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11 avril 2012

L'économie est ailleurs

Lors des débats sur la hausse de la TVA – dite "sociale", puisqu'elle permet aux gens qui gagnent le moins d'augmenter leur participation au financement des services sociaux – on avançait cet argument qui me semblait, à l'époque, assez étrange : la hausse de la TVA serait une manière de taxer les importations en provenance de notre grand ennemi économique, la Chine. Je ne voyais pas comment on pouvait l'affirmer, puisqu'avec la TVA, on ne peut pas cibler les produits par leur origine industrielle. Parallèlement, la hausse de la TVA ne devait rien coûter aux consommateurs parce que la concurrence ferait baisser les prix. Cet argument là, je ne le comprenais pas non plus, une taxe comme la TVA étant justement neutre en termes de concurrence : si on augmente le prix de l'iPhone que j'ai envie d'acheter, ce n'est pas comme si j'allais me rabattre sur des poireaux français.

Les mois passent et je pense à autre chose. Puis, hier, alors que je commençais à songer à faire un billet pour expliquer mes réserves sur Mélenchon, sujet complexe et subtile s'il en fut, je tombe sur cet édito dans les Échos, plein de mépris et dédain pour les électeurs de Front de Gauche (partagés, d'après l'auteur, entre des staliniens quasi terroristes et des bobos conformistes). Le succès de Mélenchon doit être un grand soulagement pour certains, qui peuvent sortir des vieux arguments et clichés qui n'ont pas servi depuis la chute du mur. Bref, notre éditorialiste, Henri Dubreuil, finit son billet sur le SMIC à 1 700 euros :

Il reste malgré tout primordial de combattre les idées mortifères d’un diable rouge ayant troqué sa fourche pour une faucille. La simple idée de fixer à 1 700 euros le SMIC relève de la folie ou de la stupidité. Elle conduirait à la faillite des milliers d’entreprises à travers tout le pays. Et à ceux qui m’opposeraient la relance de la consommation, je rétorquerai : relance des importations. Couler notre économie pour faire le bonheur des Chinois ou des Allemands est tout sauf une idée digne d’un candidat à la présidentielle.

Je ne vais pas aborder la question du SMIC aujourd'hui. Ce sont les deux dernières phrases qui sont fascinantes, et qui, je pense, expliquent bien des choses sur la perception économique de cette droite si sûre d'elle.

Prenons les choses point par point :

  • Relance de la consommation = relance des importations C'est le nerf de la guerre : consommer, c'est importer. Donner des sous au peuple et il va préferer l'iPad aux poireaux.
  • Le déficit commercial, c'est la faute aux consommateurs Car effectivement, si au lieu d'acheter des écrans plats, nos consommateurs achetaient plutôt des Airbus ou, mieux encore, des Rafales ou des centrales Aréva, ils contribueraient quelque chose à l'économie française. Ce sont les jeunes qui nous coulent, avec leur langage SMS et tout ça. Abrutis.
  • Aider économiquement "les gens" c'est en réalité aider les Allemands et les Chinois Dans la guerre économique mondiale, toute aide sociale finit, peu ou prou, dans les poches de l'ennemi. C'est presque comme si les consommateurs constituaient une sorte de "front intérieur", une tentacule de l'ogre chinois, venue siphonner notre richesse nationale.

Et la conséquence de tout cela, c'est que la population, celle qui travaille et consomme, ne sert presque plus à rien. En tout cas, cela ne sert à rien qu'elle ait de l'argent à dépenser. Le "pouvoir d'achat" est, pour nos patriotes, non seulement inutile, mais une fuite potentielle de richesse. Si "les gens" veulent contribuer à la réussite nationale, la seule chose qu'ils peuvent faire c'est travailler plus en demandant moins. Il faut qu'ils transférent leur pouvoir d'achat vers les marges des grandes entreprises.

L'économie n'est plus à nous, nous ne sommes plus que des freins, ni ouvriers ni consommateurs, juste des enfants dépensiers. L'économie est ailleurs et il n'y a rien à faire. Et pour autant, mais là je commence à mordre sur mon futur billet sur Mélenchon, il ne suffira pas déclarer la "réindustralisation" ou la "démondialisation". Il va faire falloir trouver autre chose, une autre manière de réintégrer "les gens" dans leur propre économie en modifiant petit à petit le terrain de jeu pour favoriser des structures plus petites, des réseaux plutôt locaux. Il va falloir également, et c'est surtout là où François Hollande me semble avoir raison, améliorer la qualité globale du pays, surtout en termes d'éducation et de recherche. Car l'éducation et la recherche, en plus d'une augmentation de la compétitivité (si si, monsieur le Président, cela peut se dire en socialisme), ce sont des moyens de remettre l'accent sur des gens, plutôt que sur des intérêts.

