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10 mars 2012

Aidez-moi Obi-Wan Kenobi. Vous êtes mon seul espoir.

Depuis quelques semaines, ou plus longtemps encore, on note cette thématique de la victimisation chez Sarkozy. Romain Pigenel montre bien que cette tendance à la victimisation est une corde sur laquelle la droite n'hésite pas à tirer. Avec Sarkozy, c'est, comme toujours, beaucoup plus poignant encore. Dagrouik s'interroge sur cet "Aidez-moi, aidez-moi" sur lequel le Très Grand Homme (TGH) termine ses meetings. Carla Bruni suggère même que Son Mari serait en train de se tuer, littéralement, avec son boulot : “Il travaille 20 heures par jour, donc j’ai peur qu’il (rires) meure, qu’il tire trop sur la corde”. A la télé, Sarkozy parle de ses malheurs personnels : Cécilia qui l'oblige à aller au Fouquet's, sur le yacht de l'autre. Et maintenant l'hystérie du jour, c'est qu'il songe à prendre chemin de Lionel Jospin en cas de défaite.

Je suis d'accord avec Romain : ce n'est pas de la bonne comm', c'est suicidaire, en effet. Pourquoi, alors, se montrer si faible, si fébrile. Veut-il incarner la précarité que tant de français vivent au quotidien, leur persuader qu'en lui rendant son boulot à lui, qu'eux aussi retrouveraient, quelque part, un peu de la stabilité qui leur manque ? C'est sans doute un peu tiré par les cheveux.

Ça se joue sur le terrain affectif. Comme s'il était persuadé qu'au fond, les Français ne pouvaient pas se passer de lui. Comme le type qui menace sans cesse de quitter sa copine, ou de se jetter dans la Seine si elle le quitte. "Tu verras quand je ne serai plus là. C'est toi qui va regretter, pas moi. " (Pardon : "tu verras quand je serai plus là", la suppression du "ne" fait partie des réformes réussies du quinquennat.)

Comment, en effet, pourrions-nous nous passer de notre Petit Père du Peuple ? Il rêve encore d'avoir un surnom affectif comme "Tonton" (et pas "Povcon"), d'être l'homme providentiel. Il ne comprend pas que politiquement, il est tout sauf protecteur et tout sauf rassurant. Il ne comprend pas qu'il a grillé toutes ses cartouches après un an de mandat et que son narcissisme, ce narcissisme qui le pousse justement à vouloir être la synthèse des aspirations de son pays, est devenu trop visible en tant que tel pour une grande majorité de ses sujets.

Les véritables hommes providentiels et petits pères du peuple, du moins ceux qui réussissent à se faire passer pour tels, ne demandent pas au peuple de leur venir en aide. Cela paraît évident. Le problème pour notre Très Grand Homme (TGH), c'est qu'à force de vivre dans et pour la scène télévisuelle, et d'encourager notre voyeurisme admiratif, de nous intéresser à lui plus qu'à ses politiques (pour lui faire confiance), il s'est mis à croire lui-même à son propre feuilleton, au point qu'il pense devoir "faire appel au public", comme dans la téléréalité. Le public veut (d'après les analyses du TGH) prolonger la saison de la Star Ac' encore plus qu'il ne veut traiter de ces tristes sujets comme le chômage qui n'ont pas d'existence télévisuelle du tout.

Cette élection va être la lutte entre la réalité et la téléréalité ? Pas tout à fait, parce que pour gagner, il ne faut pas non plus sous-estimer le poids de la téléréalité.

23 mai 2011

Jeter un homme en pâture

Sur les plateaux télé et dans les éditos de la presse papier, l'« affaire DSK » aura suscité mille fois plus d'interrogations sur l'usage des images et du traitement journalistique du sexe des politiques que sur les actes dont l'accusé est accusé. Je ne compte plus le nombre de fois que j'ai lu que Strauss-Kahn a été « jeté en pâture », ou qu'on parle de sa « mise à mort ». À la soirée télé consacrée à l'audience de demande de liberté conditionnelle, le fait qu'un grand jury ait retenu les sept chefs d'accusation, jugeant donc que le fait de passer quelques nuits en prison largement plus grave. C'est la vision myope de l'information en temps réel, certes, mais je crois que c'est encore plus symptomatique de ce qui se passe dans cette affaire.

Au delà des réactions stupidement machistes ou stupidement stupides, les médias ayant peu d'informations réelles à transmettre, ils se sont focalisés sur la "victimisation" de celui qui est accusé de tentative de viol et de l'injustice de la justice américaine qui l'aurait "jeté en pâture", "jeté aux chiens", en le laissant se faire photographier avec ses menottes. Dominique Wolton, dans son rôle, à la télé, à la radio et dans la presse écrite, de grincheux scientifique, dénonçant toutes les dérives de l'internet, peut disserter des heures sur l'horreur médiatique infligée au pauvre homme, mêlant un anti-américanisme à une peur bleue de la démocratisation de l'information. Wolton mériterait un billet pour lui tout seul, d'ailleurs, mais voici un avant-goût :

Les Américains, grands pourfendeurs des libertés individuelles, ont foulé au pied toutes les valeurs que nous avons en commun.

Ou encore (je n'invente pas, promis !) :

On assiste à une incompréhension réelle entre les deux pays, identique à celle qui a eu lieu pendant la seconde guerre en Irak.

Jean Daniel a également parlé de mise à mort, évoquant un gouffre culturel entre la France et les États-Unis. C'est presque comme si Obama avait annoncé l'annexation de l'Alsace-Lorraine. Prochain débat : fallait-il utiliser l'arme nucléaire pour venger Strauss-Kahn.

Et tout ce bruit, à cause de quoi ? Parce que le monde a vu Dominique Strauss-Kahn menotté, hagard et "débraillé". Mise à mort en effet.

Certes, ce n'est pas sympa de se retrouver partout sur la toile avec les mains dans le dos, entouré de flics avec les cravates que l'on connaît. Bien sûr. La véritable mise à mort de Strauss-Kahn, s'il faut poursuivre dans ce langage hystérique et hyperbolique, n'était pas ces fameuses photos, mais bien le fait d'être inculpé d'un crime terriblement grave, en désaccord total avec, oui, l'image qu'avait le grand public de l'homme. Le problème, pour DSK, ce sont les faits, non les images. L'effet sur son image serait à peu près identique si nous étions limités aux simples informations écrites : "DSK arrêter pour viol, puis inculpé sur sept chefs d'accusation".

Pourquoi donc tant de haine ? Parce que ces gens, de BHL à Wolton, ne vivent, apparamment, que dans l'image, que dans cet univers profond de seulement quelques pixels. La véritable brutalité du crime dont Strauss-Kahn est accusé n'y a pas sa place, ne peut, à la rigueur, même pas être représentée ou pensée. Ainsi on préfère se lamenter sur le fait que ce héros national a été privé de maquilleuse avant ses audiences, justement pour échapper au réel.

7 décembre 2008

L'empereur nu dans ses vêtements trop grands, ou l'art d'agacer

"Je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda".

Dans le contexte, il s'agit d'être "libre" vis-à-vis de la Chine. Laissons l'essentiel de côté, pour se focaliser sur la petite bête. C'est ainsi que l'on reconnaît l'anti-sarkozysme primaire.

"Je suis libre [...] de mon agenda." Je fais ce que je veux. Pas si libre que cela, puisque le Très Grand Homme (TGH) a mis assez longtemps à se décider s'entretenir avec le Dalaï Lama autrement que par Bruni-Sarkozy interposée. Mais non, oublions tout cela : "je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda". Le petit garçon qui ne cesse d'affirmer qu'il est "grand", qu'il fait ce qu'il veut, que t'as pas le droit de dire qu'il ne peut pas avoir encore un bon bon, etc.

"... en tant que président de la République française..." On l'aurait oublié, ça ? Si seulement c'était quelque chose qu'on pouvait oublier de temps en temps. Le TGH doit constamment nous le rappeler, explicitement, en mettant les points sur les "i" : République française, et non République populaire de Chine par exemple, malgré son admiration pour les politiques salariales de cette autre république.

