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4 novembre 2007

Récrivons la constitution!

Le rapport Balladur est sorti mais je n'ai pas encore mis le nez dedans. Les commentateurs commencent à commenter, et cela commence à être intéressant. J'espère pouvoir suivre tout cela.

Voici ma pensée du moment.

Libé publie un entretien avec Dominique Rousseau, "constitutionaliste", assez stimulant, qui parle beaucoup de la responsabilité socialiste dans la présidentialisation actuelle du régime, rendant à MM. Mitterrand et Jospin leur part de responsabilité, ni l'un ni n'ayant eu le courage d'entamer la nature présidentielle du pouvoir. Avec Mitterrand, on peut comprendre : il est difficile de diminuer son propre pouvoir, alors qu'avec Jospin, inventeur du quinquennat et de l'inversion du calendrier, qui n'était que Premier Ministre, il aurait était logique qu'il dé-présidentialise le système, plutôt que le contraire. Sauf qu'il se voyait déjà président, je suppose...

Bref, Dominique Rousseau reproche à la gauche le fait de n'avoir jamais rien fait pour promouvoir un régime parlementaire. De toute façon, depuis qu'on sort la IVe République à tout bout de champ, le parlementarisme a du plomb dans l'aile en France.

Restons donc dans l'hypothèse d'un régime véritablement présidentiel. Ce n'est pas mon souhait, mais puisque c'est à l'ordre du jour (déterminé par l'Elysée, bien sûr), il faut bien en parler. L'idée étant que, en reconnaissant au président son rôle de chef de gouvernement, on peut renforcer le rôle du parlément en conséquence, pour qu'il y ait un véritable contre-pouvoir institutionnel. C'est bien beau, mais dans les faits, c'est le plus pieux des voeux, puisque l'Assemblée risque d'être en permanence à la botte du président, élu en même temps qu'elle. Même si l'Assemblée actuelle pouvait définir son propre ordre du jour, pourrait-on parler d'un contre-pouvoir? A part l'amendement pour les tests ADN, on ne voit pas l'Assemblée "résister" beaucoup au Très Grand Homme (TGH).

C'est d'ailleurs l'une des remarques de Dominique Rousseau : il est très difficile en France de séparer l'executif de la législature. Surtout vu le comporement des partis politiques.

J'en viens donc à ma proposition. Mettant le pouvoir institutionnel fermement entre les mains du président, on garantit la stabilité des gouvernements. On peut alors rendre l'Assemblée plus volatile sans risque de voir s'éffondrer la République. Il suffit alors de la rendre plus réactive à la volonté du peuple en la faisant rélire plus souvent. Tous les trois ans, par exemple. Ou deux et demi.

Comme ça, au moins, la stabilité institutionnelle n'est pas menacée, mais le président doit prendre en compte la réalité politique d'élections rapprochées où les électeurs pourraient juger son action, avec risque de cohabitation si les choses vont mal.

1 septembre 2007

Claude Guéant, François Fillon et l'hyperprésidentialisation

L'humilité presque masochiste - que dis-je, "presque"? carrément masochiste - de François Fillon commence, semble-t-il à s'éffriter. C'était une chose d'être éclipsé par l'ultra-hyper-méga-super-président, le Très Grand Homme (TGH) en toute sa splendeur et toute sa légitimité électorale, mais c'en est une autre de devoir se battre pour s'affirmer devant le Secretaire Général de l'Elysée. Et voilà que le Figaro enfonce le clou en lançant déjà des spéculations sur le successeur du brave Fillon, dont la seule originalité jusqu'à présent était d'avoir imaginé la suppression de son propre poste.

Claude Guéant sera-t-il premier ministre en 2008 après les élections municipales ou bien en 2010 au lendemain des régionales ? La question paraît à tout le moins prématurée. Mais, à force de voir en première ligne le secrétaire général de l'Élysée et, surtout, de l'entendre s'exprimer dans les médias, certains, dans la majorité, commencent à s'interroger.

J'avais parlé, il y a quelques semaines, de cet épisode révélé par le Canard entre Georges-Marc Benamou, conseiller élyséen pour la Culture et l'Audiovisuel, et Christine Albanel, notre Ministre de la Culture et de la Com'. C'était surprenant, je trouvais en tout cas, qu'un membre du cabinet de Sarkozy tente de s'approprier un peu de reconnaissance publique, ne se contentant pas de manier le véritable pouvoir dans l'ombre. Cela doit être dur, en effet, pour ces "conseillers" : savoir que ce sont eux qui gouvernent le pays, sans pouvoir vraiment le dire. D'ailleurs, c'est plus fort qu'eux, et ils finissent par le dire quand même.

Fillon et ses pauvres ministres devaient compter sur le fait que Sarkozy et les siens respecteraient les convenances, pensaient sans doute que l'illusion d'un véritable gouvernement avec un véritable premier ministre était nécessaire au bon déroulement des choses, à la paix sociale et à la Constitution. C'était, malheureusement pour eux, oublier que désormais le pouvoir est définitivement décomplexé. Si t'en as, tu le montres. Claude Guéant en a et ça finit par sortir. Fillon en est réduit à dire qu'il n'est pas un vulgaire collaborateur du TGH, mais un véritable chef d'Etat. Avec un bureau, et un parlément, et tout et tout.

Sans illusion sur la liberté de ton dévolue à Henri Guaino, François Fillon ne s'attendait certainement pas à voir Claude Guéant monter en première ligne à la télévision. « Lorsque les séances d'actualité reprendront, ce sont le premier ministre et les membres du gouvernement qui répondront, pas les collaborateurs de l'Élysée », confiait-il la semaine dernière, comme pour se rassurer.

