Affichage des articles dont le libellé est colonialisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est colonialisme. Afficher tous les articles

2 décembre 2011

L'imaginaire économique de Nicolas Sarkozy

« C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 1970, d'une mondialisation sans règle autre que celles qui garantissaient la liberté du commerce que se trouve l'origine des difficultés actuelles », a-t-il assuré, en annonçant l'avènement d'un « nouveau cycle ». « Ce sera un cycle de désendettement qui ramènera le balancier de l'économie vers le travail et la production que les pays développés avaient eu tendance à trop sacrifier », a-t-il lancé.

C'est le Très Grand Homme (TGH) qui parle.

Voici le bout qui me semble révélateur, qui contient l'échec global du message :

Ce sera un cycle de désendettement qui ramènera le balancier de l'économie vers le travail et la production que les pays développés avaient eu tendance à trop sacrifier.

Le nouveau qu'il promet, c'est de l'ancien. Le retour à l'économie des années soixante, avec des usines qui usinent, le bon vieux capitalisme à la française, le rôle de l'Etat étant de soutenir ses grands groupes. Un peu plus et il va appeler ça la "démondialisation".

Sauf que, bien sûr, il n'y a pas de radicalité dans cette nostalgie qu'il voudrait vendre comme du neuf. Ce n'est que le retour vers l'une des images essentielles de l'imaginaire politique de Sarkozy. Il faudrait en faire l'inventaire
:

  • La gloire coloniale. L'empire français avant la décolonialisation.
  • Les trente glorieuses.
  • Le petit village (dont il faut chasser les pédophiles et les étrangers.

Le petit village et le colonialisme sont la face "sociale" ; les Trente glorieuses sont l'image économique.

24 février 2009

Ségolène Royal en Guadeloupe

Même l'UMP serait d'accord, j'en suis presque certain, pour dire que la situation en Guadeloupe est assez complexe. D'ailleurs, l'UMP serait sans doute encore plus d'accord aujourd'hui qu'il y a quelques semaines. Je ne prétends pas comprendre ce qui se passe là-bas plus que quiconque, et me contente de constater le désarroi profond du Pouvoir devant cette contestation.

La question coloniale et post-coloniale avaient jusqu'à présent, dans l'essor politique de Nicolas Sarkozy, joué un rôle important, un rôle stratégique : l'exploitation de la xénophobie lui a fait obtenir le soutien d'électeurs prêts à voter contre leurs propres intérêts économiques et sociales, mais très sensibles à ces questions dite, très délicatement, "d'identité". Identité nationale.

Comment faire, cependant, quand on n'est plus candidat et qu'il ne suffit plus de séduire la moitié seulement de la population ? J'imagine que l'espoir initial, la réaction initiale, était d'espérer que l'opinion de la majorité "petit blanc" se retournerait contre la contestation guadaloupéenne. Quelques semaines plus tôt, Sarkozy espérait que la haine du fonctionnaire fainéant servirait à isoler et écraser les enseignants-chercheurs. Soudain, crise économique aidant sans doute, il semblerait que la population s'identifie davantage à ceux que le Pouvoir cherche à dégraisser ou à dompter, qu'à celui, fût-il Très Grand, qui promettait monts et merveilles si seulement il pouvait entreprendre son vaste programme de casse sociale.

Les Antilles sont, paraît-il, assez loin de la métropole. Mais quand on dépense 280 millions (via Juan) pour avoir son propre Air Force 1, la distance ne doit pas poser un énorme problème. Pourtant, le Pouvoir se contente d'envoyer Yves Jégo, comme si franchement la Guadeloupe était trop loin et trop dangereuse pour quelqu'un de plus important. Car Yves Jégo, si ce n'est pas (ça a été prouvé) un apparatchik, est devenu un simple émissaire. Le Pouvoir reste bloqué dans une logique purement coloniale, un conflit qui se passe ailleurs. Pas tout à fait chez nous.

A ce titre, la malheureuse réaction de Martine Aubry était typique de cette attitude: "Je crains effectivement que le sentiment de ras le bol des Guadeloupéens et des Martiniquais se diffuse ici". Ici et là-bas. Ce serait grave, ici. Même si, bien sûr, son intention était de critique l'absence d'action de la part du Chef de l'État.

Et soudain, Ségolène Royal apparaît en Guadeloupe. Nous sommes habitués maintenant à ce que la moindre déclaration de "l'ex-présidente" suscite des réactions excessives. Il faut bien savourer celle du MEDEF local :

L'UMP locale a parlé de "récupération politicienne", tandis que le Medef guadeloupéen assurait ne pas avoir besoin "de politiciens arrivistes, qui viennent nous donner des leçons", invitant la présidente de Poitou-Charentes à "se casser".