Pourtant, il y a autre chose qui cloche dans cette phrase. "Je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda". C'est peut-être lui. Il a eu tort, il semblerait, d'avoir fait l'impasse sur le monastère Corse où il devait apprendre à habiter la fonction. Il "l'habite" comme un garçon (petit garçon) porte un vêtement trop grand. J'étais comme ça, moi, petit : soucieux d'être plus grand, voulant toujours la taille au-dessus comme si ça me rendrait plus grand. J'avais 8 ans. J'ai changé depuis.

Ce qui cloche, donc, c'est ce "je" qui est accessoirement Président de la R. Accessoirement, comme le Philippe Patek est un accessoire. Il n'a pas compris qu'être Président n'est pas une liberté mais une responsabilité, une contrainte. Pas parce qu'il y a beaucoup de boulot, mais parce que, en tant que monarque élu, il est censé incarner cette République. Ce n'est pas malin de laisser supposer sans cesse qu'il ne serait pas à la hauteur.

Sarkozy, s'il avait compris cette distinction, aurait pu éviter certaines erreurs qui lui avaient, à l'époque, coûté assez cher en termes de popularité : le yacht, les escapades un peu trop voyantes avec une ex-top model. Il pensait qu'être Président était simplement un boulot où l'on pouvait décider de son propre salaire, mais qu'il pouvait exister, en tant que personnalité publique, à côté de ce métier. Cette phrase que cloche montre qu'il n'a pas vraiment changé. Sauf qu'aujourd'hui, le système a un peu évolué. Le "personnage" sert à distraire. Vous n'êtes plus obligé d'aimer Sarkozy. Car pendant que ses manières vous énervent, vous ne regardez pas l'essentiel, c'est-à-dire les actions réelles qu'il entreprend. Hortefeux sévit discrètement ; Darcos et Pécresse cassent, pour toujours, l'enseignement et la recherche, et ainsi de suite. Les aiguilles dans la poupée ne changeront rien. C'est jouissif, mais cela distrait du politique.

Sarkozy sait profiter du fait qu'il nous agace. S'il n'hésite pas à se rendre ridicule, en faisant appel contre la poupée par exemple, c'est que même ce ridicule lui sert de bouclier communicationnel, pour nous faire parler de lui plutôt que de ce qu'il fait.

10 juillet 2008

Sois intimidée et tais-toi!

Tout le monde va sans doute parler de la même chose aujourd'hui, mais bon. Un choeur de blogs braille plus fort. D'ailleurs, Marc Vasseur, avec un excellent billet sur la question, nous a déjà fait la plupart du travail.

L'affaire de la "mise à sac" de l'appartement de Ségolène Royal se poursuit. Libération met en une "La gaffitude". Laurent Joffrin pond un éditorial suffisant et inepte :

Que dire pour défendre Ségolène Royal ? Rien. On cherche vainement une raison qui pourrait justifier un tant soit peu les accusations à peine voilées qu'elle a portées mardi soir contre le «clan Sarkozy».

Même le Figaro est plus sérieux, malgré un titre légèrement condescandant et machiste : "Ségolène Royal se sent «suivie ou écoutée»". Elle "se sent" suivie. Car une gonzesse, ça sent les choses, car une gonzesse n'est pas raisonable, une gonzesse a peur, est parano, hystérique, émotionnelle, pas sérieuse. Ah, mais c'est le Fig, me dîtes vous tous en même temps. Oui, mais Laurent Joffrin ne fait pas mieux, il fait même pire :

L'ancienne candidate a bien été cambriolée, expérience toujours traumatisante d'autant qu'elle s'est répétée. Mais des millions de Français ont été cambriolés au fil des années. Rares sont ceux qui ont incriminé le président de la République...

Oui, c'est "traumatisant", du coup l'ex-candidate pète les plombs. C'est la variante parano du thème de la "gaffitude" : si ce n'était pas des martiens, alors c'était Nicolas Sarkozy.

Je disais donc que le Figaro était pour le coup plus sérieux. Car là où Joffrin "cherche vainement une raison qui pourrait justifier un tant soit peu les accusations", le Figaro en fournit plusieurs qui méritent d'être répétées :

  • "Les policiers du Service départemental de police judiciaire (SDPJ) des Hauts-de-Seine, chargés de l'enquête parlent d'une «mise en scène», voire de «mise à sac», selon une source proche de l'enquête."
  • "le procès-verbal de [la] plainte [concernant le cambriolage précédent] a été «mis en évidence à dessein, de façon à ce que ce soit repérable», assurent les enquêteurs, confirmant une déclaration de l'avocat de Ségolène Royal, Me Jean-Pierre Mignard."
  • Les policiers auraient fait remarquer que l'heure de la mise à sac était atypique.

Visiblement, le Service départemental de police judiciaire (SDPJ) des Hauts-de-Seine est une antenne de Désirs d'avenir pour pouvoir accréditer ainsi les délires de cette dame.

Sérieusement, qui peut, hormis Laurent Joffrin, soutenir que cette affaire n'a pas tout d'un acte d'intimidation politique ? Laurent Joffrin n'est-il pas assez informé pour savoir que ce ne serait pas la première fois qu'un incident de ce type vient salir l'immaculée vie politique de la France ?

Laurent Fabius, pourtant pas franchement un allié de Royal, est moins naïf que Joffrin (je prends ceci chez Marc Vasseur) :

Pssst Monsieur Joffrin ... L'ancien Premier ministre Laurent Fabius (PS) a affirmé jeudi sur LCI avoir déjà eu le sentiment d'être "suivi, écouté, espionné", mais a de nouveau refusé "d'entrer dans la polémique" à propos de la mise à sac de l'appartement de Ségolène Royal. A la question "avez vous eu le sentiment d'être suivi, d'être écouté, d'être espionné", l'ancien Premier ministre a répondu sobrement: "oui". "Donc ça existe", a poursuivi le journaliste qui l'interrogeait. "Je le crains", a rétorqué M. Fabius. source Ouest France.

Du coup, quand Laurent Joffrin écrit,

D'où vient cette hypothèse sensationnelle ? On ne sait. Rien dans l'enquête, rien dans l'appartement mis à sac, rien dans les milieux judiciaires.

on se demande s'il lit les journaux de temps en temps. Dans le sien, dans le papier correspondant à celui du Fig, les faits accréditant la piste de l'intimidation ne sont présents que sous forme de citations de Ségolène Royal elle-même, confortant ainsi l'interprétation "elle est folle".

Le pire dans cette histoire, c'est que l'effraction dans l'appartement de Madame Royal passe pour beaucoup moins grave que le fait que la première concernée en parle. Sois intimidée et tais-toi! Le fait de dire ce qui ne nous surprendrait pas du tout si le pays en question était l'Italie par exemple, semble, en France, tout à fait hors de propos.

Marc, écrit encore, en s'adressant à Joffrin :

Et pour tout dire, je crois que le temps de l'opposition gentillette est désormais révolue... il s'agit de lutter pied à pied contre une droite revancharde et idéologique. A ce propos, Je m'étonne de votre mansuétude vis-à-vis des tombereaux d'insanités qu'elle nous sert quotidiennement depuis la fin de l'état de grâce de votre ami... cela ne semble guère vous émouvoir,.

Voilà ce que si peu de personnes dans le grand consensus médiatico-politique semblent avoir compris : Ségolène Royal est la seule à taper fort contre la communication sarkozyste elle-même. Cela surprend plus encore à gauche qu'à droite, peut-être, mais, comme je le dis depuis que ce blog existe, pour gagner des élections il faut savoir communiquer, exister sur le plan de l'image. La plupart des cadres socialistes ne parviennent pas à dépasser la petite phrase, l'ironie ou, les bons jours, le sarcasme, alors que face à l'UMP, face à un Sarkozy, il faut taper fort.

L'épisode Ingrid Bétancourt le montre bien. Lisez surtout ce billet de Nicolas J., pourtant pas un ségolénophile, qui montre la nécessité absolue de dire que Sarkozy n'était pour rien dans la libération de l'ôtage des FARC. Il est essentiel de dégommer les faux-semblants sarkozyëns qui n'ont peut-être pas d'importance dans la technocratie ou dans la compétition à l'intérieur du PS, et pour l'instant une seule responsable politique semble l'avoir compris. (Enfin, il y a aussi Noël Mamère qui peut être très efficace quand il veut.)

