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7 octobre 2008

Récession : les mots et les choses

Il a fallu au gouvernement Sarkozy une semaine environ pour prononcer un mot, "récession", après avoir chercher toutes les paraphrases possibles, dont la palme de la mauvaise foi va aller, une fois de plus, à Madame Lagarde, qui a trouvé "croissance négative", une manière de parler encore de croissance toujours en train de croître, à ce détail près que la croissance croît à l'envers. Détail "technique", comme dirait Éric Woerth, qui a fini par admettre qu'il y aurait peut-être une "récession technique", c'est-à-dire, évidemment, une récession qui n'existe que sur le papier, alors qu'en réalité tout va bien. Et même, par nature, il n'y a pas de récession en France. Oui, parce que, "par nature, la France n'est pas en récession" affirme ce même ministre. Entre la nature et la technique, c'est toujours la nature qui est plus forte, n'est-ce pas ? Chassez la récession et elle revient au galop...

Bref, beaucoup d'efforts rhétoriques pour éviter de dire qu'il y a une récession. On imagine que le TGH avait prévu de réserver un passage au savon particulier au ministre qui en parlerait le premier. Pourtant, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, car c'est lui qui avait prononcé le mot le premier, encore une fois dans l'un des moments comiques de son grand discours de Toulon :

Mais là aussi, je vous dois la vérité : dans la situation où se trouve l'économie, je ne conduirai pas une politique d'austérité parce que l'austérité aggraverait la récession. Je n'accepterai donc pas de hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Car notre objectif, c'est de leur rendre du pouvoir d'achat et non de leur en prendre.

Voilà, c'était dit, le 25 septembre, bien avant toutes ces tergiversations autour d'un mot.

21 septembre 2007

Offre valable

Le chef de l'Etat a par ailleurs demandé aux partenaires sociaux de définir "avant la fin de l'année des procédures et des sanctions, à la fois plus efficaces, plus fermes et plus justes" pour les chômeurs qui refusent "deux offres valables d'emploi ou une formation".

Il s'est dit "prêt à discuter de ce qui constitue 'une offre valable d'emploi' et de ce que doit être la sanction", et souhaité que le nouvel organisme issu de la fusion ANPE-Unedic soit chargé de prononcer ces sanctions "pour des raisons d'efficacité". (Source)

L'autre jour, j'entendais Christine Lagarde interviewée sur France-Info. Je n'en trouve pas trace maintenant, alors je dois faire confiance à ma mémoire.

L'intervieweur demande si une définition de ce qui constitue une "offre valable d'emploi" a été fixée. Non, car il faut négocier, répond Mme. Lagarde. Et puis: sait-on combien de chômeurs refusent des offres d'emploi? Non, car la définition n'existe pas encore. En somme, ils n'en savent rien. Ils ne savent même pas s'il y a un problème à résoudre. Ils ne se fondent que sur cette impression que le problème est forcément du côté du chômeur paresseux.

En termes de communication, la "solution" présente l'énorme avantage de convaincre le bon peuple qu'il devait bien y avoir un problème.

Et le tour est joué.