13 février 2012

Cherche recherche désespérément

Est-ce juste le contrefeu habituel, ou bien François Hollande a-t-il réussi à trouver un nouveau point sensible dans l'égo sarkozyzte ?

Fillon aujourd'hui dans Le Monde :

Nous avons jeté les bases d'une modernisation en profondeur de la société française, sur la recherche, l'innovation. Les propositions de François Hollande samedi sur ces sujets étaient touchantes : la plupart ont déjà été mises en œuvre par le gouvernement…

Wauquiez l'autre jour :

Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Laurent Wauquiez a dénoncé samedi "l'hypocrisie" de François Hollande qui "se pose en champion des universités et de la recherche sans jamais exposer les mesures qu'il entend mettre en oeuvre".

"François Hollande se contente de valider des réformes que les socialistes n'ont jamais eu le courage de mettre en place et se contente de promettre l'augmentation sans limite des emplois publics", ajoute le ministre dans un communiqué.

"La rupture dans notre politique d'enseignement supérieur et de recherche, c'est Nicolas Sarkozy qui l'a amenée: en cinq ans, jamais un gouvernement n'a autant investi dans ce domaine", se félicite M. Wauquiez.

Pourtant, si l'on demande aux chercheurs, ils ne semblent pas si contents que cela. Sauvons la recherche appelle à manifester le 17 février et dénonce la pénurie actuelle :

L’année 2012 s’annonce particulièrement difficile pour l’enseignement supérieur et la recherche publics. Dans un contexte de pénurie, le budget de la majorité des laboratoires baisse de 10 à 30 %. A l’INSU, la situation est encore plus difficile, car la direction scientifique privilégie le fonctionnement des grands instruments. L’avenir d’un certain nombre de TGIR (Très grandes infrastructures de recherche) sera remis en cause, sans dotations complémentaires de l’Etat. Avec un budget en recul en pouvoir d’achat, de nombreux établissements publics d’enseignement supérieur sont en difficulté financière. Ils sont conduits à gérer la pénurie en gelant massivement des emplois de titulaires, en accroissant la précarité et le recours aux agents non titulaires, en supprimant des heures d’enseignement -notamment pour anticiper des licences à 1500 h- compromettant ainsi l’avenir du service public d’enseignement supérieur et de recherche.

Côté enseignement, l'autonomie dont l'UMP est si fière ne plaît pas tant que ça.

Pourquoi s'en prendre à Hollande, alors ? Bien sûr, l'UMP ne va pas le laisser dire tout ce qu'il veut. De plus, les téléspectateurs ne comprennent pas grand'chose à la recherche, et peuvent d'autant plus facilement croire à la vantardise élyséenne sur le sujet. Mais j'ai surtout le soupçon que la réforme des Universités et de la recherche est l'une des seules propositions de Sarkozy qu'il n'a pas été obligé d'abandonner, comme le pauvre Paquet, laissé au bord de la route.

26 avril 2009

Pourquoi les "réformes" passent mal : Sarkozy n'est pas si malin

On ne peut pas réformer la France. Les français sont trop attachés à l'État jacobin. C'est l'immobilisme, le conservatisme bien pensant de gauche, forme bien connue de terrorisme intellectuel d'ailleurs, des privilégiés qui ne font que protéger leur bout de gras, au mépris du Brave New World qui est pourtant à portée de main. Évidemment c'est l'Éducation Nationale qui est le domaine le plus immobiliste, conservateur, "terroriste intellectuel" etc.

Tout cela, vous, comme moi, le connaissez par coeur. Sarkozy et les sarkozÿens sont allés assez loin dans cette idéologie et ont même réussi à énerver des chercheurs que l'on pensait perdus définitivement à la politique. Même l'armée (!) n'a pas été tout à fait épargnée. La police n'est pas contente. Les hôpitaux sont en train de se réveiller.

Pourtant, malgré ce qui passe pour des évidences, et malgré les idées reçues sur le sujet, la thèse de l'immobilisme socialo-gaulois ne me convainc pas. La lenteur avec laquelle le monde de la recherche et de l'enseignement supérieur a réagi aux "réformes" est assez significatif. Les premières initiatives de Valérie Pécresse, lancées pendant que l'on ne pensait qu'au Fouquet's et aux yachts maltais, étaient passées comme autant de SICAVs à la Banque Postale, jusqu'à ce que des étudiants, agissant contre l'avis des syndicats étudiants, ont commencer à râler.

