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11 février 2008

La fin du mythe de l'invincibilité sarkozyënne

Les mauvais sondages, la possibilité d'un revers important aux municipales (quoique... ce n'est pas encore fait), bref le monde à l'envers, à l'envers de ce que pensait à peu près tout le monde pendant les premiers mois du règne de notre Très Grand Homme (TGH). Même la plupart des anti-sarkozystes primaires, groupe dont je suis fier d'être membre, attribuaient à Sarkozy une sorte d'invincibilité qu'il fallait combattre modestement, comme des fourmis, sans espoir autre que théorique que la terrible machine à communiquer née d'une alliance permanente entre le pouvoir, l'argent et les médias pourrait jamais être véritablement mise en cause.

Je me souviens, dans les jours précédant le 6 mai, Dominique Strauss-Kahn disait :

«Si Sarko passe, on en prend pour dix ans, peut-être quinze.»

A l'époque, ça faisait peur, à moi le premier. Rétrospectivement, on peut supposer qu'en fait DSK préparait sa sortie sur le caractère "imperdable" de l'élection. Au moment, je pensais qu'il voulait effrayer les électeurs pour qu'ils votent Ségo. (Je sais, je serai toujours un pauvre naïf!) Mais même si "dix ou quinze ans" était purement stratégique, il est difficile d'imaginer que Strauss-Kahn ne le croyait pas, du moins un peu. Et surtout, cette idée lui était utile de toute façon justement parce qu'elle s'imposait comme une évidence : Sarkozy, une fois élu, aurait la main sur toutes les manettes, serait indéboulonnable, indéstructible, invincible.

Le mythe de l'invicibilité était en place avant le 6 mai.

Dans mes souvenirs, tout le bruit autour de la politique de l'"ouverture" a ensuite beaucoup conforté l'idée que toute opposition à Sarkozy était futile. (Voir ce que j'en disais en juillet 2007 : Sarkozy était le seul à avoir peur.) Sarkozy était censé avoir dit qu'il avait "vidé le centre" et qu'il allait "asphyxier la gauche". Il y a eu un mythe de l'ouverture aussi, largement relayé par les socialistes eux-mêmes, apparament démoralisés de voir partir des têtes bien connues mais pas essentielles au bon fonctionnement du parti. (Quand on trouvera les têtes nécessaires au bon fonctionnement du PS, on le saura...)

On voit aujourd'hui que Sarkozy n'est pas invincible, qu'il n'est pas aussi malin que l'on croyait, qu'il n'a pas su éviter la folie des grandeurs, et, après des législatives décevantes pour l'UMP et la perspective de défaites significatives aux municipales, on voit que l'ouverture n'a pas était le bouclier électoral que l'on disait.

Il sera intéressant de voir comment fera le TGH pour reconstruire son jouet. Il sera beaucoup plus difficile cette fois, du fait que plus personne ne croit à son invincibilité. Il n'est plus le rouleau-compresseur que l'on croyait.

Le problème, c'est que certains, comme Michel Rocard et autres "réfondateurs", croyaient que le PS était à l'abri pour 5, 10 peut-être 15 ans, qu'il avait devant lui une longue période de réflexion.

Dommage, c'est loupé: il va falloir être tout de suite une véritable opposition.

27 octobre 2007

Oeufs durs

La droite qui a voulu imposer la lecture d'une lettre de communiste fusillé finira-t-elle, un jour, par s'en mordre les doigts? Sarkozy est courageuesement trop occupé pour assister à la lecture de cette lettre en compagnie des élèves en colère du lycée Carnot; Dati est chahutée; Darcos est chahuté. Surtout, par le jeu du calendrier, l'anniversaire de la mort de Guy Môquet tombe presque en même temps que le vote de l'Assemblée National en faveur des tests génétiques destinés à nous protéger de ces étrangers qui seraient tentés de faire appel à leur droit de regroupement familial tout en remboursant la "dette" de notre président envers ses électeurs xénophobes. Bref, ils commencent à devenir un peu lourd. Si cette lecture serait passée sans trop de mal un mois ou deux après l'élection glorieuse de Nicolas Sarkozy (TGH), aujourd'hui les ficelles deviennent un peu trop grosses, un peu trop visibles.