Par sa présence, Ségolène Royal a montré que l'on pouvait franchir cette énorme distance entre "ici" et "là-bas", et même en tailleur. Une belle démonstration politique. Et la preuve que le système-Sarko est bel et bien en miettes. Finies les interventions pompeuses où le Très Grand Homme (TGH) débarqué au Tchad, par exemple, pour résoudre lui-même avec ses mains de gladiateur des problèmes qui dépassaient les compétences des intermédiaires. Désormais, il faut des centaines de policiers pour effectuer le moindre déplacement dans des zones rurales de l'Hexagone.

Alors : usurpation ? détournement ? imposture ? manoeuvre politique ? Insincérité de l'ex-Madone ? A quel personnage politique demande-t-on d'être véritablement sincère ? Le geste de Ségolène Royal a supprimé la fausse distance et la fausse différence qui sont celles du mensonge (post-)colonial, qui consiste à dire que là-bas c'est pareil qu'ici, tout en sachant que là-bas ne sera jamais tout à fait pareil qu'ici.

29 février 2008

Mon "vivre ensemble" dans ta gueule

Chers lecteurs, je vous prie de bien vouloir m'excuser d'avoir, une fois de plus, inclus un mot vulgaire dans le titre d'un billet. Vous comprendrez que je m'efforce de suivre l'exemple de notre Très Grand Homme (TGH) en appliquant les nouvelles valeurs de la République : la spontanéité, la modernité, la transparence... Disons que c'est ma petite contribution, ma modeste contribution, à la lutte contre les conservatismes. Je pensais bien que vous, chers lecteurs, sauraient comprendre cette nécessité...

Un peu par hasard, je viens de tomber sur la fin du discours sur l'école primaire que Nicolas Sarkozy prononça à Périgueux le 15 février, où il revient sur la politique de civilisation qu'il met peu à peu en place depuis deux mois.

Mesdames et Messieurs, il y a quelques semaines, j'ai parlé de « politique de civilisation ». Vous le voyez, cette notion revêt pour moi un sens très concret. Elle consiste à rappeler la plus haute mission de la politique et de déterminer les conditions du vivre-ensemble. La politique doit rendre possible le vivre-ensemble. Or vivre ensemble ne va pas de soi. Vivre ensemble implique des règles, clairement énonçables et clairement énoncées. Ces règles elles-mêmes reposent sur des valeurs communes, un idéal humain, idéal humain qui est le seul garde-fou contre la barbarie, parce que la barbarie vient aussi de l'homme.

L'essentiel est là, mais, pour votre pur plaisir de lecteurs, je prolonge la citation jusqu'au bout, tant ce morceau est typiquement vaseux :

Et bien, inscrire ces valeurs dans la réalité est en notre pouvoir : cela s'appelle l'éducation. Une éducation qui n'aurait pas peur de s'adresser à l'homme tout entier, c'est-à-dire à l'être humain, tant il est vrai que l'on ne peut cultiver les esprits sans élever les coeurs, que l'on ne peut instruire sans éduquer. J'espère que vous aurez compris que mon message était un message qui venait du coeur et qu'il visait à participer au grand débat sur l'Education nationale.

Je vous remercie.

Ah, ça venait du coeur! Ah, ça visait à parler de l'Éducation nationale ! C'est réussi...

Mais je ne voulais pas juste me moquer, mais essayer de participer au grand débat sur ce qu'il peut bien entendre par "politique de civilisation" et "vivre ensemble". Les deux formules (je ne parle même pas d'idées) sont censées sonner comme si elles contenaient la recette d'une société harmonieuse fondée sur la reconnaissance les uns des autres, sur, à peu près, la solidarité ou même la fraternité. Sauf que, pour accéder à ces valeurs de gauche qui sont seulement évoquées, jamais prononcées, mais que l'on pourrait appeler la carotte républicaine, il faut passer par le bâton sarkozyste (non, Nicolas, pas celui-là!) : "Vivre ensemble implique des règles, clairement énonçables et clairement énoncées." D'où ce discours disciplinaire passéiste : un enfant, il a besoin de règles ; si tu déconnes, t'auras une claque. Le "vivre ensemble", ce n'est pas la reconnaissance de l'autre, c'est, dans l'éducation, la soumission à l'Autorité. Le rempart contre la barbarie, c'est la soumission à l'Autorité.