Juste pour se remettre dans l'ambiance, voici un titre du 29 novembre 2007 :

Le mouvement étudiant ne s'essouffle pas. De nombreuses manifestations ont eu lieu ce jeudi, 35 sites universitaires étaient encore bloqués, selon le syndicat l'Unef. Ainsi, les mesures annoncées par Valérie Pécresse pour désamorcer la crise contre sa loi sur l'autonomie des universités n'ont pas eu d'effet notable sur les étudiants. Toutefois, l'Unef appelle "les assemblées générales" à "la levée des blocages".

Bien sûr, c'était l'époque du sarkozyzme triomphant, quand les billets vous sortaient des doigts presque déjà écrits, tant le monde semblait marcher à l'envers. Mais c'est pour dire que les "résistances", les "immobilismes" n'étaient pas au rendez-vous.

Je me souviens encore d'un Xavier Darcos annonçant, à peu près à la même époque, le non-remplacement de 13.500 enseignants, tout en insistant que le nombre d'enseignants n'avait rien à voir avec leur efficacité.

M. Fillon a par ailleurs indiqué qu'il s'est "mis d'accord" avec le ministre de l'Education nationale sur le non remplacement de 13.500 enseignants l'année prochaine.

[...]

M. Darcos plaide "pour une meilleure gestion" qui "permet de dégager des marges de manoeuvre dans l'éducation nationale". source

Voilà, l'idée : on coupe, mais on transforme ; ça ira mieux. C'est sûrement ce que l'on inculque aux futurs gestionnaires, du manager d'hypermarché jusqu'au PDG de multinationale. Réduire les coûts, augmenter l'efficacité, le rendement etc. Grâce à des "réformes structurelles", ce dont on nous rabattait les oreilles pendant bien longtemps.

Et le pire, c'est que des réformes structurelles pourraient être intéressantes. Il y a en a qui sont sûrement nécessaires. Dans la recherche, à l'hôpital, dans la police. Même à l'armée, que sais-je.

Le problème, c'est que, en associant toutes ses réformes à des suppressions des postes, Sarkozy et les siens discréditent automatiquement leur propre discours. Non seulement les "réformes" s'avèrent imbibées d'une idéologie difficile à avaler, mais en plus il devient très vite très clair qu'elles ne sont que l'habillage plus ou moins grotesque des coupes traditionnelles que la droite a toujours voulu pratiquer.

Nous avons beaucoup plus de mal à gober le progrès que le TGH (CDL - Chanoine du Latran) nous promet quand nous nous trouvons exposés, nous-mêmes ou nos collègues, aux conséquences bassement économiques de ces fameuses coupes.

Autrement dit, des "réformes" ne pourront se faire dans un climat de confiance, pour aller vers un mieux, et non vers un pire remaquillé. Du coup, le taux de confiance devient un enjeu important.

30 octobre 2008

Inénarrable

C'est par Gaël, lui-même alerté par Marc, qui j'ai appris la nouvelle : après le procès contre Fansolo, c'est l'estimé Olivier Bonnet qui est mis en examen pour ses activités blogistiques. Allez voir chez lui si vous ne l'avez pas encore fait.

Je le qualifie d'abord d' "inénarrable". La belle affaire. "Inexprimable, inracontable, indicible, incommunicable", donne le dictionnaire comme sens premier, suivi de "cocasse, bizarre, comique, drôle, grotesque, fantaisiste". Bon. Plus loin, j'écris : "On peut donc légitimement s'interroger, connaissant le CV de ce magistrat, sur son « indépendance » dans le cadre d'un tel procès, tant il est évident qu'il est en « coma professionnel avancé »" "Injures publiques", prétend mon adversaire.

On savait, grâce à la jurisprudence Yves Jégo qu'il était interdit sous la Cinquième République de traiter un homme politique d'"apparatchik". Désormais, il faut faire attention avec "inénnarable". Bon à savoir : on ne dit pas "l'inénnarable Nicolas Sarkozy", on dit... Nicolas Sarkozy est un grand défenseur de la liberté d'expression.

Tout de même, en ce moment, les règles qui gouvernent la parole politique sont en train de subir certaines pressions :

Excusez-moi, mais ça commence à devenir inénarrable, tout ça.

Oh ! Pardon...