Je continue de penser que ce genre de chose va au moins avoir pour effet de tuer dans l'oeuf toute prolongation de l'ouverture sarkozyenne. Tout se durcit : le ton de Sarkozy après l'annonce maladroit de son divorce (et surtout quand on ose en parler devant lui) en même temps que les relations sociales. La lecture imposée de la lettre de Guy Môquet arrive, perçue comme la grossière manipulation qu'elle est, est arrivée pour jetter un peu plus de huile sur le feu. L'illusion du sarkozysme comme étant (incroyablement) politiquement neutre - seule la compétence compte -, un grand rassemblement de réformisateurs sans boussole politique, a vécu.

La personalité de notre Président est binaire : d'un côté, le grand séducteur, qui a réussit à convaincre peu à peu, ralliement par ralliement, toute l'UMP qu'il en est l'avenir ; de l'autre, le "volontarisme" autoritaire de quelqu'un qui est persuadé que sa hargne est suffisante pour triompher dans toutes les situations. Si l'ouverture était le produit du Sarkozy souriant, l'immonde Hortefeux est une créature du Sarkozy au front plissé et au regard sombre. C'est facile d'être sympa quand tout va bien, tandis que tout indique que dans une confrontation (syndicale?) plus rude, c'est le bad cop qui referait surface.

16 septembre 2007

Kouchner et l'épreuve génétique

Kouchner se rebiffe?

Interrogé sur les tests génétiques comme préalable à une demande de regroupement familial, l'ancien ministre socialiste a déclaré: "cela ne me plaît pas, mais ne m'indigne pas".

"Le jour où je m'indignerai vraiment, je partirai", a-t-il ajouté, précisant que la procédure existe déjà dans de nombreux pays européens. "Je pense que ce n'est pas comme cela qu'on règlera le problème de l'immigration".

Sur le fond, c'est assez mou: Ca ne me plaît pas, mais au fond ça m'est égal. Cette petite pique est néanmoins intéressante : je pourrais partir quand même.

Kouchner sent-il que Sarkozy est moins fort qu'il y a quelques semaines? Sachant que le Très Grand Homme (TGH) ne peut pas se permettre d'autres querelles avec son gouvernement, Kouchner ose s'affirmer, en laissant entendre que sa présence au gouvernement est conditionnelle?

2 août 2007

Faiblesses de l'hyperouverture

Pendant la campagne présidentielle, toutes les interrogations sur la compétence portaient uniquement sur Madame Royal. La compétence à gouverner du Très Grand Homme (TGH) ne faisait pas l'ombre d'un doute. Pourtant, pendant le débat, c'était Sarkozy qui racontait des conneries sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, tandis que Ségolène Royal présentait une position totalement en phase avec la véritable position diplomatique de la France.

Aujourd'hui, avec l'Affaire de la Contrepartie Libyenne, nous avons droit au spectacle d'un président, convaincu que sa bonne mine peut l'emporter dans n'importe quelle situation, qui se heurte à la réalité internationale. En condensé, la méthode Sarkozy ne fonctionne pas lorsque son interlocuteur n'a rien à foutre de l'opinion des téléspectateurs de TF1, ou a des intérêts de communication parfaitement opposés à ceux du TGH. Les ministres des finances de l'UE étaient très gentils à côté.

Ainsi, Saïf Al-Islam Kadhafi assure la communication auprès non seulement des Libyens, mais surtout auprès du reste du monde arabe, avec un message très simple : mon père les a eus. Il est évidemment suffisamment proche du pouvoir pour que l'on comprenne bien que ce n'est pas une petite fuite. Tiens, cette proximité avec le pouvoir, ça ne vous rappelle rien ? L'intervention de l'épouse du chef de l'Etat, par exemple?

Sarkozy ne peut pas proposer un poste de ministre à Kadhafi. Kadhafi ne fera pas partie de "l'ouverture". Il paraît qu'il n'a même pas sa carte à l'UMP. Kadhafi veut ses armes, il s'en fout des besoins de com' de celui avec qui il a fait son marché. D'autant plus qu'il lui suffit de dire la vérité. Au contraire de Sarkozy.

Pire encore pour le TGH, Bernard Kouchner, malgré sa soumission totale à l'ouverture, ne fait pas partie du petit cercle de personnes en qui Sarkozy a confiance. Il n'est pas au courant et il n'est pas content. Il ne joue pas le jeu en se laissant humilier, et oblige Sarkozy à s'enfermer définitivement dans le refus de toute contrepartie. Déjà personne n'y croit, et même Le Monde (j'allais dire Le Minc) est monté timidement sur ses chevaux de taille moyenne:

La "République irréprochable" que veut installer M. Sarkozy est prise en défaut de transparence, voire en flagrant délit de manipulation de l'opinion.