Ségolène Royal tape fort : c'est l'une des leçons à retenir. Raffarin l'avait traitée de délinquante sociale, Royal sort l'histoire de l'appartement parisien que ce même Raffarin faisait louer par la Région Poitou-Charentes. "T'en veux une, la voilà ta baffe."

Au vu de la réaction de Laurent Joffrin, ce langage politique-là n'est pas acceptable pour la gauche, qui ne doit rien oser, qui doit rester dans sa molle acceptation de la politique et de la communication de la droite, qui doit accepter les termes du débat que la droite lui impose, qui ne doit finalement exister que comme la proposition d'une petite inflexion de la politique de l'UMP. Si on était au pouvoir, on ferait presque pareil, mais un peu mieux...

4 mai 2008

PS : n'oublions pas les images

Juan nous rappelle un élément de politique-fiction pas si fictif qu'il avait évoqué en mars :

Sarkozy dissoudra sans doute l'assemblée nationale dans deux ans, c'est-a-dire en 2010. Histoire de laisser la gauche aux commandes se vautrer, plombée par une refondation incomplete et un pays ruiné par 3 ans de gabegie sarkozyste. Le President a largement montré, ces 10 derniers mois, qu'il tenait davantage a lui qu'a son camp, a sa survie qu'a celle de ses idées.

En 2012, après deux années de cohabitation, Sarkozy nous rejouera "la rupture", l'homme providentiel.

Je ne sais pas si Sarkozy le fera. Est-ce une manoeuvre trop villepino-chiraquienne pour son goût ? Est-il assez fort dans son propre camp pour supporter la colère UMPéïste qui en résulterait ? Impossible de savoir.

Le problème soulevé par la question de Juan va plus loin que les considérations stratégiques : la gauche doit être en ordre de marche, ne peut pas se permettre de prolonger ses chamailleries beaucoup plus longtemps. De même, l'idée de construire un super-programme soc-dem sans désigner de candidat pour attendre le retour providentiel de DSK, protégé par le FMI des salissures du combat intra-PS, s'avérerait très risquée.

Quoi alors? Un billet de plus pour se lamenter sur l'état actuel du PS? Oui.

Mais aussi, un petit rappel, alors que nous nous rapprochons de l'anniversaire de l'élection triomphal du Grand Moderniseur de la République, Celui qui devait balayer tous les Conservatismes, notre Très Grand Homme (TGH), Président des Coeurs (pourquoi pas?) : qui peut dire où nous en serions aujourd'hui si Ségolène Royal savait, le 25 janvier 2007, que la France possédait dix sous-marins nucléaires ? Peut-être que cela n'aurait rien changé. Un autre piège lui aurait été tendu, on aurait trouvé autre chose. Mais si l'ouverture de cette brèche dans la perception de la candidate, les choses se seraient passées autrement.

Je ne dis pas cela pour parler de "Ségolène, victime des médias", même si elle le fut, mais pour dire que l'on a tendance à oublier à quel point des choses frivoles entrent en compte dans une élection présidentielle. En 2012, ce sera pire. C'est toujours pire. Alors, d'un côté, il me semble très important que le PS réfléchisse sur un projet, et surtout sur son mode de fonctionnement. Mais en même temps, il est au moins aussi important de gagner la guerre médiatique. C'est malheureusement une illusion de penser qu'avec un super programme, le PS sera imbattable en 2012. Même en admettant qu'un tel programme puisse même se formuler, qui mettrait magiquement tout le parti d'accord en supprimant les rivalités, rien ne garantit qu'elle serait électoralement efficace. Et, encore malheureusement, la guerre de la communication commence aujourd'hui, ou même hier. Il est très inquiétant de constater que, malgré un président qui établit sans cesse des nouveaux records d'impopularité, le PS n'a pas pu se relever.

Il est tentant de penser que l'échec médiatique du TGH prouve que les français veulent aujourd'hui du concret, et que l'image ne jouera plus le même rôle qu'avant dans les élections présidentielles. Malheureusement (encore et toujours), l'échec médiatique de Sarkozy ne prouve que les manipulations médiatiques de l'image devront être, à l'avenir, plus subtiles. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre à ce jeu là.

21 avril 2008

Sarkozy et son enclume

Lu chez Juan, les "confidences", livrées par le JDD, sur la préparation de notre Très Grand Homme (TGH) pour son passage à la télé jeudi prochain, alors qu'il caracole dans les sondages avec tout de même 36% des français qui l'approuvent :

Divisée en trois séquences - questions internationales, société, économie -, cette intervention n'a, au fond, qu'un seul objectif: convaincre les Français que les promesses de campagne seront "intégralement" tenues. Le "respect des engagements pris" sera le fil rouge du propos présidentiel. "Certains désespèrent de sentir les effets du changement promis", rapporte ce député sarkozyste confronté, chaque semaine, dans sa circonscription, à la frustration des électeurs qui, entre annonces et démentis, finissent par perdre pied.

Le TGH est têtu au moins. Tout le personnel ici à la Pire Racaille lui souhaite du courage dans cette entreprise : plus les promesses de campagne sont rappelées aux téléspectateurs, plus ces derniers seront en mesure d'évaluer objectivement les performances de Monsieur Sarkozy. Nous nous félicitons de cette obstination.

En réalité, les ficelles sont un peu grosses. Ce n'est pas la première fois. Justifier la casse du système social, la guerre aux pauvres en citant sa légitimité démocratique, le suffrage universel, c'est illogique quand on constate qu'il n'est soutenu par aucun "mouvement populaire". En faire appel encore une fois à l'élection, c'est sûrement céder à la tentation de se replacer dans cette période antédiluvienne, désormais mythique, l'époque héroïque du sarkozysme triomphant, quand les "promesses du candidat Sarkozy" avaient force de loi.

Si seulement on pouvait relancer cette dynamique... Eh bien, non : elle est brisée pour toujours. J'imagine le TGH s'imaginant victime de la presse, de la conjoncture économique, se disant que son impopularité (UM/Popularité, dirait kamizole) est une injustice, quelque chose qui ne devrait pas être et qu'il refuse. Ajouter à cela quelques conseillers sachant bien flatter l'Empereur, et le tour est joué : Sarkozy persiste et signe, tête baissée.

Tant mieux. Les promesses électorales et la nostalgie des premiers mois de son règne seront l'enclume sur laquelle son image actuelle continuera à se briser.

24 mars 2008

La presse admire la ligne printemps-été de Sarkozy

Depuis la déroute humiliante de la droite aux municipales, la mode dans les médias est de savourer les efforts de notre Très Grand Homme (TGH) pour se "présidentialiser". Il paraît que même l'intéressé parle en ces termes (voir le Canard de cette semaine). Je me suis déjà interrogé sur la possibilité d'un style bling-bling très voyant à un style qui serait, d'après Devedjian (mon UMPiste préféré), plus "classique", donc de s'afficher comme celui qui s'affiche moins.

Sarkozy a beau être la cible d'ignobles attaques dans les médias, il pourra toujours compter sur Le Monde pour une approche favorable. Aussitôt désavoué par l'opinion, il faut faire de Sarkozy un petit gars sympathique qui se plie en quatre pour bien faire son boulot.

Premier exemple : cette comparaison, par Bertrand Le Gendre, entre Sarkozy et De Gaulle, comparaison a priori défavorable : Sarkozy y a quand même l'air d'un guignol, surtout dans le récit de la scène du "honeymoon" avec Merkel devant les journalistes. Et pourtant, à la conclusion de cette "analyse", Le Gendre insiste surtout sur le côté Vieille France du Général :

Personne n'imagine non plus de Gaulle montant quatre à quatre les marches du perron de l'Elysée en short Nike. Ni faisant un jogging dans les rues de Manhattan vêtu d'un tee-shirt "NYPD" (New York City Police Department). Invariablement habillé d'un costume foncé, le Général ne le quittait que pour son uniforme de serge kaki. Même son fils Philippe ne l'a jamais vu, dans le parc de Colombey-les-Deux-Eglises, qu'en veston et cravaté.