16 mai 2008

Le sens du poil

Sur Le Monde propose, en tant que "Décryptage", un article de Philippe Ridet sur le Très Grand Homme (TGH) et le service mininum à l'école : M. Sarkozy revient aux fondamentaux de la politique. Déjà le titre est dans la droite lignée de la nouvelle comm' élyséenne, un Sarkozy plus posé, calme, présidentiel, etc. Donc là il revient aux fondemantaux, tout le contraire des excès qu'on lui attribue si souvent.

Depuis la réforme des régimes spéciaux de retraites, en novembre 2007, M. Sarkozy attendait avec impatience une occasion de rebondir. Pour espérer quitter les profondeurs des sondages, où l'ont entraîné les mauvaises nouvelles sur le front du pouvoir d'achat et ses propres erreurs de communication.

La ligne la plus pure : quelques erreurs de communication mais pas d'erreurs politiques, et des problèmes de pouvoir d'achat qui n'ont rien à voir avec la politique du "président du pouvoir d'achat". La faute à pas de chance. Et pourtant, pendant ce temps là, le vrai Sarkozy piaffait d'impatience, attendant anxieusement l'occasion de faire de la politique. C'est vrai que, quand on est Président de la R., de telles occasions sont assez rares.

Ainsi, une position de droite somme toute classique devient un véritable coup pour le toujours admiratif Monsieur Ridet :

Pour M. Sarkozy, le bénéfice de la manoeuvre est multiple : il honore une promesse de campagne, il satisfait une large proportion de Français favorables à cette mesure et il place la gauche, hostile à ce "service minimum" dans les villes qu'elle administre, en porte-à-faux avec l'opinion; il s'offre une tribune.

Pourquoi faut-il être si dur avec Philippe Ridet ? Je croyais qu'il ne devait plus s'occuper de l'Elysée. Quand j'ai lu son article, je me disais : "tiens, c'est bizarre, on dirait du Ridet. Et pourtant." Et pourtant, c'était bien lui, fidèle au poste.

Dans un Tchat au Monde, j'avais posé la question :

omelette16oeufs : Plus qu'aucun autre président, Nicolas Sarkozy a fait de son "comportement" ou de son "style" un enjeu majeur de sa personnalité politique. Les journalistes qui suivent de près le président sont un relais important dans cette communication. Cette proximité permet-elle un jugement clair des éventuelles manipulations de l'image présidentielle ?

Philippe Ridet : La proximité est nécessaire tant qu'elle n'est pas connivente. Elle permet d'approcher au plus près un personnage politique, de rendre compte le plus précisément de sa stratégie et de sa communication.

En réponse à un autre, il avait écrit :

Philippe Ridet : Je n'ai jamais eu le sentiment d'avoir été instrumentalisé. Même si j'ai parfois eu l'impression d'être un maillon d'une grande chaîne de communication.

Mais j'ai toujours veillé à rendre compte le plus précisément possible, quand c'était nécessaire, des dispositifs de communication mis en place par le candidat et par le président. C'est une manière d'avertir les lecteurs des mises en scène produites par l'UMP et par l'Elysée.

On n'a jamais le sentiment d'être instrumentalisé quand on l'est, c'est normal. Sa lucidité sur les "mises en scène" est, comme dans ce papier, toujours admirative. Bien joué, Monsieur Président! Et la plupart du temps ces informations vont dans le sens du poil élyséen. Car il faut être un grand connaisseur des manoeuvres du Président, un journaliste aguéri, pour en arriver à la conclusion : tout baigne.

29 février 2008

Mon "vivre ensemble" dans ta gueule

Chers lecteurs, je vous prie de bien vouloir m'excuser d'avoir, une fois de plus, inclus un mot vulgaire dans le titre d'un billet. Vous comprendrez que je m'efforce de suivre l'exemple de notre Très Grand Homme (TGH) en appliquant les nouvelles valeurs de la République : la spontanéité, la modernité, la transparence... Disons que c'est ma petite contribution, ma modeste contribution, à la lutte contre les conservatismes. Je pensais bien que vous, chers lecteurs, sauraient comprendre cette nécessité...

Un peu par hasard, je viens de tomber sur la fin du discours sur l'école primaire que Nicolas Sarkozy prononça à Périgueux le 15 février, où il revient sur la politique de civilisation qu'il met peu à peu en place depuis deux mois.