Effectivement, les enfants ont besoin de règles. Effectivement, une société ne peut pas fonctionner sans règles, sans ordres. Je ne suis pas un anarcho-dolto-soixantehuitard. Quand même. J'essaye juste de comprendre ce que le TGH entend vraiment quand il parle du "vivre ensemble".

Et si on essayait de mieux comprendre, en allant un peu plus loin dans le mauvais esprit ? Reprenons cette phrase :

Ces règles elles-mêmes reposent sur des valeurs communes, un idéal humain, idéal humain qui est le seul garde-fou contre la barbarie, parce que la barbarie vient aussi de l'homme.

Dans le discours, quand il parle de "barbarie", il fait allusion à la "barbarie" nazi, car deux pages plus tôt il vient d'essayer de défendre sa brillante idée de confier la mémoire des victimes de la Shoah aux écoliers.

C'est dans ce cadre que s'inscrira l'initiation des enfants à ce que fut le drame de la Shoah en leur confiant la mémoire d'un des 11 000 enfants victimes de cette tragédie. Il s'agit d'une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c'est-à-dire une histoire d'enfant qui avait leur âge.

Ce qui est étrange dans cette pensée, c'est que la "barbarie" est présentée comme le contraire finalement de l'Autorité. Si tu laisses tes enfants faire n'importe quoi, ils deviendront de vrais petits sauvages. La barbarie pour Sarkozy, c'est l'absence de respect de l'autorité. Mais quand il parle de la Shoah, la comparaison devient un peu plus compliquée. Car la "barbarie" de la Shoah n'était pas due à un manque de discipline, à un manque de Respect envers l'Autorité. Au contraire : c'est l'excès de ces mêmes valeurs qui, combiné avec une idéologie raciste et xénophobe, a permis la "Solution Finale".

Pourquoi alors insister autant sur la lutte entre la "barbarie" et la "civilisation" ? Avec cette "politique de civilisation", le véritable but est de "civiliser" les indigènes. Sarkozy veut que les écoliers se lèvent quand on chante la Marseillaise, signe de respect qu'il met au même rang que les "règles de politesse ou de courtoisie". Il explique, dans le même discours : "Dans les conceptions qui sont les miennes, l'hymne national ne se siffle pas, le drapeau pour lequel nos anciens sont morts, on se lève quand on écoute l'hymne national." Evoquer l'hymne national "qui ne se siffle pas", c'est évoquer ce célèbre match France-Algérie où les français d'origine maghrebine ont sifflaient la Marseillaise, c'est donc montrer du doigt ces indigènes (j'emploie à dessein le terme colonial) qui ne respectent pas les valeurs de la République. "Le vivre ensemble", c'est donc vivre ensemble par obligation, par peur de l'autorité, et pas par respect de l'autre. Sympa.

4 janvier 2008

Politique de civilisation

Fi... Monsieur Poireau écrit, à propos des voeux de notre Très Grand Homme (TGH) :

Et moi, dès qu'un homme politique se met à me parler de civilisation, je l'avoue, je suis très inquiet. Pas vous ?

Oui, Monsieur Poireau, moi aussi je suis très inquiet.

Surtout quand l'homme politique en question est Nicolas Sarkozy, celui qui croit qu'il y a un « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » (le lien va vers le désormais célèbre billet de Jean Quatremer) , et qui s'attend à un "choc des civilisations" entre les musulmans et l'occident.

Surtout quand le TGH en question vient d'aller à Rome chanter la "profondeur de l'inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture", et les "racines chrétiennes de la France", ces mêmes "racines" qui ont servi traditionnellement à justifier le refus de l'adhésion de la Turquie à l'UE.

Dans les Voeux, "la politique de civilisation" a l'air tout gentil, surtout quand on écoute les phrases déclamées en hâte et en directe-live à des téléspectateurs déjà à leur deuxième ou troisième bouteille de champ'. Car la civilisation, c'est, en vrac: la ville, l'école, l'intégration, la diversité, la justice, les droits de l'homme, l'environement. En gros, que des choses bien, tellement "bien", d'ailleurs, qu'on comprend mal en quoi ce nouveau souci pourrait constituer une politique. Sauf que, comme souvent, sous la surface, il y a une pensée beaucoup moins gentille et curieusement beaucoup plus théorique. Dans ses voeux, Sarkozy disait:

Avec 2008, une deuxième étape s'ouvre : celle d'une politique qui touche davantage encore à l'essentiel, à notre façon d'être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c'est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Il veut redéfinir notre tissu social, et plutôt que de faire dans la "gestion" ("depuis trop longtemps la politique se réduit à la gestion restant à l'écart des causes réelles de nos maux qui sont souvent plus profondes"), où il faut lire : l'économie, pas si important que ça, apparamment, un truc pour des pinailleurs, nous allons faire dans les valeurs et l'identité. Identité, forcément Nationale. Mais la pièce manquante dans ce discours, c'est justement le discours de Rome. Prenez par exemple ce beau morceau :