Ce sont les dernières lignes du papier. Tout est toujours bien équilibré : si Sarkozy n'est pas assez présidentiel (Nike, NYPD), De Gaulle l'était trop, ou le serait trop encore pour notre époque. Evidemment. Ce qui confirme l'argument premier de Sarkozy : il faut un président "moderne", "transparent" et "décontracté", pas comme ce vieux schnoque de De Gaulle. Sauf que malgré tout De Gaulle était encore plus "transparent" que Sarkozy : non seulement payait ses propres "frais de bouche" et ne se serait pas autorisé à doubler son propre salaire, mais, même en termes vestimentaires, il était en public comme il était en privé : le même veston, la même cravate.

C'est donc la nouvelle technique médiatique : se moquer gentiment des excès de Sarkozy, tout en admirant chacune de ses tentatives, pourtant risibles, de se présenter comme plus digne.

Le papier de Philippe Ridet de la semaine dernière fournit bon nombre de ces anécdotes, surtout Sarkozy au plateau des Glières :

Originellement, une garde rapprochée composée de Brice Hortefeux, Nicolas Bazire et Pierre Charon aurait dû être de cette cordée haut-savoyarde. "Trop clanique", a jugé M. Sarkozy qui ne souhaite pas aller trop loin dans la comparaison. "Honnêtement, c'est mieux que l'autre...", lâche-t-il dans une allusion un rien perfide à son prédécesseur.

Admirez-moi! Admirez-moi! Personne ne peut lui expliquer que pour avoir la classe, il ne faut pas avoir l'air de chercher à tout à prix à l'avoir? Non, ne lui expliquez pas, ça ne fait rien.

Le schéma est toujours le même, pourtant : on se moque du TGH, et après on se rassure en l'admirant. Le moment le plus mielleux de l'article de Philippe Ridet est pourtant la scène du conseil des ministres :

"Plus les obstacles se multiplient, plus il faut de calme et de sang-froid", a expliqué le chef de l'Etat. On croirait du Chirac. Les anciens ministres respirent : ils ont retrouvé un président.

Il suffit de dire une connerie pour que la présidentialité de Sarkozy soit rétablie : ah, enfin un président! Oui, c'est incroyable : il a dit "calme" et "sang-froid". Dans la même phrase en plus! Quel homme! Philippe Ridet depuis longtemps me paraît sinon franchement sarkophile, du moins trop content d'avoir accès en permanence au TGH pour être contrariant. Mais le phénomène dépasse un seul journaliste, ou même un seul journal : l'obsession du style, de l'anti-style, du style de l'absence de style est en train d'occulter, à nouveau, la dimension politique de ce style.

Le style de Sarkozy n'est pas accessoire, un "habit" que l'on endosse pour communiquer plus ou moins bien. Le style de Sarkozy est indissociable d'une certaine pratique du pouvoir, réalité que tous ces bavardages autour du style ne font que dissimuler.

22 mars 2008

Sarkozy et sa gomme

Depuis quelques semaines, le Pouvoir nous annonce le nouveau style de notre Très Grand Homme (TGH). Mathieu Potte-Bonneville fait un commentaire littéraire de la question, et c'est grâce à lui que j'ai pu apprendre que Devedjian, l'une de mes figures UMP préférées et grand poète à ses heures perdues, a dit que Sarkozy allait passer du "baroque au classique". Il est légitime de se demander si "baroque" est vraiment appropié, mais Devedjian fait dans l'euphémisme avec beaucoup de délicatesse d'ailleurs.

Le grand problème désormais du TGH, en termes d'image, c'est qu'il est difficile de se réinventer par soustraction. Même si l'on admet que la personnalité de Sarkozy lui permettra de se maintenir en retrait et en hauteur, et même si l'on admet que le système politique de Sarkozy peut survivre à ce même retrait, il reste un problème majeur de communication. L'omniprésence dont on a tant parlé est difficile de remplacer par une absence de présence. Les téléspectateurs ont beau avoir la mémoire courte, l'absence d'images efface difficilement les images déjà présentes.

L'image de Sarkozy va être plus difficile à effacer qu'à constuire. Difficile de s'afficher dans le retrait.

10 mars 2008

C'est parti!

Via les Brèves de Juan, cette interprétation par l'aimable Patrick Devedjian des ennuis de Sarkozy :

Il (Sarkozy) tiendra compte du message des Français, d'ailleurs il en a déjà tenu compte. Il est plutôt dans cette rigueur qui est demandée, on passe peut-être un peu de la période baroque à la période classique", a-t-il déclaré sur CANAL+. "Quand les gens protestent, ils ne protestent pas contre le fond de la politique, on l'a vu. Ce que l'on met en exergue, ce que l'on fait apparaître, c'est le style du président"

Voilà, c'est la ligne printemps-été du spin sarkozyste : les Français adorent les "réformes", le fait qu'ils détestent le bonhomme n'est qu'un détail. Nous, grandes âmes de l'UMP, nous sommes bien au-dessus de ces trivialités. Etc., etc., etc., ad libitum.

Je l'avais un peu prévu, cette ligne, celle de la défense du sarkozysme pur (comme si ça pouvait exister), ce qui n'était pas difficile. En tout cas, pour les anti-sarkozystes primaires, comme moi, il n'y a plus de doute sur la ligne, la contre-ligne, à suivre : faire coller l'impopularité du personnage à ses politiques. Cela devrait être facile, et pourtant j'ai l'impression que le sujet va s'avérer glissant et tordu. Serpentin.

26 février 2008

Vive la transparence!... pauvres cons

C'est normal que François Fillon soit si populaire, c'est parce qu'il est hyper drôle. Voici donc que l'affaire du "casse toi pauvre con" lui donne l'occasion de briller à nouveau:

«Le président de la République, c'est un homme. Ce qui compte, c'est aussi la façon dont on réagit, c'est la transparence. Il n' y a pas d'hypocrisie», a déclaré le Premier ministre.

"Pauvre con", c'est la transparence. J'adore la transparence, vive la transparence. Car, voyez-vous, au temps de Mitterrand ou même de Chirac, le Président aurait pensé "pauvre con" mais n'aurait rien dit. Aujourd'hui, grâce à la droite décomplexifiée, quand on pense "pauvre con", on le dit, et la République est sauvée, le pouvoir d'achat augmente et les petits n'enfants sont sauvés des prédateurs.

Mais parfois les comiques amateurs peuvent rivaliser avec les pros. Prenez l'exemple de Michel Barnier qui pourrait, à première vue, sembler un peu sec :

Même le très pudique Michel Barnier (Agriculture) ne trouve rien à redire à cet échange «d'homme à homme» : le Président prouve qu' il est «spontané» et «assez moderne dans son comportement».

Pour « spontané », on est plutôt d'accord. Mais « assez moderne » ? Vive la modernité! Bientôt tout le monde pourra s'insulter librement, c'est l'avenir radieux qui nous attend.

Et je ne parle pas de Karoutchi qui, plus énervé et manquant encore plus de self-control que son maître, aurait carrément tapé :

Dans la même situation, Karoutchi, lui, confie qu'il aurait sans doute «mis une baffe» à son agresseur.

Bravo, Rocky!

Tout cela est encore plus drôle de la part d'un Président qui, quelques jours plus tôt, appelait à introduire l'enseignement de la "civilité" et la "politesse" à l'école primaire. J'imagine tout de suite : "Bonjour Maîtresse ! Pauvre conne!"

On peut regretter qu'un épisode si peu important devienne un événement majeur dans ce quinquennat. Mais jamais je ne regretterai les efforts déployés par les sarkozystes pour montrer comment ce dérapage est parfaitement cohérent avec la pensée politique du Très Grand Homme (TGH).

24 février 2008

Vie privée politique

(Aujourd'hui je blogue en déconnecté, alors pas de liens...)

