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12 octobre 2012

Ebuzzing : un classement insignifiant

 

Il y a, depuis hier soir, une petite échauffourée dans la blogosphère, entre les Leftblogs et la société Ebuzzing, responsable du classement des blogs politiques, l'ancien classement Wikio. Est en cause la présence dans le classement d'un non-blog, accessoirement d'extrême droite. En effet, fdesouche ne fait que de publier des liens vers des articles de presse pouvant conforter son xénophobe dans leurs opinions. Si je trouve parfaitement normal que des blogs d'extrême droite aient leur place dans la blogosphère (et il y en a : celui de Rioufol par exemple), un aggrégateur de liens n'est pas un blog, et en laissant ses commentateurs faire le sale boulot, cette machine communautaire fait entrer, de façon détournée et sans possiblité de vrai débat de blog à blog, une énorme quantité de n'importe quoi haineux.

Mais l'échauffourée en question ne concerne pas directement fdesouche, mais la société Ebuzzing.

Quelques réactions des confrères :

Et ma réaction ?

28 juin 2012

Pauvre NKM...

 

À droite, les regrets laissés par la campagne de Nicolas Sarkozy s'expriment en fonction des vues des uns et des autres sur la tête de l'UMP et l'élection présidentielle de 2017. Nathalie Kosciusko-Morizet a sans doute dépassé la plupart de ses camarades en souplesse, ce qui est une qualité essentielle en politique. Déjà, dans son rôle de porte-parole, elle avait signé des performances qui ne méritent pas l'oubli dans lequel elles sont déjà tombées. Ma préférée, au tout début de la campagne de Sarkozy, était quand elle disait :

"Je peux faire la liste des sujets sur lesquels on ne sait pas aujourd'hui ce que pense ou ce que propose François Hollande. La vraie violence, elle est là"

C'est une sorte de trouvaille dans la langue de bois trop enthousiaste de quelqu'un qui n'a pas encore acquis le vernis un peu luisant d'un Jean-François Copé, pour qui respirer la mauvaise foi n'entrave l'apparence de logique.

16 juin 2012

Le déclin de la droite

 

Oui, le déclin de la droite, même si demain elle fait un bon score aux législatives. Le déclin dont je parle est différent.

Dans un très bon papier au Monde, Olivier Ferrand (président de Terra Nova) explique les trois étapes de la fusion UMP-FN. Pour résumer les voici :

  • Convergence idéologique (du Club de l'Horloge dans les années soixante-dix à la médiatisation aujourd'hui de Rioufol, Zemmour et Elisabeth Lévy) ;
  • Convergence humaine (des gens de droite aussi bien UMP que FN, qui participent ensemble à des activités xénophobes ensemble) ;
  • Convergence institutionnelle (entre le FN, la Droite Populaire, la Droite Sociale de Wauquiez).

Comme souvent, cette progression est présentée comme l'histoire de la montée en puissance des thèses xénophobes couplée à la banalisation du Front National version Fifille. Ce qui se dit un peu moins, c'est que si la droite traditionnelle se mue en grand parti populiste et islamophobe, c'est que ses idées sont en perte de vitesse depuis l'ère Chirac.

12 juin 2012

Front National : Que l'UMP continue

 

On s'énerve beaucoup aujourd'hui. Surtout autour du tweet désastreux de Valérie Trierweiller. Des voix s'élèvent pour dire que cela nous distrait des marchandages entre le Front National et l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), qui arrangent tranquillement leurs désistements dans l'ombre médiatique.

C'est donc l'heure des distinctions. Je ne serais pas choqué par l'entrée d'élus frontistes à l'Assemblée Nationale. J'encourage l'UMP d'assumer pleinement sa dérive droitière, pas dans l'ombre mais en plein jour. Allez-y les gars. Profitez.