La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale, c'est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

Notre ciment social version Sarkozy sera donc le christianisme, voire le catholicisime. C'est lui qui fournira les "symboles de mémoire" dont nous avons "tant besoin", et ce même pour des Français qui n'ont pas participé à cette "mémoire" chrétienne, qui n'ont rien à voir avec elle, qui ne s'y reconnaissent pas. Le peuple réclame des symboles, donnons leurs des crucifix et des saints (ou peut-être des seins...). L'identité Nationale est chrétienne. Voilà tout. Voilà pourquoi il fallait amener Bigard voir le pape. Voilà pourquoi la Turquie ne saurait faire partie de l'Union européenne. Voilà pourquoi il y trop de musulmans en Europe.

Voilà pourquoi... la politique de la civilisation dissimule (mal) le fantasme d'une politique identitaire, où l'on veut "civiliser" le monde un peu comme la France a voulu "civiliser" les sauvages de ses colonies.

Je ne pense pas que Sarkozy soit quelqu'un de très pieux. Il a, après tout, Bigard dans le rôle du croyant de service. C'est dire. Sarkozy est quelqu'un (il me semble en tout cas) qui pense par des oppositions entre groupes. Nous contre eux. Nous, les méritants, les bosseurs, etc., contre eux les fainéants, les musulmans, les noirs, les chômeurs. Etc. La religion, le catholicisme est pour lui une manière d'affirmer un nous, des gens "bien", qui servira de bouclier moral dans le choc contre les autres. Dans mes plus intimes convictions, je suis athée, mais suis plutôt un agnostique pratiquant (voir la discussion de tout cela chez Nea, en plusieurs salves). Ce que déteste par dessus tout dans la religion ordinaire, c'est quand elle sert à signifier une supériorité en affichant l'appartenance à un groupe. Et pourtant, on dirait qu'il n'y a que cela qui intéresse notre Très Grand Chanoine dans le christianisme.

4 septembre 2007

Ministère de la Haine, de la Peur et du Codéveloppement

Via Sarkofrance, cet article sur le site de Marianne, où est confirmé ce que l'on soupçonnait déjà, à savoir que Brice Hortefeux n'arrive pas à tenir les promesses de son Président en termes de reconduites à la frontière des clandestins. Selon Marianne:

en réalité, les services de police ont expulsé environ 1300 personnes au 31 aout alors que l'objectif est de 3580 reconduites sur l'année entière. En réalité, la « base » policière renâcle à appliquer les consignes du ministère dans la mesure où la complexité de la règlementation, la multiplication des recours et la guérilla juridique menée par les associations rendent très difficiles les reconduites effectives. Du coup, bien des policiers préfèrent relâcher les sans papiers interpelés que de les enfermer dans des centres de détention déjà bien garnis.

D'abord que ce n'est pas facile, et en plus c'est compliqué. Pire encore, des associations de gauchistes s'en mêlent. Mais le vrai problème, en termes de rendement et de chiffres, semble venir d'en haut.

alors que la responsabilité du dossier de l'immigration clandestine revient à Brice Hortefeux, l'expérience et les compétences, elles, se situent plutôt place Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur. Tandis que le cabinet de Brice Hortefeux espère voir le boss « piquer » son poste à MAM (notamment lors du rebondissement du dossier Clearstream), les hauts fonctionnaires se moquent souvent de l'ignorance manifestée par les membres du cabinet Hortefeux sur le sujet de l'immigration clandestine.

Le Très Grand Homme (TGH) voulait casser les administrations lorsqu'il a créé son gouvernement. Du coup, le Ministère de Hortefeux se retrouve avec une charge policière alors que la police dépend encore de MAM. Problème de gestion, ça peut arriver à tout le monde.

Le problème dans cette triste histoire, c'est que ce Ministère n'existe que pour répondre à des fantasmes qui, selon la conjoncture, sont partagés par une partie plus ou moins grande de la population, plus ou moins proche de l'Extrême droite, mais certainement pas limitée aux électeurs de Le Pen. Ce dernier a construit sa carrière politique en rendant l'immigration (légale et illégale) responsable du chômage, et, de façon beaucoup plus perverse encore, immigration et les déficits publics. Notre gouvernement actuel ne va pas jusqu'à dire des choses pareilles, et rien n'indique que Sarkozy et sa bande pensent selon ces axes. Cela ne les a pas empêchés d'instrumentaliser ces fantasmes, et de rendre l'immigration responsable d'un éffritement de la sacrosancte Identité Nationale, analogue aux entorses à l'Autorité Nationale qu'ils imputent à la génération Mai 68.