Dans Libé, on interroge des blogueurs français et des journalistes étrangers : s'ils avaient la certitude que le célèbre SMS ("Si tu reviens..." -- bientôt le nom d'un nouveau parfum chez Dior, sûrement) était authentique, auraient-ils publié l'information. Tandis que les journalistes (étrangers) l'auraient publié, il semblerait que la plupart des "blogueurs" (on se demande de qui il s'agit) ne l'auraient pas fait.

Bien. Peu importe.

Ce qui commence à me porter sur les nerfs, c'est que le seul argument en faveur de la publication du SMS, la seule justification qui revient encore et encore, c'est que Sarkozy lui-même a enlevé la distinction entre vie privée et vie publique, en instrumentalisant celle-ci pour arranger ses affaires en celle-là. Disons que je n'ai rien contre cet argument, il est parfaitement valable, je n'en veux pas à ceux qui le reprennent.

Si ça finit par m'agacer, c'est que l'argument s'arrête toujours là. La plupart du temps on ajoute que Ségolène Royal en faisait autant pendant la campagne, comme si elle s'était affichée partout avec le trop désirable François Hollande. Et ensuite on lui reproche d'avoir trop dissimulé les problèmes dans sa relation avec son compagnon. Bref, c'était exactement pareil qu'entre Sarkozy et Cécilia et entre Sarkozy et Carla.

Ça finit par m'agacer, finalement, parce que ça reste sur la surface et n'engage pas la dimension proprement politique de la chose. Afficher ou non sa vie de couple pourrait ne pas avoir de conséquences ; ces questions pourraient très bien rester le domaine de la presse people. L'instrumentalisation de la vie privée pour des besoins d'image est en effet devenue courante, en France et ailleurs, et de ce fait elle constitue une invitation à la presse, et à une certaine presse... Toutefois, le cas Sarkozy est différent, profondément différent. Sa poursuite permanente de la popularité personnelle est indissociable d'une démarche politique consistant à réinterpréter les relations entre le Président de la R., le gouvernement, le Parlément, la Justice. La présidentialisation du pouvoir s'est accompagnée d'une personnalisation du pouvoir.

Nous sommes bien loin des conclusions purement théoriques et totalement enterrées de la commission Balladur. D'ailleurs, qui, à droite, parle encore de ces "réformes" ? A l'automne dernier, la présidentialisation du régime semblait s'imposer ; Sarkozy était la preuve vivante que de toute façon nous étions entrés dans un univers présidentiel. Modifier la Constitution se justifiait comme une manière de rendre plus "transparente" une réalité déjà en place. Avec la chute de la popularité du Très Grand Homme (TGH), ces perspectives ont disparu. La nouvelle sagesse veut que le Président soit calme et distant. C'est la preuve que la déformation des institutions que Sarkozy justifiait par la "légitimité du suffrage universel" et surtout par sa puissance de feu médiatique était directement liée à sa personnalité. Et cette personnalité était elle-même le produit d'une manipulation des images du bonhomme : Sarkozy qui fait ses footings, Sarkozy en Ray-Ban, Sarkozy qui envoie sa femme chez Kadhaffi, et ainsi de suite.

Donc, non seulement le TGH a-t-il gommé la distinction entre vie privée et vie publique, mais sa vie privée est devenue politique. La droite s'indigne de l'impitoyable "lynchage" dont le TGH est devenu l'objet ; mais ce "lynchage" -- plutôt timide à mon goût : les "lyncheurs" ont attendu, pour la plupart, la baisse du TGH dans les sondages avant d'accrocher leur corde à l'arbre -- concerne non pas un type qui fait des voyages avec sa copine, mais une façon de faire de la politique, une façon de concevoir les relations entre les institutions. Faut-il s'étonner qu'une politique fondée sur la personnalisation suscite une opposition tout aussi personnelle ?

16 février 2008

Le style présidentiel

Au tout début du règne de notre Monarque Elu, en juin 2007, il y avait eu cet écho à l'issue de ce qui devait être l'un des premiers Conseils des Ministres.

Ce matin au conseil des ministres Nicolas Sarkozy a mis en garde les plus jeunes des ministres, leur recommandant de ne pas trop s'exposer médiatiquement : "Un ministre ne perd pas son job parce qu'il a refusé une interview. L'inverse en revanche..."

Dans le tout petit billet que j'en avais fait au moment, je réagissais surtout à cette nouvelle preuve du désir du Président de garder le contrôle sur la communication de son "entreprise". Je concluais ainsi :

La comm', c'est Sarkozy, et Sarkozy, c'est la comm'.

A l'époque, et avec mes souvenirs brouillés pour seul guide, il me semble que j'y voyais surtout l'inquiétude du Très Grand Homme (TGH) devant la possibilité que ses ministres gaffent, genre Christine Lagarde. La maîtrise de la com' dans le camp sarkozyste pendant la campagne en était la force, et il paraissait logique que Sarkozy entende continuer sur la même lancée. Sans doute que je ne mesurais pas le degré auquel le narcissisme du TGH allait influer sur cette stratégie. On était loin encore de penser que son divorce servirait à détourner l'attention des grèves, ou son marriage à la détourner de l'Europe, ou toutes ces choses qui sont devenues presque plus mémorables malheureusement que les imbécilités politiques qui sont la véritable marque de fabrique du bonhomme.

Retour à notre actualité : aujourd'hui Sarkozy estime que ses ministres au contraire ne l'ont "pas assez défendu". Difficile de le défendre quand on est ministre et qu'on a appris qu'il vaut mieux la fermer pour ne pas perdre son "job". Difficile pour les ministres rivaliser en visibilité avec les Conseillers de l'Elysée quand, au tout début de leur "job", la méfiance du patron était déjà si évidente.

Tout cela n'est peut-être qu'une question de style, style managérial, comme on dit. Serrer les vis à tout le monde, précariser tout le monde pour avoir un meilleur rendement. S'étonner ensuite que les autres ne soient pas prêts à tomber sur leurs sabres pour la bonne bouille du chef. En adoptant le style qui était le sien au début de son mandat, le Président n'avait pas prévu, ne pouvait pas imaginer le jour où il aurait besoin de ces mêmes ministres. Un grand moment karmique dans la carrière du TGH.

Le style, c'est l'homme peut-être. Faut-il qu'on se concentre autant sur l'homme. En l'occurence, le style est aussi un ensemble politique, un système de relations entre des personnes qui déterminent, en fait, les relations entre des institutions constitutionnellement définies. Malheureusement, le style est politique.

J'ai l'impression que Sarkozy croyait au début de son mandat qu'il le sérieux, la solennité et la gravité de la Présidence lui étaient acquis définitivement, irrévocablement, et que sur cette base solide, il pouvait faire ses propres conneries en guise de "transparence", "modernité" et pour affirmer sa propre personnalité contre ce qu'il apercevait comme les raideurs de son office. Raphaël Anglade avait raison de dire, le 17 mai, que Sarkozy n'est pas un homme d'état. Il a fallu plusieurs mois pour que cette évidence s'impose d'abord dans le public et enfin dans les médias. Sarkozy a perdu le socle de la personnalité présidentielle, cette respectabilité qui paraissait si naturelle chez Mitterrand ou même chez Chirac, mais qui ne dure que si le locataire de l'Elysée joue le jeu de la grandeur. Le TGH est un pur produit des contradictions de la Ve République, mais il a réussi à casser son jouet.

12 février 2008

Le retour de la fin de l'invincibilité

Hier je parlais de la fin de l'invincibilité de Sarkozy et aujourd'hui je voudrais revenir sur la question au vu des commentaires toujours aussi pertinents. Je vais revenir plus tard à la remarque de Marc (tiens, ça rime). Nicolas (qui a désormais un blog de plus), Monsieur Poireau et Circé ont tous eu raison d'insister sur le fait que :

1. Nous ne connaissons pas encore les résultats des élections

municipales et qu'il serait par conséquent imprudent de croire que l'UMP ait déjà perdu.

2. Sarkozy reste pleinement nuisible.

Je suis d'accord sur les deux points. Les élections sont toujours imprévisibles, comme l'UMP a pu le constater lors des législatives et la fameuse vague bleue qui allait nous écrabouiller tous. Et, quoi qu'il arrive, Sarkozy reste le Président d'une Cinquième République où l'impopularité (ou l'UM/popularité, comme le dirait kamizole) du chef d'état ne modifie pas son pouvoir effectif. De plus, tous les outils de communication restent à sa disposition, même si en ce moment il a du mal à s'en servir correctement.