6 juin 2012

Le racisme pour débutants

 

Entre racisme, xénophobie, islamophobie, antisémitisme, il est facile de s'y perdre. Nos défenseurs d'une France issue de la non-diversité sont-ils vraiment racistes ? Ou bien est-ce la religion qui les embête ? Ou la religion est-elle un prétexte pour stigmatiser une population définie autrement ? Immigrés ? ce ne sont plus des immigrés depuis des générations maintenant. Couleur de peau ? Mais finalement la couleur de peau, cela permet juste de voir qui est qui, ce n'est pas la vraie raison, c'est juste commode. Une différence culturelle alors ? C'est sans doute plus près de ce qui gêne les pourfendeurs de l'antiracisme. "Ils" sont juste différents, donc "ils" ne peuvent pas être tout à fait chez "eux" quand "ils" sont "chez nous".

J'ai toujours préféré le terme de "xénophobie", qui englobe toutes les différences. Avec le déferlement actuel des justifications de l'instrumentalisation politique du rejet de l'autre, c'est peut-être le moment de revenir au racisme, qui, est bien souvent national ou nationaliste.

5 juin 2012

Pas raciste, juste contre l'antiracisme

 

C'est la nouvelle manière de se défendre contre les accusations de racisme : "c'est mon combat contre l'antiracisme". Avant on se contentait de dire que les pires racistes, c'est les… au choix : Noirs, Arabes, Chinois. Le bon vieux "racisme anti-blanc". Ivan Rioufol a une catégorie sur son blog consacrée à la question. Voyez, le "racisme anti-blanc", c'est pire que le racisme ordinaire, parce que les blancs justement font tout pour aider les… Noirs, Arabes, etc. Ingrats.

En tout cas, c'est plus malin de dire qu'on lutte contre l'antiracisme. Je n'allais pas revenir à Rioufol encore aujourd'hui, mais comme c'est un grand théoricien de la lutte contre l'antiracisme, c'est toujours instructif. Voici ce qu'il écrivait en 2011, lorsque Zemmour fut condamné pour provocation à la discrimination raciale :

4 juin 2012

J'ai vu l'avenir de l'UMP, et ça ne sent pas très bon

 

Il a suffit finalement que Nicolas Sarkozy donne son accord, pendant la campagne, pour qu'une bonne partie de la droite ex-républicaine décide de se vautrer dans la position des gardiens de la race blanche et de la chrétienitude, qui se défendent contre l'invasion sarrasine.Les vannes sont lâchées, laissant couler un flot nauséabonde de supériorité blanche, origines chrétiennes, "retour" de la charia, déclin de l'Occident, "islamo-socialo-communisme vert" (sic).

2 juin 2012

L'erreur fondamentale de Sarkozy

 

Il y a eu des tentatives pour attribuer la défaite de Nicolas Sarkozy non à un quelconque rejet de la droite, mais à sa personne ou à son style. Comme si la seule chose qui pouvait sauver Sarkozy, en tant que force politique et idéologique, était finalement l'antisarkozysme, celui du fameux "microcosme" qui s'est étrangement démultiplié pour faire basculer son score en dessous de 50 %.

J'ai déjà essayé de répondre à cette manipulation. Aujourd'hui, je me mets dans l'hypothèse – celle des "sarkozystes réalistes" – qu'il y aurait un certain nombre de "réformes" qu'il faire dans l'économie française et que la mission du Sarkozy élu en 2007 était de les réaliser. Le thème d'une "modernisation de la France" a attiré, en 2007, beaucoup d'électeurs pas férocement à droite. Chacun a sa petite idée sur les inefficacités de l'État ; en promettant de les réaliser toutes, Sarkozy a créé une certaine attente…

24 mai 2012

Exploiter la xénophobie

 

L'autre jour je parlais du problème que nous avons aujourd'hui pour communiquer ce pour quoi la xénophobie politique n'est pas acceptable. Jusqu'à la prise de fonction de Nicolas Sarkozy en 2007, il y avait Les repères historique et moraux qui servaient encore récemment pour fonder un consensus qui plaçait le Front National et ses idées dans un hors champ politique. Depuis le fameux "siphonnage" des électeurs du Front National, et la poursuite d'une politique xénophobe censée garder ces électeurs dans le giron de l'UMP, et depuis que Marine Le Pen a mis en sourdine l'antisémitisme et négationisme qui étaient les marques de fabrique de son parti, ce n'est plus une évidence, pour une partie significative des hommes politiques de droite, ainsi que pour une partie signficative de l'électorat, qu'il est repréhensible d'exploiter politiquement et de valider la xénophobie.