Avant les législatives, Fillon était intarissable sur la légitimité que procure les élections, et Juppé a payé le prix de cette insolente doctrine cumularde. La légitimité du suffrage, c'était bien entendu une critique implicite de Dominique de Villepin, qui fut Premier Ministre sans être élu. Tout content de son élection du 6 mai, Sarkozy trouvait encore plus qu'avant qu'une élection, c'est bien.

Il se trouve maintenant que la seule élection qui compte est la présidentielle. L'Assemblée et surtout le gouvernement constituent un spectacle démocratique nécessaire pour éviter les critiques et occuper le bon peuple, mais l'on sait que le véritable pouvoir n'est pas là, que l'Assemblée UMP votera tout ce qu'on lui envoie, et que les ministres, y compris le premier, subiront, aux mains des conseillers de l'Elysée, différentes sortes de corrections s'ils se montrent inéfficaces (Christine Lagarde qui est trop longtemps restée en vacances pendant les premiers jours de la crise des subprimes). Autrement dit, avec la présidentialisation du régime, toutes ces centaines de petites élections législatives ne servent qu'à remplir des sièges, mais pas du tout à exercer le pouvoir.

L'ironie est donc que ce rapport de forces, pourtant extrêmement favorable au pouvoir élyséen - on peut difficilement imaginer une situation qui lui serait encore plus favorable -, ne suffit pas. Il faut maintenant que les élyséens occupent aussi le cirque démocratique. Selon ce même article du Fig:

[Sarkozy] casse les codes de la communication politique et autorise ses plus proches collaborateurs à s'exprimer dans les médias.

Et on en vient à imaginer, dans le Figaro en tout cas, Claude Guéant en Premier Ministre. Un nouveau Dominique de V., qui n'a jamais été élu, non plus. "C'est peut-être un DDV, mais c'est mon DDV".

Tout cela n'est que spéculation figaroesque, bien sûr. Mais confirme en tout cas que pour l'instant, le pire énnemi de la droite, c'est la droite.

2 août 2007

Faiblesses de l'hyperouverture

Pendant la campagne présidentielle, toutes les interrogations sur la compétence portaient uniquement sur Madame Royal. La compétence à gouverner du Très Grand Homme (TGH) ne faisait pas l'ombre d'un doute. Pourtant, pendant le débat, c'était Sarkozy qui racontait des conneries sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, tandis que Ségolène Royal présentait une position totalement en phase avec la véritable position diplomatique de la France.

Aujourd'hui, avec l'Affaire de la Contrepartie Libyenne, nous avons droit au spectacle d'un président, convaincu que sa bonne mine peut l'emporter dans n'importe quelle situation, qui se heurte à la réalité internationale. En condensé, la méthode Sarkozy ne fonctionne pas lorsque son interlocuteur n'a rien à foutre de l'opinion des téléspectateurs de TF1, ou a des intérêts de communication parfaitement opposés à ceux du TGH. Les ministres des finances de l'UE étaient très gentils à côté.

Ainsi, Saïf Al-Islam Kadhafi assure la communication auprès non seulement des Libyens, mais surtout auprès du reste du monde arabe, avec un message très simple : mon père les a eus. Il est évidemment suffisamment proche du pouvoir pour que l'on comprenne bien que ce n'est pas une petite fuite. Tiens, cette proximité avec le pouvoir, ça ne vous rappelle rien ? L'intervention de l'épouse du chef de l'Etat, par exemple?

Sarkozy ne peut pas proposer un poste de ministre à Kadhafi. Kadhafi ne fera pas partie de "l'ouverture". Il paraît qu'il n'a même pas sa carte à l'UMP. Kadhafi veut ses armes, il s'en fout des besoins de com' de celui avec qui il a fait son marché. D'autant plus qu'il lui suffit de dire la vérité. Au contraire de Sarkozy.

Pire encore pour le TGH, Bernard Kouchner, malgré sa soumission totale à l'ouverture, ne fait pas partie du petit cercle de personnes en qui Sarkozy a confiance. Il n'est pas au courant et il n'est pas content. Il ne joue pas le jeu en se laissant humilier, et oblige Sarkozy à s'enfermer définitivement dans le refus de toute contrepartie. Déjà personne n'y croit, et même Le Monde (j'allais dire Le Minc) est monté timidement sur ses chevaux de taille moyenne:

La "République irréprochable" que veut installer M. Sarkozy est prise en défaut de transparence, voire en flagrant délit de manipulation de l'opinion.

Double faiblesse du système Sarkozy. Faiblesse du côté de la kouchnerture, faiblesse surtout de l'omni-hyper-présidence. Ce n'est pas par hasard qu'il existe des hiérarchies diplomatiques. Le principe de toujours tout faire vite en y mettant un max d'énergie, c'est très cool, beaucoup plus cool que des lentes négociations qui n'ont pas l'air d'avancer. Encore une de ses fourmillères dans lesquelles il suffit de mettre un bon coup de pied. En l'occurence un coup de Nike. Le vieux système passait mal à la télé, était difficile à expliquer aux téléspectateurs. Mais il avait des avantages. Dont le moindre n'était pas la protection du chef d'Etat. Si une affaire tournait mal, on pouvait toujours virer un diplomate ou même le ministre. Mais Sarkozy n'installe que des fusibles grillés, car toute la lumière doit venir de lui. Jusqu'à ce que Kadhafi coupe le courant.