Le sens de mon billet d'hier n'était donc pas, mais pas du tout, de crier "Victoire!" pour qu'on attende tranquillement 2012, mais plutôt de dire que, avec ses 39% d'opinions favorables, Sarkozy a perdu quelque chose qu'il ne pourrait jamais retrouver : cet air d'invulnérabilité qu'il a su si bien manié depuis l'élection. Même s'il se relève, relance la machine, mate encore un peu plus les médias, rendort les téléspectateurs, le monde saura au moins que Sarkozy n'est pas forcément l'incarnation de l'Histoire et de la Modernité Politique, ses réformes ne sont pas toujours inévitables, qu'il n'est pas la Voie et la Lumière comme on l'a si souvent entendu.

Savoir que le Très Grand Homme (TGH) peut se retrouver, de temps à autre, en mauvaise posture, ce n'est rien, et en même temps c'est beaucoup.

Je vous laisse avec ces mots laissés par Circé :

En ce qui concerne Sarkozy, je crois qu'il n'est ni plus, ni moins qu'avant . Il est tout simplement à découvert dans la plus grande obscénité qui soit,ce qu'il a toujours été. Les autres, il s'en fout, il les mâte ou il les détruit.

Le pire, c'est qu'il a fait des clônes. Ma seule consolation, c'est que les clônes ont des durées de vie moindre...

11 février 2008

La fin du mythe de l'invincibilité sarkozyënne

Les mauvais sondages, la possibilité d'un revers important aux municipales (quoique... ce n'est pas encore fait), bref le monde à l'envers, à l'envers de ce que pensait à peu près tout le monde pendant les premiers mois du règne de notre Très Grand Homme (TGH). Même la plupart des anti-sarkozystes primaires, groupe dont je suis fier d'être membre, attribuaient à Sarkozy une sorte d'invincibilité qu'il fallait combattre modestement, comme des fourmis, sans espoir autre que théorique que la terrible machine à communiquer née d'une alliance permanente entre le pouvoir, l'argent et les médias pourrait jamais être véritablement mise en cause.

Je me souviens, dans les jours précédant le 6 mai, Dominique Strauss-Kahn disait :

«Si Sarko passe, on en prend pour dix ans, peut-être quinze.»

A l'époque, ça faisait peur, à moi le premier. Rétrospectivement, on peut supposer qu'en fait DSK préparait sa sortie sur le caractère "imperdable" de l'élection. Au moment, je pensais qu'il voulait effrayer les électeurs pour qu'ils votent Ségo. (Je sais, je serai toujours un pauvre naïf!) Mais même si "dix ou quinze ans" était purement stratégique, il est difficile d'imaginer que Strauss-Kahn ne le croyait pas, du moins un peu. Et surtout, cette idée lui était utile de toute façon justement parce qu'elle s'imposait comme une évidence : Sarkozy, une fois élu, aurait la main sur toutes les manettes, serait indéboulonnable, indéstructible, invincible.

Le mythe de l'invicibilité était en place avant le 6 mai.

Dans mes souvenirs, tout le bruit autour de la politique de l'"ouverture" a ensuite beaucoup conforté l'idée que toute opposition à Sarkozy était futile. (Voir ce que j'en disais en juillet 2007 : Sarkozy était le seul à avoir peur.) Sarkozy était censé avoir dit qu'il avait "vidé le centre" et qu'il allait "asphyxier la gauche". Il y a eu un mythe de l'ouverture aussi, largement relayé par les socialistes eux-mêmes, apparament démoralisés de voir partir des têtes bien connues mais pas essentielles au bon fonctionnement du parti. (Quand on trouvera les têtes nécessaires au bon fonctionnement du PS, on le saura...)

On voit aujourd'hui que Sarkozy n'est pas invincible, qu'il n'est pas aussi malin que l'on croyait, qu'il n'a pas su éviter la folie des grandeurs, et, après des législatives décevantes pour l'UMP et la perspective de défaites significatives aux municipales, on voit que l'ouverture n'a pas était le bouclier électoral que l'on disait.

Il sera intéressant de voir comment fera le TGH pour reconstruire son jouet. Il sera beaucoup plus difficile cette fois, du fait que plus personne ne croit à son invincibilité. Il n'est plus le rouleau-compresseur que l'on croyait.

Le problème, c'est que certains, comme Michel Rocard et autres "réfondateurs", croyaient que le PS était à l'abri pour 5, 10 peut-être 15 ans, qu'il avait devant lui une longue période de réflexion.

Dommage, c'est loupé: il va falloir être tout de suite une véritable opposition.

28 janvier 2008

Timbre-poste

«Les portraits des chefs de gouvernement ne devraient pas dépasser la taille d'un timbre-poste.»

Vladimir Nabokov dans Parti Pris (10|18, 2001).

30 décembre 2007

Le président grenouille

Louxor, Carla Bruni... pour finir, on pourrait ne plus savoir quoi en dire : toute tentative même de modeste mise en perspective sera immanquablement requalifiée en jalousie, ringardise... Raphaël Anglade écrit:

[Sarkozy] espère peut-être renvoyer la gauche geignarde au rang de pucelle effarouchée et la droite bourgeoise au rang de bigote peine à jouir.

Toute critique, toute protestation ne fait que confirmer comment le Très Grand Homme (TGH) est Grand, au-dessus des bêtises et des vieilleries. Non seulement la vie de jet-setter lui est parfaitement naturelle, un poisson dans l'eau, mais elle est, malgré sa vulgarité, le signe incontestable de sa supériorité. Et si on pousse un peu plus loin, il n'est pas difficile de voir dans cette posture une sorte de populisme à l'envers, où le TGH se représente comme l'un des héros modernes des tabloïdes, censés être l'étoffe des rêves du petit peuple, dénigrés par les "donneurs de leçons" et autres pédants moralisateurs, mais appréciés par les "vrais gens", qui d'ailleurs savent reconnaître un tout aussi vrai patron (à ses lunettes de soleil et aux mensurations de sa maîtresse...?).

Devant un tel édifice, ce n'est pas simple de savoir où commencer pour en saper les fondations. Au PS, la différence de réaction entre la plupart des cadres et Ségolène Royal. Ceux-ci dénoncent la participation de Bolloré à ce voyage, participation qui est effectivement dangereuse sur de nombreux plans. Malheureusement, sa gravité est difficile à expliquer de façon télévisuelle, surtout quand Bolloré contrôle pas mal de ce qui se passe dans nos télés. Ségolène Royal, au contraire, est plus efficace quand elle met

« en cause l'indépendance et la dignité de la fonction présidentielle», lui demandant de cesser de «provoquer par son comportement ostentatoire» (Libé).

C'est plus efficace parce qu'elle donne une forme rationnelle à un vague sentiment de révolte (mais l'UMP dirait peut-être jalousie encore une fois) ressenti, malgré tout, chez bien de supporteurs du Président dans ces mêmes classes populaires. Sarkozy est en train de bousiller sa propre position, dégrader la présidence et donc la France avec.

Quand j'ai commencé ce billet, j'étais assez pessimiste sur la capacité de réactino de nos citoyens, car il eût fallu qu'ils réagissent non seulement contre celui qui est malgré tout leur président, mais aussi, et surtout, contre le papier-glacé, contre la nouvelle narration de ce qui est censé être une grande histoire d'amour. Et pourtant, Sarkozy s'affaiblit (via Dagrouik), car le 20 et 21 décembre l'IFUP constate "une baisse de confiance massive".

Les images de Louxor qui étaient censées boucher cette faille de l'armure du TGH, pourront-elles aggraver au contraire sa situation? L'histoire avec Carla Bruni nous est vendue comme une sorte de conte de fées. Un jour, à ce rythme, ce ne sera plus la grenouille et la princesse, mais la grenouille et le boeuf, le TGH en train de se gonfler médiatiquement jusqu'au jour où...