22 mai 2012

La religion du pouvoir

 

Ce matin, Jean-François Copé a dit ceci (Source : variae.com) :

« je vais vous dire, je plaide coupable avec regret mais c’est un arbitrage que nous avons eu à rendre et qui était difficile, dès lors que nous avions 317 députés sortants et qu’une bonne part d’entre eux se représentent et ont un ancrage très remarquable sur leur territoire, il était extrêmement difficile de les sacrifier. Voilà pourquoi j’ai pris avec mes amis de l’UMP cette décision qui nous coûtera en termes d’amende, et chacun doit comprendre que dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés et que cela passe par le poids, l’ancrage local de beaucoup d’entre-nous […] je suis moi un grand militant de la parité, j’ai été l’auteur d’une loi qui avec Marie-Jo Zimmermann prévoit qu’il y ait la parité dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises ».

21 mai 2012

L'UMP accepte enfin l'islamophobie

 

Marine Le Pen dit : "je suis la chef de l'opposition au système".

Marine Le Pen dit : "l'immense majorité des électeurs de l'UMP se sentent beaucoup plus proches de nous que de leurs dirigeants qui tendent à gauche."

Il y a seulement quelques mois, devant de tels propos, on aurait conclu à l'hyberbole habituelle de la famille Le Pen. Aujourd'hui, alors que Le Pen fait un score, certes impressionnant, mais seulement un peu mieux que son père en 2002, nous sommes obligés de la prendre un peu plus au sérieux.

La première phrase vise Mélenchon d'abord, l'UMP ensuite. La seconde explique, à propos de l'UMP, que Madame Le Pen est déjà, idéologiquement, à la pointe, à la tête, du sentiment populaire de la droititude.

18 mai 2012

La droite se droitise

 

Repartons de cette citation, de Rioufol, que j'ai mentionnée dans un billet précédent :

En réalité, le scrutin était gagnable, dans une société convertie majoritairement aux valeurs de la droite. Mais deux millions de Français ont préféré voter nul ou blanc, souvent dans le but de sanctionner un président ayant redécouvert trop tardivement son intérêt pour la nation.

Rioufol voit dans la victoire de François Hollande la preuve que la société "se droitise", puisque les gens qui auraient pu voter droite ont préféré voter blanc. La logique est imparable, vous en conviendrez. Seule une victoire de Mélenchon aurait pu signifier un plus radical virage à droite.

Dans le même billet, j'ai essayé de réfuter cette affirmation, elle-même fondée sur la supposition que La Droite puisse réunir le spectre allant des bayroutistes qui ont voté blanc (et non Hollande comme Bayrou) au sarkozysme libéré de la croisade héroïque des quinze derniers jours de sa campagne, en passant par le Front National et la Droite Populaire. La question mérite qu'on y retourne.

12 mai 2012

Pour choisir La France, il faut choisir Copé ?

2

 
Pire que "Ensemble tout devient possible", pire « Ensemble pour la Majorité présidentielle » (législatives 2007), pire que "Quand l'Europe veut, l'Europe peut" (européennes 2009), pire que «La France change, ma région doit changer aussi» (régionales 2009), pire que "La France forte", le slogan UMP pour les législatives – "Ensemble choisissons la France" annonce bien la couleur de ce qui nous attend pour les années à venir. Comme à l'UMP on ne peut jamais avoir tort, car la défaite de Sarkozy était malgré tout une victoire pour ses idées, une grande victoire pour la droite du fait qu'ils n'ont pas était humiliés totalement, oubliant que le fait même d'être le candidat sortant procure un réel avantage électoral. Normalement.