Double faiblesse du système Sarkozy. Faiblesse du côté de la kouchnerture, faiblesse surtout de l'omni-hyper-présidence. Ce n'est pas par hasard qu'il existe des hiérarchies diplomatiques. Le principe de toujours tout faire vite en y mettant un max d'énergie, c'est très cool, beaucoup plus cool que des lentes négociations qui n'ont pas l'air d'avancer. Encore une de ses fourmillères dans lesquelles il suffit de mettre un bon coup de pied. En l'occurence un coup de Nike. Le vieux système passait mal à la télé, était difficile à expliquer aux téléspectateurs. Mais il avait des avantages. Dont le moindre n'était pas la protection du chef d'Etat. Si une affaire tournait mal, on pouvait toujours virer un diplomate ou même le ministre. Mais Sarkozy n'installe que des fusibles grillés, car toute la lumière doit venir de lui. Jusqu'à ce que Kadhafi coupe le courant.

30 juillet 2007

Bockel

Libération résume un entretien de Jean-Marie Bockel publié dans Marianne. Je n'ai pas trouvé l'entretien sur le site de Marianne et je n'ai pas la version papier; je dois me contenter de ce qu'en dit Libé.

De toute façon, il n'y a rien de neuf. Ou presque.

Bockel nous sert le même plat que nous avons déjà eu tant de mal à digérer. La réforme pour la réforme, l'action pour l'action. Peu importe l'orientation politique, si ça bouge. Bockel, Besson, Lang semblent s'être concertés.

Voici la version Bockel:

Il est «nécessaire d'avoir un chef de l'Etat engagé qui donne une ligne claire à la politique gouvernementale».

Ou encore:

L'ex-responsable socialiste estime qu'«il faut qu'il se crée (en France, ndlr) un sentiment d'adhésion à quelque chose, sinon nous risquons de stagner dans l'autocritique à force de répéter que nous sommes de mauvais élèves».

« Adhésion à quelque chose ». A quelque chose ? Peu importe la chose? C'est admirable, comme vision politique. Effectivement, le style Sarkozy est en train de remplacer absolument tout, car il y a plus de gésticulation que de « réformes » réelles. Peu importe où on va, à condition de rouler en BM.

Le papier de Libé termine sur une note étrange, toutefois:

Il indique que le chef de l'Etat est «un démocrate ; des personnalités du PS, comme Julien Dray ou Manuel Valls, en sont aussi convaincues que moi».

Primo, ce n'est jamais bon signe quand il faut indiquer qu'un chef d'Etat « est un démocrate », car en général on le dit que s'il y a un doute. « Vladimir Poutine est un vrai démocrate », « Berlusconi est un démocrate ».

Secundo, Bockel implique nommément Dray et Valls. Valls a déjà dit plusieurs bêtises censées montrer sa pugnacité mais qui confirmaient en fait la suprématie du Très Grand Homme (TGH), et j'ai déjà vu des rumeurs sur la complicité de Dray. Est-ce là une nouvelle variante sur la kouchnerture : on ne débauche pas les responsables PS, mais on les impllique. Et s'il y avait une sorte d'accord, ou mini-débauchage de Valls ou de Dray, quelle serait pour eux la contre-partie ?

Et, dernière question : cette ligne de la réforme pour la réforme, l'action pour l'action, le bruit pour le bruit, est-ce celle-là que Sarkozy a vendue à ses débauchés ? Est-ce cette idée là qui leur paraissait si séduisante ? (Je dis cela comme s'il y avait forcément une explication politique.)

22 juillet 2007

Ouverture du vide

Au cours d'une scéance de rattrappage sur Sarkofrance, je me rends compte petit à petit que cette tant vantée ouverture sarkozÿenne, pourtant cousue de fils blancs, pourtant annoncée comme technique pour « asphyxier » la gauche et « vider » le centre, pourtant détachée de toute action politique réelle (l'action étant l'un des thèmes constitutionnellement réservés au Président de la R.), je me rends compte donc que, du point de vue des médias en tout cas, ça marche à fond.