Mais voilà le problème : y a-t-il quelqu'un, quelque chose qui pourra faire dérailler l'histoire que Sarkozy et les médias nous préparent? Ségolène Royal, en légitimant la réaction négative aux frasques présidentielles, est sur la bonne piste, mais il faudra autre chose pour que le ridicule, l'incompétence et l'outrecuidance de Monsieur Sarkozy deviennent une évidence publique.

9 novembre 2007

Se battre avec une image

Dans son commentaire à mon précédent billet, où je comparais Sarkozy à ces pères que l'on voit au supermarché, qui engueulent leurs enfants juste avant de céder à leurs demandes de bonbons, Juan posait une question existentielle:

J'essaie d'éviter de QUALIFIER le bonhomme (ie Sarkozy). Seule l'action parle, compte et fait mal. Non ?

Tout d'abord, on voit là ce qui doit donner à Juan l'énergie nécessaire pour faire l'énorme travail de veille et de commentaire qu'est Sarkofrance. Il dit qu'il a un travail, une femme et des enfants ; on se demande comment il arrive à publier autant d'informations. L'idée est très clairement de fournir, contre les manipulations médiatiques de Sarkozy, des faits, des faits et encore des faits afin que, contre l'illusion, il nous reste un peu, ou beaucoup, de vérité.

Je ne remets absolumment pas en cause cette approche, car il est nécessaire, dans le combat contre les illusions, de fonder son action dans la vérité. Je me souviens d'un essai de Vaclav Havel, qui parlait de ses années d'opposition au régime communiste Tchèque. Pour lui, la meilleure forme de résistance était de simple dire la vérité. C'était ce contre quoi le régime pouvait le moins bien se défendre. Quand Noël Mamère disait, à l'Assemblée, des mots durs mais justes contre la loi Hortefeux et l'amendement Mariani, il suivait la même ligne. La vérité est souvent le discours le plus blessant.

A ces considérations s'ajoute un autre ensemble de questions tactiques. Lorsque nous parlons de la personnalité de Sarkozy, ou de son divorce, de sa montre, de ses footings, ou des différents aspects hyper- du personnage, ne sommes-nous pas justement en train de solidifier l'image de l'homme, en contribuant, même avec un peu de mauvaise presse, à confirmer son statut de Grand Homme (Très Grand), larger than life? Ne faudrait-il pas se limiter aux faits, à du concret, en opposant la vérité et la raison aux mensonges et aux illusions médiatiques?

Voici pourquoi je ne suis pas tout à fait d'accord, malgré tout cela, avec l'objection de Juan : dans le monde politique dans lequel nous vivons, les faits et la raison n'ont pas malheureusement le poids qu'ils méritent. Ils sont nécessaires, mais ils ne suffisent pas. Les sondages du Très Grand Homme (TGH) sont en légère baisse, mais il arrive, encore, à courir plus vite que les faits, du moins dans l'oeil des médias et du grand public. Un jour, sûrement, les faits le rattrapperont. Mais en attendant, la force de la personnalité du Président -- et je veux dire par là sa personnalité publique, médiatique et politique, on s'en fout à peu près de sa vraie personnalité intime --, la perception publique de sa personnalité continue à être pour lui une arme ou un levier politique. Le voyage au Tchad était une préparation aux conflits sociaux ; si l'on aime déjà Sarkozy, on lui pardonnera sa dureté dans les conflits, on lui donnera raison contre les syndicats.

Du coup, il devient nécessaire de proposer d'autres interprétations de la personnalité du TGH. C'est ce que je faisais, rapidement et sans réfléchir, en l'imaginant au supermarché. C'est ce que faisait Raphaël Anglade quand il décrivait Sarkozy comme un président qui se couche chaque fois qu'il rencontre une quelconque résistance. Une image qui est aux antipodes de l'image populaire de Sarkozy, parfois même chez ceux qui ne l'aiment pas (je ne parle pas de la blogosphère, là, bien évidemment), et une image qui pourrait s'avérer destructrice pour Sarkozy, tellement la construction de sa personnalité politique est basée sur l'image d'un homme fort et ferme. Une image qui a aussi le mérite d'être vraie. D'où, bien sûr, sa puissance.

Donc, finalement, pas de désaccord, ni avec Juan, ni avec Vaclav Havel. Seulement, il me semble important d'admettre cette extension du domaine de la lutte pour inclure l'univers de l'image. Il est tout à fait possible que la réélection (ou pas) de Nicolas Sarkozy se jouera, dans l'inconscient populaire, dans sa façon se raconter son divorce d'avec Cécilia. Il ne l'a pas encore fait, mais il le fera. Et cela se jouera sur les pages glacées de Gala et de Voici. En s'opposant à Sarkozy, il est essentiel d'opposer à son image d'autres images de lui, moins flatteuses et, surtout, plus vraies.

29 octobre 2007

Sarkozy l'amerloque et le New Yorker

Ce matin, après avoir regardé le clip de Sarkozy en train de faire une colère devant les journalistes américains (merci Juan et Dagrouik), je suis tombé sur un article de la très respectée revue américaine The New Yorker, un article sur notre cher petit Très Grand Homme (TGH), Nicolas Sarkozy. Il date du 27 août mais il est assez perspicace et assez drôle.

Ma phrase préférée:

Bonapartism does not mean simply the possession of power by a short, ambitious man.

Et sur l'américanisme de Sarkozy, quelques intuitions intéressantes. Pour le journaliste, Sarkozy n'est pas tant pro-Américain, qu'un "américain manqué", un immigré dont le destin était d'aller jusqu'au bout, jusqu'aux Etats-Unis, mais que le hasard a fait aterrir en France.

But an American manqué is not at all the same thing as someone who is pro-American. He is not reflexively opposed to American interests, as Mitterrand was and as Chirac became. The point of his so-called Americanness, though, is to be able to act the way an American would if he were running France. He is surrounded by people who admire and understand America, but what they have taken from it is the habit of high-spirited enterprise and self-assertion. Sarkozy is a statist, unrepentant and unreformed, and determined to use the levers of government for its own good. By "reform" Sarkozy means growth and a crash course in modernization. By reform, he means, in a nutshell, anything to catch up with London. (C'est moi qui souligne, o16o.)

J'essaie de traduire la phrase que j'ai soulignée :

Le but du style américain de Sarkozy est de pouvoir se comporter comme un Américain à qui on aurait confié la France. Il est entouré de gens qui admirent et comprennent l'Amérique, mais ils en ont retenu avant tout une culture de l'entreprise et une habitude d'affirmation de soi.

Bref, Sarkozy n'est "américain" que dans l'image, quand il chausse ses Nike. L'Amérique pour lui est simplement une attitude que le pouvoir lui permet d'adopter.

4 septembre 2007

Ministère de la Haine, de la Peur et du Codéveloppement

Via Sarkofrance, cet article sur le site de Marianne, où est confirmé ce que l'on soupçonnait déjà, à savoir que Brice Hortefeux n'arrive pas à tenir les promesses de son Président en termes de reconduites à la frontière des clandestins. Selon Marianne:

en réalité, les services de police ont expulsé environ 1300 personnes au 31 aout alors que l'objectif est de 3580 reconduites sur l'année entière. En réalité, la « base » policière renâcle à appliquer les consignes du ministère dans la mesure où la complexité de la règlementation, la multiplication des recours et la guérilla juridique menée par les associations rendent très difficiles les reconduites effectives. Du coup, bien des policiers préfèrent relâcher les sans papiers interpelés que de les enfermer dans des centres de détention déjà bien garnis.

D'abord que ce n'est pas facile, et en plus c'est compliqué. Pire encore, des associations de gauchistes s'en mêlent. Mais le vrai problème, en termes de rendement et de chiffres, semble venir d'en haut.

alors que la responsabilité du dossier de l'immigration clandestine revient à Brice Hortefeux, l'expérience et les compétences, elles, se situent plutôt place Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur. Tandis que le cabinet de Brice Hortefeux espère voir le boss « piquer » son poste à MAM (notamment lors du rebondissement du dossier Clearstream), les hauts fonctionnaires se moquent souvent de l'ignorance manifestée par les membres du cabinet Hortefeux sur le sujet de l'immigration clandestine.