9 mai 2012

Une majorité UMP-Droite Populaire : quand on y réfléchit, c'est Sarkozy

 
Jean-François Copé, qui n'a aucune difficulté avec les idées du Front National si cela peut servir une campagne présidentielle, ne veut pas du Front National dans des alliances pour les législatives. Il met les points sur les i.
La ligne de l'UMP "est très claire, il n'y aura pas d'alliance électorale ni de discussion avec les dirigeants du Front national" et si localement, certains engagent de telles démarches, "on en tirera toutes les conséquences au niveau national, car ce sera contraire à la ligne de l'UMP", déclare le secrétaire général de l'UMP.
Il y a pourtant la Droite Populaire, sorte de Front National interne à l'UMP. Et à la Droite Populaire, on ne comprend pas cette logique, surtout depuis Marine Le Pen a lâché l'antisémitisme (hors Autriche). Jean-Paul Garraud, député Droite Populaire (Gironde) se demande s'il ne faut pas être "pragmatique" plutôt que de rester "dans les blocages idéologiques".

4 mai 2012

L'Axe du Mal

À Nicolas Sarkozy, en briseurs de digues, en dépuceleur de pudeurs Républicaines (on ne dit plus "droite décomplexée" mais "droite dépucelée"), il ne manque que du temps, le temps d'aller assez loin pour atteindre enfin le coeur de l'électeur xénophobe. Sûrement il y a quelque part une formule magique qui débloque le Niveau 9 du jeu, où soudain le compteur explose et enfin tous les électeurs de Marine Le Pen l'acceuillent bras ouverts, le couvrent de bisous et le portent en triomphe vers l'Élysée. Il fait siffler les journalistes, les élites, mais ce n'est toujours pas assez. Que faut-il dire ? Quel bouc émissaire ? Quelle formule pour enfin être assez droite ? Il cherche. Buisson cherche. Guéant cherche. Ils n'ont plus que quelques heures.

3 mai 2012

Obligation de nuire : un deuxième quinquennat avec Sarkozy serait pire que le premier

Le débat d'hier soir semble avoir remis les pendules à l'heure. François Hollande a brisé l'élan du Très Grand Homme (TGH), cet élan artificiel qui allait de l'anniversaire de Julien Dray, au Trocintox où étaient présents au moins 60 millions de français (certains DOM se sont déplacés intégralement). Le spectre d'un Nicolas Sarkozy capable de manipuler sa propre image commençait à refaire surface, et on pouvait se laisser aller à imaginer que pendant au moins quelques heures, dimanche, une proportion suffisante d'électeurs seraient hypnotisés en allant au bureau de vote pour que le TGH renverse in extremis son impopularité qui dure pourtant depuis années.

30 avril 2012

La "vraie" différence est quand il n'y a pas de différence

« Je n’accepterai pas qu’il n’y ait plus aucune différence entre être français et ne pas l’être »

– Nicolas Sarkozy, meeting de Toulouse, 29 avril 2012

"Je n'accepterai pas", ou plutôt "j'accepterai pas" (nuance cruciale, cette syntaxe décomplexée), c'est une formule fétiche du Très Grand Homme (TGH). Elle est commode, car elle n'implique aucune action. Si la chose visée ne peut pas être arrêtée, le TGH peut continuer à "ne pas l'accepter" (ou à "pas l'accepter"). Il a beau "pas accepter" le chômage, par exemple, il est toujours là. "(Ne) pas accepter" est un état sans date d'expiration. On continue à "pas accepter" jusqu'à ce que les gens oublient. C'est de la résistance bon marché, qui ne mange pas de pain, et qui "passe bien en meeting". Ou à la télé, dès fois.

28 avril 2012

UMP : Soudain, comme ça, Sarkozy est devenu xénophobe ?