Ces derniers temps, je ne fréquente pas assez TF1. Il ne faut pas m'en vouloir. Quand on se renseigne en dehors des réseaux habituels, finalement, on risque de passer à côté de l'Esprit du moment. Et il est évident qu'actuellement dans l'Esprit médiatique, Sarkozy passe pour la réincarnation simultanée de Jaurès, de Gaulle et de Jésus Christ. (Il faut bien savoir être partout.)

S'il fallait une démonstration vraiment solide de ce succès, il suffit de lire ce gluant éditorial de Nicolas Beytout. (N'ayez pas peur, le lien est vers le billet de Juan.) C'est un texte franchement étonnant pour bien des raisons, à commencer par le degré auquel il est partisan. Beytout est le directeur de la rédaction du Figaro, mais son autosatisfaction et son ton condescendant, son identification non à des idées mais tout simplement à un camp, font que son... j'allais dire "billet" car il aurait visiblement sa place dans la blogosphère de droite... son papier change de genre, cesse d'être un éditorial pour devenir une sorte de tract sarkozyzte. Surtout, en quelques lignes, Beytout réunit tous les clichés possibles sur la gauche et son humiliation aux pieds du Très Grand Homme (TGH). Échantillons:

D'ailleurs, étant de gauche et donc lucide, je conviendrais que si nous nous sommes fait kidnapper quelques beaux symboles, nous sommes parvenus en retour à arracher son sobriquet à la droite pour devenir la gauche «la plus bête du monde». Si maintenant j'étais de gauche et combattant, j'essaierais de voir comment nous pourrions désormais subtiliser à nos adversaires quelques uns de leurs thèmes favoris, exactement comme ils nous ont piqué certaines de nos plus belles valeurs, à commencer par la défense du pouvoir d'achat.

Ainsi, de gauche et utopique, je me prendrais à imaginer que cet abandon réciproque de l'anathème pourrait nous valoir un jour un climat plus apaisé. En tout cas, étant de gauche et large d'esprit, je serais avide de ces débats et de ces échanges de vues. En somme, si j'étais de gauche et lecteur de Libération, j'adorerais le Figaro.

La gauche devrait être de droite; l'anathème, ce n'est pas la volonté de Sarkozy d'asphyxier la gauche, c'est la résistance de la gauche aux vertus de l'ouverture. Et ainsi de suite. Il faut le lire, car vraiment tout y est.

Alors, pour revenir à ce que je disais, les choses vont mal, car en temps normal, un tel parti-pris ne devrait pas être recevable, même auprès des dignes lecteurs du Figaro. Et pourtant, si.

Et puis la question : comment est-il possible d'en être là?

Côté TGH, c'est tout de même assez intéressant. Je l'ai déjà dit, mais je pense que c'est l'une des clés de la question : la présidentialisation du pouvoir et l'ouverture font parti d'un même système. Sarkozy a procédé, dès son élection, à un recentrement du pouvoir à l'Elysée. Aussi bien du pouvoir politique que du pouvoir opérationnel, y compris la police, la diplomatie et les renseignements. Le gouvernement dans son ensemble subit le même sort que le premier ministre, comme une sorte de vestige du lointain passé parlementaire qui aujourd'hui sert surtout à faire de la com', voire de la comédie. Et c'est là qu'arrivent les figurants de gauche, qui, quitte à faire de la figuration, préfèrent la faire à droite avec voiture, chauffeur et tout le reste. Jamais l'ouverture n'atteindra les vrais centres du pouvoir sarkozyen.

Autrement dit, Sarkozy a réussi à détacher le pouvoir réel de l'image du pouvoir. Le parlément, le premier ministre, le gouvernement avec ces débauchés sont des acteurs dans un soap : nous allons nous émouvoir de leurs drames personnels, ricaner quand le Très Grand Metteur en Scène (TGMS) les dresse les uns contre les autres, distribue des bons et des mauvais points, les traiter comme s'ils participaient vraiment à l'exercice du pouvoir parce qu'il le faut bien justement pour préserver le sien, mais toute cette reality show n'aura que très peu d'impact sur la réalité des choses. Dans ce contexte, « l'ouverture » était bien sûr un coup de génie, car, hormis quelques fidèles sarkozystes de la première heure qui en sont sortis bredouilles, cela ne mange pas de pain!