Le problème avec une politique fondée sur un fantasme, c'est que quand on commence à donner des ordres à des policiers, on se heurte assez rapidement à la réalité des choses. L'immigration du fantasme, ce ne sont pas ces 300.000 personnes que l'on estime présentes, clandestinement, sur le territoire français. Les "clandestins" qui sont visés véritablement, dans le fantasme, ce sont ces jeunes dits, hypocritement, "issus de l'immigration", citoyens français, nés en France de parents souvent citoyens français eux-mêmes. L'"immigration" que l'on voudrait arrêter, dans le fantasme, c'est celle des Trente Glorieuses; c'est en fait tout un pan de l'histoire du postcolonialisme français que l'on voudrait exorcer. Puisqu'il est impossible de revenir dans le temps, on cherche une victime expiatoire, une victime symbolique.

Car les 300.000 clandestins ne sont pas un problème réel (pour le reste de la société, j'entends; je ne parle pas de la difficulté, pour eux, de leur situation), ne sont pas une menace à une quelconque identité nationale. Juan écrit:

Toutes les polices de l'air et des frontières ont été mobilisées; un Ministère de l'Identité Nationale a été créé; le Président a été 4 ans durant Ministère de l'Intérieur; les instructions et les moyens ont été donnés pour que les interpellations et les reconduites aux frontières soient massives.

Et pourtant, cette politique est un échec au regard de ses propres objectifs.

Si l'Etat Français est incapable de les débusquer les sans-papier, quels problèmes représentent ils vraiment ?

Jettez un coup d'oeil sur ce tableau qui figure dans un rapport du Sénat sur l'immigration clandestine. (C'est là où je prends aussi ce chiffre de 300.000 clandestins. Il est important de noter que dans cette population, il y en a beaucoup qui rentrent au pays spontanément, ce que le Ministre Sarkozy ne prenait pas en compte dans ses calculs à lui.) En faisant un petit calcul, pour savoir le pourcentage de clandestins en France, j'en arrive à 0,5% de la population, ce qui place la France très confortablement dans le bas du tableau européen : les Pays-Bas (1,1%), la Suisse, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce (3,7%), ont tous, proportionnellement, beaucoup plus de clandestins que nous, sans parler des Etats-Unis, avec 3,6%.

Les clandestins en France sont une toute petite population, pauvre, qui souffre beaucoup, mais qui ne représente qu'une menace symbolique, un rappel de l'immigration de la décolonisation. Faire du chiffre sur leur dos, pour les besoins de la communication politique, pour des besoins d'image, relève d'un cynisme indigne. On ne peut que se féliciter de l'échec d'Hortefeux, et lui en souhaiter d'autres.

25 juin 2007

Ministère du petit blanc

En plus de tout le reste, de toutes les autres raisons d'être horrifiés, en colère, outrés par l'existence de l'ignoble Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, il a y quelques autres raisons pour le trouver inepte et odieux.

Tout d'abord, l'existence même de ce ministère confère une grande crédibilité institutionnelle à l'idée que l'immigration est une menace à l'identité nationale, en gros une menace identitaire pour la France. Sarkozy n'est pas si loin que ça de ces apologistes du colonialisme qui croient que la France est sur le point de devenir une république islamique, ou d'autres salades.

Pire encore, à mon avis, ce ministère de la police et de la propagande (identité nationale) existe pour des fausses raisons, et est appelé à accomplir un travail qui relève plus du fantasme que de la réalité. « L'immigration » dont il s'agit, dans le réflexe identitaire que Sarkozy a réussi à reprendre pendant la campagne, au dépens du FN (mais pas de ses idées), est une sorte de fantasme d'une France post-coloniale qui ne veut pas assumer son passé. Même dans les médias les plus mainstream, on entend souvent cette formule hypocrite issus de l'immigration, pour désigner des citoyens français dont les parents et grand-parents sont aussi des citoyens français. L'immigration tant redoutée par ceux à qui plaît ce nouveau ministère n'est pas celle de 2007 ou 2008, mais celle des cinquante dernières années. Dans une ancienne version de son programme, Jean-Marie Le Pen proposait de revenir sur les naturalisations faites depuis, je crois me souvenir, 1973! Sarkzoy et Hortefeux ne feront pas cela, mais leurs gestes sont destinés à ceux qui aimeraient bien pouvoir le faire.