Mesdames et Messieurs, il y a quelques semaines, j'ai parlé de « politique de civilisation ». Vous le voyez, cette notion revêt pour moi un sens très concret. Elle consiste à rappeler la plus haute mission de la politique et de déterminer les conditions du vivre-ensemble. La politique doit rendre possible le vivre-ensemble. Or vivre ensemble ne va pas de soi. Vivre ensemble implique des règles, clairement énonçables et clairement énoncées. Ces règles elles-mêmes reposent sur des valeurs communes, un idéal humain, idéal humain qui est le seul garde-fou contre la barbarie, parce que la barbarie vient aussi de l'homme.

L'essentiel est là, mais, pour votre pur plaisir de lecteurs, je prolonge la citation jusqu'au bout, tant ce morceau est typiquement vaseux :

Et bien, inscrire ces valeurs dans la réalité est en notre pouvoir : cela s'appelle l'éducation. Une éducation qui n'aurait pas peur de s'adresser à l'homme tout entier, c'est-à-dire à l'être humain, tant il est vrai que l'on ne peut cultiver les esprits sans élever les coeurs, que l'on ne peut instruire sans éduquer. J'espère que vous aurez compris que mon message était un message qui venait du coeur et qu'il visait à participer au grand débat sur l'Education nationale.

Je vous remercie.

Ah, ça venait du coeur! Ah, ça visait à parler de l'Éducation nationale ! C'est réussi...

Mais je ne voulais pas juste me moquer, mais essayer de participer au grand débat sur ce qu'il peut bien entendre par "politique de civilisation" et "vivre ensemble". Les deux formules (je ne parle même pas d'idées) sont censées sonner comme si elles contenaient la recette d'une société harmonieuse fondée sur la reconnaissance les uns des autres, sur, à peu près, la solidarité ou même la fraternité. Sauf que, pour accéder à ces valeurs de gauche qui sont seulement évoquées, jamais prononcées, mais que l'on pourrait appeler la carotte républicaine, il faut passer par le bâton sarkozyste (non, Nicolas, pas celui-là!) : "Vivre ensemble implique des règles, clairement énonçables et clairement énoncées." D'où ce discours disciplinaire passéiste : un enfant, il a besoin de règles ; si tu déconnes, t'auras une claque. Le "vivre ensemble", ce n'est pas la reconnaissance de l'autre, c'est, dans l'éducation, la soumission à l'Autorité. Le rempart contre la barbarie, c'est la soumission à l'Autorité.

Effectivement, les enfants ont besoin de règles. Effectivement, une société ne peut pas fonctionner sans règles, sans ordres. Je ne suis pas un anarcho-dolto-soixantehuitard. Quand même. J'essaye juste de comprendre ce que le TGH entend vraiment quand il parle du "vivre ensemble".

Et si on essayait de mieux comprendre, en allant un peu plus loin dans le mauvais esprit ? Reprenons cette phrase :

Ces règles elles-mêmes reposent sur des valeurs communes, un idéal humain, idéal humain qui est le seul garde-fou contre la barbarie, parce que la barbarie vient aussi de l'homme.

Dans le discours, quand il parle de "barbarie", il fait allusion à la "barbarie" nazi, car deux pages plus tôt il vient d'essayer de défendre sa brillante idée de confier la mémoire des victimes de la Shoah aux écoliers.

C'est dans ce cadre que s'inscrira l'initiation des enfants à ce que fut le drame de la Shoah en leur confiant la mémoire d'un des 11 000 enfants victimes de cette tragédie. Il s'agit d'une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c'est-à-dire une histoire d'enfant qui avait leur âge.

Ce qui est étrange dans cette pensée, c'est que la "barbarie" est présentée comme le contraire finalement de l'Autorité. Si tu laisses tes enfants faire n'importe quoi, ils deviendront de vrais petits sauvages. La barbarie pour Sarkozy, c'est l'absence de respect de l'autorité. Mais quand il parle de la Shoah, la comparaison devient un peu plus compliquée. Car la "barbarie" de la Shoah n'était pas due à un manque de discipline, à un manque de Respect envers l'Autorité. Au contraire : c'est l'excès de ces mêmes valeurs qui, combiné avec une idéologie raciste et xénophobe, a permis la "Solution Finale".