Côté PS, toute la difficulté est dans la façon d'expliquer aux téléspectateurs ce grand montage du spectacle politique. J'en conviens : ce n'est pas facile du tout, surtout que, pour le faire, il faut bien diaboliser Sarkozy, qui profite du fait que l'on n'ose pas l'imaginer, médiatiquement parlant, si machiavellique.

20 juillet 2007

La mauvaise foi en quantité industrielle à prix d'ami

C'est Eric Besson dans Le Monde. Je ne sais même pas où commencer, il faudrait commenter tout l'entretien, phrase par phrase, et même alors, je serais sûr de manquer des morceaux de choix.

Commençons par la question qu'on lui pose:

Ayant rallié Nicolas Sarkozy dès la campagne présidentielle, vous avez été parmi les premières personnalités de gauche nommées au gouvernement (secrétaire d'Etat chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques) au titre de l'ouverture

Est-ce vraiment au titre de l'ouverture que Besson est entré au gouvernement, lui qui avait « rallié » Nicolas Sarkozy pendant la campagne, donc bien avant que l'on parle d'ouverture ? Au moment d'entrer au gouvernement, Besson était-il encore un homme de gauche? Mais passons, ce n'est pas encore Besson qui parle.

J'avais reproché au Parti socialiste d'être devenu un parti du statu quo, qui refuse d'assumer son réformisme car le réel trouble sa grille de lecture. Nous nous adressons désormais à ceux qui se disent que Nicolas Sarkozy incarne aujourd'hui des valeurs, une ambition et une soif d'action que nous étions allés chercher à gauche.

Voilà un thème bien sarkozyen : l'action pour l'action. Il est compréhensible que l'on puisse faire la critique de l'immobilisme à propos du PS, encore qu'il eût fallu que le PS soit au pouvoir pour ne pas être immobile, et que l'opposition est naturellement dans une position de freiner qu'autre chose. Mais ce qui est malhonnête, c'est de dire que, puisque le PS ne change pas les choses, on va aller chez Sarkozy. Peu importe le sens du changement, pourvu que ça bouge! L'action pour l'action, la « réforme » pour « la réforme » sans justification politique, c'est la suppression pur et simple de la politique. Seul compte, comme le parcours de Besson le montre, le pouvoir, en somme.

La tonalité dominante du "bouclier fiscal" n'est pas vraiment de gauche...
La gauche n'aurait effectivement pas porté ce projet, mais ce dernier traduit la cohérence de la pensée du président de la République, qui veut que la France retrouve toute sa compétitivité et son attractivité.

Ah, la cohérence! Autre idole sarkozyen. Encore une fois : peu importe ce que le gouvernement fait, du moment que c'est cohérent. Mais puisque cette mesure, de droite (car la gauche ne l'aurait pas fait, il concède), est si admirablement cohérente avec le reste du programme du Très Grand Homme (TGH), n'est-ce pas que l'ensemble du programme est tout autant de droite ?

Par ailleurs, je ne dis pas que Nicolas Sarkozy est devenu un homme de gauche. Mais comme il se moque de savoir si telle ou telle mesure est estampillée à droite, à gauche ou au centre, on peut discuter de solutions potentielles sans tabou, ce que ne s'autorise pas la gauche. Il y a chez le président un très grand pragmatisme que l'on retrouve dans les discussions que l'on peut avoir avec lui. Au demeurant, je ne sais plus, sur un certain nombre de sujets, si le clivage droite-gauche est vraiment opérant.

«... sans tabou » Il va falloir commenter cette petite formule, qui est devenue si fréquente dans les discours du nouveau pouvoir décomplexé que cela ne peut qu'être louche.

Mais le pire dans cet éloge du Très Grand Sage (TGS), qui comme Bayrou n'est ni de droite ni de gauche, c'est cette façon de gommer toutes les distinctions. La politique n'existe plus, il est même impossible de s'opposer à Sarkozy parce qu'il est déjà de chaque côté de chaque point sur lequel on pourrait même envisager une opposition.

Bref c'est insupportable, c'est dangereux, et tout le reste.

14 juillet 2007

Comment ne pas réagir à l'ouverture

Quand j'avais écrit ce billet sur la politique dite d'ouverture de notre Très Grand Sarkozy (TGS), je n'avais pas encore lu ce Rebond d'Alain Duhamel. Curieusement, Monsieur Duhamel n'a pas réussi à me faire changer d'avis, même s'il semblerait que nous sommes -- encore plus curieux! -- d'accord sur un point.