Il y a désormais un consensus médiatique : Nicolas Sarkozy court après le Front National, pille son programme, est parti dans une "course à l'échalote". La chose est admise, par les médias et par un certain nombre de membres de la majorité. La course après le Front National existe désormais aux yeux du plus grand nombre. Seul Sarkozy lui-même peut encore nier, avec sa fausse naïveté siropeuse habituelle, qui lui permet de dire une chose et son contraire selon les publics.

En préparation pour le cataclysme annoncé, une partie de l'UMP commence tout doucement à prendre ses distances avec son candidat et ses excès. L'Express, par exemple, nous dit que "Gaullistes, centristes, humanistes… Tous tiennent à rappeler que l'UMP n'est pas qu'une droite qui fait la course au FN."

Peu à peu, les "modérés" de l'UMP semblent prendre leurs distances. On rend Patrick Buisson responsable de tout. C'est un gourou qui aurait hypnotisé le Très Grand Homme (TGH) :

« C’est un gourou total! Il a une influence irrationnelle sur le président, qui l’appelle trois fois par jour », raconte, dépité, un membre de l’équipe de campagne.

Surtout, les "grands" de l'UMP, ceux qui souhaitaient une campagne avec un vrai capitaine, une vraie barque et une vraie tempête, voient dans Buisson l'explication de leurs ennuis actuels :

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, et le chef du gouvernement, François Fillon, accuseraient même Patrick Buisson d’avoir favorisé l’extrême droite au premier tour. "Voilà où Buisson nous a conduits, râle Alain Juppé le 22 avril au soir, selon 'Le Canard Enchaîné'. Il devait faire baisser le Front et Marine Le Pen fait 1,6 million de voix de plus que son père [en 2002, NDLR]".

C'est la faute à Sarkozy, mais encore plus la faute à Buisson, avec ses pouvoirs occultes, qui aurait poussé son Président dans une sorte de démence.

Après l'élection les couteaux vont sortir et nous verrons beaucoup de créativité dans les manières de prendre de la distance vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Le culte de l'homme fort, et la peur d'être designé comme responsable de la défaite suffisent à tenir presque tout le monde. Bientôt ils vont pouvoir chanter tous : "ce n'était pas nous, nous on est les gentils". (Enfin pas tous : il y a aussi ceux qui ne rêvent que d'avoir l'occasion de partir d'un virage droitier sans retour. Ils suivront leur chef sans doute.)

Donc, à tous ces humanistes, modérés, "vrais gaullistes", adultes responsables, républicains "authentiques", je voudrais simplement suggérer que c'est un peu tard de se réveiller, et que cela fait cinq ans que dure la dérive droitière, xénophobe et anti-républicaine de Sarkozy. Et je voudrais suggérer que cela ne dérangait personne à l'UMP tant que leur "soupe" n'était pas menacée par une défaite, qu'il n'y a pas eu beaucoup d'objecteurs de conscience parmi leurs rangs. Je voudrais surtout leur faire comprendre que ce n'est pas en criant "Patrick Buisson ! Patrick Buisson !" qu'ils vont pouvoir se laver de tout ce qu'a fait Sarkozy à cette République dont ils se réclament.

Ce qui se passe actuellement n'est que le dévoilement au grand jour de ce qui se prépare depuis cinq ans, ou davantage encore. Un coup d'accelérateur juste en arrivant devant le mur, mais pas un coup de volant. L'UMP modéré a-t-il oublié Hortefeux, Besson et Guéant ? Patrick Buisson avait-il mangé les cerveaux de ces augustes défenseurs des droits de l'homme avant de réussir à atteindre les sept cerveaux de Sarkozy ? Le pacte avec le diable fut réalisé en 2007, ou avant, quand l'UMP a réussi à siphonner les idées du Front National. Le "diable" ce n'est pas le FN, ou la famille Le Pen, mais leurs idées, qui salissent tous ceux qui les reprennent.

N'essayez donc pas, chers "modérés", de vous détacher soudain de Sarkozy. Vous étiez là, vous étiez au courant, vous avez profité. Pour être humaniste il fallait se réveiller plus tôt.