Pourquoi alors insister autant sur la lutte entre la "barbarie" et la "civilisation" ? Avec cette "politique de civilisation", le véritable but est de "civiliser" les indigènes. Sarkozy veut que les écoliers se lèvent quand on chante la Marseillaise, signe de respect qu'il met au même rang que les "règles de politesse ou de courtoisie". Il explique, dans le même discours : "Dans les conceptions qui sont les miennes, l'hymne national ne se siffle pas, le drapeau pour lequel nos anciens sont morts, on se lève quand on écoute l'hymne national." Evoquer l'hymne national "qui ne se siffle pas", c'est évoquer ce célèbre match France-Algérie où les français d'origine maghrebine ont sifflaient la Marseillaise, c'est donc montrer du doigt ces indigènes (j'emploie à dessein le terme colonial) qui ne respectent pas les valeurs de la République. "Le vivre ensemble", c'est donc vivre ensemble par obligation, par peur de l'autorité, et pas par respect de l'autre. Sympa.

1 août 2007

Sarko et la Princesse de C. : les propos

Ce petit mot pour répondre à un commentaire aujourd'hui de filàplomb. Voici les citations concernant la question "Sarko et les lettres". On notera la conception assez large que Sarkozy se fait des lettres anciennes, qui, sans doute, incluent la littérature jusqu'en 1970 au moins. La Princesse de Clèves (1678) relève des lettres classiques? Après tout, quand le passé n'est qu'un immense trou noir d'ignorance, Cicéron n'est pas loin. Quand donc le président dit vouloir rendre payantes les études de littérature ancienne, on doit comprendre qu'il faudra payer pour étudier Céline ou Aragon...
"Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les sciences économiques".
Nicolas Sarkozy, 20 minutes, 19 avril 2007.
"Le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1 000 étudiants pour deux postes. [...] Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes."
Nicolas Sarkozy, 20 minutes, 16 avril 2007.
"Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle ! En tout cas, je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen !"
Nicolas Sarkozy en meeting à Lyon (23 février 2006). Discours publié par l'UMP. Pauvre guichetière et pauvres fonctionnaires! Le monde selon Sarkozy est divisé en deux: d'un côté le peuple (la guichetière confondue avec l'attaché territorial, pourquoi faire compliqué quand tout le monde préfère le simple?) et de l'autre le people. D'autre part, permettez-moi de douter de la véracité de l'anecdote. A ma connaissance, une question sur la Princesse de Clèves à un concours d'attaché ne peut relever que du détail (les lettres ne sont pas au programme) sinon de l'affabulation désinvolte du président.

5 juillet 2007

17,000 postes. Une hypothèse.

D'abord, un délicieux billet de CSP.

Ensuite, une hypothèse : Darcozy est passé de 10,000 à 17,000 postes... parce qu'à 10,000, ils ont rencontré si peu de résistance.

1 juin 2007

Darcos : la dette envers la dette

Je lis, dans Le Monde daté d'aujourd'hui, ceci:

« Je suis membre d'un gouvernement qui a reçu mandat d'alléger la dette de l'Etat. Je ne pourrai pas m'en abstraire », affirme M. Darcos.

Ce dont il s'agit, c'est une stratégie pour rendre les enseignants plus performants, plus rentables.

Laissons, pour l'instant en tout cas, la question des réformes de l'Education Nationale. Elle va revenir sur le devant de la scène tôt ou tard. Je suis... comment dire ? ... déçu de voir que, lorsqu'il s'agit de l'éducation, par exemple, la réduction de la dette devient soudain impérative, incontournable, tandis que lorsqu'il s'agit de faire un cadeau de 2 à 5 milliards aux entreprises pour prouver qu'en effet le travail crée le travail (et pas les financements de l'Etat), ou de baisser l'ISF, nous sommes dans l'investissement, dans la « pause » d'une réduction jamais commencée.

Jusque-là, chacune des nouvelles mesures proposées par le gouvernement Sarkozy coûte cher à l'Etat, et, en réduisant « structurellement » (comme disent les économistes) les recettes possibles (baisse de l'ISF, heures non-imposables, intérêts non-imposables), limite d'autant plus la possiblité d'une réduction future. On attend la croissance, mais même la croissance sera moins rentable qu'auparavant.

Bref: la réduction de la dette sera une raison de ne pas dépenser pour payer des fonctionnaires, mais cette raison ne sera pas appliquée ailleurs. Darcos risque d'être l'un de seuls ministres à ne pas « s'abstraire » au Grand Allègement National.

(Toujours ce rêve de dégraisser... mais regardez ce qu'est devenu Claude Allègre.)

29 mai 2007

Modeste proposition

Puisqu'il est si vital que la jeunesse connaisse la lettre de Guy Môquet, pourquoi donner cette mission aux enseignants (qui sont, comme chacun le sait, des fonctionnaires), alors qu'il serait mille fois plus efficace de la confier à TF1