Chirac et ses prédécesseurs tenait une position française telle que définie par De Gaulle et qui faisait notre spécificité. Elle était basée sur une idée de grandeur de notre pays dans le concert des nations.
Or, Sarkozy pour sa part, se place comme devant être ami avec ces "puissants" pour se sentir lui-même puissant. En clair, il ne croit pas donc à la grandeur de notre pays ! CQFD !
:-)