27 avril 2012

Trop d'étrangers ? Répondre à une question piégée

Avez-vous arrêté de battre votre femme ?

Euh… je n'ai jamais…

Oui ou non ! Pas d'esquive !

Pujadas, hier soir, pose encore à François Hollande la question : "y a-t-il trop d'étrangers en France ?" Hollande dit, une fois de plus, qu'il n'expulserait pas les étrangers en situation régulière, mais expulserait ceux en situation irrégulière. Pujadas le presse sur sa "conviction" ou son "sentiment" intime : "trop d'étrangers ?"

François Hollande ne veut pas répondre "non, il n'y en a pas trop", sachant qu'aussitôt la droite l'accusera de vouloir les portes à "toute la misère du monde". Il ne va pas quand même dire "oui, il y en a trop", justifiant ainsi tous les fantasmes xénophobes de la majorité anti-républicaine de l'UMP. Et le format télévisuel, les exigences de la communication ne permettent pas à Hollande d'expliquer que la question est terriblement biaisée, piègée et sortie tout droit de la rhétorique sarko-mariniste. (Voilà un concept : le sarko-marinisme. Seulement cinq réponses sur Google pour l'instant.)

Bien évidemment, la question, débarrassée de sa fausse naïveté, est plutôt : "est-ce que notre problème, ce n'est pas l'excès d'étrangers ?" En poussant, on remplace "étrangers" par "immigrés" (la question c'est "l'immigration" après tout), on ajoute un peu de "halal", un peu du "vote communautaire", une dose de "Tariq Ramadan" et la triangulation thématique s'enclenche. Plutôt que parler des flux migratoires nous sommes en train parler, encore une fois, de la place de l'Islam dans la société.

Hollande répond effectivement en refusant la question, sans pour autant dire qu'il la refuse. Il essaie de prendre de la hauteur, il parle en homme d'État : expulser ou ne pas expulser ? Le téléjournaliste veut de l'émotion, du sentiment, veut finalement qu'il se place dans la dimension sarkozyste, ce monde imaginaire, celui du petit village français, où tout est symbolique et où la réalité importe peu. Hollande évite de se laisser entrainer sur ce terrain et c'est tant mieux. Le prix à payer, du moins aux yeux des journalistes, c'était de sembler "esquiver" la question, et de tomber dans l'un des autres éléments de langague de l'UMP.

La journaliste du Monde sur le plateau n'hésite pas à enfoncer le clou, et c'est ce qui apparaît dans le résumé que le journal publie ce matin :

Le candidat PS, qui passait le premier, s'est efforcé de se poser en opposition à son adversaire et d'apparaître aussi "présidentiel" que possible, même s'il a parfois donné l'impression d'esquiver.

Si c'est le prix à payer, tant pis. Je garde le regret, cependant, que le candidat n'ait pas explosé la question elle-même. C'est toujours plus facile de trouver des réponses après coup. Voici la mienne :

Trop d'étrangers en France ? Vous voulez dire : est-ce le problème de la France qu'il y a trop d'étrangers ? Le candidat sortant, comme d'ailleurs la candidate du Front National, voudraient nous faire croire que les "immigrés" sont la cause de tous nos problèmes, le chômage, les déficits de nos comptes sociaux. C'est une manière de nous détourner des vrais problèmes et des vraies solutions. C'est ça l'esquive.

Edit: Voir le billet de Dagrouik publié presque simaultanément.

25 avril 2012

Les électeurs du Front National et la gauche

Depuis longtemps, sur ce blog, je fustige la xénophobie et son exploitation par le pouvoir sarkozyste. Puisque je parlais de Sarkozy, de l'UMP, d'Hortefeux, Besson et Guéant, et surtout de la communication et des idées, je ne me suis pas préoccupé de ceux qui vote réellement pour Marine Le Pen. Ce qui m'interessait, c'était la responsabilité des responsables politiques qui exploitaient certains sentiments.