L'autre jour, donc, je disais qu'en se peignant en victime de l'ouverture sarkozÿenne, le PS ne faisait que confirmer l'idée selon laquelle Sarkozy réussissait son coup, qu'il affaiblissait vraiment le PS. En somme, l'ouverture atteint le PS seulement dans la mesure où le PS se comporte en victime. De même, Duhamel écrit:

En fait, le PS, vigoureusement bousculé, a réagi en victime ou plutôt en vaincu au lieu de se comporter en opposant revigoré et décomplexé.

Mais, dans ce cas, que faire? Certainement pas ceci:

Le PS n'a pas trouvé la bonne réplique. Il a réagi avec aigreur à la nomination de Bernard Kouchner, de Jean- Pierre Jouyet, de Martin Hirsch et d'Eric Besson. Il aurait mieux fait de se féliciter bruyamment du recrutement d'Eric Besson par celui-là même qu'il accablait dans un libelle encore récent. Il aurait dû souhaiter sincèrement bonne chance à Martin Hirsch qui ne cherche pas à faire carrière et ne prend en compte que l'intérêt des plus démunis. Il aurait eu plus de classe et de panache en annonçant que Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet seraient jugés à l'empreinte qu'ils laisseront, à leur influence réelle sur la politique gouvernementale plutôt qu'en les désignant à la vindicte populaire avec des mines de dévots offusqués.

Le problème avec l'ouverture -- et ce pourquoi c'est une stratégie parfaitement diabolique pour la gauche --, c'est que l'idée est si profondément ancrée dans des bons sentiments (qui peut être contre l'ouverture?), ces mêmes sentiments que François Bayrou et même Ségolène Royal avaient mis au goût du jour pendant la campagne, les téléspectateurs ne faisant pas la distinction entre des grands accords politiques et la chasse aux têtes que pratique Sarkozy, même si une partie de ces téléspectateurs apprécient l'image de Sarkozy en chasseur, justement. Le piège est fait de cette ambiguïté : critiquer l'ouverture revient à se montrer mesquin, politicien, petit. Mais l'accpeter, c'est malgré tout donner le beau rôle à Sarkozy, l'Empereur Magnanime avec ses ennemis vaincus.

La réaction que propose Duhamel, c'est-à-dire laisser partir les socialistes à la soupe avec une petite pique d'ironie, aurait effectivement validé la politique d'ouverture de Sarkozy, et lui en aurait donné absolument tous les bénéfices, sans aucune retombée positive pour le PS.

Pire encore, en ne disant rien, ou si peu, le PS laissait installer cet univers UMP, où même la distinction droite-gauche n'a plus de sens, car les gens "compétents" travaillent ensemble dans la paix et la fraternité. L'opposition aurait bel et bien besoin d'un "statut" dans ce cas. Avec une résistance farouche à "l'ouverture", le PS à au moins sauvé quelques meubles, dont sa crédibilité en tant qu'opposition, ce qui n'est pas rien.

Et pourtant, le PS reste dans le piège, dans le rôle de la victime abattue et en désarroi, ennemi, de surcroît, de l'ouverture.

Le problème, c'est que l'ouverture n'est que l'un des rouages dans la mécanique sarkozyste du pouvoir, dans ce système où tout est soumis à la communication, et où tout le vrai pouvoir est centralisé dans quelques bureaux de l'Elysée. J'en ai parlé hier. Le gouvernement, ces postes de toutes les convoitises, n'ont désormais qu'une fonction de parade, ou, éventuellement, de trasmission : relayer les ordres venus de plus haut, en donnant l'illusion (en laquelle il n'y a plus grand monde à croire) d'un fonctionnement démocratique plus ou moins ordinaire. Déjà que les transfuges occupent des postes peu politiques et loin des grands thèmes et des pilliers essentiels du pouvoir du TGS, mais même les ministres UMP pur sang, n'ont en réalité que des marges de manoeuvres très étroites.

Le PS avait raison de sentir que l'ouverture n'avait de valeur qu'en termes d'image. La seule réponse véritable, ce serait de démonter l'intégralité du système de com' du Président. Ce qui ne sera pas facile. C'est très difficile de mettre ensemble tous les morceaux, et de communiquer, via des médias eux-mêmes complices, cette image du pouvoir sarkozÿen. En attendant de pouvoir le faire, il faut éviter d'en devenir soi-même un rouage.