Le Très Grand Homme (TGH) voulait casser les administrations lorsqu'il a créé son gouvernement. Du coup, le Ministère de Hortefeux se retrouve avec une charge policière alors que la police dépend encore de MAM. Problème de gestion, ça peut arriver à tout le monde.

Le problème dans cette triste histoire, c'est que ce Ministère n'existe que pour répondre à des fantasmes qui, selon la conjoncture, sont partagés par une partie plus ou moins grande de la population, plus ou moins proche de l'Extrême droite, mais certainement pas limitée aux électeurs de Le Pen. Ce dernier a construit sa carrière politique en rendant l'immigration (légale et illégale) responsable du chômage, et, de façon beaucoup plus perverse encore, immigration et les déficits publics. Notre gouvernement actuel ne va pas jusqu'à dire des choses pareilles, et rien n'indique que Sarkozy et sa bande pensent selon ces axes. Cela ne les a pas empêchés d'instrumentaliser ces fantasmes, et de rendre l'immigration responsable d'un éffritement de la sacrosancte Identité Nationale, analogue aux entorses à l'Autorité Nationale qu'ils imputent à la génération Mai 68.

Le problème avec une politique fondée sur un fantasme, c'est que quand on commence à donner des ordres à des policiers, on se heurte assez rapidement à la réalité des choses. L'immigration du fantasme, ce ne sont pas ces 300.000 personnes que l'on estime présentes, clandestinement, sur le territoire français. Les "clandestins" qui sont visés véritablement, dans le fantasme, ce sont ces jeunes dits, hypocritement, "issus de l'immigration", citoyens français, nés en France de parents souvent citoyens français eux-mêmes. L'"immigration" que l'on voudrait arrêter, dans le fantasme, c'est celle des Trente Glorieuses; c'est en fait tout un pan de l'histoire du postcolonialisme français que l'on voudrait exorcer. Puisqu'il est impossible de revenir dans le temps, on cherche une victime expiatoire, une victime symbolique.

Car les 300.000 clandestins ne sont pas un problème réel (pour le reste de la société, j'entends; je ne parle pas de la difficulté, pour eux, de leur situation), ne sont pas une menace à une quelconque identité nationale. Juan écrit:

Toutes les polices de l'air et des frontières ont été mobilisées; un Ministère de l'Identité Nationale a été créé; le Président a été 4 ans durant Ministère de l'Intérieur; les instructions et les moyens ont été donnés pour que les interpellations et les reconduites aux frontières soient massives.

Et pourtant, cette politique est un échec au regard de ses propres objectifs.

Si l'Etat Français est incapable de les débusquer les sans-papier, quels problèmes représentent ils vraiment ?

Jettez un coup d'oeil sur ce tableau qui figure dans un rapport du Sénat sur l'immigration clandestine. (C'est là où je prends aussi ce chiffre de 300.000 clandestins. Il est important de noter que dans cette population, il y en a beaucoup qui rentrent au pays spontanément, ce que le Ministre Sarkozy ne prenait pas en compte dans ses calculs à lui.) En faisant un petit calcul, pour savoir le pourcentage de clandestins en France, j'en arrive à 0,5% de la population, ce qui place la France très confortablement dans le bas du tableau européen : les Pays-Bas (1,1%), la Suisse, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce (3,7%), ont tous, proportionnellement, beaucoup plus de clandestins que nous, sans parler des Etats-Unis, avec 3,6%.

Les clandestins en France sont une toute petite population, pauvre, qui souffre beaucoup, mais qui ne représente qu'une menace symbolique, un rappel de l'immigration de la décolonisation. Faire du chiffre sur leur dos, pour les besoins de la communication politique, pour des besoins d'image, relève d'un cynisme indigne. On ne peut que se féliciter de l'échec d'Hortefeux, et lui en souhaiter d'autres.

31 mai 2007

Et pendant ce temps-là, à gauche...

Beaucoup de réflexions en ce moment sur le choix d'un leader de la gauche et du PS (ici et ici, pour commencer), surtout depuis que Sarkozy a tenté d'adouber Bertrand Delanoë, comme s'il n'y avait pas assez de problèmes de personnes au PS. Sans doute qu'il ne pourrait jamais y en avoir assez pour Sarkozy.

Je parlerai plus tard de la question Bayrou (j'ai plusieurs idées en tête que je n'ai pas mise dans le bon ordre), mais pour l'instant c'est peut-être plus urgent de regarder la compétition du PS avec lui-même.

François Mitterrand 2007 estime que Fabius ne peut plus être un candidat sérieux. Même si aujourd'hui il fait la morale aux ambitieux de son parti, ce n'est pour cacher le fait que c'est lui qui a largement contribué à diviser le PS en ne pas respectant le vote des militants sur la Consitution européenne. On reproche à François Hollande d'avoir cherché à étouffer les conflits internes en créant une unité de façade, mais c'est essentiellement Fabius qui est responsable de cette situation qui aurait pu (dû ?) mener à l'explosion du parti. Entre autres effets néfastes, la divergence de Fabius peut être vu maintenant comme le présage de, comment dire ?, une certaine "distance" prise par certains vis-à-vis de la victoire de Ségolène Royal à l'intérieur du PS.

Il est très difficile aujourd'hui de savoir si Hollande a eu raison de vouloir tout rabibocher pour la présidentielle, mais on peut facilement imaginer des scénarios catastrophes où les deux PS subissent des échecs bien plus lourds que celui de Ségolène Royal.

Quant à DSK, la stratégie de "disponibilité permanente" va finir par lui enlever toute allure de meneur de jeu, si ce n'est pas déjà fait. Être "disponible" n'est pas la posture de quelqu'un qui pourra devenir un chef, mais plutôt celle de quelqu'un qui espère devenir premier ministre. Et encore...

Ce qu'on oublie dans la discussion de ces personnages, c'est que désormais ce ne sera pas l'alignement politique qui va déterminer si l'un ou l'autre peut vaincre la sarkodroite. Il ne suffit pas de se dire social-démocrate et puis d'attendre que les électeurs qui eux-mêmes s'identifient comme social-démocrates viennent vous chercher. La victoire désormais n'appartiendra qu'à celui (ou celle!) qui sera capable de mobiliser un certain imaginaire, d'exister dans ce monde d'images superficielles qui est désormais le pays de merveilles habité par le seul Président de la République, ordonné par Suffrage Cosmique.

En d'autres termes, la politique ne pourra plus se conduire comme une guerre de position. Hésiter entre centre-gauche et gauche-centre, se redéfinir, comme Fabius, en antilibéral pour occuper un poste apparamment délaissé : ces stratégies, même si elles n'ont pas perdu absolumment toute pertinence ne suffiront plus pour imposer un candidat présidentiel. Ce sera désormais des guerres de mouvement, où, pour changer une nouvelle fois de métaphore, il faudra créer la demande plutôt que de simplement se conformer à elle. Et quand je parle de créer la demande, et que j'ai l'air d'être un spécialiste de marketing ou de force de vente, c'est parce que nous sommes dans l'ère de la publicité et de la communication. (Qu'on l'aime ou pas.)

Ainsi, des compétence requises pour être candidat (dans notre régime ultra-présidentiel), c'est celle de l'image qui est la plus importante. La sacrosancte "connaissance des dossiers" n'est en fait qu'un élément de plus dans le paraître : il faut avoir l'air de connaître les dossiers. Déjà les mesures proposées par l'ultra-compétent Sarkozy sont en train de se révéler impraticables ou inconstitutionnelles. Quelqu'un de véritablement compétent aurait prévu toutes ses objections, n'est-ce pas ? Ségolène Royal avait raison d'attaquer Nicolas Sarkozy sur ce terrain pendant le débat, même si l'attaque n'était pas si bien menée. Mais Sarkozy sait très bien comment avoir l'air de savoir de quoi il parle. C'est une question de communiquer par les images. La campagne de Ségolène Royal n'était pas parfaite de ce point de vue, mais il est clair qu'elle dispose de plusieurs longeurs d'avance sur ses rivaux actuels.