Et avant de commencer, il faut savoir que je crois beaucoup à la dimension pédagogique des discours politiques. Sarkozy et Le Pen ne s'alignent pas sur une xénophobie qui est simplement là déjà ; ils apprennent à leurs électeurs à être xénophobes, à comprendre l'ensemble des questions sociales et économiques à travers la lentille de l'islamophobie, qui a remplacé l'antisémitisme dans les rouages du populisme de droite.

Cela ne veut pas le racisme et la peur de l'autre n'existeraient pas sans Sarkozy et la famille Le Pen. Le rôle est de valider, d'encourager ce sentiment, de le nourrir et d'enrichir son application à une vision du monde. Ainsi va le trafic des raccourcis habituel : insécurité ? immigation ; chômage ? immigration ; déficits ? immigration ; Europe ? fermer les frontières (ou sortir de l'euro). Tous les bouleversements des vingt dernières années -- mondialisation, désindustrialisation, deuil des Trente Glorieuses -- sont remplacés dans ces représentations par un équivalent en carton-pâte où tout tourne autour de la figure de l'immigré et la nostalgie d'un passé d'avant la décolonialisation. (Car, comme je l'ai dit tant fois déjà, "l'immigré" qu'on voudrait empêcher de penétrer dans l'espace Schengen, est en fait ce Français dont les grand-parents sont nés au Maghreb.)

Mais les électeurs eux-mêmes ? Et Hollande et le PS, que doivent-ils faire devant ce 19% ? Aujourd'hui Marc Vasseur touittait ceci :

à la louche FN : 1/3 fachos (un peu moins je pense) 1/3 réac droitards 1/3 déclassement/oublié (un peu plus)

Cela me paraît assez raisonnable. (Voir aussi ZeRedac.) Ce qui voudrait dire que la différence entre un FN à 12% et un FN 19%, c'est ce gros tiers qui, si tout était transparent et logique, ne serait pas à sa place chez Le Pen.

La démarche de Hollande me semble parfaitement claire et justifée à cet égard :

Sur l'immigration, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je m’adresse à ceux qui ont fait le choix et qui l'ont fait par colère, par frustration, souvent des ouvriers, des employés, à ceux qui connaissent le chômage. Et quand vous regardez une carte sur le vote FN et une sur le chômage, vous avez parfois coïncidence. Je ne dois pas les laisser de côté.

Mais le message peut-il passer ? C'est là que revient le problème "pédagogique". Hollande a beau dire : si on combat la précarité, vous allez être mieux, vous aurez moins peur de l'Islam. Celui qui a ainsi succombé aux mystifications du Front National ne peut plus comprendre les choses ainsi, et ne croit pas de toute façon à la capacité des instances politiques de résoudre ses problèmes concrets. Reste donc l'immigré comme "problème" fantasmatique, dans une immédiateté qui prend le dessus sur les subtilités de la macroéconomie.

Il y a donc un effort à faire envers ceux que Marc désigne par "déclassement/oubliés", un effort de communication, certes, mais c'est seulement sur le long terme. L'État Français et le Front National, ensemble, font leur propre "pédagogie" depuis cinq ou dix ans, pour le premier, et des décénnies pour le second. Il sera difficile d'effacer cela rapidement.

Pour la droite (ancienne droite républicaine), les choses sont plus compliquées encore, ce que montre le très fort rejet de Nicolas Sarkozy, justement chez les électeurs de l'extrême droite. On parle de 44% seulement de report de voix en faveur de ce dernier. C'est faible. Le succès de Sarkozy en 2007 était fondé dans l'illusion qui consiste à faire croire que les défenseurs du grand capital vont améliorer la vie des déclassés simplement en chassant les Arabes. La dérive actuelle du chef de l'État montre que pour maintenir l'illusion, il doit aller de plus en plus loin dans le sens de la xénophobie. Comme un héroïnomane qui sans cesse besoin d'augmenter sa dose. Chantons avec Carla : tu es ma came….